Guémara
[Suite de la parole de Rav Houna :] Lorsque Roch 'Hodèch Av [le premier du mois d'Av] coïncide avec Chabbat, on lit comme haftara le passage qui contient le verset « Vos Roch 'Hodèch et vos Fêtes, Mon âme les déteste ; ils Ont été pour Moi un fardeau » (Isaïe 1, 14). La Guemara demande : Que signifie « ils ont été pour Moi un fardeau » ? [Elle explique :] Le Saint Béni soit-Il a dit : Il ne suffit pas que les enfants d'Israël pèchent devant Moi — ils Me chargent en plus de devoir examiner quel décret rigoureux Je vais faire peser sur eux [car ils Me supplient d'annuler ces décrets].
רֹאשׁ חֹדֶשׁ אָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, מַפְטִירִין ״חׇדְשֵׁיכֶם וּמוֹעֲדֵיכֶם שָׂנְאָה נַפְשִׁי הָיוּ עָלַי לָטוֹרַח״. מַאי ״הָיוּ עָלַי לָטוֹרַח״? אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֹא דַּיָּין לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֶׁחוֹטְאִין לְפָנַי, אֶלָּא שֶׁמַּטְרִיחִין אוֹתִי לֵידַע אֵיזוֹ גְּזֵירָה קָשָׁה אָבִיא עֲלֵיהֶם.
La Guemara demande : Le jour du 9 Av lui-même, quelle haftara lit-on ? Rav dit : Le passage contenant « Comment la ville fidèle est-elle devenue une prostituée ? » (Isaïe 1, 21). [La Guemara demande :] Quelle paracha de la Torah lit-on [ce jour] ? Il est enseigné dans une baraïta que d'autres disent : On lit le passage contenant « Mais si vous ne M'écoutez pas » (Lévitique 26, 14). Rabbi Natan bar Yossef dit : On lit le passage contenant « Jusqu'à quand ce peuple M'outragera-t-il ? » (Nombres 14, 11). Et certains disent : On lit le passage contenant « Jusqu'à quand [supporterai-Je] cette mauvaise assemblée ? » (Nombres 14, 27). La Guemara note qu'Abayé a dit : De nos jours, l'usage universel est de lire la section « Lorsque tu auras engendré des enfants » (Deutéronome 4, 25-40), et on lit comme haftara la section « Je les ferai entièrement disparaître » (Jérémie 8, 13 – 9, 23).
בְּתִשְׁעָה בְּאָב גּוּפֵיהּ מַאי מַפְטְרִינַן? אָמַר רַב: ״אֵיכָה הָיְתָה לְזוֹנָה״. מִקְרָא מַאי? תַּנְיָא, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: ״וְאִם לֹא תִשְׁמְעוּ לִי״, רַבִּי נָתָן בַּר יוֹסֵף אוֹמֵר: ״עַד אָנָה יְנַאֲצוּנִי הָעָם הַזֶּה״, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: ״עַד מָתַי לָעֵדָה הָרָעָה הַזֹּאת״. אָמַר אַבָּיֵי: הָאִידָּנָא נְהוּג עָלְמָא לְמִיקְרֵי ״כִּי תוֹלִיד בָּנִים״, וּמַפְטִירִין ״אָסוֹף אֲסִיפֵם״.
§ [Concernant ce qu'enseigne la MISHNA : « Dans les ma'amadot [tours de garde du peuple], on lit le récit de la Création »,] la Guemara demande : D'où ces règles sont-elles dérivées — pourquoi lit-on précisément le récit de la Création [lors des ma'amadot] ? Rabbi Ami dit : Pour indiquer que sans les ma'amadot [les tours de prière du peuple correspondant aux sacrifices journaliers], le ciel et la terre ne subsisteraient pas, comme il est dit : « Si mon Alliance [le service quotidien] n'était pas là, nuit et jour, Je n'aurais pas établi les lois du ciel et de la terre » (Jérémie 33, 25). [L'Alliance de D.ieu] désigne les sacrifices offerts dans le Temple, qui soutiennent le monde.
[בְּמַעֲמָדוֹת] בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית וְכוּ׳. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי אַמֵּי: אִלְמָלֵא מַעֲמָדוֹת לֹא נִתְקַיְּימוּ שָׁמַיִם וָאָרֶץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חוּקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי״.
Et il est écrit [concernant Avraham] : « Il dit : Seigneur D.ieu, à quoi connaîtrai-je que j'en hériterai ? » (Genèse 15, 8). Avraham dit devant le Saint Béni soit-Il : Maître de l'univers, peut-être — à D.ieu ne plaise — les enfants d'Israël pécheront-ils devant Toi et Tu leur feras comme Tu as fait à la génération du Déluge et à la génération de la Dispersion [en les détruisant entièrement] ? D.ieu lui dit : Non [Je ne ferai pas cela].
וּכְתִיב: ״וַיֹּאמַר ה׳ אֱלֹהִים בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה״, אָמַר אַבְרָהָם לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, שֶׁמָּא חַס וְשָׁלוֹם יִשְׂרָאֵל חוֹטְאִים לְפָנֶיךָ וְאַתָּה עוֹשֶׂה לָהֶם כְּדוֹר הַמַּבּוּל וּכְדוֹר הַפְּלַגָּה? אָמַר לוֹ: לָאו.
[Avraham] dit encore devant Lui : Maître de l'univers, « à quoi connaîtrai-je [cela] ? » [comment obtiendrai-je la garantie ?] D.ieu lui dit : « Prends pour Moi une génisse de trois ans... » (Genèse 15, 9) [signifiant ainsi que les descendants d'Avraham pourront obtenir le pardon par les sacrifices]. Avraham dit devant Lui : Maître de l'univers, cela convient bien tant que le Temple est debout [et que les sacrifices peuvent être offerts pour obtenir l'expiation]. Mais lorsque le Temple ne sera plus debout, que deviendront-ils ? D.ieu lui dit : J'ai déjà établi pour eux l'ordre [la lecture des sections] des sacrifices [dans les versets de la Torah]. Chaque fois qu'ils liront ces passages, Je considérerai cela comme s'ils avaient offert un sacrifice devant Moi, et Je leur pardonnerai la totalité de leurs iniquités.
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, ״בַּמֶּה אֵדַע״? אָמַר לוֹ: ״קְחָה לִי עֶגְלָה מְשׁוּלֶּשֶׁת וְגוֹ׳״. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, תִּינַח בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים. בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים מָה תְּהֵא עֲלֵיהֶם? אָמַר לוֹ: כְּבָר תִּקַּנְתִּי לָהֶם סֵדֶר קׇרְבָּנוֹת, כׇּל זְמַן שֶׁקּוֹרְאִין בָּהֶן מַעֲלֶה אֲנִי עֲלֵיהֶן כְּאִילּוּ מַקְרִיבִין לְפָנַי קׇרְבָּן, וּמוֹחֵל אֲנִי עַל כׇּל עֲוֹנוֹתֵיהֶם.
§ [La Michna enseigne :] Lors des jours de jeûne [ta'aniyot], la communauté lit la section des bénédictions et des malédictions [Lévitique, chapitre 26], et on n'interrompt pas la lecture des malédictions [en répartissant la lecture entre deux personnes]. La Guemara demande : D'où ces règles sont-elles dérivées ? Rabbi 'Hiyya bar Gamda dit au nom de Rabbi Assi : Car le verset dit : « La discipline de l'Éternel, mon fils, ne la méprise pas » (Proverbes 3, 11). [Si l'on interrompt la lecture des malédictions au milieu, cela paraît comme un mépris pour la réprimande divine.]
בְּתַעֲנִיּוֹת בְּרָכוֹת וּקְלָלוֹת, וְאֵין מַפְסִיקִין בַּקְּלָלוֹת. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר גַּמָּדָא אָמַר רַבִּי אַסִּי: דְּאָמַר קְרָא ״מוּסַר ה׳ בְּנִי אַל תִּמְאָס״.
Rèch Lakich dit [une raison différente] : C'est parce qu'on ne prononce pas de bénédiction sur une calamité [et si un deuxième lecteur commençait au milieu des malédictions, la bénédiction qu'il réciterait serait une bénédiction sur une calamité]. Alors comment procède-t-on [concrètement] ? Il est enseigné dans une baraïta : Lorsqu'on commence [la lecture], on commence par le verset qui précède les malédictions, et lorsqu'on conclut, on conclut par le verset qui les suit. De cette façon, ni la bénédiction avant la lecture ni celle après ne se rapportent directement à des versets de malheur.
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: לְפִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים בְּרָכָה עַל הַפּוּרְעָנוּת: אֶלָּא הֵיכִי עָבֵיד? תָּנָא: כְּשֶׁהוּא מַתְחִיל — מַתְחִיל בַּפָּסוּק שֶׁלִּפְנֵיהֶם, וּכְשֶׁהוּא מְסַיֵּים — מְסַיֵּים בַּפָּסוּק שֶׁלְּאַחֲרֵיהֶן.
Abayé dit : On n'a enseigné [l'interdiction d'interrompre] que pour les malédictions qui figurent dans le Torat Kohanim [Lévitique, chapitre 26 — les malédictions de Béhar-Bé'houkotaï]. Mais en ce qui concerne les malédictions qui figurent dans le Michné Torah [Deutéronome, chapitre 28 — les malédictions de Ki Tavo], on peut les interrompre [et les répartir entre deux lecteurs]. Quelle est la raison de cette distinction ? Ces [malédictions de Lévitique] sont énoncées au pluriel, et Mochê les a prononcées de la bouche de la Toute-Puissance [en tant que messager divin]. En revanche, celles [de Deutéronome] sont énoncées au singulier, et Mochê les a dites de lui-même [comme le reste du livre du Deutéronome] — elles sont donc moins sévères et peuvent être interrompues.
אָמַר אַבָּיֵי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּקְלָלוֹת שֶׁבְּתוֹרַת כֹּהֲנִים, אֲבָל קְלָלוֹת שֶׁבְּמִשְׁנֵה תוֹרָה — פּוֹסֵק. מַאי טַעְמָא — הַלָּלוּ בִּלְשׁוֹן רַבִּים אֲמוּרוֹת, וּמֹשֶׁה מִפִּי הַגְּבוּרָה אֲמָרָן, וְהַלָּלוּ בִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲמוּרוֹת, וּמֹשֶׁה מִפִּי עַצְמוֹ אֲמָרָן.
Il est raconté que Lévi bar Bouti lisait la section des malédictions devant Rav Houna, et qu'il trébuchait dans sa lecture [en raison de la difficulté qu'il éprouvait à prononcer de tels mots sévères]. Rav Houna lui dit : Si tu le souhaites, tu peux t'arrêter là [et un autre lecteur continuera], car on n'a enseigné [l'interdiction] d'interrompre les malédictions que pour celles qui figurent dans le Torat Kohanim [Lévitique]. Mais pour celles qui figurent dans le Michné Torah [Deutéronome], on peut les interrompre [et les répartir entre deux lecteurs].
לֵוִי בַּר בּוּטֵי הֲוָה קָרֵי וְקָא מְגַמְגֵּם קַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא בַּאֲרוּרֵי. אָמַר לוֹ: אַכְּנַפְשָׁךְ. לֹא שָׁנוּ אֶלָּא קְלָלוֹת שֶׁבְּתוֹרַת כֹּהֲנִים, אֲבָל שֶׁבְּמִשְׁנֵה תוֹרָה — פּוֹסֵק.
Il est enseigné dans une baraïta : Rabbi Chimon ben Elazar dit : Ezra a institué pour les enfants d'Israël de lire les malédictions du Torat Kohanim [Lévitique 26] avant Chavouot [Pentecôte], et les malédictions du Michné Torah [Deutéronome 28] avant Roch Hachana. La Guemara demande : Quelle en est la raison ? Abayé dit — et certains attribuent cette formulation à Rèch Lakich : Afin que l'année se termine avec ses malédictions [on les lit à la fin de l'année, avant le nouveau cycle], de sorte que la nouvelle année commence sans ce fardeau funeste.
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: עֶזְרָא תִּיקֵּן לָהֶן לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהוּ קוֹרִין קְלָלוֹת שֶׁבְּתוֹרַת כֹּהֲנִים קוֹדֶם עֲצֶרֶת, וְשֶׁבְּמִשְׁנֵה תוֹרָה קוֹדֶם רֹאשׁ הַשָּׁנָה. מַאי טַעְמָא? אָמַר אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רֵישׁ לָקִישׁ: כְּדֵי שֶׁתִּכְלֶה הַשָּׁנָה וְקִלְלוֹתֶיהָ.
La Guemara questionne : Bien entendu, pour les malédictions du Michné Torah [Deutéronome], le principe « l'année se termine avec ses malédictions » est applicable [puisque Roch Hachana marque clairement le début d'une nouvelle année]. Mais pour les malédictions du Torat Kohanim [Lévitique], quelle pertinence y a-t-il ? Est-ce à dire que Chavouot serait Roch Hachana [le début d'une nouvelle année] ? La Guemara répond : Oui, en effet, Chavouot est également une forme de Roch Hachana [début d'année], comme nous l'avons appris dans une Michna [Roch Hachana 16a] : « Et à Chavouot, le jugement divin porte sur les fruits des arbres » — ce qui indique que Chavouot a aussi le statut de nouvel an [pour les arbres].
בִּשְׁלָמָא שֶׁבְּמִשְׁנֵה תוֹרָה, אִיכָּא כְּדֵי שֶׁתִּכְלֶה שָׁנָה וְקִלְלוֹתֶיהָ. אֶלָּא שֶׁבְּתוֹרַת כֹּהֲנִים, אַטּוּ עֲצֶרֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה הִיא? אִין, עֲצֶרֶת נָמֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה הִיא. דִּתְנַן: וּבַעֲצֶרֶת עַל פֵּירוֹת הָאִילָן.
Il est enseigné dans une baraïta : Rabbi Chimon ben Elazar dit : Si des anciens te disent « Démolit » et des jeunes te disent « Construis », démolis et ne construis pas — car la démolition des anciens est [en réalité] constructive [bien qu'elle semble destructrice], et la construction des jeunes est [en réalité] destructrice. Un indice pour cela : Réh'avéam fils de Chelomo [qui ignora le conseil des anciens, refusa de s'abaisser devant son peuple, et provoqua ainsi la révolte et la scission du royaume].
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אִם יֹאמְרוּ לָךְ זְקֵנִים ״סְתוֹר״ וִילָדִים ״בְּנֵה״ — סְתוֹר וְאַל תִּבְנֶה, מִפְּנֵי שֶׁסְּתִירַת זְקֵנִים בִּנְיָן, וּבִנְיַן נְעָרִים סְתִירָה. וְסִימָן לַדָּבָר — רְחַבְעָם בֶּן שְׁלֹמֹה.