Guémara
[Continuation du passage précédent sur l'autorité des sept représentants de la ville :] utiliser le produit [de la vente d'une synagogue vendue par les sept représentants en présence des habitants] pour boire de la bière — cela semble acceptable et c'est permis. Les sept représentants ont l'autorité d'annuler la sainteté de la synagogue, et le produit de sa vente ne conserve donc aucune sainteté.
לְמִישְׁתֵּא בֵּיהּ שִׁיכְרָא — שַׁפִּיר דָּמֵי.
La Guemara rapporte : Ravina possédait un terrain sur lequel se trouvait un monticule [tila] de ruines d'une synagogue. Il se présenta devant Rav Achi et lui dit : Quelle est la halakha concernant le fait de l'ensemencer [le terrain] ? [Rav Achi] lui dit : Va, vends-le aux sept représentants de la ville en présence des habitants de la ville — et ensuite tu pourras l'ensemencer.
רָבִינָא הֲוָה לֵיהּ הָהוּא תִּילָּא דְּבֵי כְנִישְׁתָּא. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי, אֲמַר לֵיהּ: מַהוּ לְמִיזְרְעֵהּ? אֲמַר לֵיהּ: זִיל זַבְנֵיהּ מִשִּׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר, וְזַרְעֵהּ.
Rami bar Abba était en train de construire une synagogue. Il existait une vieille synagogue [ancienne] qu'il souhaitait démolir pour en prélever les briques et les poutres afin de les utiliser pour la nouvelle construction. Il s'interrogeait sur l'enseignement de Rav 'Hisda, car Rav 'Hisda avait dit : On ne doit pas démolir une synagogue avant d'en avoir construit une autre [par crainte de négligence — que personne ne se dépense ensuite pour bâtir la nouvelle]. [Il raisonnait :] la règle de Rav 'Hisda est due à une crainte de négligence ; mais dans un cas comme celui-ci [où la nouvelle synagogue est directement construite avec les matériaux de l'ancienne], quelle est la halakha ? Il se présenta devant Rav Pappa qui le lui interdit. Puis devant Rav Houna qui le lui interdit également.
רָמֵי בַּר אַבָּא הֲוָה קָא בָנֵי בֵּי כְנִישְׁתָּא. הֲוָה הָהִיא כְּנִישְׁתָּא עַתִּיקָא, הֲוָה בָּעֵי לְמִיסְתְּרַיהּ וּלְאֵתוֹיֵי לִיבְנֵי וּכְשׁוּרֵי מִינַּהּ וְעַיּוֹלֵי לְהָתָם. יָתֵיב וְקָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ הָא דְּרַב חִסְדָּא, דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: לָא לִיסְתּוֹר בֵּי כְנִישְׁתָּא עַד דְּבָנֵי בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי — הָתָם מִשּׁוּם פְּשִׁיעוּתָא, כִּי הַאי גַוְונָא מַאי? אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא וַאֲסַר לֵיהּ. לְקַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא וַאֲסַר לֵיהּ.
Rava dit : S'agissant d'une synagogue, l'échanger contre un autre bâtiment ou la vendre est permis ; mais la louer ou la mettre en gage est interdit. Quelle en est la raison ? Parce qu'elle demeure dans son état de sainteté [bi-kedouchtah kaï — lors d'une location ou d'un gage, le bâtiment reste investi de sa sainteté, il est donc interdit de l'utiliser à des fins profanes. Mais lors d'un échange ou d'une vente, la sainteté se transfère sur l'autre bâtiment ou sur le produit de la vente].
אָמַר רָבָא: הַאי בֵּי כְנִישְׁתָּא, חַלּוֹפַהּ וְזַבּוֹנַהּ — שְׁרֵי, אוֹגוֹרַהּ וּמַשְׁכּוֹנַהּ — אֲסִיר. מַאי טַעְמָא: בִּקְדוּשְׁתַּהּ קָאֵי.
Il en va de même pour les briques d'une synagogue : les échanger ou les vendre est permis, mais les louer est interdit. Cela s'applique aux vieilles briques [qui ont déjà fait partie d'une synagogue] ; mais pour les nouvelles briques [qui ont seulement été désignées pour être utilisées dans une synagogue], nous n'avons aucune objection [si elles sont louées à des fins profanes].
לִיבְנֵי נָמֵי, חַלּוֹפִינְהוּ וְזַבּוֹנִינְהוּ — שְׁרֵי, אוֹזוֹפִינְהוּ — אֲסִיר. הָנֵי מִילֵּי בְּעַתִּיקָתָא, אֲבָל בְּחַדְתָּ[תָ]א — לֵית לַן בַּהּ.
Et même selon celui qui dit que la simple désignation [hazmanah] est significative [c'est-à-dire que même avant d'être utilisé pour la fin désignée, l'objet acquiert déjà les implications halakhiques de cette désignation], cela ne s'applique qu'en cas d'objet créé dès le départ pour cette fin, comme par exemple celui qui tisse un vêtement comme linceul pour un mort. Mais ici [les briques nouvelles], c'est comparable à de la laine déjà filée [qui était destinée à être tissée en linceul] — or, à ce propos [où rien n'a été spécialement créé pour la fin désignée], personne ne dit que la désignation est significative.
וַאֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר הַזְמָנָה מִילְּתָא הִיא, הָנֵי מִילֵּי כְּגוֹן הָאוֹרֵג בֶּגֶד לַמֵּת. אֲבָל הָכָא, כְּטָווּי לְאָרִיג דָּמֵי, וְלֵיכָּא לְמַאן דְּאָמַר.
Concernant un don [mattan — peut-on donner une synagogue pour un usage profane ?] : Rav A'ha et Ravina sont en désaccord. L'un interdit, l'autre permet. Celui qui interdit [raisonne] : Par quoi sa sainteté serait-elle levée [puisque rien ne la remplace] ? Et celui qui permet [raisonne] : Si [le donateur] n'en retirait aucun avantage, il ne l'aurait pas donné — donc le don revient à être comme une vente [et la sainteté se transfère sur l'avantage retiré].
מַתָּנָה, פְּלִיגִי בַּהּ רַב אַחָא וְרָבִינָא, חַד אָסַר, וְחַד שָׁרֵי. מַאן דְּאָסַר: בְּמַאי תִּפְקַע קְדוּשְׁתַּהּ?! וּמַאן דְּשָׁרֵי: אִי לָאו דַּהֲוָה לֵיהּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ — לָא הֲוָה יָהֵיב לֵיהּ, הֲדַר הָוֵה לַיהּ מַתָּנָה כִּזְבִינֵי.
Les Sages ont enseigné dans une baraïta : Les articles utilisés pour l'accomplissement d'une mitsva [tachmiché mitsva] — on peut les jeter [après usage, sans cérémonie particulière]. Les articles associés à la sainteté du nom de Dieu [tachmiché keducha] — on doit les mettre en geniza [enfouissement respectueux]. Et voici les articles de mitsva : une soukka ; un loulav ; un chofar ; les franges rituelles [tsitsit]. Et voici les articles de sainteté : les étuis de rouleaux [de la Torah] ; les téfiline ; les mézouzot ; la housse d'un rouleau de Torah ; l'étui des téfiline ; et leurs lanières.
תָּנוּ רַבָּנַן: תַּשְׁמִישֵׁי מִצְוָה — נִזְרָקִין. תַּשְׁמִישֵׁי קְדוּשָּׁה — נִגְנָזִין. וְאֵלּוּ הֵן תַּשְׁמִישֵׁי מִצְוָה: סוּכָּה, לוּלָב, שׁוֹפָר, צִיצִית. וְאֵלּוּ הֵן תַּשְׁמִישֵׁי קְדוּשָּׁה: דְּלוֹסְקְמֵי סְפָרִים, תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת, וְתִיק שֶׁל סֵפֶר תּוֹרָה, וְנַרְתִּיק שֶׁל תְּפִילִּין וּרְצוּעוֹתֵיהֶן.
Rava dit : Au début [de ma réflexion], je pensais que ce pupitre [koursya — la bema sur laquelle on pose le rouleau de Torah pour la lecture] n'est qu'un accessoire d'accessoire de sainteté [tachmiché de-tachmiché keducha], et qu'il est permis [de s'en débarrasser]. Mais lorsque j'ai observé qu'on y pose parfois le rouleau de Torah [directement, sans linge interposé], j'ai dit : c'est un article directement au service de la sainteté [tachmiché keducha], et il est interdit [de le jeter sans geniza].
אָמַר רָבָא, מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא: הַאי כּוּרְסְיָא, תַּשְׁמִישׁ דְּתַשְׁמִישׁ הוּא, וּשְׁרֵי. כֵּיוָן דַּחֲזֵינָא דְּמוֹתְבִי עִלָּוֵיהּ סֵפֶר תּוֹרָה, אָמֵינָא: תַּשְׁמִישׁ קְדוּשָּׁה הוּא, וַאֲסִיר.
Et Rava dit également : Au début [de ma réflexion], je pensais que ce rideau [perissa — le rideau posé à l'ouverture du coffre de la Torah comme décoration] n'est qu'un accessoire d'accessoire de sainteté. Mais lorsque j'ai observé que parfois on le plie et qu'on y pose un rouleau de Torah, j'ai dit : c'est un article directement au service de la sainteté, et il est interdit [de le jeter sans geniza].
וְאָמַר רָבָא, מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא: הַאי פְּרִיסָא, תַּשְׁמִישׁ דְּתַשְׁמִישׁ הוּא. כֵּיוָן דַּחֲזֵינָא דְּעָיְיפִי לֵיהּ וּמַנְּחִי סִיפְרָא עִלָּוֵיהּ, אָמֵינָא: תַּשְׁמִישׁ קְדוּשָּׁה הוּא, וַאֲסִיר.
Et Rava dit encore : Quant à ce coffre [aron] qui s'est désagrégé — en faire un petit coffre [à partir de ses matériaux] est permis [car les deux ont le même niveau de sainteté] ; mais en faire un pupitre [koursya] est interdit [car le pupitre est d'un degré de sainteté inférieur]. Et Rava dit de même : Quant à ce rideau [perissa] de coffre qui s'est usé — en faire un linge d'enveloppe pour des rouleaux de Torah est permis ; mais en faire un linge d'enveloppe pour un seul des cinq livres de la Torah ['houmach] est interdit [car un 'houmach est de degré de sainteté inférieur à un rouleau de Torah complet].
וְאָמַר רָבָא: הַאי תֵּיבוּתָא דְּאִירְפַט, מִיעְבְּדַהּ תֵּיבָה זוּטַרְתִּי — שְׁרֵי, כּוּרְסְיָיא — אֲסִיר. וְאָמַר רָבָא: הַאי פְּרִיסָא דִּבְלָה, לְמִיעְבְּדֵיהּ פְּרִיסָא לְסִפְרֵי — שְׁרֵי, לְחוּמְשִׁין — אֲסִיר.
Et Rava dit : Ces étuis [zvilei] pour ranger les livres des 'houmachim et ces sacs [kamterei] pour ranger les rouleaux de Torah — ce sont des articles de sainteté [tachmiché keducha], et ils doivent être mis en geniza [quand ils ne sont plus utilisés]. [La Guemara demande :] Cela est évident ! [La Guemara répond :] On aurait pu penser que ces articles ne sont pas faits pour honorer les rouleaux mais simplement pour les protéger [et ne sont donc pas des articles de sainteté]. C'est pourquoi Rava nous enseigne que bien qu'ils soient faits pour protéger les rouleaux, ils leur confèrent aussi un honneur et doivent donc être classés comme articles de sainteté.
וְאָמַר רָבָא: הָנֵי זְבִילֵי דְחוּמָּשֵׁי וְקַמְטְרֵי דְסִפְרֵי — תַּשְׁמִישׁ קְדוּשָּׁה נִינְהוּ, וְנִגְנָזִין. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: הָנֵי לָאו לְכָבוֹד עֲבִידָן, לְנַטּוֹרֵי בְּעָלְמָא עֲבִידִי, קָא מַשְׁמַע לַן.