Guémara
Il a été enseigné [dans une baraïta] : il en va autrement pour la lecture de la Torah, qui ne peut être lue que par une seule personne [à la fois]. Les Sages ont enseigné [Tossefta, Meguila 3:20] : lors de la lecture de la Torah, une personne lit et une [autre] peut en traduire la lecture en araméen [targoum] pour l'assemblée, à condition qu'il n'y ait pas une personne qui lise et deux qui traduisent [simultanément], car deux voix ne peuvent pas être entendues en même temps. Et lors de la lecture des Prophètes, une personne lit et deux peuvent traduire, car il est moins nécessaire de s'assurer que tout le monde entend la traduction précise, puisque les Prophètes n'enseignent pas la halakha [la loi pratique]. Ceci s'applique à condition qu'il n'y ait pas deux personnes qui lisent et deux qui traduisent en même temps. Et lors de la récitation du Hallel et de la lecture de la Meguila, même dix personnes peuvent lire et dix peuvent traduire [simultanément].
תָּנָא: מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה. תָּנוּ רַבָּנַן: בַּתּוֹרָה — אֶחָד קוֹרֵא וְאֶחָד מְתַרְגֵּם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין. וּבַנָּבִיא — אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם קוֹרִין וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין. וּבַהַלֵּל וּבַמְּגִילָּה — אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה קוֹרִין וַעֲשָׂרָה מְתַרְגְּמִין.
La Guemara demande : quelle est la raison pour laquelle la Meguila peut être lue par plusieurs personnes en même temps ? Puisque la Meguila est chère [à cœur] à l'assemblée, les gens prêtent grande attention et l'entendent, et ils ne se laissent pas distraire par les différentes voix.
מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דַּחֲבִיבָה — יָהֲבִי דַּעְתַּיְיהוּ וְשָׁמְעִי.
§ Nous avons appris dans la michna : dans un endroit où les gens ont coutume de réciter une bénédiction sur la lecture [de la Meguila], on doit en réciter une. Abaye dit : on n'a enseigné que cela [que la chose dépend de la coutume locale] uniquement pour la bénédiction récitée après la lecture de la Meguila. Mais pour la bénédiction récitée avant la lecture, c'est une mitsva d'en réciter une selon tous les avis, car Rav Yéhouda a dit au nom de Chmouel : pour toutes les mitsvot, on récite une bénédiction sur elles avant [over] leur accomplissement.
מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לְבָרֵךְ — יְבָרֵךְ. אָמַר אַבָּיֵי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְאַחֲרֶיהָ, אֲבָל לְפָנֶיהָ — מִצְוָה לְבָרֵךְ. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כׇּל הַמִּצְוֹת כּוּלָּן מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן.
La Guemara demande : d'où peut-on déduire que ce mot « over » [avant] est une expression de précédence [d'antériorité] ? Rav Na'hman bar Yits'hak dit que le verset dit : « Et A'himaats courut par la route de la plaine et dépassa ['avar] le Couschite » (II Samuel 18, 23), c'est-à-dire qu'A'himaats rattrapa et devança le Couschite. Abaye dit : cela se déduit d'ici : « Et lui passa devant eux » (Genèse 33, 3). Et si vous le souhaitez, dites plutôt que la preuve vient d'ici : « Et leur roi passa [vaya'avor] devant eux, et l'Éternel à leur tête » (Michée 2, 13).
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״עוֹבֵר״ לִישָּׁנָא דְּאַקְדּוֹמֵי הוּא? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, אָמַר קְרָא: ״וַיָּרׇץ אֲחִימַעַץ דֶּרֶךְ הַכִּכָּר וַיַּעֲבֹר אֶת הַכּוּשִׁי״. אַבָּיֵי אָמַר מֵהָכָא: ״וְהוּא עָבַר לִפְנֵיהֶם״. וְאִיבָּעֵית אֵימָא, מֵהָכָא: ״וַיַּעֲבֹר מַלְכָּם לִפְנֵיהֶם וַה׳ בְּרֹאשָׁם״.
La Guemara demande : quelle bénédiction récite-t-on avant la lecture de la Meguila ? La Guemara relate que Rav Chéchet de Katrazya se trouva un jour devant Rav Achi, et il récita trois bénédictions, désignées par les lettres mem, noun, 'het [mémnonique] : [1] sur la lecture [mikra] de la Meguila ; [2] qui a accompli des miracles [nissim] pour nos pères ; et [3] qui nous a accordé la vie [she'he'eyanu].
לְפָנֶיהָ מַאי מְבָרֵךְ? רַב שֵׁשֶׁת מִקַּטְרַזְיָא אִיקְּלַע לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי וּבָרֵיךְ מנ״ח.
La Guemara demande : quelle bénédiction récite-t-on après la lecture de la Meguila, dans les endroits où il est de coutume d'en réciter une ? La Guemara répond qu'on récite la bénédiction suivante : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, le Dieu qui défend notre cause, juge notre cause, venge notre vengeance, châtie nos ennemis et inflige la rétribution à tous les ennemis de notre âme. Béni sois-Tu, Éternel, qui, au nom d'Israël, inflige la punition à tous leurs oppresseurs. » Rava dit : la conclusion de la bénédiction est : « Béni sois-Tu, Éternel, le Dieu qui apporte le salut. » Rav Pappa dit : par conséquent, puisqu'il y a deux avis, nous devons dire les deux : « Béni sois-Tu, Éternel, qui, au nom d'Israël, inflige la punition à tous leurs oppresseurs — le Dieu qui apporte le salut. »
לְאַחֲרֶיהָ מַאי מְבָרֵךְ? בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם (הָאֵל) הָרָב אֶת רִיבֵנוּ וְהַדָּן אֶת דִּינֵנוּ וְהַנּוֹקֵם אֶת נִקְמָתֵנוּ וְהַנִּפְרָע לָנוּ מִצָּרֵינוּ וְהַמְשַׁלֵּם גְּמוּל לְכׇל אוֹיְבֵי נַפְשֵׁנוּ, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ הַנִּפְרָע לְיִשְׂרָאֵל מִכׇּל צָרֵיהֶם. רָבָא אָמַר: הָאֵל הַמּוֹשִׁיעַ. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ — נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ: בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ הַנִּפְרָע לְיִשְׂרָאֵל מִכׇּל צָרֵיהֶם הָאֵל הַמּוֹשִׁיעַ.
Nous avons appris dans la michna : les lundis et les jeudis lors de la prière du matin et le Chabbat lors de la prière de Min'ha, trois personnes lisent la Torah. La Guemara demande : à quoi correspondent ces trois lecteurs [institués par les Sages] ? Rav Assi dit : ils correspondent aux trois parties de la Bible — Torah, Prophètes et Écrits. Rava dit : ils correspondent aux trois composantes du peuple juif — Cohanim [prêtres], Léviim [lévites] et Israélim [israélites ordinaires].
בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי בַּשַּׁבָּת בַּמִּנְחָה קוֹרִין שְׁלֹשָׁה וְכוּ׳. הָנֵי שְׁלֹשָׁה, כְּנֶגֶד מִי? אָמַר רַב אַסִּי: כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים. רָבָא אָמַר: כְּנֶגֶד כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים.
La Guemara soulève une question : mais concernant cette baraïta qu'a enseignée Rav Chimi : on ne peut pas diminuer à moins de dix versets [le nombre de versets lus] lors d'une lecture publique de la Torah dans la synagogue, et un verset générique, par exemple « Et Dieu parla à Moïse en disant... », est compté dans ce nombre — à quoi correspondent ces dix [versets] ? Pourquoi spécifiquement le nombre dix ?
אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַב שִׁימִי: אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֲשָׂרָה פְּסוּקִין בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, ״וַיְדַבֵּר״ עוֹלֶה מִן הַמִּנְיָן. הָנֵי עֲשָׂרָה כְּנֶגֶד מִי?
Rabbi Yéhochoua ben Lévi dit : ils correspondent aux dix oisifs [batlanim] de la synagogue — c'est-à-dire dix hommes qui ont le loisir de ne pas travailler, et qui s'assoient dans la synagogue et sont disponibles pour les besoins de la communauté. Rav Yossèf dit : ils correspondent aux Dix Commandements [Assereth haDibbrot] qui furent prononcés à Moïse au Sinaï. Rabbi Lévi dit : ils correspondent aux dix psaumes de louange [hilloulim] que David a dits dans le livre des Psaumes. Et Rabbi Yo'hanan dit : ils correspondent aux dix paroles [ma'amarot] par lesquelles le monde a été créé.
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁבְּבֵית הַכְּנֶסֶת. רַב יוֹסֵף: אָמַר כְּנֶגֶד עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ לְמֹשֶׁה בְּסִינַי. (רַבִּי לֵוִי אָמַר: כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה הִילּוּלִין שֶׁאָמַר דָּוִד בְּסֵפֶר תְּהִלִּים.) וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת שֶׁבָּהֶן נִבְרָא הָעוֹלָם.
La Guemara demande : quelles sont ces dix paroles [de la Création] ? Il s'agit vraisemblablement des paroles introduites par les mots « Et Dieu dit » dans le récit de la Création au premier chapitre de la Genèse. Or il n'y en a que neuf [occurrences de « Et Dieu dit »] et non dix. La Guemara répond : l'expression « Au commencement » [Berechit] (Genèse 1, 1) est également considérée comme une parole, car il est écrit : « Par la parole de l'Éternel, les cieux ont été faits, et par le souffle de Sa bouche toute leur armée » (Psaumes 33, 6), ce qui indique que la première parole de la Création était la création générale de l'ensemble de l'univers.
הֵי נִינְהוּ? ״וַיֹּאמֶר״ דִּבְרֵאשִׁית. הָנֵי תִּשְׁעָה הָווּ! ״בְּרֵאשִׁית״ נָמֵי מַאֲמָר הוּא, דִּכְתִיב: ״בִּדְבַר ה׳ שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ וּבְרוּחַ פִּיו כׇּל צְבָאָם״.
Rava dit : puisque dix versets doivent être lus, si le premier des trois lecteurs appelés à la Torah en lit quatre, il est digne de louange ; si le second en lit quatre, il est digne de louange ; et si le troisième en lit quatre, il est digne de louange.
אָמַר רָבָא, רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה — מְשׁוּבָּח, שֵׁנִי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה — מְשׁוּבָּח, שְׁלִישִׁי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה — מְשׁוּבָּח.
Si le premier des trois lecteurs appelés à la Torah lit quatre versets, il est digne de louange — car nous avons appris dans une michna [Chekalim 8a] : on prélève les fonds de la chambre du trésor du Temple, afin de les utiliser pour l'achat d'offrandes communautaires et pour d'autres besoins du Temple, au moyen de trois grandes corbeilles, chacune contenant trois séa. Sur les corbeilles sont inscrites respectivement [les lettres] aleph, beit, guimel, afin de savoir laquelle a été prélevée en premier, pour offrir en premier les offrandes achetées avec l'argent de cette corbeille, car c'est une mitsva d'utiliser en premier l'argent collecté avec la première corbeille.
רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשׁוּבָּח — דִּתְנַן: בְּשָׁלֹשׁ קוּפּוֹת שֶׁל שָׁלֹשׁ סְאִין שֶׁבָּהֶן תּוֹרְמִין אֶת הַלִּשְׁכָּה, וְהָיָה כָּתוּב עֲלֵיהֶן אב״ג, לֵידַע אֵיזוֹ מֵהֶן נִתְרְמָה רִאשׁוֹן, לְהַקְרִיב מִמֶּנָּה רִאשׁוֹן — שֶׁמִּצְוָה בָּרִאשׁוֹן.