[La Guemara rappelle le contexte de la fin du folio précédent :] Lévi bar Chmouel lisait [la Meguila] devant Rav Yehouda [à partir d'un rouleau] écrit au milieu des autres [livres des] Ketouvim. [Rav Yehouda] lui dit : les Sages ont dit — « celui qui lit à partir d'une Meguila écrite au milieu des autres [livres des] Ketouvim n'a pas accompli son obligation ».
הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים. אֲמַר לֵיהּ: הֲרֵי אָמְרוּ, הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים — לֹא יָצָא.
Rabbi Ḥiyya bar Abba dit que Rabbi Yoḥanan dit : celui qui lit à partir d'une Meguila écrite au milieu des autres [livres des] Ketouvim n'a pas accompli son obligation. Mais ils ont frappé cette halakha sur sa tête [c'est-à-dire que, sitôt transmise, ils l'ont immédiatement nuancée au point d'en réduire considérablement la portée] : on n'a enseigné cela qu'en ce qui concerne une lecture en public [tsibbour]. Un particulier qui lit la Meguila en privé accomplit son obligation même si la Meguila a été écrite au milieu des autres livres des Ketouvim. C'est uniquement lors d'une lecture publique qu'elle doit provenir d'un rouleau séparé.
אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים — לֹא יָצָא. וּמָחוּ לַהּ אַמּוֹחָא: בְּצִבּוּר שָׁנוּ.
Rabbi Ḥiyya bar Abba dit également que Rabbi Yoḥanan dit : [la règle de] laisser un espace sans couture [à l'extrémité supérieure et inférieure des jointures entre les feuilles d'un sefer Torah] est une halakha transmise à Moïse au Sinaï [c'est-à-dire une loi orale non écrite dans la Torah]. Mais ils ont aussitôt frappé cette halakha sur sa tête : [ce n'est pas dû à la sainteté du rouleau ;] ils ont dit que c'est uniquement pour qu'il ne se déchire pas. Si l'on enroule le rouleau trop vigoureusement [et que la couture va jusqu'au bord des feuilles], les feuilles commenceront à s'écarter ; ainsi, la résistance avertira celui qui enroule de ne pas continuer trop fort. Si la couture allait jusqu'aux bords, aucun tel avertissement ne se produirait et les points de couture eux-mêmes finiraient par déchirer le parchemin.
וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שִׁיּוּר הַתֶּפֶר — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי. וּמָחוּ לַהּ אַמּוֹחָא: וְלֹא אָמְרוּ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקָּרַע.
Rabbi Ḥiyya bar Abba dit aussi que Rabbi Yoḥanan dit : si la grotte dans laquelle Moïse et Éliyahou [Élie] se tinrent [lorsque la Gloire divine passa devant eux] avait gardé une ouverture de la taille du trou d'une petite aiguille à coudre, ils n'auraient pas pu y résister en raison de l'intensité de la lumière [divine qui y serait entrée] — car il est dit : « Car nul homme ne peut me voir et vivre » (Chemot / Exode 33, 20).
וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִלְמָלֵי נִשְׁתַּיֵּיר בִּמְעָרָה שֶׁעָמַד בָּהּ מֹשֶׁה וְאֵלִיָּהוּ כִּמְלֹא נֶקֶב מַחַט סִדְקִית, לֹא הָיוּ יְכוֹלִין לַעֲמוֹד מִפְּנֵי הָאוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֹא יִרְאַנִי הָאָדָם וָחָי״.
Rabbi Ḥiyya bar Abba dit aussi que Rabbi Yoḥanan dit : quelle est la signification de ce qui est écrit — « Et [le Seigneur] lui donna les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu ; et sur elles était écrit selon toutes les paroles que l'Éternel vous avait parlées sur la montagne » (Devarim / Deutéronome 9, 10) ? Cela enseigne que le Saint béni soit-Il montra à Moïse sur la montagne toutes les subtilités [déductions herméneutiques] de la Torah ; et toutes les subtilités des scribes [Sages des générations ultérieures] ; et tout ce que les scribes étaient destinés à introduire comme nouveauté à l'avenir, en plus des lois de la Torah. Et quelle est cette [nouveauté] spécifique que les scribes allaient introduire ? La lecture de la Meguila [à Pourim].
וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִּכְתִיב: ״וַעֲלֵיהֶם כְּכׇל הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר ה׳ עִמָּכֶם בָּהָר״ — מְלַמֵּד שֶׁהֶרְאָהוּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה דִּקְדּוּקֵי תוֹרָה וְדִקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים וּמַה שֶּׁהַסּוֹפְרִים עֲתִידִין לְחַדֵּשׁ, וּמַאי נִיהוּ? מִקְרָא מְגִילָּה.
Mishna 1
MICHNA : Tous sont aptes [kechérim] à lire la Meguila, à l'exception du sourd-muet [ḥéréch], de l'imbécile [choté] et du mineur [katan]. Rabbi Yehouda est en désaccord et dit qu'un mineur est apte à lire la Meguila.
מַתְנִי׳ הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה, חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן. רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן.(משנה)
Guémara
GUEMARA : La Guemara demande : quel est le tanna [l'auteur de la michna] qui a enseigné que la lecture du sourd est invalide même après coup [bedieved] ? Rav Mattana dit : c'est [la position de] Rabbi Yossé — car nous avons appris dans une michna ailleurs (Berakhot 15a) : « Celui qui récite le Chema sans le faire entendre à ses oreilles — il a néanmoins accompli son obligation. » Rabbi Yossé dit : il n'a pas accompli son obligation. La position de Rabbi Yossé implique que celui qui n'entend pas ce qu'il dit n'accomplit pas son obligation. Et il est vraisemblable que les lois de la récitation du Chema et de la lecture de la Meguila sont équivalentes.
גְּמָ׳ מַאן תְּנָא חֵרֵשׁ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא? אָמַר רַב מַתְנָה: רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דִּתְנַן: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאׇזְנוֹ — יָצָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא יָצָא.
La Guemara remet en question la prémisse : mais d'où sait-on que la michna, qui affirme qu'un sourd ne peut pas lire la Meguila, reflète l'opinion de Rabbi Yossé, et qu'elle veut dire que même après coup, non — on ne s'acquitte pas de l'obligation si la Meguila est lue par un sourd ? Peut-être la michna a-t-elle été enseignée conformément à l'opinion de Rabbi Yehouda, ce qui signifie qu'un sourd ne peut pas lire ab initio [lechatchila], mais qu'après coup sa lecture est valide ?
וּמִמַּאי דְּרַבִּי יוֹסֵי הִיא וְדִיעֲבַד נָמֵי לָא? דִּלְמָא רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וּלְכַתְּחִלָּה הוּא דְּלָא, הָא דִּיעֲבַד — שַׁפִּיר דָּמֵי?
La Guemara rejette cette proposition : cela ne peut entrer dans ton esprit, car la michna enseigne la halakha du sourd par analogie [doumya, en les regroupant dans la même liste] avec l'imbécile et le mineur — de même que les lectures de l'imbécile et du mineur ne sont pas valides même après coup [bedieved], de même, même après coup, la lecture du sourd n'est pas valide.
לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דְּקָתָנֵי חֵרֵשׁ דּוּמְיָא דְּשׁוֹטֶה וְקָטָן: מָה שׁוֹטֶה וְקָטָן — דִּיעֲבַד נָמֵי לָא, אַף חֵרֵשׁ — דִּיעֲבַד נָמֵי לָא.
La Guemara poursuit : peut-être n'est-il pas vrai que tous les trois cas sont équivalents — peut-être que pour l'imbécile et le mineur la halakha est telle qu'elle est, et pour le sourd la halakha est telle qu'elle est [c'est-à-dire différente] ? Bien que les trois cas soient enseignés ensemble, c'est peut-être simplement parce que dans les trois cas on ne peut lire ab initio ; mais il peut y avoir une différence entre eux quant au statut après coup [bedieved]. La Guemara rejette cela : il est impossible de dire que le tanna anonyme de la première clause de la michna est Rabbi Yehouda — car du fait que la dernière clause enseigne : « Rabbi Yehouda dit qu'un mineur est apte », on peut en déduire que la première clause n'a pas été enseignée par Rabbi Yehouda.
וְדִלְמָא הָא כִּדְאִיתָא וְהָא כִּדְאִיתָא! מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן — מִכְּלָל דְּרֵישָׁא לָאו רַבִּי יְהוּדָה הִיא.
La Guemara continue à interroger : mais peut-être la michna dans son ensemble exprime-t-elle l'opinion de Rabbi Yehouda — et sa première clause a été enseignée de façon anonyme, tandis que la dernière clause a été transmise explicitement en son nom ? La Guemara rejette cet argument : les deux parties de la michna sont-elles comparables, qu'elles puissent être attribuées à un seul et même Sage ? La première clause vient invalider [la lecture d'un] mineur, tandis que la dernière clause vient déclarer le mineur apte. Ces deux opinions contradictoires ne peuvent donc pas être comprises comme la position d'un seul et même Sage.
וְדִלְמָא כּוּלַּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא! מִי דָּמֵי? רֵישָׁא לִפְסוּלָה, וְסֵיפָא לִכְשֵׁירָה.
La Guemara demande à nouveau : peut-être la michna dans son ensemble exprime-t-elle bien l'opinion de Rabbi Yehouda — et elle traite de deux types différents de mineurs, et la michna est incomplète [ḥasouréï miḥasséra], manquant de quelques mots d'élaboration, et enseigne ceci : « Tous sont aptes à lire la Meguila, à l'exception du sourd-muet, de l'imbécile et du mineur. Dans quel cas cela est-il dit ? Uniquement pour un mineur qui n'a pas encore atteint l'âge d'initiation [ḥinnoukh] aux mitsvot. Mais un mineur qui a atteint l'âge d'initiation aux mitsvot peut lire la Meguila même ab initio — car Rabbi Yehouda dit qu'un tel mineur est apte. »
וְדִלְמָא כּוּלַּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וּתְרֵי גַוְונֵי קָטָן קָתָנֵי לַהּ, וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן, בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ, אֲבָל בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ — אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה. שֶׁרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן.