Guémara
« Ensuite, les fils d'Israël reviendront et chercheront l'Éternel leur Dieu et David leur roi » (Osée 3, 5) — par conséquent, la bénédiction du royaume de David [tsema' David] suit la bénédiction de la reconstruction de Jérusalem. Et une fois que le rejeton de David sera venu, viendra le temps de la prière [acceptée], comme il est dit : « Je les amènerai vers Ma montagne sainte et les rendrai joyeux dans Ma maison de prière » (Isaïe 56, 7). C'est pourquoi la bénédiction d'écouter la prière [chema' qolenu] est récitée après la bénédiction du royaume de David.
״אַחַר יָשׁוּבוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּבִקְשׁוּ אֶת ה׳ אֱלֹהֵיהֶם וְאֵת דָּוִד מַלְכָּם״. וְכֵיוָן שֶׁבָּא דָּוִד — בָּאתָה תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קׇדְשִׁי וְשִׂמַּחְתִּים בְּבֵית תְּפִלָּתִי״.
Et après la prière [acceptée], viendra le service du Temple [avoda], comme il est dit dans la suite de ce même verset : « Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur Mon autel » (Isaïe 56, 7). La bénédiction du rétablissement du service au Temple [retseh] suit donc la bénédiction de l'écoute de la prière. Et lorsque le service du Temple viendra, avec lui viendra également l'action de grâces [hodaa], comme il est dit : « Celui qui sacrifie une offrande de reconnaissance [toda] Me rend gloire » (Psaumes 50, 23), ce qui enseigne que l'action de grâces suit le sacrifice. C'est pourquoi la bénédiction de l'action de grâces [modim] suit la bénédiction du rétablissement du service au Temple.
וְכֵיוָן שֶׁבָּאת תְּפִלָּה — בָּאת עֲבוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עוֹלוֹתֵיהֶם וְזִבְחֵיהֶם לְרָצוֹן עַל מִזְבְּחִי״. וְכֵיוָן שֶׁבָּאת עֲבוֹדָה — בָּאתָה תּוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זוֹבֵחַ תּוֹדָה יְכַבְּדָנְנִי״.
Et pourquoi virent-ils bon d'instituer la bénédiction sacerdotale [birkat kohanim] après la bénédiction de l'action de grâces [modim] ? Comme il est écrit : « Aharon éleva ses mains vers le peuple et le bénit, puis il descendit après avoir fait l'offrande pour le péché, l'holocauste et les sacrifices de paix » (Lévitique 9, 22) — ce qui enseigne que la bénédiction sacerdotale suit le service sacrificiel, qui inclut l'offrande de reconnaissance.
וּמָה רָאוּ לוֹמַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים אַחַר הוֹדָאָה? דִּכְתִיב: ״וַיִּשָּׂא אַהֲרֹן אֶת יָדָיו אֶל הָעָם וַיְבָרְכֵם וַיֵּרֶד מֵעֲשׂוֹת הַחַטָּאת וְהָעוֹלָה וְהַשְּׁלָמִים״.
La Guemara demande : D'après ce verset [qui décrit Aharon bénissant le peuple et ensuite descendant pour sacrifier], devrait-on ne pas dire la bénédiction sacerdotale avant la bénédiction du service du Temple [birkat avoda] ? La Guemara répond : Cela ne peut venir à l'esprit, car il est écrit : « Et il descendit après avoir fait [me'asot] l'offrande pour le péché. » Est-il écrit « pour aller faire [la'asot] » [ce qui impliquerait qu'après la bénédiction Aharon descendit et sacrifia ensuite] ? Non, il est écrit « après avoir fait [me'asot] », indiquant que les offrandes avaient déjà été sacrifiées [avant la bénédiction].
אֵימָא, קוֹדֶם עֲבוֹדָה? לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וַיֵּרֶד מֵעֲשׂוֹת הַחַטָּאת וְגוֹ׳״. מִי כְּתִיב ״לַעֲשׂוֹת״, ״מֵעֲשׂוֹת״ כְּתִיב.
La Guemara demande : Si, comme on l'a dérivé de ce verset, la bénédiction sacerdotale suit le service sacrificiel, la bénédiction sacerdotale devrait être dite immédiatement après la bénédiction du rétablissement du service au Temple, sans l'interruption de la bénédiction de l'action de grâces. La Guemara rejette cet argument : Cela ne peut venir à l'esprit, car il est écrit : « Celui qui sacrifie une offrande de reconnaissance Me rend gloire » — dont on a déjà expliqué que cela enseigne que l'action de grâces suit le sacrifice.
וְלֵימְרַהּ אַחַר הָעֲבוֹדָה! לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״זוֹבֵחַ תּוֹדָה״.
La Guemara demande : Mais que t'a-t-il paru justifié de te fonder sur ce verset [du Psaume 50] pour rapprocher l'action de grâces du sacrifice ? Appuie-toi plutôt sur l'autre verset [de Lévitique 9] [qui rapproche la bénédiction sacerdotale du sacrifice, sans intermédiaire] ! La Guemara répond : Il va de soi de faire suivre l'action de grâces directement du service du Temple, car le service du Temple et l'action de grâces sont une seule et même chose [conceptuellement liées : tout sacrifice est une expression de gratitude envers Dieu].
מַאי חָזֵית דְּסָמְכַתְּ אַהַאי, סְמוֹךְ אַהַאי! מִסְתַּבְּרָא עֲבוֹדָה וְהוֹדָאָה חֲדָא מִילְּתָא הִיא.
Et pourquoi virent-ils bon d'instituer que l'on récite [la bénédiction finale] « Accorde la paix [sim chalom] » après la bénédiction sacerdotale ? Comme il est écrit immédiatement après la bénédiction sacerdotale : « Et ils poseront Mon nom sur les fils d'Israël, et Moi Je les bénirai » (Nombres 6, 27). La bénédiction sacerdotale est suivie de la bénédiction de Dieu Lui-même, et la bénédiction du Saint Béni soit-Il c'est la paix, comme il est dit : « L'Éternel bénit Son peuple par la paix » (Psaumes 29, 11).
וּמָה רָאוּ לוֹמַר ״שִׂים שָׁלוֹם״ אַחַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים? דִּכְתִיב: ״וְשָׂמוּ אֶת שְׁמִי עַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַאֲנִי אֲבָרְכֵם״, בְּרָכָה דְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׁלוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם״.
Et après tout cela — puisque cent vingt anciens, dont plusieurs prophètes, établirent la prière [de la Amida] dans son ordre fixe, que faisait Chimon HaPaqouli lorsqu'il l'arrangea [à une époque bien ultérieure, à Yavné], comme le relate Rabbi Yo'hanan ? La Guemara répond : En effet, les bénédictions de la Amida furent originellement arrangées par les cent vingt membres de la Grande Assemblée, mais au fil du temps le peuple les oublia, et Chimon HaPaqouli les arrangea à nouveau [et restaura leur ordre].
וְכִי מֵאַחַר דְּמֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים וּמֵהֶם כַּמָּה נְבִיאִים תִּקְּנוּ תְּפִלָּה עַל הַסֵּדֶר, שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלִי מַאי הִסְדִּיר? שְׁכָחוּם, וְחָזַר וְסִדְּרוֹם.
La Guemara commente : Ces dix-neuf bénédictions constituent un nombre fixe, et au-delà il est interdit de multiplier les louanges du Saint Béni soit-Il en ajoutant des bénédictions supplémentaires à la Amida. Comme l'a dit Rabbi Elazar : Quelle est la signification de ce qui est écrit : « Qui peut exprimer les actes puissants de l'Éternel ? Qui peut faire retentir toute Sa louange ? » (Psaumes 106, 2) ? Cela signifie : À qui convient-il de proclamer les actes puissants de l'Éternel ? Seulement à celui qui peut faire retentir toute Sa louange. Et puisque personne n'est capable de déclarer toutes les louanges de Dieu, nous devons nous contenter de la formule fixe établie par les Sages.
מִכָּאן וְאֵילָךְ, אָסוּר לְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִּכְתִיב: ״מִי יְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה׳ יַשְׁמִיעַ כׇּל תְּהִלָּתוֹ״, לְמִי נָאֶה לְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה׳ לְמִי שֶׁיָּכוֹל לְהַשְׁמִיעַ כׇּל תְּהִלָּתוֹ.
Rabba bar bar 'Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Celui qui multiplie excessivement les louanges du Saint Béni soit-Il [au-delà de ce qui est établi] finit par être déraciné de ce monde [car il donne l'impression d'avoir épuisé toutes les louanges de Dieu]. Comme il est dit : « Lui sera-t-il raconté [l'intégralité de Sa grandeur] quand je parlerais ? Si un homme venait à dire cela, il serait englouti » (Job 37, 20). La Guemara interprète le verset ainsi : Peut-on exprimer toutes les louanges de Dieu quand je parlerais [c'est-à-dire : si je proclamais tout] ? Si un homme prétendait cela, il serait « englouti » [hapouèle — puni] pour l'avoir prétendu.
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹתֵר מִדַּאי — נֶעֱקָר מִן הָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַיְסוּפַּר לוֹ כִּי אֲדַבֵּר אִם אָמַר אִישׁ כִּי יְבֻלָּע״.
La Guemara rapporte : Rabbi Yehouda, homme de Kefar Guivvoraya — et certains disent qu'il était de Kefar Guibbor 'Hayil — enseigna : Quelle est la signification de ce qui est écrit : « Pour Toi, le silence est une louange [lekha doumia tehilla] » (Psaumes 65, 2) ? Le meilleur remède de tous, c'est le silence — c'est-à-dire que la forme optimale de louer Dieu est le silence [car toute parole humaine est incomplète face à Sa grandeur]. La Guemara rapporte : Quand Rav Dimi [un Sage de la terre d'Israël] vint [de la terre d'Israël en Babylonie], il dit : En Occident [en Erets Israël], on dit un adage : Si une parole vaut un séla [monnaie d'argent], le silence vaut deux.
דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה אִישׁ כְּפַר גִּבּוֹרַיָּא, וְאָמְרִי לַהּ אִישׁ כְּפַר גִּבּוֹר חַיִל: מַאי דִּכְתִיב: ״לְךָ דוּמִיָּה תְהִלָּה״? סַמָּא דְּכוֹלָּה — מַשְׁתּוּקָא. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: אָמְרִי בְּמַעְרְבָא: מִלָּה — בְּסֶלַע, מַשְׁתּוּקָא — בִּתְרֵין.
§ [La Michna a enseigné que] s'il lut la Meguila de mémoire, il ne s'est pas acquitté de son obligation. La Guemara demande : D'où est-ce dérivé ? Rava dit : Cela est dérivé par analogie verbale [guezera chava] entre un emploi du terme « souvenir » [zkhira] et un autre emploi du terme « souvenir ». Il est écrit ici, concernant la Meguila : « Et que ces jours soient mémorés » (Esther 9, 28), et il est écrit ailleurs [dans le récit d'Amalek] : « L'Éternel dit à Moïse : Écris cela [la mémoire de la victoire sur Amalek] en souvenir dans le livre, et récite-le aux oreilles de Yehochoua : je vais effacer entièrement le souvenir d'Amalek de sous les cieux » (Exode 17, 14). Tout comme là-bas, concernant Amalek, le souvenir fait précisément référence à quelque chose d'écrit dans un livre [comme il est dit « dans le livre »], de même ici [pour la Meguila], le souvenir s'effectue par le biais de quelque chose d'écrit dans un livre.
קְרָאָהּ עַל פֶּה לֹא יָצָא וְכוּ׳. מְנָלַן? אָמַר רָבָא: אָתְיָא זְכִירָה זְכִירָה, כְּתִיב הָכָא: ״וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים״, וּכְתִיב הָתָם: ״כְּתֹב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר״. מָה לְהַלָּן — בְּסֵפֶר, אַף כָּאן — בְּסֵפֶר.