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Traité Megillah

13b

Étude de Megillah 13b

Étude de la Guémara 13b

Guémara
[La Guemara cite le verset (Job 36, 7) :] « Il ne détourne pas les yeux du juste » — voici comment il faut comprendre cela : en récompense de la modestie [tsniout] dont fit preuve Ra'hel, elle mérita que Saül — qui était lui aussi empreint de modestie — descende d'elle ; et en récompense de la modestie dont fit preuve Saül, il mérita qu'Esther descende de lui.
״לֹא יִגְרַע מִצַּדִּיק עֵינָיו״ — בִּשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל, וּבִשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיָה בּוֹ בְּשָׁאוּל זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר.
La Guemara développe : Quelle était la modestie dont fit preuve Ra'hel ? Comme il est écrit : « Et Yaakov dit à Ra'hel qu'il était le frère de son père, et le fils de Rivqa » (Genèse 29, 12). [La Guemara s'interroge :] Était-il réellement le frère de son père ? N'était-il pas le fils de la sœur de son père [et donc seulement son cousin] ?
וּמַאי צְנִיעוּת הָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל? דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד יַעֲקֹב לְרָחֵל כִּי אֲחִי אָבִיהָ הוּא״. וְכִי אֲחִי אָבִיהָ הוּא? וַהֲלֹא בֶּן אֲחוֹת אָבִיהָ הוּא?
Mais il faut comprendre ainsi : lorsque Yaakov rencontra Ra'hel, il lui dit : veux-tu m'épouser ? Elle lui dit : Oui, mais mon père Lavan est un imposteur et tu ne pourras pas lui résister. Yaakov la rassura en lui disant qu'il était son « frère » en matière d'imposture [c'est-à-dire son égal en ruse], comme pour dire : je suis son frère dans la tromperie. Elle lui dit : Mais est-il vraiment permis aux justes de recourir à la ruse ? Il lui dit : Oui, lorsqu'on a affaire à des gens malhonnêtes, comme il est dit : « Avec le pur tu te montreras pur, et avec le tortueux tu te montreras retors » (II Samuel 22, 27), indiquant qu'il convient de traiter chacun selon la manière qui lui est appropriée.
אֶלָּא, אֲמַר לַהּ: מִינַּסְבָא לִי? אֲמַרָה לֵיהּ: אִין, מִיהוּ אַבָּא רַמָּאָה הוּא וְלָא יָכְלַתְּ לֵיהּ. אֲמַר לַהּ: אָחִיו אֲנָא בְּרַמָּאוּת. אֲמַרָה לֵיהּ: וּמִי שְׁרֵי לְצַדִּיקֵי לְסַגּוֹיֵי בְּרַמָּיוּתָא? אֲמַר לַהּ, אִין: ״עִם נָבָר תִּתָּבָר וְעִם עִקֵּשׁ תִּתַּפָּל״.
Yaakov lui dit alors : Et quelle ruse [Lavan] va mettre en œuvre et à laquelle je dois me préparer ? Ra'hel lui répondit : J'ai une sœur plus âgée que moi, et il ne me mariera pas avant elle — il essaiera de te la donner à sa place. Alors Yaakov lui donna certains signes distinctifs [simanim] qu'elle devrait utiliser pour lui indiquer qu'elle était bien Ra'hel et non sa sœur.
אֲמַר לַהּ: וּמַאי רַמָּיוּתָא? אֲמַרָה לֵיהּ: אִית לִי אֲחָתָא דְּקַשִּׁישָׁא מִינַּאי וְלָא מַנְסֵיב לִי מִקַּמַּהּ. מְסַר לַהּ סִימָנִים.
Quand vint la nuit des noces, [et que Lavan prévoyait de substituer les sœurs], Ra'hel se dit : Maintenant ma sœur va être couverte de honte [car Yaakov lui demandera les signes et elle ne les connaîtra pas]. Alors elle les lui communiqua [à Léa]. Et c'est ce qu'exprime le verset : « Et le matin, voici que c'était Léa » (Genèse 29, 25). [La Guemara remarque :] cela implique-t-il que jusqu'alors ce n'était pas Léa ? Non, mais c'est parce que Ra'hel avait transmis à Léa les signes distinctifs que Yaakov ne sut qu'au matin — lorsqu'il fit jour — que c'était Léa. C'est pourquoi Ra'hel mérita que Saül descende d'elle, en récompense de sa modestie — elle ne révéla pas à Yaakov qu'elle avait donné les signes à Léa.
כִּי מְטָא לֵילְיָא, אֲמַרָה: הַשְׁתָּא מִיכַּסְפָא אֲחָתַאי. מְסַרְתִּינְהוּ נִיהֲלַהּ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיְהִי בַבֹּקֶר וְהִנֵּה הִיא לֵאָה״, מִכְּלָל דְּעַד הַשְׁתָּא לָאו לֵאָה הִיא? אֶלָּא: מִתּוֹךְ סִימָנִין שֶׁמָּסְרָה רָחֵל לְלֵאָה — לָא הֲוָה יָדַע עַד הַשְׁתָּא. לְפִיכָךְ זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל.
Et quelle fut la modestie dont fit preuve Saül ? Comme il est écrit : « Mais la question du royaume, dont avait parlé Chemouel, il ne la lui rapporta pas » (I Samuel 10, 16). Saül manifesta sa modestie en ne révélant pas la promesse de Chemouel qu'il serait roi — et il mérita ainsi qu'Esther descende de lui. Et Rabbi Éléazar dit également : Quand le Saint Béni soit-Il confère la grandeur à quelqu'un, Il la confère à ses fils et aux fils de ses fils pour toutes les générations, comme il est dit : « Il ne détourne pas ses yeux du juste ; et avec les rois sur le trône Il les établit pour toujours, et ils sont exaltés » (Job 36, 7). Et si cet homme devient arrogant, le Saint Béni soit-Il l'abaisse pour l'humilier, comme il est dit dans le verset suivant : « Et s'ils sont liés dans des chaînes, et retenus par des cordes d'affliction, alors Il leur déclare leurs œuvres et leurs transgressions, car ils se sont conduits avec orgueil » (Job 36, 8-9).
וּמָה צְנִיעוּת הָיְתָה בְּשָׁאוּל? דִּכְתִיב: ״וְאֶת דְּבַר הַמְּלוּכָה לֹא הִגִּיד לוֹ אֲשֶׁר אָמַר שְׁמוּאֵל״, זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּשֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא פּוֹסֵק גְּדוּלָּה לְאָדָם — פּוֹסֵק לְבָנָיו וְלִבְנֵי בָנָיו עַד סוֹף כׇּל הַדּוֹרוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיּוֹשִׁיבֵם לָנֶצַח וַיִּגְבָּהוּ (וְגוֹ׳)״. וְאִם הֵגִיס דַּעְתּוֹ — הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַשְׁפִּילוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם אֲסוּרִים בַּזִּקִּים וְגוֹ׳״.
§ La Guemara revient à son commentaire de la Méguila. Le verset dit : « Car Esther suivait les instructions de Mardokhée, comme lorsqu'elle était sous sa tutelle » (Esther 2, 20). Rabbi Yirmeya dit : cela enseigne qu'elle montrait [ses écoulements de] sang de menstruation aux Sages [pour leur demander si elle était pure ou impure]. Le verset continue : « comme lorsqu'elle était sous sa tutelle » (Esther 2, 20). Rabba bar Lima dit au nom de Rav : cela signifie qu'elle maintenait une relation avec Mardokhée — elle se levait du giron d'A'hochvéroch, s'immergait dans un bain rituel [mikvé], et venait s'asseoir dans le giron de Mardokhée.
״וְאֶת מַאֲמַר מׇרְדֳּכַי אֶסְתֵּר עוֹשָׂה״, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: שֶׁהָיְתָה מַרְאָה דַּם נִדָּה לַחֲכָמִים. ״כַּאֲשֶׁר הָיְתָה בְאׇמְנָה אִתּוֹ״, אָמַר רַבָּה בַּר לִימָא (מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב): שֶׁהָיְתָה עוֹמֶדֶת מֵחֵיקוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְטוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי.
La Méguila continue : « En ces jours-là, alors que Mardokhée siégeait à la porte du roi, Bigtan et Térech se mirent en colère » (Esther 2, 21). Rabbi 'Hiyya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Le Saint Béni soit-Il provoqua la colère d'un maître contre ses serviteurs pour accomplir la volonté d'un juste. Et qui est ce juste ? Yossef — comme en témoigne le récit du chef des échansons devant Pharaon : « Et il y avait là avec nous un jeune Hébreu » (Genèse 41, 12) [indiquant que Pharaon s'était mis en colère contre ses deux officiers et les avait jetés en prison, ce qui permit à Yossef de les y rejoindre et d'interpréter leurs rêves].
״בַּיָּמִים הָהֵם וּמׇרְדֳּכַי יוֹשֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ קָצַף בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ״, אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִקְצִיף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אָדוֹן עַל עֲבָדָיו לַעֲשׂוֹת רְצוֹן צַדִּיק. וּמַנּוּ? יוֹסֵף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁם אִתָּנוּ נַעַר עִבְרִי וְגוֹ׳״.
De même, le Saint Béni soit-Il fit se mettre en colère des serviteurs contre leur maître pour accomplir un miracle en faveur d'un autre juste. Et qui est-il ? C'est Mardokhée — car au sujet du complot pour tuer le roi il est écrit : « Et la chose fut connue de Mardokhée » (Esther 2, 22).
עֲבָדִים עַל אֲדוֹנֵיהֶן לַעֲשׂוֹת נֵס לַצַּדִּיק, וּמַנּוּ? מָרְדֳּכַי, דִּכְתִיב: ״וַיִּוָּדַע הַדָּבָר לְמׇרְדֳּכַי וְגוֹ׳״.
Rabbi Yo'hanan dit : Bigtan et Térech étaient deux Tarsiens [hommes de la région de Tarse], et ils se parlaient dans la langue tarsienne. Ils se dirent : Depuis qu'Esther est arrivée [au palais], nous n'avons plus fermé l'œil [car le roi, pris de passion pour elle, ne cesse de les solliciter la nuit]. Allons donc verser du poison dans la coupe [du roi] afin qu'il meure. Mais ils ne savaient pas que Mardokhée était l'un de ceux qui siégeaient au Sanhédrin [dans la Salle des Pierres Taillées], et qu'il connaissait les soixante-dix langues [connaissance requise des membres du Sanhédrin].
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ שְׁנֵי טַרְסִיִּים הֲווֹ, וְהָיוּ מְסַפְּרִין בְּלָשׁוֹן טוּרְסִי, וְאוֹמְרִים: מִיּוֹם שֶׁבָּאת זוֹ לֹא רָאִינוּ שֵׁינָה בְּעֵינֵינוּ, בֹּא וְנַטִּיל אֶרֶס בַּסֵּפֶל כְּדֵי שֶׁיָּמוּת. וְהֵן לֹא הָיוּ יוֹדְעִין כִּי מָרְדֳּכַי מִיּוֹשְׁבֵי לִשְׁכַּת הַגָּזִית הָיָה, וְהָיָה יוֹדֵעַ בְּשִׁבְעִים לָשׁוֹן.
L'un d'eux dit à l'autre : Mais mon poste et ton poste ne sont-ils pas différents ? Comment l'un d'entre nous pourrait-il quitter sa position pour exécuter notre plan et empoisonner le roi ? L'autre lui dit : Je garderai à la fois mon poste et le tien. Et c'est ce qu'exprime le verset : « Et la chose fut recherchée et trouvée » (Esther 2, 23) — on découvrit qu'ils n'étaient pas tous les deux à leurs postes respectifs.
אָמַר לוֹ: וַהֲלֹא אֵין מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ שָׁוָה? אָמַר לוֹ: אֲנִי אֶשְׁמוֹר מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיְבֻקַּשׁ הַדָּבָר וַיִּמָּצֵא״ — שֶׁלֹּא נִמְצְאוּ בְּמִשְׁמַרְתָּן.
Le verset dit : « Après ces événements, le roi A'hochvéroch éleva Haman » (Esther 3, 1). [La Guemara demande :] Après quels événements précisément ? Rava dit : seulement après que le Saint Béni soit-Il eut créé le remède [la guérison] pour la blessure [à venir] — en mettant en place la chaîne d'événements qui mènerait au salut miraculeux — Haman fut promu, préparant ainsi la scène pour que le décret contre les Juifs soit émis.
״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״. (אַחַר מַאי?) אָמַר רָבָא: אַחַר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רְפוּאָה לַמַּכָּה.
Megillah 13b
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מגילה י״ג במַסֶּכֶת מְגִילָּה