« Que l'homme les accomplisse et vive par eux » (Vayikra 18, 5). On en déduit qu'à celui qui demeure assis sans commettre de transgression, D.ieu accorde une récompense comme à celui qui accomplit une mitsva.
״אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹתָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם״. הָא הַיּוֹשֵׁב וְלָא עָבַר עֲבֵירָה נוֹתְנִין לוֹ שָׂכָר כָּעוֹשֶׂה מִצְוָה.
Rabbi Shimon bar Rabbi [Yehouda HaNassi] dit : comme le verset dit : « Seulement, sois ferme pour ne pas manger le sang, car le sang, c'est l'âme » (Devarim 12, 23), on déduit a fortiori : si pour le sang, que l'âme de l'homme répugne, celui qui s'en abstient reçoit une récompense — il est écrit au verset suivant : « Tu ne le mangeras pas, afin que cela te soit bien, toi et tes enfants après toi » (Devarim 12, 25) — alors pour le vol et les rapports avec des parentes interdites, que l'âme de l'homme désire et convoite, celui qui s'en abstient et surmonte son inclination, à combien plus forte raison lui et ses descendants, et les descendants de ses descendants jusqu'à la fin de toutes les générations, mériteront-ils une récompense.
רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר רַבִּי אוֹמֵר: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״רַק חֲזַק לְבִלְתִּי אֲכֹל (אֶת) הַדָּם כִּי הַדָּם הוּא הַנָּפֶשׁ וְגוֹ׳״ וּמָה אִם הַדָּם, שֶׁנַּפְשׁוֹ שֶׁל הָאָדָם קָצָה מִמֶּנּוּ – הַפּוֹרֵשׁ מִמֶּנּוּ מְקַבֵּל שָׂכָר, גָּזֵל וַעֲרָיוֹת, שֶׁנַּפְשׁוֹ שֶׁל אָדָם מִתְאַוָּה לָהֶן וּמְחַמַּדְתָּן – הַפּוֹרֵשׁ מֵהֶן עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה שֶׁיִּזְכֶּה לוֹ וּלְדוֹרוֹתָיו וּלְדוֹרוֹת דּוֹרוֹתָיו עַד סוֹף כׇּל הַדּוֹרוֹת.
Rabbi Hananya ben Akashya dit : le Saint, béni soit-Il, a voulu conférer du mérite au peuple juif ; Il a donc multiplié pour eux Torah et mitsvot, car chaque mitsva accroît le mérite, comme il est dit : « Il a plu à l'Éternel, pour l'amour de Sa justice, d'agrandir la Torah et de la rendre glorieuse » (Yeshaya 42, 21). D.ieu a voulu agrandir et glorifier la Torah par la multiplication des mitsvot.
רַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן עֲקַשְׁיָא אוֹמֵר: רָצָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְזַכּוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל, לְפִיכָךְ הִרְבָּה לָהֶם תּוֹרָה וּמִצְוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר ״ה׳ חָפֵץ לְמַעַן צִדְקוֹ יַגְדִּיל תּוֹרָה וְיַאְדִּיר״.
Guémara
GUEMARA : Rabbi Yo'hanan dit : les collègues de Rabbi Hananya ben Gamliel sont en désaccord avec lui et estiment que les coups n'exemptent pas le pécheur du karet. Rav Adda bar Ahava dit que c'est le cas, car ils disent à l'école de Rav que nous avons appris dans une Michna (Meguila 7b) : la différence entre Shabbat et Yom Kippour quant au travail interdit ces jours-là est seulement qu'en ce cas, Shabbat, sa transgression volontaire est punie par des mains humaines — il est lapidé par un tribunal sur témoignage d'avertis — et en ce cas, Yom Kippour, sa transgression volontaire est punie par D.ieu, par karet. Et si l'avis de Rabbi Hananya ben Gamliel est correct, dans les deux cas la punition serait par des mains humaines. Apparemment, le tanna de la Michna, les Sages, contredit Rabbi Hananya ben Gamliel.
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: חֲלוּקִין עָלָיו חֲבֵרָיו עַל רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: אָמְרִי בֵּי רַב, תְּנֵינַן: אֵין בֵּין שַׁבָּת לְיוֹם הַכִּפּוּרִים אֶלָּא שֶׁזֶּה זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם וְזֶה זְדוֹנוֹ בְּהִכָּרֵת. וְאִם אִיתָא, אִידֵּי וְאִידֵּי בִּידֵי אָדָם הוּא.
Rav Na'hman bar Yitz'hak dit : il n'y a pas de preuve d'ici que les collègues de Rabbi Hananya ben Gamliel le contredisent, car selon l'avis de qui cette Michna est-elle enseignée ? Selon Rabbi Yitz'hak, qui dit : il n'y a pas de coups dans les cas de karet. Comme il est enseigné dans une baraita : Rabbi Yitz'hak dit : tous les coupables de karet pour rapports interdits étaient inclus dans le principe : « Car quiconque commettra l'une de ces abominations, les gens qui les commettront seront exclus » (Vayikra 18, 29). Et pourquoi le karet pour relations avec sa sœur fut-il exclu de ce verset et mentionné à part (Vayikra 20, 17) ? Pour condamner celui qui transgresse une interdiction punissable de karet au karet seul, et non aux coups. D'autres Sages contredisent Rabbi Yitz'hak (cf. 13b).
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אוֹמֵר: הָא מַנִּי – רַבִּי יִצְחָק הִיא, דְּאָמַר: מַלְקוֹת בְּחַיָּיבֵי כָרֵיתוֹת לֵיכָּא. דְּתַנְיָא, רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר: חַיָּיבֵי כָרֵיתוֹת בַּכְּלָל הָיוּ, וְלָמָּה יָצָאת כָּרֵת בַּאֲחוֹתוֹ – לְדוּנוֹ בְּכָרֵת וְלֹא בְּמַלְקוֹת.
Rav Ashi dit : même si tu dis que la Michna est selon l'avis des Sages, qui contredisent Rabbi Yitz'hak et estiment qu'il y a des coups même lorsqu'il y a karet, il n'y a pas de preuve que les collègues de Rabbi Hananya ben Gamliel le contredisent. La Michna s'entend ainsi : en ce cas, Shabbat, la punition principale de sa transgression volontaire est par des mains humaines ; en ce cas, Yom Kippour, la punition principale est le karet, punition des mains du Ciel. S'il a été flagellé, il est exempt de karet.
רַב אָשֵׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן, זֶה – עִיקַּר זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם, וְזֶה – עִיקַּר זְדוֹנוֹ בִּידֵי שָׁמַיִם.
Rav Adda bar Ahava dit que Rav dit : la halakha est selon l'avis de Rabbi Hananya ben Gamliel, qui a statué que les coups exemptent du karet. Rav Yossef dit : qui est monté en haut et est revenu te dire qu'un flagellé est exempt de karet ? Cela ne dépend pas de la décision d'un tribunal terrestre. Abaye dit à Rav Yossef : selon ton raisonnement, à propos de ce que dit Rabbi Yehoshoua ben Levi : il y a trois matières que le tribunal terrestre a mises en pratique et le tribunal céleste a approuvées — la même question s'applique : qui est monté en haut pour le lui dire ? Plutôt, pour en arriver à la conclusion de Rabbi Yehoshoua ben Levi, nous interprétons homilétiquement des versets. Ici aussi, pour les coups et le karet, nous interprétons des versets.
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאן סְלֵיק לְעֵילָּא וַאֲתָא וַאֲמַר?! אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: אֶלָּא הָא דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָשׂוּ בֵּית דִּין שֶׁל מַטָּה וְהִסְכִּימוּ בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה עַל יָדָם – מַאן סְלֵיק לְעֵילָּא וַאֲתָא וַאֲמַר? אֶלָּא: קְרָאֵי קָא דָרְשִׁינַן, הָכָא נָמֵי, קְרָאֵי קָא דָרְשִׁינַן.
§ Quant à la matière elle-même, Rabbi Yehoshoua ben Levi dit : il y a trois matières que le tribunal terrestre a mises en pratique et le tribunal céleste a approuvées, et voici lesquelles : la lecture publique de la Meguila [Rouleau d'Esther], saluer autrui au Nom de D.ieu, et apporter le ma'asser rishon [première dîme] au trésor du Temple à Jérusalem. D'où déduit-on que le tribunal céleste a approuvé ?
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָשׂוּ בֵּית דִּין שֶׁל מַטָּה וְהִסְכִּימוּ בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה עַל יָדָם, [אֵלּוּ הֵן]: מִקְרָא מְגִילָּה, וּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם [בַּשֵּׁם], וַהֲבָאַת מַעֲשֵׂר.
La lecture de la Meguila se déduit d'un verset, car il est écrit : « Les Juifs confirmèrent et acceptèrent » (Esther 9, 27). Le verset aurait pu dire simplement : ils acceptèrent. De la formulation, on interprète : ils confirmèrent en haut, au Ciel, ce qu'ils acceptèrent en bas, sur terre.
מִקְרָא מְגִילָּה – דִּכְתִיב ״קִיְּמוּ וְקִבְּלוּ הַיְּהוּדִים״ – קִיְּימוּ לְמַעְלָה מַה שֶּׁקִּבְּלוּ לְמַטָּה.
Saluer autrui au Nom de D.ieu se déduit d'un verset, car il est écrit : « Et voici Boaz, venu de Bethléem, qui dit aux moissonneurs : Que l'Éternel soit avec vous ! Et ils lui répondirent : Que l'Éternel te bénisse ! » (Ruth 2, 4). Et il est dit : « Et l'ange de l'Éternel lui apparut et dit : L'Éternel est avec toi, vaillant héros ! » (Shoftim 6, 12). La Guemara demande : pourquoi cite-t-on la source supplémentaire sur Gideon, introduite par « et il est dit » ? La preuve de Boaz ne suffisait-elle pas ? La Guemara explique : si tu disais : c'est Boaz qui l'a fait de sa propre initiative, et du Ciel on n'a pas approuvé — viens entendre une preuve : « L'Éternel est avec toi, vaillant héros ! » L'ange salua Gideon au Nom de D.ieu, indiquant qu'il y a accord au Ciel que cette forme de salut est acceptable.
וּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם – דִּכְתִיב ״וְהִנֵּה בֹעַז בָּא מִבֵּית לֶחֶם וַיֹּאמֶר לַקּוֹצְרִים ה׳ עִמָּכֶם״, וְאוֹמֵר ״ה׳ עִמְּךָ גִּבּוֹר הֶחָיִל״. מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא בּוֹעַז הוּא דַּעֲבַד מִדַּעְתֵּיהּ, וּמִשְּׁמַיָּא לָא אַסְכִּימוּ עַל יְדֵיהּ – תָּא שְׁמַע: וְאוֹמֵר ״ה׳ עִמְּךָ גִּבּוֹר הֶחָיִל״.
D'où déduit-on que le tribunal céleste a approuvé l'apport du ma'asser rishon au trésor du Temple à Jérusalem ? D'un verset, car il est écrit : « Apportez toute la dîme à la maison du trésor, qu'il y ait de la nourriture dans Ma maison, et mettez-Moi à l'épreuve… si Je n'ouvrirai pas pour vous les fenêtres du ciel et ne répandrai sur vous une bénédiction jusqu'à abondance [ad beli dai] » (Malakhi 3, 10). La Guemara demande : que signifie « ad beli dai » ? Rami bar Rav dit : l'abondance sera telle que vos lèvres seront usées [yivlu] de dire : assez [dai].
הֲבָאַת מַעֲשֵׂר – דִּכְתִיב ״הָבִיאוּ אֶת כׇּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת אָמַר ה׳ צְבָאוֹת אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם אֵת אֲרֻבּוֹת הַשָּׁמַיִם וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי״. מַאי ״עַד בְּלִי דָּי״? אָמַר רָמֵי בַּר רַב: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר ״דָּי״.
La Guemara cite une déclaration voisine. Rabbi Elazar dit : en trois endroits l'Esprit divin apparut devant tous pour attester que l'action entreprise était appropriée : au tribunal de Shem, au tribunal de Shmouel le Ramathite, et au tribunal de Shlomo. La Guemara développe : au tribunal de Shem, car il est écrit dans l'épisode de Yehouda et Tamar : « Et Yehouda les reconnut et dit : Elle est plus juste que moi [mimmenni] » (Berechit 38, 26). Comment Yehouda savait-il que l'assertion de Tamar — qu'elle portait son enfant — était correcte ? Peut-être, comme il alla la trouver, un autre homme l'avait aussi engagée ? Plutôt, une voix céleste émergea et dit : C'est de Moi [mimmenni] que ces secrets sont sortis. D.ieu confirma qu'elle avait raison et que c'était Son plan divin que Yehouda engendre un enfant de Tamar.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: בִּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת הוֹפִיעַ רוּחַ הַקּוֹדֶשׁ: בְּבֵית דִּינוֹ שֶׁל שֵׁם, וּבְבֵית דִּינוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל הָרָמָתִי, וּבְבֵית דִּינוֹ שֶׁל שְׁלֹמֹה. בְּבֵית דִּינוֹ שֶׁל שֵׁם – דִּכְתִיב ״וַיַּכֵּר יְהוּדָה וַיֹּאמֶר צָדְקָה מִמֶּנִּי״. מְנָא יָדַע? דִּלְמָא כִּי הֵיכִי דַּאֲזַל אִיהוּ לְגַבַּהּ אֲזַל נָמֵי אִינָשׁ אַחֲרִינָא [לְגַבַּהּ]! יָצָאת בַּת קוֹל וְאָמְרָה: מִמֶּנִּי יָצְאוּ כְּבוּשִׁים.