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Traité Ketubot

8b

Étude de Ketubot 8b

Étude de la Guémara 8b

Guémara
La Guemara répond : lorsque cette baraïta enseigne [que les endeuillés entrent dans le compte], c'est au sujet du Birkat hamazon [les actions de grâce après le repas] — l'endeuillé, qui demeure tenu de réciter le Birkat hamazon, se joint à deux autres convives pour former le quorum de trois [le zimoun]. En revanche, lorsque Rabbi Yohanan dit que les endeuillés n'entrent pas dans le compte, c'est au sujet du quorum de dix hommes requis pour former la rangée [choura] qui console les endeuillés au retour de l'enterrement.
כִּי תַּנְיָא הָהִיא — בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן, כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן — בְּשׁוּרָה.
La Guemara objecte : mais alors, comment comprendre ce que Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yohanan : on récite la bénédiction des mariés [birkat hatanim] en présence de dix, et les mariés entrent dans le compte ; et l'on récite la bénédiction des endeuillés [birkat avelim] en présence de dix, et les endeuillés n'entrent pas dans le compte ? Or, existe-t-il une bénédiction récitée dans la rangée [de consolation] ? [On n'y prononce que des paroles de réconfort, aucune bénédiction — cette parole-là de Rabbi Yohanan ne peut donc pas viser la choura.] Réponse : lorsque Rabbi Yohanan a dit que les endeuillés n'entrent pas dans le compte, c'est au sujet de la bénédiction récitée sur la place [rehava — l'esplanade proche du cimetière], où se prend le repas de consolation et où l'on récite diverses bénédictions pour consoler les endeuillés ; et pour ce quorum de dix, les endeuillés ne sont pas comptés.
וְאֶלָּא הָא דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מְבָרְכִים בִּרְכַּת חֲתָנִים בַּעֲשָׂרָה, וַחֲתָנִים מִן הַמִּנְיָן. וּבִרְכַּת אֲבֵלִים בַּעֲשָׂרָה, וְאֵין אֲבֵלִים מִן הַמִּנְיָן. בְּרָכָה בְּשׁוּרָה מִי אִיכָּא? אֶלָּא כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בִּרְחָבָה.
La Guemara objecte encore : mais comment comprendre cet autre enseignement, où Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yohanan : on récite la bénédiction des mariés en présence de dix pendant tous les sept jours [des festivités], et les mariés entrent dans le compte ; et l'on récite la bénédiction des endeuillés en présence de dix pendant tous les sept jours [du deuil], et les endeuillés n'entrent pas dans le compte ? Or, existe-t-il une bénédiction de la place [rehava] pendant tous les sept jours ? [Le repas de consolation et ses bénédictions ont lieu au retour même de l'enterrement, non toute la semaine de deuil !] La Guemara répond : tu trouves ce cas lorsque se présentent des visages nouveaux [panim hadachot — des personnes qui n'avaient pas assisté à l'enterrement] : on reprend alors les éloges et les paroles de consolation, et la bénédiction des endeuillés est récitée à nouveau.
וְאֶלָּא הָא דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים בַּעֲשָׂרָה כׇּל שִׁבְעָה, וַחֲתָנִים מִן הַמִּנְיָן. וּבִרְכַּת אֲבֵלִים בַּעֲשָׂרָה כׇּל שִׁבְעָה, וְאֵין אֲבֵלִים מִן הַמִּנְיָן. בִּרְכַּת רְחָבָה כׇּל שִׁבְעָה מִי אִיכָּא? מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בְּפָנִים חֲדָשׁוֹת.
§ Cela rejoint l'épisode suivant : Rav Hiyya bar Abba était le maître d'Écriture des fils de Rech Lakich — certains disent : le maître de Michna du fils de Rech Lakich. Son enfant mourut. Le premier jour, Rech Lakich ne se rendit pas auprès de lui ; le lendemain, il emmena avec lui Yehouda bar Nahmani, son interprète [metourguemane], et lui dit : lève-toi et dis une parole en rapport avec [la mort de] l'enfant. Il ouvrit et dit : « L'Éternel vit, et Il repoussa [Ses enfants], par dépit contre Ses fils et Ses filles » (Devarim 32, 19) — dans une génération où les pères outragent le Saint, béni soit-Il, Il s'irrite contre leurs fils et contre leurs filles, et ceux-ci meurent en bas âge.
כִּי הָא דְּרַב חִיָּיא בַּר אַבָּא מַקְרֵי בְּנֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ הֲוָה, וְאָמְרִי לַהּ מַתְנִי בְּרֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ הֲוָה. שְׁכֵיב לֵיהּ יָנוֹקָא. יוֹמָא קַמָּא לָא אֲזַל לְגַבֵּיהּ. לִמְחַר דַּבְרֵיהּ לִיהוּדָה בַּר נַחְמָנִי מְתוּרְגְּמָנֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: קוּם אֵימָא מִלְּתָא כׇּל קֳבֵיל יָנוֹקָא. פְּתַח וַאֲמַר: ״וַיַּרְא ה׳ וַיִּנְאָץ מִכַּעַס בָּנָיו וּבְנוֹתָיו״, דּוֹר שֶׁאָבוֹת מְנָאֲצִים לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — כּוֹעֵס עַל בְּנֵיהֶם וְעַל בְּנוֹתֵיהֶם, וּמֵתִים כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים.
D'autres rapportent que le défunt n'était pas un petit enfant mais un jeune homme [bahour], et que c'est ceci que l'interprète lui exposa : « C'est pourquoi le Seigneur ne se réjouira pas de ses jeunes gens, et Il n'aura pas pitié de ses orphelins ni de ses veuves, car tous sont impies et malfaisants, et toute bouche profère l'infamie ; malgré tout cela, Sa colère ne s'est pas détournée, et Sa main reste étendue » (Yechayahou 9, 16). Que signifie « et Sa main reste étendue » ? Rav Hanan bar Rav a dit : chacun sait pourquoi une mariée entre sous la houpa [c'est l'étape qui précède l'union conjugale — mais on n'en parle pas crûment]. Eh bien, quiconque avilit sa bouche et fait sortir de ses lèvres une parole d'infamie, même si un décret favorable de soixante-dix années avait été scellé en sa faveur, ce décret se retourne pour lui en mal.
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי בָּחוּר הֲוָה. וְהָכִי קָאָמַר לֵיהּ: ״עַל כֵּן עַל בַּחוּרָיו לֹא יִשְׂמַח ה׳ וְאֶת יְתוֹמָיו וְאֶת אַלְמְנוֹתָיו לֹא יְרַחֵם כִּי כֻלּוֹ חָנֵף וּמֵרַע וְכׇל פֶּה דֹּבֵר נְבָלָה בְּכׇל זֹאת לֹא שָׁב אַפּוֹ וְעוֹד יָדוֹ נְטוּיָה״. מַאי ״וְעוֹד יָדוֹ נְטוּיָה״? אָמַר רַב חָנָן בַּר רַב: הַכֹּל יוֹדְעִין כַּלָּה לָמָּה נִכְנְסָה לַחוּפָּה. אֶלָּא, כׇּל הַמְנַבֵּל פִּיו, וּמוֹצִיא דְּבַר נְבָלָה מִפִּיו, אֲפִלּוּ נֶחְתַּם לוֹ גְּזַר דִּינוֹ שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה לְטוֹבָה — נֶהְפָּךְ עָלָיו לְרָעָה.
La Guemara s'étonne du propos : il était venu pour consoler Rav Hiyya bar Abba — et voilà qu'il l'afflige [en paraissant imputer la mort de son fils à ses fautes] ! La Guemara répond : telle n'était pas son intention ; voici plutôt ce qu'il lui disait : tu es assez considérable pour être saisi pour [les fautes de] la génération — [ce sont précisément les quelques justes qui sont frappés pour les transgressions d'une génération fautive ; la mort de l'enfant atteste donc le rang du père, et non ses fautes].
אֲתָא לְנַחוֹמֵי — צַעוֹרֵי קָמְצַעַר לֵיהּ! הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: חֲשִׁיב אַתְּ לְאִתְּפוֹסֵי אַדָּרָא.
Rech Lakich lui dit : lève-toi et dis une parole en l'honneur de la louange du Saint, béni soit-Il. Il ouvrit et dit : le D.ieu grand par l'abondance de Sa grandeur, puissant et fort par l'abondance de Ses prodiges, qui fait revivre les morts par Sa parole, qui accomplit de grandes choses jusqu'à l'insondable et des merveilles sans nombre — béni sois-Tu, Éternel, qui fais revivre les morts.
אֲמַר לֵיהּ: קוּם אֵימָא מִלְּתָא כְּנֶגֶד שְׁבָחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. פָּתַח וְאָמַר: ״הָאֵל הַגָּדוֹל בְּרוֹב גׇּדְלוֹ, אַדִּיר וְחָזָק בְּרוֹב נוֹרָאוֹת, מְחַיֵּה מֵתִים בְּמַאֲמָרוֹ, עוֹשֶׂה גְדוֹלוֹת עַד אֵין חֵקֶר וְנִפְלָאוֹת עַד אֵין מִסְפָּר. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ מְחַיֵּה הַמֵּתִים״.
Il lui dit : lève-toi et dis une parole à l'adresse des endeuillés. Il ouvrit et dit : nos frères, épuisés, accablés par ce deuil, appliquez votre cœur à méditer ceci : cela demeure à jamais — c'est un chemin [tracé] depuis les six jours de la Création [la mort est dans le monde depuis la Création, et chacun sait que tel est le destin de l'homme]. Beaucoup ont bu [à la coupe de la mort], beaucoup boiront ; comme fut le breuvage des premiers, ainsi sera le breuvage des derniers. Nos frères, que le Maître des consolations vous console. Béni sois-Tu, Éternel, qui consoles les endeuillés.
אֲמַר לֵיהּ: קוּם אֵימָא מִלְּתָא כְּנֶגֶד אֲבֵלִים, פָּתַח וְאָמַר: ״אַחֵינוּ הַמְיוּגָּעִים, הַמְדוּכָּאִין בָּאֵבֶל הַזֶּה, תְּנוּ לְבַבְכֶם לַחְקוֹר אֶת זֹאת. זֹאת הִיא עוֹמֶדֶת לָעַד, נָתִיב הוּא מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְרֵאשִׁית. רַבִּים שָׁתוּ, רַבִּים יִשְׁתּוּ. כְּמִשְׁתֵּה רִאשׁוֹנִים כָּךְ מִשְׁתֵּה אַחֲרוֹנִים. אַחֵינוּ, בַּעַל נֶחָמוֹת יְנַחֵם אֶתְכֶם. בָּרוּךְ מְנַחֵם אֲבֵלִים״.
Abaye dit à propos de cette formule des endeuillés : qu'il dise « beaucoup ont bu », mais qu'il ne dise pas « beaucoup boiront » ; qu'il dise « le breuvage des premiers », mais qu'il ne dise pas « le breuvage des derniers ». Car Rabbi Chimon ben Lakich a dit, et on l'a de même enseigné au nom de Rabbi Yossei : que jamais l'homme n'ouvre la bouche au Satan [en énonçant de sa propre bouche un malheur à venir]. Rav Yossef dit : quel est le verset [d'où on le tire] ? « Peu s'en faut que nous n'ayons été comme Sodome, que nous n'ayons ressemblé à Gomorrhe » (Yechayahou 1, 9) — et que leur répondit [aussitôt] le prophète ? « Écoutez la parole de l'Éternel, chefs de Sodome ; prêtez l'oreille à la loi de notre D.ieu, peuple de Gomorrhe » (Yechayahou 1, 10). [À peine Yechayahou avait-il prononcé la comparaison qu'elle se réalisait à leur encontre.]
אָמַר אַבָּיֵי: ״רַבִּים שָׁתוּ״ — לֵימָא. ״רַבִּים יִשְׁתּוּ״ — לָא לֵימָא. ״מִשְׁתֵּה רִאשׁוֹנִים״ — לֵימָא. ״מִשְׁתֵּה אַחֲרוֹנִים״ — לָא לֵימָא. דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, וְכֵן תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי: לְעוֹלָם אַל יִפְתַּח אָדָם פִּיו לַשָּׂטָן. אָמַר רַב יוֹסֵף, מַאי קְרָא: ״כִּסְדוֹם הָיִינוּ לַעֲמוֹרָה דָּמִינוּ״. מַאי אַהְדַּר לֵיהּ — ״שִׁמְעוּ דְבַר ה׳ קְצִינֵי סְדוֹם וְגוֹ׳״.
Il dit à l'interprète : lève-toi et dis une parole à l'adresse de ceux qui consolent les endeuillés. Il ouvrit et dit : nos frères, qui dispensez la bonté, fils de dispensateurs de bonté, attachés à l'alliance d'Avraham notre père — comme il est dit : « Car Je l'ai connu, afin qu'il ordonne à ses fils [après lui]… de pratiquer la charité et la justice » (Berechit 18, 19) —, nos frères, que le Maître de la rétribution vous paie votre salaire. Béni sois-Tu, Éternel, qui paies la rétribution.
אֲמַר לֵיהּ: קוּם אֵימָא מִלְּתָא כְּנֶגֶד מְנַחֲמֵי אֲבֵלִים. פָּתַח וְאָמַר: ״אַחֵינוּ גּוֹמְלֵי חֲסָדִים בְּנֵי גּוֹמְלֵי חֲסָדִים, הַמַּחְזִיקִים בִּבְרִיתוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ (שֶׁנֶּאֱמַר: ׳כִּי יְדַעְתִּיו לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת בָּנָיו וְגוֹ׳׳). אַחֵינוּ, בַּעַל הַגְּמוּל יְשַׁלֵּם לָכֶם גְּמוּלְכֶם. בָּרוּךְ אַתָּה, מְשַׁלֵּם הַגְּמוּל״.
Il lui dit : lève-toi et dis une parole à l'adresse de tout Israël. Il ouvrit et dit : Maître des mondes, rachète et sauve, délivre et secours Ton peuple Israël de la peste, de l'épée, du pillage, de la nielle et de la jaunisse [fléaux qui frappent les récoltes] et de toutes les calamités qui surgissent et fondent sur le monde. Avant même que nous appelions, Toi, réponds. Béni sois-Tu, Éternel, qui arrêtes le fléau. [Il ressort de tout cela que plusieurs bénédictions se récitent bien dans les jours qui suivent l'enterrement — comme la sougya l'avait établi.]
אֲמַר לֵיהּ: קוּם אֵימָא מִלְּתָא כְּנֶגֶד כׇּל יִשְׂרָאֵל. פָּתַח וְאָמַר: ״רִבּוֹן הָעוֹלָמִים, פְּדֵה וְהַצֵּל, מַלֵּט, הוֹשַׁע עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל מִן הַדֶּבֶר וּמִן הַחֶרֶב וּמִן הַבִּיזָּה וּמִן הַשִּׁדָּפוֹן וּמִן הַיֵּרָקוֹן וּמִכׇּל מִינֵי פּוּרְעָנִיּוֹת הַמִּתְרַגְּשׁוֹת וּבָאוֹת לָעוֹלָם, טֶרֶם נִקְרָא וְאַתָּה תַּעֲנֶה. בָּרוּךְ אַתָּה, עוֹצֵר הַמַּגֵּפָה״.
§ Toujours au chapitre de la consolation des endeuillés, Oula a dit — certains disent que cela fut enseigné dans une baraïta — : les Sages ont institué dix coupes [de vin] à boire dans la maison de l'endeuillé : trois avant le repas, pour ouvrir ses entrailles [c'est-à-dire aiguiser son appétit] ; trois pendant le repas, pour imbiber la nourriture dans ses entrailles [et en faciliter la digestion] ; et quatre après le repas, [accompagnant les bénédictions du Birkat hamazon :] une correspondant à la bénédiction « qui nourrit » [hazan], une correspondant à la bénédiction de la terre, une correspondant à « qui rebâtit Jérusalem », et une correspondant à « qui est bon et fait le bien » [hatov véhamétiv].
אֲמַר עוּלָּא, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: עֲשָׂרָה כּוֹסוֹת תִּקְּנוּ חֲכָמִים בְּבֵית הָאֵבֶל: שְׁלֹשָׁה קוֹדֶם אֲכִילָה, כְּדֵי לִפְתּוֹחַ אֶת בְּנֵי מֵעָיו. שְׁלֹשָׁה בְּתוֹךְ אֲכִילָה, כְּדֵי לִשְׁרוֹת אֲכִילָה שֶׁבְּמֵעָיו. וְאַרְבָּעָה לְאַחַר אֲכִילָה, אֶחָד כְּנֶגֶד ״הַזָּן״, וְאֶחָד כְּנֶגֶד בִּרְכַּת הָאָרֶץ, וְאֶחָד כְּנֶגֶד ״בּוֹנֵה יְרוּשָׁלָיִם״, וְאֶחָד כְּנֶגֶד ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״.
Ketubot 8b
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