Guémara
[La Guemara achève d'énoncer la première des bénédictions du mariage, commencée au daf précédent : Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi du monde,] qui a tout créé pour Sa gloire (chéhakol bara likhvodo).
שֶׁהַכֹּל בָּרָא לִכְבוֹדוֹ״.
Et la deuxième bénédiction est : Béni sois-Tu, [Éternel notre D.ieu, Roi du monde,] Créateur de l'homme (yotser haadam).
וְ״יוֹצֵר הָאָדָם״.
Et la troisième bénédiction est : Béni sois-Tu, [Éternel notre D.ieu, Roi du monde,] qui a façonné l'homme à Son image — à l'image de la ressemblance de Sa forme — et qui lui a préparé, issu de lui-même, un édifice pour l'éternité [la femme, bâtie de sa propre chair — voir Beréchit 2, 22]. Béni sois-Tu, Éternel, Créateur de l'homme.
וַ״אֲשֶׁר יָצַר אֶת הָאָדָם בְּצַלְמוֹ, בְּצֶלֶם דְּמוּת תַּבְנִיתוֹ, וְהִתְקִין לוֹ מִמֶּנּוּ בִּנְיַן עֲדֵי עַד. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, יוֹצֵר הָאָדָם״.
La quatrième bénédiction est : Qu'elle exulte et se réjouisse, la stérile [Jérusalem], lorsque ses enfants seront rassemblés en son sein dans la joie. Béni sois-Tu, Éternel, qui réjouis Sion par ses enfants.
״שׂוֹשׂ תָּשִׂישׂ וְתָגֵל הָעֲקָרָה, בְּקִבּוּץ בָּנֶיהָ לְתוֹכָהּ בְּשִׂמְחָה. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, מְשַׂמֵּחַ צִיּוֹן בְּבָנֶיהָ״.
La cinquième bénédiction est : Réjouis, réjouis pleinement ces compagnons aimants [le marié et la mariée, qui s'aiment l'un l'autre], comme Tu as réjoui Ta créature [Adam, avec sa compagne] au jardin d'Éden, aux temps anciens. Béni sois-Tu, Éternel, qui réjouis le marié et la mariée.
״שַׂמֵּחַ תְּשַׂמַּח רֵיעִים הָאֲהוּבִים, כְּשַׂמֵּחֲךָ יְצִירְךָ בְּגַן עֵדֶן מִקֶּדֶם, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, מְשַׂמֵּחַ חָתָן וְכַלָּה״.
La sixième bénédiction est : Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi du monde, qui a créé la liesse et la joie, le marié et la mariée, l'allégresse, le chant, la gaieté et la jubilation, l'amour et la fraternité, la paix et l'amitié. Bientôt, Éternel notre D.ieu, puisse-t-on entendre dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem la voix de la liesse et la voix de la joie, la voix du marié et la voix de la mariée, la voix des acclamations des mariés sous leur dais nuptial (houpa) et des jeunes gens à leur festin de chants (voir Yirmeyahou 33, 11). Béni sois-Tu, Éternel, qui réjouis le marié avec la mariée. [Avec la bénédiction sur le vin, ce sont là les sept bénédictions du mariage — les chéva berakhot.]
״בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, אֲשֶׁר בָּרָא שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה, חָתָן וְכַלָּה, גִּילָה, רִינָּה, דִּיצָה, חֶדְוָה, אַהֲבָה וְאַחְוָה וְשָׁלוֹם וְרֵיעוּת. מְהֵרָה ה׳ אֱלֹהֵינוּ יִשָּׁמַע בְּעָרֵי יְהוּדָה וּבְחוּצוֹת יְרוּשָׁלַיִם קוֹל שָׂשׂוֹן וְקוֹל שִׂמְחָה, קוֹל חָתָן וְקוֹל כַּלָּה, קוֹל מִצְהֲלוֹת חֲתָנִים מֵחוּפָּתָם וּנְעָרִים מִמִּשְׁתֵּה נְגִינָתָם, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, מְשַׂמֵּחַ חָתָן עִם הַכַּלָּה״.
La Guemara rapporte : Lévi arriva un jour chez Rabbi [Yehouda haNassi] pendant les noces (hiloula) de Rabbi Chimon son fils, et il récita cinq de ces bénédictions. Rav Assi arriva chez Rav Achi pendant les noces de Mar son fils, et il récita six de ces bénédictions.
לֵוִי אִיקְּלַע לְבֵי רַבִּי בְּהִלּוּלֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרֵיהּ, בָּרֵיךְ חֲמֵשׁ. רַב אַסִּי אִיקְּלַע לְבֵי רַב אָשֵׁי בְּהִלּוּלֵיהּ דְּמָר בְּרֵיהּ, בָּרֵיךְ שֵׁית.
La Guemara propose : Dirons-nous qu'ils divergent sur ce point — l'un des Sages [Lévi] estime qu'il n'y eut qu'une seule création [de l'être humain], et l'autre Sage [Rav Assi] estime qu'il y eut deux créations ? Selon la première opinion, l'homme fut créé d'emblée avec deux faces, l'une masculine et l'autre féminine, qui ne furent que séparées ensuite en deux êtres autonomes ; il n'y eut aucun acte de création supplémentaire, et il n'y a donc pas lieu de réciter les deux bénédictions « Créateur de l'homme » et « qui a façonné l'homme à Son image ». Selon la seconde opinion, il y eut réellement deux actes de création [la femme fut formée séparément, après l'homme] ; il convient donc de réciter deux bénédictions sur la création de l'être humain.
לֵימָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: דְּמָר סָבַר חֲדָא יְצִירָה הֲוַאי, וּמָר סָבַר שְׁתֵּי יְצִירוֹת הֲוַאי.
La Guemara écarte cette lecture : Non — tout le monde s'accorde à dire qu'il n'y eut qu'une seule création. Mais l'un des Sages estime que l'on se règle sur la pensée [initiale de D.ieu, qui envisagea de créer l'homme et la femme comme deux êtres séparés : d'où deux bénédictions], et l'autre Sage estime que l'on se règle sur l'acte [effectif : un seul être fut créé, d'où une seule bénédiction]. Et cela rejoint l'enseignement de Rav Yehouda, qui relevait une contradiction : il est écrit « Et D.ieu créa l'homme à Son image » (Beréchit 1, 27), ce qui indique une seule création, et il est écrit « Mâle et femelle Il les créa » (Beréchit 5, 2), ce qui en indique deux. Comment cela se résout-il ? Au commencement, il monta dans la pensée [divine] d'en créer deux, et en fin de compte un seul fut créé.
לָא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא חֲדָא יְצִירָה הֲוַאי. מָר סָבַר בָּתַר מַחְשָׁבָה אָזְלִינַן, וּמָר סָבַר בָּתַר מַעֲשֶׂה אָזְלִינַן. כִּי הָא דְּרַב יְהוּדָה רָמֵי, כְּתִיב: ״וַיִּבְרָא אֱלֹהִים אֶת הָאָדָם בְּצַלְמוֹ״, וּכְתִיב: ״זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם״, הָא כֵּיצַד? בַּתְּחִלָּה עָלָה בְּמַחְשָׁבָה לִבְראוֹת שְׁנַיִם, וּלְבַסּוֹף נִבְרָא אֶחָד.
La Guemara rapporte : Rav Achi arriva un jour chez Rav Kahana [pour un mariage]. Le premier jour, il récita toutes les bénédictions. À partir de là, s'il y avait des « visages nouveaux » (panim hadachot) [des convives qui n'avaient pas encore pris part aux réjouissances], il les récitait toutes ; sinon, [il considérait que] ce n'était qu'un simple prolongement de la réjouissance première, et il récitait « dont la joie est en Sa demeure » (chéhasim'ha bimeono) [dans l'invitation du zimoun, avant le Birkat haMazon] ainsi que la bénédiction « qui a créé » (acher bara) [la sixième, après le Birkat haMazon].
רַב אָשֵׁי אִיקְּלַע לְבֵי רַב כָּהֲנָא. יוֹמָא קַמָּא בָּרֵיךְ כּוּלְּהוּ, מִכָּאן וְאֵילָךְ אִי אִיכָּא פָּנִים חֲדָשׁוֹת — בָּרֵיךְ כּוּלְּהוּ, וְאִי לָא — אַפּוֹשֵׁי שִׂמְחָה בְּעָלְמָא הוּא, מְבָרֵךְ ״שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ״ וַ״אֲשֶׁר בָּרָא״.
§ À propos de ces bénédictions, la Guemara poursuit : Depuis [la fin des] sept jours [de festin] et jusqu'au trentième jour après le mariage, que [le marié] ait dit aux convives qu'il les invitait en raison des noces ou qu'il ne le leur ait pas dit, il récite « dont la joie est en Sa demeure ». Au-delà [de trente jours], s'il leur a dit qu'il les invitait en raison des noces (hiloula), il récite « dont la joie est en Sa demeure » ; et sinon, non.
מִשִּׁבְעָה וְעַד שְׁלֹשִׁים, בֵּין אָמַר לְהוּ מֵחֲמַת הִלּוּלָא, וּבֵין לָא אָמַר לְהוּ מֵחֲמַת הִלּוּלָא — מְבָרֵךְ ״שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ״. מִכָּאן וְאֵילָךְ, אִי אָמַר לְהוּ מֵחֲמַת הִלּוּלָא — מְבָרֵךְ ״שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ״, וְאִי לָא — לָא.
La Guemara demande : Et lorsqu'il leur a dit qu'il les invitait en raison des noces, jusqu'à quand [cette mention se récite-t-elle] ? Rav Papi dit au nom de Rava : Jusqu'à ce que douze mois de l'année se soient écoulés [depuis le mariage — tant que dure son statut de marié]. La Guemara demande encore : Et au départ, [avant le mariage,] à partir de quand [la récite-t-on] ? Rav Papa dit : À partir du moment où l'on met l'orge dans la cuve (asinta) [à tremper, pour brasser la bière du festin de noces]. La Guemara s'étonne : En est-il bien ainsi ? Rav Papa lui-même s'est pourtant occupé du mariage de son fils Abba Mar, et il a récité la bénédiction dès les fiançailles (éroussin) ! Elle répond : Rav Papa, c'est différent, car tout était déjà prêt chez lui [les préparatifs du festin étaient achevés, et l'on n'attendait plus que la date fixée] ; la réjouissance des noces commença donc pour lui dès les éroussin.
וְכִי אָמַר לְהוּ מֵחֲמַת הִלּוּלָא, עַד אֵימַת? אָמַר רַב פַּפִּי מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: עַד תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא. וּמֵעִיקָּרָא מֵאֵימַת? אָמַר רַב פָּפָּא: מִכִּי רְמוּ שְׂעָרֵי בַּאֲסִינְתָּא. אִינִי? וְהָא רַב פָּפָּא אִיעֲסַק לְאַבָּא מָר בְּרֵיהּ, וּבָרֵיךְ מִשְּׁעַת אֵירוּסִין! שָׁאנֵי רַב פָּפָּא, דַּהֲוָה טְרִיחַ לֵיהּ.