Guémara
Puisqu'elle n'a pas de ketouba, elle n'a pas de subsistance; ou peut-être: sa mère, qui a commis une transgression, les Sages l'ont pénalisée, mais elle, qui n'a pas commis de transgression, les Sages ne l'ont pas pénalisée. Que la question reste sans réponse.
כֵּיוָן דְּלֵית לַהּ כְּתוּבָּה — לֵית לַהּ מְזוֹנֵי, אוֹ דִלְמָא: אִמַּהּ דַּעֲבַדָא אִיסּוּרָא — קַנְסוּהָ רַבָּנַן, אִיהִי, דְּלָא עֲבַדָא אִיסּוּרָא — לָא קַנְסוּהָ רַבָּנַן. תֵּיקוּ.
Rava soulève une question: la fille d'une femme fiancée [seulement, dont le père est mort avant le mariage] a-t-elle droit à la subsistance ou non? Puisque la mère a une ketouba — car il la lui a écrite après les fiançailles — on pourrait dire que oui. Ou peut-être: puisque les Sages n'ont institué l'obligation de la ketouba qu'au moment du mariage, elle n'y a pas droit. Que la question reste sans réponse.
בָּעֵי רָבָא: בַּת אֲרוּסָה, יֵשׁ לָהּ מְזוֹנוֹת, אוֹ אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת? כֵּיוָן דְּאִית לַהּ כְּתוּבָּה — אִית לַהּ, אוֹ דִלְמָא: כֵּיוָן דְּלָא תַּקִּינוּ רַבָּנַן כְּתוּבָּה עַד שְׁעַת נִישּׂוּאִין — לֵית לַהּ, תֵּיקוּ.
Rav Pappa soulève une question: la fille d'une femme violée a-t-elle droit à la subsistance ou non? Selon l'opinion de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, la question ne se pose pas, car il dit qu'une femme violée a une ketouba de cent dinars [comme toute autre femme].
בָּעֵי רַב פָּפָּא: בַּת אֲנוּסָה, יֵשׁ לָהּ מְזוֹנוֹת, אוֹ אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת? אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה לָא תִּיבְּעֵי לָךְ, דְּאָמַר יֵשׁ לָהּ כְּתוּבָּה מָנֶה.
Mais que la question se pose selon l'opinion des rabbins, qui disent que l'argent de l'amende [payée pour le viol] tient lieu de sa ketouba. Selon cette opinion, quelle est la halakha?
כִּי תִּיבְּעֵי לָךְ, אַלִּיבָּא דְּרַבָּנַן דְּאָמְרִי: יָצָא כֶּסֶף קְנָסָהּ בִּכְתוּבָּתָהּ, מַאי?
Puisqu'elle n'a pas de ketouba, elle n'a pas de subsistance; ou peut-être: quelle est la raison de la ketouba? Pour qu'elle ne soit pas dépréciée à ses yeux au point qu'il la répudie facilement. Or celui-ci ne peut pas la répudier [selon la Torah, comme il est dit: « Il ne pourra la renvoyer tous ses jours » (Devarim 22, 29)]. Que la question reste sans réponse.
כֵּיוָן דְּלֵית לַהּ כְּתוּבָּה, לֵית לַהּ מְזוֹנֵי, אוֹ דִלְמָא: כְּתוּבָּה טַעְמָא מַאי — כְּדֵי שֶׁלֹּא תְּהֵא קַלָּה בְּעֵינָיו לְהוֹצִיאָהּ, וְהָא — לָא מָצֵי מַפֵּיק לַהּ. תֵּיקוּ.
« Tu resteras dans ma maison, etc. » Rav Yossef enseigne: « dans ma maison » — et non dans ma cabane; mais elle a néanmoins droit à la subsistance. Mar bar Rav Achi dit: elle n'a même pas droit à la subsistance [dans ce cas]. Mais la halakha n'est pas comme Mar bar Rav Achi.
אַתְּ תְּהֵא יָתְבָא בְּבֵיתִי וְכוּ׳. תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״בְּבֵיתִי״ — וְלָא בְּבִיקְתִּי, אֲבָל מְזוֹנֵי אִית לַהּ. מָר בַּר רַב אָשֵׁי אָמַר: אֲפִילּוּ מְזוֹנֵי נָמֵי לֵית לַהּ. וְלֵית הִלְכְתָא כְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי.
Rav Nahman dit au nom de Chmouel: si on lui a proposé le mariage et qu'elle a accepté, elle n'a plus droit à la subsistance. On en déduit: si elle n'a pas accepté, elle a droit à la subsistance? Rav Anan dit: on m'a expliqué personnellement au nom de Mar Chmouel: si elle dit « à cause d'un tel, mon [défunt] mari [je refuse] », elle a droit à la subsistance; si elle dit « à cause d'hommes qui ne me conviennent pas », elle n'a pas droit à la subsistance.
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: תְּבָעוּהָ לְהִנָּשֵׂא וְנִתְפַּיְּיסָה — אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת. הָא לֹא נִתְפַּיְּיסָה, יֵשׁ לָהּ מְזוֹנוֹת? אָמַר רַב עָנָן: לְדִידִי מִפָּרְשָׁא לִי מִינֵּיהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל: אָמְרָה ״מֵחֲמַת פְּלוֹנִי בַּעְלִי״ — יֵשׁ לָהּ מְזוֹנוֹת, ״מֵחֲמַת בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵינָן מְהוּגָּנִין לָהּ״ — אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת.
Rav 'Hisda dit: si elle s'est livrée à la débauche, elle n'a pas droit à la subsistance. Rav Yossef dit: si elle s'est fardé les yeux et s'est teint les cheveux, elle n'a pas droit à la subsistance.
אָמַר רַב חִסְדָּא: זִינְּתָה — אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת. אָמַר רַב יוֹסֵף: כִּיחֲלָה וּפִירְכְּסָה — אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת.
Celui qui dit que si elle s'est livrée à la débauche [elle perd la subsistance], à plus forte raison si elle s'est fardée et teinte. Celui qui dit que si elle s'est fardée et teinte [elle la perd], mais si elle s'est livrée à la débauche elle la garde — quelle en est la raison? Le mauvais penchant l'a forcée.
מַאן דְּאָמַר זִינְּתָה, כׇּל שֶׁכֵּן כִּיחֲלָה וּפִירְכְּסָה. מַאן דְּאָמַר כִּיחֲלָה וּפִירְכְּסָה, אֲבָל זִינְּתָה אִית לַהּ, מַאי טַעְמָא — יֵצֶר אַנְסַהּ.
Mais la halakha n'est conforme à aucun de ces enseignements. Elle est plutôt conforme à ce que Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel: celle qui réclame sa ketouba en tribunal n'a plus droit à la subsistance.
וְלֵית הִלְכְתָא כְּכֹל הָנֵי שְׁמַעְתָּתָא, אֶלָּא כִּי הָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הַתּוֹבַעַת כְּתוּבָּתָהּ בְּבֵית דִּין — אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת.
Mais n'est-ce pas? N'a-t-on pas enseigné dans une baraïta: celle qui a vendu sa ketouba, ou l'a mise en gage, ou l'a constituée en garantie [apotiki] pour un autre, n'a pas droit à la subsistance? [On pourrait en déduire:] dans ces cas-là, oui, mais celle qui réclame simplement en tribunal, non!
וְלָא?! וְהָתַנְיָא: מָכְרָה כְּתוּבָּתָהּ, וּמִשְׁכְּנָה כְּתוּבָּתָהּ, עָשְׂתָה כְּתוּבָּתָהּ אַפּוֹתֵיקֵי לְאַחֵר — אֵין לָהּ מְזוֹנוֹת. הָנֵי — אִין, אֲבָל תּוֹבַעַת — לָא!
En réalité, il faut dire: dans ces cas-là [de la baraïta], que ce soit en tribunal ou hors tribunal [elle perd la subsistance]. Celle qui réclame [sa ketouba]: en tribunal, oui [elle perd la subsistance]; hors tribunal, non.
הָנֵי, בֵּין בְּבֵית דִּין בֵּין שֶׁלֹּא בְּבֵית דִּין. תּוֹבַעַת, בְּבֵית דִּין — אִין, שֶׁלֹּא בְּבֵית דִּין — לָא.