Guémara
Et je les ai forcés à le nourrir. La Guemara interprète cet épisode en fonction du sujet traité: d'accord, si tu dis que ce n'était pas la loi, c'est-à-dire que les fils de cet homme avaient le droit de refuser de subvenir à ses besoins, c'est pour cette raison que Rabbi Yonatan a dû les forcer à nourrir leur père; mais si tu dis que c'est la loi, c'est-à-dire que les fils de cet homme étaient tenus de subvenir à ses besoins, pourquoi a-t-il eu besoin de les forcer à fournir cette subsistance d'eux-mêmes? Le tribunal aurait pu simplement réquisitionner le montant nécessaire sur leurs biens. Ceci montre que la halakha n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Ile'a.
וְעַשִּׂיתִינְהוּ (לְזֻנֵיהּ) [וְזָנוּהּ]. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לָאו דִּינָא, מִשּׁוּם הָכִי עַשִּׂיינְהוּ. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ דִּינָא — עַשֹּׂיִינְהוּ בָּעֵי?
Rabbi Ile'a a dit: à Ousha, on a institué que celui qui distribue [son argent à la tsedaka] ne doit pas distribuer plus d'un cinquième. Cela est également enseigné dans une baraïta: celui qui distribue ne doit pas distribuer plus d'un cinquième, de peur qu'il ne se retrouve indigent et n'ait besoin de l'aide d'autrui. Et il arriva qu'un homme voulut distribuer [plus d'un cinquième], et son compagnon ne le lui permit pas. Et qui était-ce? Rabbi Yeshevav. Et certains disent: c'était Rabbi Yeshevav [qui voulait distribuer trop], et son compagnon ne le lui permit pas, et qui était ce compagnon? Rabbi Akiva.
אָמַר רַבִּי אִילְעָא, בְּאוּשָׁא הִתְקִינוּ: הַמְבַזְבֵּז — אַל יְבַזְבֵּז יוֹתֵר מֵחוֹמֶשׁ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַמְבַזְבֵּז — אַל יְבַזְבֵּז יוֹתֵר מֵחוֹמֶשׁ, שֶׁמָּא יִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת. וּמַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁבִּקֵּשׁ לְבַזְבֵּז [יוֹתֵר מֵחוֹמֶשׁ], וְלֹא הִנִּיחַ לוֹ חֲבֵירוֹ. וּמַנּוּ — רַבִּי יְשֵׁבָב. וְאָמְרִי לַהּ: רַבִּי יְשֵׁבָב, וְלֹא הִנִּיחוֹ חֲבֵירוֹ, וּמַנּוּ — רַבִּי עֲקִיבָא.
Rav Nahman a dit, et certains disent que c'est Rav Aha bar Yaakov qui a dit: quel est le verset [qui fait allusion à ce montant maximal de tsedaka]? « Et de tout ce que Tu me donneras, j'en prélèverai la dîme pour Toi » (Béréchit 28, 22). L'usage redoublé du verbe signifiant donner une dîme indique que Yaakov, qui a prononcé cette parole, visait en réalité deux dîmes, c'est-à-dire un cinquième.
אָמַר רַב נַחְמָן, וְאִיתֵּימָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, מַאי קְרָא: ״וְכׇל אֲשֶׁר תִּתֶּן לִי עַשֵּׂר אֲעַשְּׂרֶנּוּ לָךְ״.
Mais la seconde dîme n'est pas semblable à la première! [Puisqu'elle serait prélevée sur ce qui reste après le premier prélèvement, les deux dîmes ne totaliseraient pas un cinquième du montant initial.] Rav Achi a dit: [le verset aurait pu dire] « aser a'aser » [je prélèverai certainement la dîme], et il dit à la place « aser a'asrenou » [j'en prélèverai la dîme], ce qui indique que la seconde dîme est comme la première.
וְהָא לָא דָּמֵי עִישּׂוּרָא בָּתְרָא לְעִישּׂוּרָא קַמָּא! אָמַר רַב אָשֵׁי: ״אֲעַשְּׂרֶנּוּ״ לְבָתְרָא כִּי קַמָּא.
Rav Chimi bar Achi a dit: et ces traditions vont en diminuant. Et voici ton signe mnémotechnique: « les mineurs ont écrit et distribué ». Ceci fait allusion à la règle obligeant un père à subvenir aux besoins de ses enfants pendant leur minorité, à la règle concernant celui qui a écrit un document léguant tous ses biens à ses fils, et à la règle concernant celui qui distribue de grandes sommes à la tsedaka.
אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי: וּשְׁמוּעוֹת הַלָּלוּ מִתְמַעֲטוֹת וְהוֹלְכוֹת. וְסִימָנָיךְ: קְטַנִּים כָּתְבוּ וּבִזְבְּזוּ.
Rav Yitzhak a dit: à Ousha, on a institué qu'un homme doit traiter son fils avec douceur [même s'il ne veut pas étudier], jusqu'à l'âge de douze ans. À partir de là, il le harcèle dans tous les aspects de sa vie [pour le forcer à étudier]. Est-ce bien ainsi? Mais Rav n'a-t-il pas dit à Rav Chmouel bar Chilat, qui enseignait aux enfants: n'accepte pas un enfant de moins de six ans; à partir de six ans, accepte-le et gave-le comme un bœuf [qu'on engraisse de force]!
אָמַר רַב יִצְחָק, בְּאוּשָׁא הִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא אָדָם מִתְגַּלְגֵּל עִם בְּנוֹ, עַד שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה. מִכָּאן וְאֵילָךְ, יוֹרֵד עִמּוֹ לְחַיָּיו. אִינִי?! וְהָא אֲמַר לֵיהּ רַב לְרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת: בְּצִיר מִבַּר שֵׁית — לָא תְּקַבֵּיל. בַּר שֵׁית — קַבֵּיל וּסְפִי לֵיהּ כְּתוֹרָא!
Oui, on doit le gaver comme un bœuf [et l'enseigner intensivement]; cependant, s'il refuse d'apprendre, on ne le harcèle pas dans tous les aspects de sa vie avant qu'il n'ait douze ans. Et si tu veux, dis que cela ne pose pas de difficulté pour une autre raison: ceci [qui prescrit de forcer les élèves à étudier dès six ans] concerne la Bible [Mikra], tandis que cela [qui dit de ne pas harceler un garçon avant douze ans] concerne la Michna.
אִין, סָפֵי לֵיהּ כְּתוֹרָא, מִיהוּ אֵינוֹ יוֹרֵד עִמּוֹ לְחַיָּיו עַד לְאַחַר שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה. וְאִיבָּעֵית אֵימָא, לָא קַשְׁיָא: הָא לְמִקְרָא, הָא לְמִשְׁנָה.
Car Abaye a dit: ma mère nourricière m'a dit: à six ans, [l'enfant est prêt] pour l'étude de la Bible; à dix ans, pour l'étude de la Michna; à treize ans, pour le jeûne d'un jour entier [comme un adulte]. Et pour une fille, c'est à douze ans.
דְּאָמַר אַבָּיֵי, אֲמַרָה לִי אֵם: בַּר שֵׁית — לְמִקְרָא, בַּר עֶשֶׂר — לְמִשְׁנָה, בַּר תְּלֵיסַר — לְתַעֲנִיתָא מֵעֵת לְעֵת. וּבְתִינוֹקֶת — בַּת תְּרֵיסַר.
Abaye a dit: ma mère nourricière m'a dit: un enfant de six ans piqué par un scorpion le jour même où il achève sa sixième année ne survivra pas [sans traitement d'urgence]. Quel est son remède? La bile de vautour blanc dans de la bière; qu'on l'en frotte et qu'on la lui fasse boire. Un enfant d'un an piqué par un frelon le jour même où il achève sa première année ne survivra pas [sans traitement d'urgence]. Quel est son remède? De la fibre de palmier dans de l'eau; qu'on l'en frotte et qu'on la lui fasse boire.
אָמַר אַבָּיֵי, אֲמַרָה לִי אֵם: הַאי בַּר שֵׁית דְּטָרְקָא לֵיהּ עַקְרַבָּא בְּיוֹמָא דְּמִישְׁלַם שֵׁית — לָא חָיֵי. מַאי אָסוּתֵיהּ — מְרָרְתָּא דְּדַיָּה חִיוָּרְתָּא בְּשִׁיכְרָא, נִשְׁפְּיֵיהּ וְנַשְׁקְיֵיהּ. הַאי בַּר שַׁתָּא דְּטָרֵיק לֵיהּ זִיבּוּרָא בְּיוֹמָא דְּמִישְׁלַם שַׁתָּא — לָא חָיֵי. מַאי אָסוּתֵיהּ — אַצְוָתָא דְּדִיקְלָא בְּמַיָּא, נִשְׁפְּיֵיהּ וְנַשְׁקְיֵיהּ.
Rav Katina a dit: quiconque envoie son fils à l'école avant l'âge de six ans court après lui sans jamais le rattraper. D'aucuns disent: ce sont ses camarades qui courent après lui sans le rattraper [c'est-à-dire que son avance précoce lui permet de bien mieux réussir]. La Guemara remarque: les deux sont vraies: il s'affaiblira physiquement et apprendra bien. Et si tu veux, dis que ces deux affirmations se concilient autrement: l'une concerne un enfant faible [qu'il ne faut pas envoyer si jeune], l'autre un enfant robuste [qui peut réussir].
אָמַר רַב קַטִּינָא: כׇּל הַמַּכְנִיס אֶת בְּנוֹ פָּחוּת מִבֶּן שֵׁשׁ — רָץ אַחֲרָיו וְאֵינוֹ מַגִּיעוֹ. אִיכָּא דְּאָמְרִי: חֲבֵירָיו רָצִין אַחֲרָיו וְאֵין מַגִּיעִין אוֹתוֹ. וְתַרְוַיְיהוּ אִיתַנְהוּ: חֲלִישׁ וּגְמִיר. אִיבָּעֵית אֵימָא: הָא דִּכְחִישׁ, הָא דְּבָרִיא.
Rabbi Yossei bar Hanina a dit: à Ousha, on a institué que dans le cas d'une femme qui a vendu des biens de type « nikhssei melog » [dont elle a la propriété mais dont le mari perçoit les fruits] du vivant de son mari, et qui est morte ensuite, le mari peut les reprendre des mains des acheteurs. La Guemara raconte: Rav Yitzhak bar Yossef trouva Rabbi Abahou se tenant parmi la foule [oukhloussa] d'Ousha. Il lui dit: qui est le maître qui a diffusé la halakha instituée à Ousha? Il lui répondit: Rabbi Yossei bar Hanina. Il l'apprit de lui quarante fois, et à partir de ce moment, il s'en souvenait si bien que c'était comme s'il l'avait dans sa poche.
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא, בְּאוּשָׁא הִתְקִינוּ: הָאִשָּׁה שֶׁמָּכְרָה בְּנִכְסֵי מְלוֹג בְּחַיֵּי בַּעְלָהּ וּמֵתָה, הַבַּעַל מוֹצִיא מִיַּד הַלָּקוֹחוֹת. אַשְׁכְּחֵיהּ רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף לְרַבִּי אֲבָהוּ דַּהֲוָה קָאֵי בְּאוּכְלוּסָא דְאוּשָׁא, אֲמַר לֵיהּ: מַאן מָרַהּ דִּשְׁמַעְתָּא דְאוּשָׁא? אֲמַר לֵיהּ: רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא. תְּנָא מִינֵּיהּ אַרְבְּעִין זִימְנִין, וְדָמֵי לֵיהּ כְּמַאן דְּמַנְּחָא לֵיהּ בְּכִיסְתֵּיהּ.
« Heureux ceux qui observent le droit, qui pratiquent la tsedaka en tout temps » (Tehilim 106, 3). Or, est-il possible de pratiquer la tsedaka en tout temps? [Est-on toujours en présence de pauvres?] Nos maîtres de Yavné ont enseigné, et certains disent que c'est Rabbi Eliézer: cela désigne celui qui nourrit ses fils et ses filles lorsqu'ils sont mineurs [n'y étant pas formellement obligé, c'est une forme de tsedaka constante]. Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit: cela désigne celui qui élève un orphelin ou une orpheline dans sa maison et les marie.
״אַשְׁרֵי שׁוֹמְרֵי מִשְׁפָּט עוֹשֵׂה צְדָקָה בְכׇל עֵת״. וְכִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת צְדָקָה בְּכׇל עֵת? דָּרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ שֶׁבְּיַבְנֶה, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: זֶה הַזָּן בָּנָיו וּבְנוֹתָיו כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים. רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: זֶה הַמְגַדֵּל יָתוֹם וִיתוֹמָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וּמַשִּׂיאָן.