Guémara
Dis que nous avons entendu Rabbi Chimon dire qu'il suit même le moment de la prise de connaissance — c'est-à-dire que Rabbi Chimon tient compte du moment où le péché est devenu connu du Grand Cohen ou du roi, et considère qu'il ne peut plus apporter l'offrande d'un homme du commun. Mais l'as-tu entendu dire qu'il suit le moment de la prise de connaissance et non celui du péché lui-même? Si c'était le cas, qu'il apporte l'offrande correspondant à son statut actuel: celui qui est oint pour être Grand Cohen apporte un taureau, et un prince, c'est-à-dire un roi, offre un bouc. Par conséquent, il n'y a aucune preuve que, selon Rabbi Chimon, si le péché d'une jeune fille fiancée devient connu après qu'elle a atteint sa majorité, elle soit condamnée à la strangulation comme une femme majeure.
אֵימוֹר דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָזֵיל אַף בָּתַר יְדִיעָה, דְּאָזֵיל בָּתַר יְדִיעָה וְלָא אָזֵיל בָּתַר חֶטְאָה מִי שָׁמְעַתְּ לֵיהּ? אִם כֵּן — לַיְיתֵי קׇרְבָּן כִּי דְּהַשְׁתָּא: מָשׁוּחַ פַּר, וְנָשִׂיא שָׂעִיר!
Mais Rabbi Yohanan n'a-t-il pas dit au tanna [le Sage qui récitait devant lui les enseignements des tannaïm, et qui avait rapporté la décision de Chéïla concernant une jeune fille fiancée]: Enseigne qu'elle est condamnée à la lapidation [et non à la strangulation]? Et pourquoi donc? Le Miséricordieux dit « jeune fille fiancée », or celle-ci est une femme majeure! Rabbi Ila répondit: le verset dit « la jeune fille » — c'est-à-dire la jeune fille qu'elle était déjà [au moment de son péché], malgré le fait qu'elle ait désormais un statut différent.
הָאָמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְתַנָּא: תְּנִי, תִּידּוֹן בִּסְקִילָה. וְאַמַּאי? ״נַעֲרָה הַמְאוֹרָסָה״ אָמַר רַחֲמָנָא וְהָא בּוֹגֶרֶת הִיא! אָמַר רַבִּי אִילְעָא, אָמַר קְרָא: ״הַנַּעֲרָה״ — הַנַּעֲרָה שֶׁהָיְתָה כְּבָר.
Rabbi Hanania dit à Rabbi Ila: Si c'est ainsi, si son statut est déterminé selon le moment de sa transgression, que le mari qui la diffame soit lui aussi flagellé [selon son statut au moment de la diffamation], et qu'il paie également les cent séla si son accusation s'avère infondée! Rabbi Ila lui répondit: Que le Miséricordieux nous préserve de cette opinion, car ton raisonnement est illogique. Rabbi Hanania répliqua: Au contraire, que le Miséricordieux nous préserve de ton opinion, car c'est la tienne qui est sans fondement.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חֲנַנְיָא לְרַבִּי אִילְעָא: אִי הָכִי מִילְקָא נָמֵי לִילְקֵי, וּמֵאָה סֶלַע נָמֵי לִישַׁלֵּם! אֲמַר לֵיהּ: רַחֲמָנָא נַיצְּלַן מֵהַאי דַּעְתָּא: אַדְּרַבָּה, רַחֲמָנָא נַיצְּלַן מִדַּעְתָּא דִּידָךְ.
Et quelle en est la raison? Rabbi Yitzhak bar Avin dit, et certains disent que c'est Rabbi Yitzhak bar Abba qui l'a dit: pour celle-ci, ce sont ses propres actes qui ont causé son châtiment, tandis que pour celui-là, c'est la torsion de ses lèvres qui a causé le sien. Pour celle-ci, ses actes ont causé son châtiment: lorsqu'elle a commis l'adultère, elle était une jeune fille qui commettait l'adultère, et elle est jugée en conséquence. Et pour celui-là, c'est la torsion de ses lèvres qui a causé son châtiment: quand devient-il passible? À ce moment-là, celui où il l'a diffamée, et à ce moment-là, son épouse était déjà une femme majeure.
וְטַעְמָא מַאי? אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אָבִין, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבָּא: זוֹ מַעֲשֶׂיהָ גָּרְמוּ לָהּ, וְזֶה עֲקִימַת שְׂפָתָיו גָּרְמוּ לוֹ. זוֹ מַעֲשֶׂיהָ גָּרְמוּ לָהּ, (כְּשֶׁהִיא) [כִּי] זַנַּאי — [כְּשֶׁהִיא] נַעֲרָה זַנַּאי. וְזֶה עֲקִימַת שְׂפָתָיו גָּרְמוּ לוֹ, אֵימַת קָא מִיחַיַּיב? הָהִיא שַׁעְתָּא, וְהָהִיא שַׁעְתָּא בּוֹגֶרֶת הֲוַאי.
Les Sages enseignèrent dans une baraïta: dans le cas d'une jeune fille fiancée qui a commis l'adultère, on la lapide à l'entrée de la maison de son père. Si elle n'a pas d'entrée de maison paternelle, on la lapide à l'entrée de la porte de cette ville. Et dans une ville majoritairement peuplée de non-Juifs, on la lapide à l'entrée du tribunal. De même, dis-tu: celui qui a pratiqué le culte idolâtre, on le lapide à la porte où il a servi l'idole, et dans une ville majoritairement peuplée de non-Juifs, on le lapide à l'entrée du tribunal.
תָּנוּ רַבָּנַן: נַעֲרָה הַמְאוֹרָסָה שֶׁזִּינְּתָה — סוֹקְלִין אוֹתָהּ עַל פֶּתַח בֵּית אָבִיהָ. אֵין לָהּ פֶּתַח בֵּית הָאָב, סוֹקְלִין אוֹתָהּ עַל פֶּתַח שַׁעַר הָעִיר הַהִיא. וּבְעִיר שֶׁרוּבָּהּ גּוֹיִם — סוֹקְלִין אוֹתָהּ עַל פֶּתַח בֵּית דִּין. כַּיּוֹצֵא בַּדָּבָר אַתָּה אוֹמֵר: הָעוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה — סוֹקְלִין אוֹתוֹ עַל שַׁעַר שֶׁעָבַד בּוֹ, וּבְעִיר שֶׁרוּבָּהּ גּוֹיִם — סוֹקְלִין אוֹתוֹ עַל פֶּתַח בֵּית דִּין.
D'où tire-t-on ces enseignements? Comme les Sages l'ont enseigné: il est dit à propos de celui qui a servi une idole: « alors tu feras sortir cet homme ou cette femme qui ont commis cette mauvaise action, vers tes portes... et tu les lapideras de pierres jusqu'à ce qu'ils meurent » (Devarim 17, 5). « Tes portes » — c'est la porte où il a pratiqué l'idolâtrie; c'est là qu'on le mène pour le lapider. Dis-tu que c'est la porte où il a servi l'idole, ou n'est-ce peut-être que la porte où il a été jugé, c'est-à-dire la porte du tribunal?
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״שְׁעָרֶיךָ״, זֶה שַׁעַר שֶׁעָבַד בּוֹ. אַתָּה אוֹמֵר שַׁעַר שֶׁעָבַד בּוֹ, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא שַׁעַר שֶׁנִּידּוֹן בּוֹ?
Il est dit « tes portes » plus bas, dans ce verset-ci, et il est dit « tes portes » plus haut, dans ce verset-là: « S'il se trouve au milieu de toi, dans l'une de tes portes... un homme ou une femme qui fait ce qui est mal aux yeux de l'Éternel ton D.ieu, en transgressant Son alliance » (Devarim 17, 2). Tout comme « tes portes » mentionné plus haut désigne la porte où il a servi l'idole, de même « tes portes » mentionné plus bas, concernant l'exécution, désigne la porte où il a pratiqué l'idolâtrie.
נֶאֱמַר ״שְׁעָרֶיךָ״ לְמַטָּה, וְנֶאֱמַר ״שְׁעָרֶיךָ״ לְמַעְלָה. מָה ״שְׁעָרֶיךָ״ הָאָמוּר לְמַעְלָה — שַׁעַר שֶׁעָבַד בּוֹ, אַף ״שְׁעָרֶיךָ״ הָאָמוּר לְמַטָּה — שַׁעַר שֶׁעָבַד בּוֹ.
Autre explication: « tes portes », et non les portes des non-Juifs. On objecte: ce terme « tes portes », tu l'as déjà utilisé pour en tirer que la lapidation a lieu à la porte de la ville où il a servi l'idole! Comment peux-tu en tirer un second enseignement? La Guemara répond: si l'on ne devait en tirer qu'un seul enseignement, que le verset dise simplement « porte »; pourquoi dit-il « tes portes »? Cela indique qu'il s'agit des portes des villes habitées par des Juifs — on en déduit donc deux enseignements.
דָּבָר אַחֵר: ״שְׁעָרֶיךָ״, וְלֹא שַׁעֲרֵי גוֹיִם. הַאי ״שְׁעָרֶיךָ״, הָא אַפֵּיקְתֵּיהּ? אִם כֵּן, לֵימָא קְרָא ״שַׁעַר״, מַאי ״שְׁעָרֶיךָ״? שְׁמַע מִינַּהּ תַּרְתֵּי.
Nous avons trouvé une source concernant l'idolâtrie, [d'où l'on tire] que le coupable est lapidé à la porte de la ville où il a commis son péché. D'où tire-t-on que la jeune fille fiancée, lorsqu'elle n'est pas lapidée à l'entrée de la maison de son père, est lapidée à la porte de la ville?
אַשְׁכְּחַן עֲבוֹדָה זָרָה, נַעֲרָה הַמְאוֹרָסָה מְנָא לַן?
Rabbi Abahou dit: on tire cela par analogie verbale, comme suit: le sens du terme « entrée » (Devarim 22, 21), mentionné à propos de la jeune fille fiancée qui a commis l'adultère, est déduit du terme « entrée » qui apparaît à propos du Tabernacle, dans le verset « l'entrée de la porte de la cour » (Bamidbar 4, 26); et le sens de cet emploi du terme « entrée » est déduit du terme « porte » qui figure dans la même expression; et le sens de cet emploi du terme « porte » est déduit du terme « tes portes » énoncé à propos de l'idolâtrie. Ceci enseigne que la jeune fille fiancée qui a commis l'adultère est exécutée à la porte de la ville, tout comme celui qui a pratiqué l'idolâtrie.
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: גָּמַר ״פֶּתַח״ מִ״פֶּתַח״, וּ״פֶתַח״ מִ״שַּׁעַר״, וְ״שַׁעַר״ מִ״שְּׁעָרֶיךָ״.
Les Sages enseignèrent dans une baraïta: celui qui diffame [sa femme en l'accusant faussement de ne pas avoir été vierge] est flagellé et donne cent séla. Rabbi Yehouda dit: quant à la flagellation, il est flagellé dans tous les cas; quant aux cent séla, s'il a eu des relations avec elle [avant de la diffamer], il les donne; s'il n'a pas eu de relations avec elle, il ne les donne pas.
תָּנוּ רַבָּנַן: הַמּוֹצִיא שֵׁם רַע לוֹקֶה וְנוֹתֵן מֵאָה סֶלַע. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לִלְקוֹת — לוֹקֶה מִכׇּל מָקוֹם, מֵאָה סֶלַע, בָּעַל — נוֹתֵן, לֹא בָּעַל — אֵינוֹ נוֹתֵן.
Ces tannaïm sont en désaccord sur le point disputé entre Rabbi Eliezer ben Yaakov et les Rabbanan. Et voici ce que dit le premier tanna: celui qui diffame est flagellé et donne cent séla, qu'il ait eu ou non des relations avec elle, conformément à l'opinion des Rabbanan. Rabbi Yehouda dit: quant à la flagellation, il est flagellé dans tous les cas; quant aux cent séla, s'il a eu des relations il les donne, s'il n'en a pas eu il ne les donne pas — conformément à l'opinion de Rabbi Eliezer ben Yaakov, selon laquelle la loi du diffamateur ne s'applique qu'au mari ayant eu des relations avec son épouse.
קָא מִיפַּלְגִי בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וְרַבָּנַן. וְהָכִי קָאָמַר: הַמּוֹצִיא שֵׁם רַע — לוֹקֶה וְנוֹתֵן מֵאָה סֶלַע, בֵּין בָּעַל בֵּין שֶׁלֹּא בָּעַל, כְּרַבָּנַן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לִלְקוֹת — לוֹקֶה מִכׇּל מָקוֹם, מֵאָה סֶלַע, בָּעַל — נוֹתֵן, לֹא בָּעַל — אֵינוֹ נוֹתֵן, כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב.