Cela s'explique par le fait que la bouche qui a interdit — c'est-à-dire qui a affirmé que le champ appartenait au père de l'autre — est la même bouche qui a permis, c'est-à-dire qui a affirmé qu'il l'avait acheté. Même s'il n'avait pas admis que le champ avait appartenu au père de l'autre, le champ serait de toute façon resté en sa possession. C'est pourquoi sa prétention est reçue. Mais s'il existe des témoins attestant que le champ appartenait à son père, et que celui qui détient le champ dit: « Je l'ai acheté de lui », il n'est pas cru, et sa prétention est rejetée.
שֶׁהַפֶּה שֶׁאָסַר — הוּא הַפֶּה שֶׁהִתִּיר. וְאִם יֵשׁ עֵדִים שֶׁהִיא שֶׁל אָבִיו, וְהוּא אוֹמֵר: ״לְקַחְתִּיהָ הֵימֶנּוּ״ — אֵינוֹ נֶאֱמָן.
Guémara
GUEMARA: La Guemara déduit: la raison pour laquelle la prétention de la fiancée est reçue tient précisément au fait qu'il existe des témoins qu'elle est sortie de la maison de son père pour se marier avec un hinouma [voile de mariée]. Mais s'il n'y a pas de témoins, c'est le mari qui est cru. Dirons-nous alors que la Michna, énoncée de façon anonyme, n'est pas conforme à l'opinion de Rabban Gamliel? Car si c'était selon Rabban Gamliel, n'a-t-il pas dit qu'elle est crue [même sans témoins]?
גְּמָ׳ טַעְמָא דְּאִיכָּא עֵדִים, הָא לֵיכָּא עֵדִים — בַּעַל מְהֵימַן, לֵימָא תְּנַן סְתָמָא דְּלָא כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל? דְּאִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, הָא אָמַר אִיהִי מְהֵימְנָא!
La Guemara répond: même si tu dis que c'est selon Rabban Gamliel, celui-ci n'a exprimé son avis là-bas que dans un cas de « certain » contre « incertain » [barou vé-chéma], où le fiancé ne sait pas vraiment ce qui s'est passé. Mais ici, où c'est « certain » contre « certain » [barou ou-barou], puisque le mari est certain de l'avoir épousée comme veuve, Rabban Gamliel n'a pas dit que sa prétention à elle est crue.
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּן גַּמְלִיאֵל, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָתָם אֶלָּא בְּבָרִי וְשֶׁמָּא. אֲבָל הָכָא בְּבָרִי וּבָרִי — לָא אָמַר.
La Guemara demande: et celui qui a posé cette question, pourquoi l'a-t-il posée? Les cas sont manifestement différents, puisqu'il s'agit ici de « certain » contre « certain »! La Guemara répond: puisque la majorité des femmes se marient vierges, on aurait pu penser que le statut légal de ce cas ressemble à celui de « certain » contre « incertain », sa prétention étant soutenue par la majorité des cas.
וּדְקָאָרֵי לַהּ, מַאי קָאָרֵי לַהּ? הָא בָּרִי וּבָרִי הוּא! כֵּיוָן דְּרוֹב נָשִׁים בְּתוּלוֹת נִישָּׂאוֹת, כִּי בָרִי וְשֶׁמָּא דָּמֵי.
Et il est également logique de le déduire du fait que la Michna enseigne: « Et Rabbi Yehoshoua concède ». Certes, si tu dis que Rabban Gamliel s'exprime dans la première clause de la Michna et concède que, bien que le cas ressemble à « certain » contre « incertain », sa prétention à elle n'est pas acceptée, cela fonctionne bien: Rabban Gamliel concède à Rabbi Yehoshoua dans la première clause, et la Michna cite un cas où c'est Rabbi Yehoshoua qui concède à Rabban Gamliel [dans la seconde]. Mais si tu dis que Rabban Gamliel ne s'exprime pas dans la première clause et ne concède rien, alors à qui Rabbi Yehoshoua concède-t-il dans la clause suivante?
וְהָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא מִדְּקָתָנֵי, ״וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ״: אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא אַיְירִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּמוֹדֶה — שַׁפִּיר. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לָא אַיְירִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּמוֹדֶה — רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְמַאן מוֹדֵה?
La Guemara rejette cette preuve: penses-tu que la déclaration de Rabbi Yehoshoua se rapporte à une Michna de ce chapitre-ci? En réalité, elle se rapporte au principe du migo, et elle se rapporte au premier chapitre. Rabbi Yehoshoua veut dire que, bien qu'il n'accepte pas la prétention soutenue par un migo dans le premier chapitre, ici il accepte la prétention soutenue par le principe: « la bouche qui a interdit est la bouche qui a permis », qui repose sur le même raisonnement que le migo, à savoir que le fait qu'il aurait pu formuler une prétention plus avantageuse confère crédibilité à la prétention moins avantageuse. Dans ce cas, il aurait pu se taire, et le champ serait resté en sa possession; contesté, il aurait pu prétendre que le champ était à lui depuis toujours. C'est pourquoi sa prétention moins avantageuse — que le champ ne lui appartenait pas à l'origine mais qu'il l'a acheté au père du demandeur — est acceptée.
מִי סָבְרַתְּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אַהַאי פִּירְקִין קָאֵי? אַמִּגּוֹ קָאֵי, וְאַפִּירְקִין קַמָּא קָאֵי.
À propos de quel cas [du premier chapitre]? Si tu dis que c'est à propos de celui-ci: « Elle était enceinte, et on lui a demandé: Quelle est la nature de ce fœtus? Elle répond: Il est d'un tel homme, et il est cohen. Rabban Gamliel et Rabbi Eliézer disent: elle est crue; Rabbi Yehoshoua dit: ce n'est pas sur sa seule parole que nous vivons » — là, quel migo y a-t-il? Son ventre est entre ses dents, c'est-à-dire que sa grossesse est visible, et par conséquent elle n'a pas la possibilité de formuler la prétention plus avantageuse qu'elle n'a pas eu de rapport.
אַהֵיָיא? אִילֵּימָא אַהָא: הָיְתָה מְעוּבֶּרֶת, וְאָמְרוּ לָהּ ״מָה טִיבוֹ שֶׁל עוּבָּר זֶה״. ״מֵאִישׁ פְּלוֹנִי וְכֹהֵן הוּא״, רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמְרִים: נֶאֱמֶנֶת, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: לֹא מִפִּיהָ אָנוּ חַיִּין — הָתָם מַאי מִגּוֹ אִיכָּא? הֲרֵי כְּרֵיסָהּ בֵּין שִׁינֶּיהָ.
Mais peut-être est-ce à propos de ceci: « On l'a vue parler avec un homme, et on lui a demandé: Quelle est la nature de cet homme? Elle a répondu: C'est un tel, et il est cohen. Rabban Gamliel et Rabbi Eliézer disent: elle est crue; Rabbi Yehoshoua dit: ce n'est pas sur sa seule parole que nous vivons. » Là, quel migo y a-t-il? Cela fonctionne bien selon Zeïri, qui a dit: que signifie « parler » dans la Michna? Cela signifie qu'elle s'est isolée [avec lui]. Dans ce cas, il y a un migo: puisque, si elle avait voulu mentir, elle aurait pu dire « je n'ai pas eu de rapport », et pourtant elle a dit « j'ai eu un rapport » [avec un homme de lignée intacte] — elle est donc crue, selon Rabban Gamliel. Mais selon Rav Assi, qui a dit que « parler » signifie qu'elle a eu un rapport, quel migo y a-t-il? [Aucune prétention plus avantageuse ne lui était disponible.]
אֶלָּא אַהָא: רָאוּהָ מְדַבֶּרֶת עִם אֶחָד, וְאָמְרוּ לָהּ: ״מָה טִיבוֹ שֶׁל אִישׁ זֶה״. ״אִישׁ פְּלוֹנִי וְכֹהֵן הוּא״, רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמְרִים: נֶאֱמֶנֶת, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: לֹא מִפִּיהָ אָנוּ חַיִּין. הָתָם מַאי מִגּוֹ אִיכָּא? הָנִיחָא לִזְעֵירִי דְּאָמַר: מַאי ״מְדַבֶּרֶת״ — נִסְתְּרָה, מִגּוֹ דְּאִי בָּעֲיָא אָמְרָה לֹא נִבְעַלְתִּי, וְקָאָמְרָה נִבְעַלְתִּי — מְהֵימְנָא. אֶלָּא לְרַב אַסִּי, דְּאָמַר מַאי ״מְדַבֶּרֶת״ — נִבְעֶלֶת, מַאי מִגּוֹ אִיכָּא?
Mais peut-être est-ce à propos de ceci: « Elle dit: je suis moukat ets [dont l'hymen a été rompu par du bois], et il dit: non, tu as été foulée par un homme. Rabban Gamliel et Rabbi Eliézer disent: elle est crue; Rabbi Yehoshoua dit: ce n'est pas sur sa seule parole que nous vivons. » Là, quel migo y a-t-il?
וְאֶלָּא אַהָא: הִיא אוֹמֶרֶת מוּכַּת עֵץ אֲנִי, וְהוּא אוֹמֵר: לֹא כִי, אֶלָּא דְּרוּסַת אִישׁ אַתְּ. רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמְרִים: נֶאֱמֶנֶת, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: לֹא מִפִּיהָ אָנוּ חַיִּין — הָתָם מַאי מִגּוֹ אִיכָּא?
Certes, selon Rabbi Elazar, qui a dit qu'il s'agit d'une prétention à une ketouba de cent dinars contre aucune indemnité du tout, il y a bien un migo: puisque, si elle avait voulu mentir, elle aurait pu dire « je suis moukat ets survenue sous ton autorité [après les fiançailles] », ce qui lui aurait valu deux cents dinars, étant vierge au moment des fiançailles; et pourtant, elle affirme que cela s'est produit dès le départ, avant les fiançailles, ce qui ne lui donne droit qu'à cent dinars — elle est donc crue. Mais selon Rabbi Yohanan, qui a dit qu'il s'agit d'une prétention à deux cents dinars contre cent dinars [avancés par le mari], quel migo y a-t-il? [C'est la prétention la plus avantageuse qui s'offrait à elle.]
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר, דְּאָמַר: בְּמָנֶה וְלֹא כְּלוּם — מִגּוֹ דְּאִי בָּעֲיָא אָמְרָה: ״מוּכַּת עֵץ אֲנִי תַּחְתֶּיךָ״, וְאִית לַהּ מָאתַיִם, וְקָאָמְרָה: מֵעִיקָּרָא, דְּלֵית לַהּ אֶלָּא מָנֶה, מְהֵימְנָא. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר: בְּמָאתַיִם וּמָנֶה. מַאי מִגּוֹ אִיכָּא?
Mais peut-être est-ce à propos de ceci: « Celui qui épouse une femme et ne trouve pas chez elle de signes de virginité — elle dit: depuis que tu m'as fiancée j'ai été violentée, et c'est son champ à lui qui a été inondé [c'est de sa faute à lui]; et lui dit: non, c'est avant que je te fiance [que cela s'est produit]. »
אֶלָּא אַהָא: הַנּוֹשֵׂא אֶת הָאִשָּׁה וְלֹא מָצָא לָהּ בְּתוּלִים, הִיא אוֹמֶרֶת: ״מִשֶּׁאֵרַסְתַּנִי נֶאֱנַסְתִּי, וְנִסְתַּחֲפָה שָׂדֵהוּ״, וְהוּא אוֹמֵר: ״לֹא כִי, אֶלָּא עַד שֶׁלֹּא אֵירַסְתִּיךְ״.
Rabban Gamliel et Rabbi Eliézer disent: elle est crue; et Rabbi Yehoshoua dit: ce n'est pas sur sa seule parole que nous vivons. Car il y a un migo: puisque, si elle avait voulu mentir, elle aurait pu dire « je suis moukat ets survenue sous ton autorité », ce qui ne l'aurait pas disqualifiée de la prêtrise, et pourtant elle a dit « j'ai été violentée », ce qui la disqualifie de la prêtrise — c'est pour cette raison que Rabban Gamliel dit qu'elle est crue. Et Rabbi Yehoshoua dit à Rabban Gamliel: pour ce migo-ci, ici, je te concède qu'il est valable; mais pour ce migo-là, là-bas [dans le premier chapitre], je suis en désaccord avec toi.
רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמְרִים: נֶאֱמֶנֶת, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: לֹא מִפִּיהָ אָנוּ חַיִּין. דְּמִגּוֹ דְּאִי בָּעֲיָא אָמְרָה ״מוּכַּת עֵץ אֲנִי תַּחְתֶּיךָ״, דְּלָא קָא פָסְלָה נַפְשָׁהּ מִכְּהוּנָּה. וְקָאָמְרָה: ״נֶאֱנַסְתִּי״, דְּקָא פָּסְלָה נַפְשָׁהּ מִכְּהוּנָּה, מִשּׁוּם הָכִי קָאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל דִּמְהֵימְנָא. וְקָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל: בְּהַאי מִגּוֹ דְּהָכָא — מוֹדֵינָא לָךְ, בְּהָהוּא מִגּוֹ דְּהָתָם — פְּלִיגְנָא עִילָּווֹךְ.