Guémara
Le tribunal accorde une pension alimentaire à une femme mariée, c'est-à-dire que si un mari est parti à l'étranger sans rien laisser à sa femme pour subvenir à ses besoins, le tribunal prélève de l'argent sur son patrimoine à cette fin. Et Chmouel dit: le tribunal n'accorde pas de pension alimentaire à une femme mariée. Chmouel dit encore: Abba, c'est-à-dire Rav, m'accorde que le tribunal ne touche pas au patrimoine du mari durant les trois premiers mois. En effet, un homme ne laisse pas sa maison vide, et il est donc certain qu'il a laissé de quoi permettre à sa femme de subsister, au moins à court terme.
פּוֹסְקִין מְזוֹנוֹת לְאֵשֶׁת אִישׁ. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין פּוֹסְקִין מְזוֹנוֹת לְאֵשֶׁת אִישׁ. אָמַר שְׁמוּאֵל: מוֹדֶה לִי אַבָּא בִּשְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים הָרִאשׁוֹנִים, לְפִי שֶׁאֵין אָדָם מַנִּיחַ בֵּיתוֹ רֵיקָן.
La Guemara commente: dans le cas où l'on a appris que le mari est mort, tout le monde s'accorde à dire que le tribunal nourrit sa femme à partir de son patrimoine. Le désaccord porte sur le cas où l'on n'a pas appris qu'il était mort à l'étranger. Rav dit que le tribunal accorde une pension alimentaire à la femme, car son patrimoine lui est légalement hypothéqué et doit lui fournir sa subsistance, tandis que Chmouel dit que dans ce cas le tribunal ne lui accorde pas de pension alimentaire.
בְּשֶׁשָּׁמְעוּ בּוֹ שֶׁמֵּת כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי. כִּי פְּלִיגִי, בְּשֶׁלֹּא שָׁמְעוּ בּוֹ שֶׁמֵּת. רַב אָמַר: פּוֹסְקִין, דְּהָא מְשׁוּעְבַּד לַהּ. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין פּוֹסְקִין.
La Guemara demande: quelle est la raison de la position de Chmouel? Rav Zevid dit: on peut dire qu'il lui a remis un paquet d'argent avant de partir. Rav Pappa dit: nous craignons qu'il ne lui ait dit avant son départ: « Sors et subviens à tes besoins avec le fruit de ton travail », c'est-à-dire qu'il a renoncé à ses droits sur ses gains, et qu'en échange il n'est plus tenu de la nourrir.
מַאי טַעְמָא? רַב זְבִיד אָמַר: אֵימָא צְרָרֵי אַתְפְּסַהּ. רַב פָּפָּא אָמַר: חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא אָמַר לָהּ ״צְאִי מַעֲשֵׂה יָדַיִךְ בִּמְזוֹנוֹתַיִךְ״.
La Guemara demande: quelle est la différence pratique entre ces deux explications? La Guemara répond: il y a une différence pratique dans le cas où la femme est majeure, et où il est donc possible qu'il lui ait laissé de l'argent, mais que le montant qu'elle gagne ne suffise pas à ses besoins. Selon l'opinion de Rav Zevid, on peut présumer qu'il lui a laissé de l'argent, et il n'est donc pas nécessaire que le tribunal lui accorde une pension sur son patrimoine, tandis que selon l'opinion de Rav Pappa, comme ses gains ne suffisent pas à sa subsistance, le tribunal lui accorde un complément sur le patrimoine, malgré la stipulation éventuelle du mari.
מַאי בֵּינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ גְּדוֹלָה, וְלָא סָפְקָה.
Ou bien encore, il y a une différence entre les deux dans le cas d'une femme mineure, à qui le mari n'aurait pas laissé d'argent, mais dont les gains suffisent à sa subsistance. Rav Zevid soutiendrait que le tribunal doit pourvoir à ses besoins à partir du patrimoine, puisqu'il ne lui aurait pas laissé d'argent, tandis que Rav Pappa soutiendrait qu'il pourrait lui avoir dit de subvenir à ses besoins par ses propres gains.
אִי נָמֵי קְטַנָּה וְסָפְקָה.
§ Nous avons appris dans la MICHNA : concernant celui qui est parti à l'étranger et dont la femme réclame une pension alimentaire, Hanan dit: elle prêtera serment à la fin, mais ne prêtera pas serment au début. Les fils des grands Cohanim s'opposèrent à lui et dirent: elle prêtera serment aussi bien au début qu'à la fin. La Guemara commente: ils ne sont en désaccord qu'au sujet du serment; mais quant à la pension alimentaire, tous s'accordent à dire que le tribunal la lui donne! Cela contredit apparemment l'opinion de Chmouel. La Guemara explique que Chmouel a interprété la Michna conformément à son opinion, comme se référant à un cas où l'on a appris qu'il était mort à l'étranger. Dans ce scénario, tous s'accordent à dire que le tribunal lui fournit une pension alimentaire à partir du patrimoine du mari.
תְּנַן: מִי שֶׁהָלַךְ לִמְדִינַת הַיָּם וְאִשְׁתּוֹ תּוֹבַעַת מְזוֹנוֹת, חָנָן אָמַר: תִּשָּׁבַע בַּסּוֹף, וְלֹא תִּשָּׁבַע בַּתְּחִלָּה. נֶחְלְקוּ עָלָיו בְּנֵי כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים וְאָמְרוּ: תִּשָּׁבַע בַּתְּחִלָּה וּבַסּוֹף. עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא לְעִנְיַן שְׁבוּעָה, אֲבָל מְזוֹנֵי יָהֲבִינַן לַהּ! תַּרְגְּמַהּ שְׁמוּאֵל: בְּשֶׁשָּׁמְעוּ בּוֹ שֶׁמֵּת.
Viens et entends une baraïta: concernant celui qui est parti à l'étranger et dont la femme réclame une pension alimentaire, les fils des grands Cohanim disent: elle prêtera serment. Hanan dit: elle ne prêtera pas serment, c'est-à-dire qu'elle reçoit sa pension sans avoir à jurer. Et s'il revient et dit: « J'avais accordé une pension pour sa subsistance et je lui avais laissé des fonds suffisants », il est cru, et elle doit restituer tout ce qu'elle a reçu du patrimoine par l'intermédiaire du tribunal! Ceci pose une difficulté pour l'opinion de Chmouel, qui soutient que le tribunal ne lui fournit pas de pension d'emblée.
תָּא שְׁמַע: מִי שֶׁהָלַךְ לִמְדִינַת הַיָּם וְאִשְׁתּוֹ תּוֹבַעַת מְזוֹנוֹת, בְּנֵי כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים אוֹמְרִים: תִּשָּׁבַע, חָנָן אוֹמֵר: לֹא תִּשָּׁבַע. וְאִם בָּא וְאָמַר: פָּסַקְתִּי לָהּ מְזוֹנוֹת — נֶאֱמָן!
La Guemara répond: ici aussi, il s'agit d'un cas où l'on a appris qu'il était mort à l'étranger. La Guemara demande: mais le Tanna a dit « s'il revient et dit », ce qui indique que le mari n'est pas mort! La Guemara explique que la baraïta veut dire: s'il revient après la rumeur. Il y avait eu une rumeur selon laquelle il était mort, et c'est pour cette raison que le tribunal lui avait fourni une pension alimentaire, et plus tard il fut établi que la rumeur était fausse.
הָכָא נָמֵי בְּשֶׁשָּׁמְעוּ בּוֹ שֶׁמֵּת. וְהָא ״אִם בָּא וְאָמַר״ קָאָמַר! אִם בָּא לְאַחַר שְׁמוּעָה.
Viens et entends une autre baraïta: concernant celui qui est parti à l'étranger et dont la femme réclame une pension alimentaire, et s'il revient et dit qu'avant son départ il lui avait dit: « Sors et subviens à tes besoins avec le fruit de ton travail », il en a le droit. Si le tribunal a devancé et a accordé une pension, ce qu'il a accordé demeure accordé, et elle n'est pas tenue de le restituer. Là encore, cela pose une difficulté pour l'opinion de Chmouel. La Guemara répond: ici aussi, il s'agit d'un cas où l'on a appris qu'il était mort à l'étranger.
תָּא שְׁמַע: מִי שֶׁהָלַךְ לִמְדִינַת הַיָּם וְאִשְׁתּוֹ תּוֹבַעַת מְזוֹנוֹת, וְאִם בָּא וְאָמַר ״צְאִי מַעֲשֵׂה יָדַיִךְ בִּמְזוֹנוֹתַיִךְ״ — רַשַּׁאי. קָדְמוּ בֵּית דִּין וּפָסְקוּ — מַה שֶּׁפָּסְקוּ פָּסְקוּ. הָכָא נָמֵי בְּשֶׁשָּׁמְעוּ בּוֹ שֶׁמֵּת.
Viens et entends une autre baraïta: concernant celui qui est parti à l'étranger et dont la femme réclame une pension alimentaire — le tribunal descend sur ses biens et nourrit et entretient sa femme, mais pas ses fils et ses filles, et on ne leur donne rien d'autre! Là encore, cela présente une difficulté pour l'opinion de Chmouel.
תָּא שְׁמַע: מִי שֶׁהָלַךְ לִמְדִינַת הַיָּם וְאִשְׁתּוֹ תּוֹבַעַת מְזוֹנוֹת — בֵּית דִּין יוֹרְדִים לִנְכָסָיו וְזָנִין וּמְפַרְנְסִין לְאִשְׁתּוֹ, אֲבָל לֹא בָּנָיו וּבְנוֹתָיו, וְלֹא דָּבָר אַחֵר!
Rav Chechet dit: il s'agit ici de celui qui entretient sa femme par l'intermédiaire d'un tiers. Dans ce cas, même si le mari était disponible, il ne lui fournirait pas sa subsistance directement, puisqu'il a désigné quelqu'un d'autre pour lui remettre de l'argent selon ses besoins. La Guemara demande: si c'est ainsi, ses fils et ses filles devraient également recevoir ce soutien! La Guemara répond: il s'agit d'un cas où il a désigné un tiers à cette fin, la subsistance de sa femme, mais n'a pas désigné de tiers à cette fin, la subsistance de ses enfants. La Guemara demande: si cela est exact, pourquoi cela a-t-il été énoncé sans nuance? Rien dans la baraïta ne laisse entendre que le mari ait fait une telle distinction.
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: בְּמַשְׁרֶה אֶת אִשְׁתּוֹ עַל יְדֵי שָׁלִישׁ. אִי הָכִי, בָּנָיו וּבְנוֹתָיו נָמֵי! כְּשֶׁהִשְׁרָה לָזוֹ, וְלֹא הִשְׁרָה לָזוֹ. מַאי פַּסְקָא?
Mais plutôt, Rav Pappa dit que Chmouel expliquerait cette baraïta comme se référant à un cas où elle a appris qu'il était mort par le témoignage d'un seul témoin. En ce qui la concerne, puisque c'est un cas où, si elle voulait se remarier sur la base du témoignage de ce témoin unique, elle le pourrait — car dans cette situation les Sages ont permis de se fier au témoignage d'un seul témoin afin qu'elle ne reste pas une femme abandonnée — le tribunal lui fournit également une pension alimentaire, puisqu'elle peut réclamer sa ketouba sur la base de ce témoignage.
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: כְּשֶׁשָּׁמְעָה בּוֹ שֶׁמֵּת בְּעֵד אֶחָד. הִיא, דְּאִי בָּעֲיָא אִינְּסוֹבֵי בְּעֵד אֶחָד מָצְיָא מִינַּסְבָא — מְזוֹנֵי נָמֵי יָהֲבִינַן לַהּ.