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Traité Ketubot

105b

Étude de Ketubot 105b

Étude de la Guémara 105b

Guémara
Même s'il est parfaitement juste, s'il accepte un pot-de-vin, il ne quittera pas ce monde sans avoir sombré dans la démence.
אֲפִילּוּ צַדִּיק גָּמוּר וְלוֹקֵחַ שׁוֹחַד — אֵינוֹ נִפְטָר מִן הָעוֹלָם בְּלֹא טֵירוּף דַּעַת.
Quand Rav Dimi vint [d'Eretz Israël en Babylonie], il dit que Rav Nahman bar Cohen enseignait ceci: Que signifie le verset: « Le roi, par le jugement, affermit le pays, mais l'homme des prélèvements [terumot] le renverse » (Michlei 29, 4)? Si le juge ressemble à un roi, c'est-à-dire qu'il n'a besoin de rien ni ne dépend de personne, il « affermit le pays » — il peut juger. Mais s'il ressemble à un cohen qui fait le tour des granges [pour recueillir ses prélèvements], étant dépendant des autres, il « le renverse ».
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר: דָּרֵשׁ רַב נַחְמָן בַּר כֹּהֵן, מַאי דִּכְתִיב ״מֶלֶךְ בְּמִשְׁפָּט יַעֲמִיד אָרֶץ וְאִישׁ תְּרוּמוֹת יֶהֶרְסֶנָּה״ — אִם דּוֹמֶה דַּיָּין לְמֶלֶךְ, שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לִכְלוּם — ״יַעֲמִיד אָרֶץ״. וְאִם דּוֹמֶה לְכֹהֵן שֶׁמְּחַזֵּר עַל הַגֳּרָנוֹת — ״יֶהֶרְסֶנָּה״.
Rabba bar Rav Cheila dit: Ce juge qui emprunte des objets [aux gens] est disqualifié pour juger, car c'est comme s'il recevait un salaire. Et nous n'avons dit cela que dans le cas où il n'a rien à prêter en retour, mais s'il a de quoi prêter à d'autres, il n'y a là aucun problème.
אָמַר רַבָּה בַּר רַב שֵׁילָא: הַאי דַּיָּינָא דְּשָׁאֵיל שְׁאֵילְתָא — פָּסוּל לְמֵידַן דִּינָא. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלֵית לֵיהּ לְאוֹשׁוֹלֵי, אֲבָל אִית לֵיהּ לְאוֹשׁוֹלֵי — לֵית לַן בַּהּ.
Est-ce bien exact? Mais Rava empruntait des objets à la maison de bar Marion, alors même qu'eux ne lui empruntaient rien! [La Guemara répond:] Là, c'était pour les honorer et rehausser leur importance [dans la communauté] — Rava, très fortuné, n'avait nul besoin d'emprunter pour lui-même.
אִינִי? וְהָא רָבָא שָׁאֵיל שְׁאֵילְתָא מִדְּבֵי בַּר מָרִיּוֹן אַף עַל גַּב דְּלָא שָׁיְילִי מִינֵּיהּ? הָתָם לְאַחְשׁוֹבִינְהוּ הוּא דְּבָעֵי.
Rava dit: Quelle est la raison [de l'interdit] du pot-de-vin? Dès lors que le juge a reçu un pot-de-vin d'une partie, son esprit se rapproche d'elle et elle devient comme lui-même, or un homme ne voit pas de faute en lui-même. Que signifie « shohad » [pot-de-vin]? Que « lui » [celui qui donne] et [le juge] ne font plus qu'« un » [ehad]. Rav Papa dit: Qu'un homme ne juge pas l'affaire de celui qu'il aime, ni celle de celui qu'il hait. Celui qu'il aime, il ne lui verra pas de faute; celui qu'il hait, il ne lui verra pas de mérite.
אָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּשׁוּחְדָּא? כֵּיוָן דְּקַבֵּיל לֵיהּ שׁוּחְדָּא מִינֵּיהּ, אִיקָּרְבָא לֵיהּ דַּעְתֵּיהּ לְגַבֵּיהּ וְהָוֵי כְּגוּפֵיהּ, וְאֵין אָדָם רוֹאֶה חוֹבָה לְעַצְמוֹ. מַאי ״שׁוֹחַד״ — שֶׁהוּא חַד. אָמַר רַב פָּפָּא: לָא לֵידוּן אִינִישׁ דִּינָא לְמַאן דְּרָחֵים לֵיהּ, וְלָא לְמַאן דְּסָנֵי לֵיהּ. דְּרָחֵים לֵיהּ — לָא חָזֵי לֵיהּ חוֹבָה, דְּסָנֵי לֵיהּ — לָא חָזֵי לֵיהּ זְכוּתָא.
Abaye dit: Si ce jeune érudit est aimé des habitants de sa ville, ce n'est pas parce qu'il est plus méritant que les autres, mais parce qu'il ne les reprend pas sur les questions [d'observance] envers le Ciel.
אָמַר אַבָּיֵי: הַאי צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן דִּמְרַחֲמִין לֵיהּ בְּנֵי מָתָא — לָאו מִשּׁוּם דִּמְעַלֵּי טְפֵי, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא מוֹכַח לְהוּ בְּמִילֵּי דִּשְׁמַיָּא.
Rava dit: Au début, je pensais que tous ces habitants de Mehoza m'aimaient. Une fois devenu juge, je me suis dit: certains d'entre eux me haïssent et d'autres m'aiment [selon l'issue de leur procès]. Mais lorsque j'ai vu que celui que j'avais condamné aujourd'hui gagnait son procès le lendemain, je me suis dit: s'ils aiment, ils m'aiment tous, et s'ils haïssent, ils me haïssent tous [indépendamment du verdict rendu].
אָמַר רָבָא, מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי בְּנֵי מָחוֹזָא כּוּלְּהוּ רָחֲמוּ לִי. כֵּיוָן דַּהֲוַאי דַּיָּינָא, אָמֵינָא: מִינַּיְיהוּ סָנוּ לִי וּמִינַּיְיהוּ רָחֲמוּ לִי. כֵּיוָן דַּחֲזַאי דְּמַאן דְּמִיחַיַּיב (לֵיהּ) הָאִידָּנָא קָא זָכֵי לִמְחַר, אָמֵינָא: אִם מִרְחָם — כּוּלְּהוּ רָחֲמוּ לִי, אִי מִסְנוֹ — כּוּלְּהוּ סָנוּ לִי.
Les Sages enseignèrent: « Tu ne prendras pas de pot-de-vin » (Chemot 23, 8). Il n'était pas nécessaire de préciser qu'il s'agit d'un pot-de-vin en argent; même un pot-de-vin en paroles est également interdit, puisqu'il n'est pas écrit: « Tu ne prendras pas de profit ». Quel est le cas d'un pot-de-vin en paroles?
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְשׁוֹחַד לֹא תִקָּח״, אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר שׁוֹחַד מָמוֹן, אֶלָּא אֲפִילּוּ שׁוֹחַד דְּבָרִים נָמֵי אָסוּר, מִדְּלָא כְּתִיב ״בֶּצַע לֹא תִקָּח״. הֵיכִי דָּמֵי שׁוֹחַד דְּבָרִים?
Comme dans cet épisode où Chmouel traversait un bac sur une rivière. Un homme vint et lui tendit la main pour l'aider à descendre du bateau. Chmouel lui dit: Que fais-tu ici? Il lui répondit: J'ai un procès à te présenter. Chmouel lui dit: Je suis disqualifié pour juger ton affaire.
כִּי הָא דִּשְׁמוּאֵל הֲוָה עָבַר בְּמַבָּרָא, אֲתָא הָהוּא גַּבְרָא יָהֵיב לֵיהּ יְדֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: מַאי עֲבִידְתָּיךְ? אֲמַר לֵיהּ: דִּינָא אִית לִי. אֲמַר לֵיהּ: פְּסִילְנָא לָךְ לְדִינָא.
Ameimar était assis en train de juger une affaire. Une plume vola et se posa sur sa tête. Un homme vint et la lui retira. Ameimar lui dit: Que fais-tu ici? Il lui répondit: J'ai un procès à te présenter. Ameimar lui dit: Je suis disqualifié pour juger ton affaire. Mar Oukva avait de la salive devant lui; un homme vint et la recouvrit. Mar Oukva lui dit: Que fais-tu ici? Il lui répondit: J'ai un procès à te présenter. Mar Oukva lui dit: Je suis disqualifié pour juger ton affaire.
אַמֵּימָר הֲוָה יָתֵיב וְקָא דָאֵין דִּינָא. פְּרַח גַּדְפָּא אַרֵישֵׁיהּ, אֲתָא הָהוּא גַּבְרָא שַׁקְלֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: מַאי עֲבִידְתָּיךְ? אֲמַר לֵיהּ: דִּינָא אִית לִי. אֲמַר לֵיהּ: פְּסִילְנָא לָךְ לְדִינָא. מָר עוּקְבָא הֲוָה שְׁדֵי רוּקָּא קַמֵּיהּ, אֲתָא הָהוּא גַּבְרָא כַּסְּיֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: מַאי עֲבִידְתָּיךְ? אֲמַר לֵיהּ: דִּינָא אִית לִי. אֲמַר לֵיהּ: פְּסִילְנָא לָךְ לְדִינָא.
Le métayer de Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yossei, avait l'habitude de lui apporter chaque veille de Chabbat un panier [kanta] de fruits. Un jour, il le lui apporta un jeudi. Rabbi Yichmael lui dit: Pourquoi ce changement aujourd'hui? Il lui répondit: J'ai un procès [à présenter], et je me suis dit: puisque je viens de toute façon, autant apporter le panier au Maître au passage. [Rabbi Yichmael] ne l'accepta pas de lui et lui dit: Je suis disqualifié pour juger ton affaire.
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי הֲוָה רְגִיל אֲרִיסֵיהּ דַּהֲוָה מַיְיתֵי לֵיהּ כׇּל מַעֲלֵי שַׁבְּתָא כַּנְתָּא דְפֵירֵי. יוֹמָא חַד אַיְיתִי לֵיהּ בְּחַמְשָׁה בְּשַׁבְּתָא. אֲמַר לֵיהּ: מַאי שְׁנָא הָאִידָּנָא? אֲמַר לֵיהּ: דִּינָא אִית לִי, וְאָמֵינָא, אַגַּב אוֹרְחִי אַיְיתֵי לֵיהּ לְמָר. לָא קַבֵּיל מִינֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: פְּסִילְנָא לָךְ לְדִינָא.
[Rabbi Yichmael] fit siéger deux érudits qui jugèrent l'affaire à sa place. Or, en allant et venant, il se disait: S'il veut, il peut plaider ainsi, et s'il veut, il peut plaider autrement — [il ne cessait d'imaginer les arguments favorables au métayer]. Il s'exclama: Que périssent les âmes de ceux qui acceptent des pots-de-vin! Si moi, qui n'ai rien pris — et si j'avais pris, c'eût été mon propre bien [puisque c'est mon métayer] — j'en suis arrivé à cet état d'esprit, combien plus en est-il ainsi de ceux qui acceptent réellement des pots-de-vin!
אוֹתֵיב זוּזָא דְרַבָּנַן וְקָדָיְינִין לֵיהּ. בַּהֲדֵי דְּקָאָזֵיל וְאָתֵי אֲמַר: אִי בָּעֵי — טָעֵין הָכִי, וְאִי בָּעֵי — טָעֵין הָכִי. אָמַר: תִּיפַּח נַפְשָׁם שֶׁל מְקַבְּלֵי שׁוֹחַד! וּמָה אֲנִי שֶׁלֹּא נָטַלְתִּי, וְאִם נָטַלְתִּי — שֶׁלִּי נָטַלְתִּי, כָּךְ, מְקַבְּלֵי שׁוֹחַד — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.
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