[La baraïta raisonne :] La communauté [tsibour] est extraite de la catégorie de l'individu [ya'hid] — car un individu apporte une brebis ou une chèvre femelle comme hatat, alors que lorsque la communauté pèche l'offrande est un taureau. Et de même, le cohen machiah [Grand Prêtre oint] est extrait de la catégorie de l'individu — car son sacrifice est lui aussi un taureau. Dès lors, tout comme la communauté n'est tenue qu'en cas d'absence de conscience [helem davar, c'est-à-dire une décision erronée du beit din] combinée à une transgression involontaire par le peuple [chiggat maasé], de même le cohen machiah ne sera tenu que pour l'absence de conscience combinée à une transgression involontaire.
צִבּוּר מוּצָא מִכְּלַל יָחִיד, וּמָשִׁיחַ מוּצָא מִכְּלַל יָחִיד. מָה צִבּוּר אֵין חַיָּיבִין אֶלָּא עַל הֶעְלֵם דָּבָר עִם שִׁגְגַת מַעֲשֶׂה, אַף מָשִׁיחַ לֹא יְהֵא חַיָּיב אֶלָּא עַל הֶעְלֵם דָּבָר עִם שִׁגְגַת מַעֲשֶׂה.
Ou bien oriente-toi dans cette autre direction [et tire une analogie différente] : le Nassi [roi] est extrait de la catégorie de l'individu — car son hatat est un bouc — et le cohen machiah est également extrait de la catégorie de l'individu. Tout comme le Nassi apporte une offrande pour une transgression involontaire [chiggat maasé] sans qu'il y ait eu absence de conscience [helem davar] ni décision erronée préalable — comme tout individu ordinaire tenu d'apporter un hatat —, de même, le cohen machiah apporterait une offrande pour une transgression involontaire même sans absence de conscience ni décision erronée préalable ! [L'analogie avec le Nassi ou avec la communauté conduit à des conclusions opposées.]
אוֹ כְּלָךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נָשִׂיא מוּצָא מִכְּלַל יָחִיד, וּמָשִׁיחַ מוּצָא מִכְּלַל יָחִיד. מָה נָשִׂיא מֵבִיא בְּשִׁגְגַת מַעֲשֶׂה בְּלֹא הֶעְלֵם דָּבָר, אַף מָשִׁיחַ מֵבִיא בְּשִׁגְגַת מַעֲשֶׂה בְּלֹא הֶעְלֵם דָּבָר!
La Guemara examine les deux analogies : Voyons à laquelle [des deux — la communauté ou le roi] le cohen machiah ressemble davantage. La communauté expie avec un taureau et n'apporte pas d'acham talui [offrande de culpabilité provisoire], et le cohen machiah expie avec un taureau et n'apporte pas non plus d'acham talui. On peut donc dire : tout comme la communauté n'est tenue que pour l'absence de conscience combinée à une transgression involontaire, de même le cohen machiah ne sera tenu que pour l'absence de conscience combinée à une transgression involontaire.
נִרְאֶה לְמִי דּוֹמֶה? צִבּוּר – בְּפַר וְאֵין מְבִיאִין אָשָׁם תָּלוּי, וּמָשִׁיחַ – בְּפַר וְאֵין מֵבִיא אָשָׁם תָּלוּי. מָה צִבּוּר אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא עַל הֶעְלֵם דָּבָר עִם שִׁגְגַת מַעֲשֶׂה, אַף מָשִׁיחַ לֹא יְהֵא חַיָּיב אֶלָּא עַל הֶעְלֵם דָּבָר עִם שִׁגְגַת מַעֲשֶׂה.
Ou bien oriente-toi dans cette autre direction : le Nassi apporte une chèvre femelle [séirah] pour une idolâtrie involontaire et apporte un acham vadaï [offrande de culpabilité certaine] pour d'autres transgressions [comme le détournement de bien sacré ou le vol], et le cohen machiah apporte une chèvre femelle pour une idolâtrie involontaire et apporte lui aussi un acham vadaï pour les mêmes transgressions que le Nassi — contrairement à la communauté qui apporte un taureau comme hatat pour une idolâtrie involontaire et n'apporte jamais d'acham vadaï. On pourrait donc conclure : tout comme le Nassi apporte une offrande pour une transgression involontaire sans absence de conscience préalable, de même le cohen machiah apporterait une offrande pour une transgression involontaire sans absence de conscience préalable.
אוֹ כְּלָךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נָשִׂיא מֵבִיא שְׂעִירָה בַּעֲבוֹדָה זָרָה וּמֵבִיא אָשָׁם וַדַּאי, וּמָשִׁיחַ מֵבִיא שְׂעִירָה בַּעֲבוֹדָה זָרָה וּמֵבִיא אָשָׁם וַדַּאי. מָה נָשִׂיא מֵבִיא בְּשִׁגְגַת מַעֲשֶׂה, אַף מָשִׁיחַ מֵבִיא בְּשִׁגְגַת מַעֲשֶׂה.
Puisque l'on peut logiquement tirer l'une ou l'autre conclusion, une source explicite est nécessaire. C'est pourquoi le verset dit [à propos du cohen machiah] : « Pour la culpabilité du peuple [le'achmat haAm] » (Vayikra 4, 3), indiquant que le statut du cohen machiah est comparable à celui de la communauté. Dès lors, tout comme la communauté n'apporte une offrande que pour l'absence de conscience combinée à une transgression involontaire, de même le cohen machiah n'apporte une offrande que pour l'absence de conscience combinée à une transgression involontaire.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְאַשְׁמַת הָעָם״, הֲרֵי הוּא מָשִׁיחַ כְּצִבּוּר. מָה צִבּוּר אֵינוֹ מֵבִיא אֶלָּא עַל הֶעְלֵם דָּבָר עִם שִׁגְגַת מַעֲשֶׂה, אַף מָשִׁיחַ אֵינוֹ מֵבִיא אֶלָּא עַל הֶעְלֵם דָּבָר עִם שִׁגְגַת מַעֲשֶׂה.
La Guemara conteste l'analogie : Sur la base de la comparaison entre le cohen machiah et la communauté, pourquoi ne pas dire : tout comme pour la communauté — lorsque le beit din a rendu une décision et que la communauté a transgressé après cette décision et conformément à elle, le beit din est tenu d'apporter une offrande —, de même pour le cohen machiah — lorsqu'il a rendu une décision et que la communauté a transgressé après sa décision et conformément à elle, il devrait être tenu [d'apporter une offrande] ? [La Guemara répond :] C'est pourquoi le verset dit à propos du cohen machiah : « Il offrira [alors] pour son péché qu'il a péché » (Vayikra 4, 3) — ce qui implique qu'il apporte une offrande pour le péché qu'il a lui-même péché sur la base de sa décision, mais il n'apporte pas d'offrande pour le péché que d'autres ont commis sur la base de sa décision.
אֵימָא: מָה צִבּוּר הוֹרָה וְעָשׂוּ אַחֲרָיו בְּהוֹרָאָתוֹ – חַיָּיבִין, אַף מָשִׁיחַ כְּשֶׁהוֹרָה וְעָשׂוּ אַחֲרָיו בְּהוֹרָאָתוֹ – יְהֵא חַיָּיב! תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהִקְרִיב עַל חַטָּאתוֹ אֲשֶׁר חָטָא״, עַל מָה שֶׁחָטָא הוּא מֵבִיא, וְאֵין מֵבִיא עַל מָה שֶׁחָטְאוּ אֲחֵרִים.
[La Guemara examine ce que le Maître a dit dans la baraïta :] Le cohen machiah expie avec un taureau et n'apporte pas d'acham talui [offrande de culpabilité provisoire]. La Guemara demande : D'où le tanna déduit-il que le cohen machiah n'apporte pas d'acham talui ?
אָמַר מָר: מָשִׁיחַ בְּפַר וְאֵין מֵבִיא אָשָׁם תָּלוּי. מְנָא לֵיהּ דְּאֵין מֵבִיא אָשָׁם תָּלוּי?
[La Guemara répond :] C'est déduit d'un verset, car il est écrit [à propos des règles de l'acham talui] : « Et le cohen fera expiation pour lui [l'individu] de sa transgression involontaire qu'il a commise involontairement » (Vayikra 5, 18) — ce qui s'applique à celui dont la transgression et l'acte involontaire sont identiques [c'est-à-dire un individu ordinaire dont toute l'irrégularité réside dans l'acte involontaire lui-même]. Cela exclut le cohen machiah, dont l'acte involontaire et sa transgression ne sont pas identiques [car son irrégularité réside dans la décision erronée, et il n'est tenu que s'il a ensuite transgressé sur la base de cette décision]. Ainsi qu'il est écrit à propos du cohen machiah : « Pour la culpabilité du peuple » (Vayikra 4, 3) — indiquant que le statut du cohen machiah est celui de la communauté.
דִּכְתִיב: ״וְכִפֶּר עָלָיו הַכֹּהֵן עַל שִׁגְגָתוֹ אֲשֶׁר שָׁגָג״, מִי שֶׁחַטָּאתוֹ וְשִׁגְגָתוֹ שָׁוָה, יָצָא מָשִׁיחַ שֶׁאֵין שִׁגְגָתוֹ וְחַטָּאתוֹ שָׁוָה, דִּכְתִיב: ״לְאַשְׁמַת הָעָם״, הֲרֵי הוּא מָשִׁיחַ כְּצִבּוּר.
La Guemara interroge cette preuve : Comment le Guemara peut-elle fonder la halakha sur l'interprétation du verset « Pour la culpabilité du peuple » ? À ce stade [de la baraïta], le tanna n'a pas encore cité ce verset. En effet, [le tanna] énonce d'abord que le cohen machiah n'apporte pas d'acham talui, et ce n'est qu'ensuite qu'il cite le verset dont il tire la preuve que le cohen machiah ne doit apporter une offrande que pour l'absence de conscience combinée à une transgression involontaire. Plutôt, [il faut conclure que] le tanna a mentionné la halakha de l'acham talui sans [pouvoir s'appuyer sur une] raison [valable au sein de la baraïta] — bien que la halakha soit correcte, il n'y avait pas lieu de la citer dans cette baraïta.
״לְאַשְׁמַת הָעָם״, עַד כָּאן לָא קָאָמַר לֵיהּ. אֶלָּא אָשָׁם כְּדִי נַסְבַהּ.
Mishna 1
MICHNA : Si [le cohen machiah] a rendu une décision de lui-même [indépendamment du beit din] et a transgressé de lui-même, l'expiation lui appartient à lui seul [il apporte un taureau pour lui seul]. S'il a rendu une décision avec la communauté [c'est-à-dire conjointement avec le Sanhédrin] et a transgressé avec la communauté [c'est-à-dire que le peuple a transgressé conformément à cette décision commune], l'expiation lui est accordée avec la communauté [il est inclus dans le sacrifice communautaire]. Car le beit din n'est tenu d'apporter un sacrifice que lorsqu'il a rendu une décision visant à annuler une partie d'un commandement tout en en maintenant une autre partie, et de même pour le cohen machiah. Et [ni le beit din ni le cohen machiah] ne sont tenus d'apporter un sacrifice pour une décision concernant l'idolâtrie que lorsqu'ils ont rendu une décision visant à annuler une partie de ce commandement tout en en maintenant une autre.
מַתְנִי׳ הוֹרָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְעָשָׂה בִּפְנֵי עַצְמוֹ – מִתְכַּפֵּר לוֹ בִּפְנֵי עַצְמוֹ. הוֹרָה עִם הַצִּבּוּר וְעָשָׂה עִם הַצִּבּוּר – מִתְכַּפֵּר לוֹ עִם הַצִּבּוּר, שֶׁאֵין בֵּית דִּין חַיָּיבִין עַד שֶׁיּוֹרוּ לְבַטֵּל מִקְצָת וּלְקַיֵּים מִקְצָת, וְכֵן הַמָּשִׁיחַ, וְלֹא בַּעֲבוֹדָה זָרָה עַד שֶׁיּוֹרוּ לְבַטֵּל מִקְצָת וּלְקַיֵּים מִקְצָת.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Concernant la halakha qui distingue entre une transgression involontaire commise par le cohen machiah seul et celle commise avec la communauté, la Guemara demande : D'où cette règle est-elle dérivée ? La Guemara explique : c'est comme les Sages l'ont enseigné dans une baraïta : Si le cohen machiah a rendu une décision avec la communauté et a transgressé avec la communauté, on aurait pu penser qu'il est tenu d'apporter un taureau-hatat pour lui-même [en plus du sacrifice communautaire].
גְּמָ׳ מְנָהָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: הוֹרָה עִם הַצִּבּוּר וְעָשָׂה עִם הַצִּבּוּר, יָכוֹל יָבִיא פַּר לְעַצְמוֹ?
[La baraïta continue :] Et il y a un raisonnement logique pour cela : le Nassi est extrait de la catégorie de l'individu, et le cohen machiah est extrait de la catégorie de l'individu [chacun apportant un sacrifice différent d'un individu ordinaire]. Tout comme pour le Nassi — s'il a péché de lui-même, il apporte son sacrifice [de bouc] de lui-même, et s'il a péché avec la communauté, l'expiation lui est accordée avec la communauté — de même pour le cohen machiah : s'il a péché de lui-même, il apporte son sacrifice [de taureau] de lui-même, et s'il a péché avec la communauté, l'expiation lui est accordée avec la communauté !
וְדִין הוּא: נָשִׂיא מוּצָא מִכְּלַל יָחִיד וּמָשִׁיחַ מוּצָא מִכְּלַל יָחִיד, מָה נָשִׂיא, חָטָא בִּפְנֵי עַצְמוֹ – מֵבִיא בִּפְנֵי עַצְמוֹ, חָטָא עִם הַצִּבּוּר – מִתְכַּפֵּר לוֹ עִם הַצִּבּוּר. אַף מָשִׁיחַ, חָטָא בִּפְנֵי עַצְמוֹ – מֵבִיא בִּפְנֵי עַצְמוֹ, חָטָא עִם הַצִּבּוּר – מִתְכַּפֵּר לוֹ עִם הַצִּבּוּר!