Guémara
Rav Pappa dit : [Les souris] rongent meme le manche d'une houe [chofta demara, objet en bois qui ne leur apporte aucune nourriture].
רַב פָּפָּא אָמַר: אֲפִילּוּ שׁוּפְתָּא [דְּ]מָרָא גָּיְיצִי.
§ Les Sages ont enseigne dans une baraita : Il y a cinq facteurs qui font oublier l'etude de la Torah : celui qui mange de ce que mange une souris et de ce que mange un chat ; celui qui mange le coeur d'un animal ; celui qui a l'habitude de manger des olives ; celui qui boit de l'eau restant d'une lavage [de vaisselle ou du corps] ; et celui qui se lave les pieds en placant l'un sur l'autre. Et certains disent : aussi celui qui pose ses vetements sous la tete [comme oreiller]. En parallele, il y a cinq facteurs qui restituent l'etude oubliee : manger du pain cuit sur des braises [pa'am de'hamim], et a plus forte raison se rechauffer a la chaleur des braises elles-memes ; manger un oeuf dur [beitza megougelet] sans sel ; avoir l'habitude de consommer de l'huile d'olive ; avoir l'habitude de boire du vin et de sentir des aromates ; et boire de l'eau residuelle du petrin [levain]. Et certains disent : aussi celui qui trempe son doigt dans le sel et le mange.
תָּנוּ רַבָּנַן. חֲמִשָּׁה דְּבָרִים מְשַׁכְּחִים אֶת הַתַּלְמוּד: הָאוֹכֵל מִמַּה שֶּׁאוֹכֵל עַכְבָּר וּמִמַּה שֶּׁאוֹכֵל חָתוּל, וְהָאוֹכֵל לֵב שֶׁל בְּהֵמָה, וְהָרָגִיל בְּזֵיתִים, וְהַשּׁוֹתֶה מַיִם שֶׁל שִׁיּוּרֵי רְחִיצָה, וְהָרוֹחֵץ רַגְלָיו זוֹ עַל גַּבֵּי זוֹ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַמַּנִּיחַ כֵּלָיו תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו. חֲמִשָּׁה דְּבָרִים מְשִׁיבִים אֶת הַתַּלְמוּד: פַּת פֶּחָמִין וְכׇל שֶׁכֵּן פֶּחָמִין עַצְמָן, וְהָאוֹכֵל בֵּיצָה מְגוּלְגֶּלֶת בְּלֹא מֶלַח, וְהָרָגִיל בְּשֶׁמֶן זַיִת, וְהָרָגִיל בְּיַיִן וּבְשָׂמִים, וְהַשּׁוֹתֶה מַיִם שֶׁל שִׁיּוּרֵי עִיסָּה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַטּוֹבֵל אֶצְבָּעוֹ בְּמֶלַח וְאוֹכֵל.
[La baraita dit :] « Celui qui a l'habitude de consommer de l'huile d'olive restitue l'etude oubliee. » La Guemara note : Ceci soutient l'opinion de Rabbi Yo'hanan, car Rabbi Yo'hanan dit : De meme que manger une olive [elle-meme] fait oublier soixante-dix ans d'etude de la Torah, l'huile d'olive restitue soixante-dix ans d'etude de la Torah.
״הָרָגִיל בְּשֶׁמֶן זַיִת״. מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּשֵׁם שֶׁהַזַּיִת מְשַׁכֵּחַ תַּלְמוּד שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה, כָּךְ שֶׁמֶן זַיִת מֵשִׁיב תַּלְמוּד שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה.
La baraita continue : « Et celui qui a l'habitude de boire du vin et de sentir des aromates restitue l'etude oubliee. » La Guemara note : Ceci soutient l'opinion de Rava, car Rava dit : Le vin et les epices [reih'ana] m'ont rendu perspicace [pakah'in — m'ont ouvert l'esprit].
״וְהָרָגִיל בְּיַיִן וּבְשָׂמִים״. מְסַיַּיע לֵיהּ לְרָבָא, דְּאָמַר רָבָא: חַמְרָא וְרֵיחָנֵי פַּקַּחִין.
La baraita continue : « [Aussi] celui qui trempe son doigt dans le sel et le mange [restitue l'etude oubliee]. » Rech Lakich dit : Et [cela s'applique a] un seul [doigt]. La Guemara note : Ceci est parallele a un differend entre tannaim. Rabbi Yehouda dit : Un doigt mais pas deux. Rabbi Yossi dit : Deux doigts mais pas trois. Et voici le moyen mnemotechnique [pour ne pas se tromper sur le differend] : kemitsa [le doigt annulaire, le « renfrogné »]. Quand on plie l'annulaire contre la paume, il reste deux doigts dresses d'un cote [l'index et le majeur] et un de l'autre [l'auriculaire], ce qui te rappellera que l'un dit un et pas deux, et l'autre dit deux et pas trois.
״וְהַטּוֹבֵל אֶצְבָּעוֹ בְּמֶלַח״, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: וּבְאַחַת. כְּתַנָּאֵי, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַחַת וְלֹא שְׁתַּיִם, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שְׁתַּיִם וְלֹא שָׁלֹשׁ. וְסִימָנָיךְ: קְמִיצָה.
Dix facteurs sont nefastes pour l'etude de la Torah : celui qui passe sous le licou d'un chameau, et a plus forte raison celui qui passe sous le chameau lui-meme [ces deux cas sont comptes ensemble] ; celui qui passe entre deux chameaux ; celui qui passe entre deux femmes ; une femme qui passe entre deux hommes ; celui qui passe sous un endroit qui degage la mauvaise odeur d'une carcasse d'animal ; celui qui passe sous un pont sous lequel l'eau n'a pas coule depuis quarante jours ; celui qui mange du pain qui n'a pas suffisamment cuit ; celui qui mange de la viande avec le zuhama listeron [une cuillere-fourchette utilisee pour ecumer la surface d'une soupe] ; celui qui boit d'un aqueduc qui traverse un cimetiere ; et celui qui regarde le visage d'un mort. Et certains disent : aussi celui qui lit l'inscription gravee sur la pierre d'une tombe.
עֲשָׂרָה דְּבָרִים קָשִׁים לַתַּלְמוּד: הָעוֹבֵר תַּחַת הָאַפְסָר [הַגָּמָל] וְכׇל שֶׁכֵּן תַּחַת גָּמָל [עַצְמוֹ], וְהָעוֹבֵר בֵּין שְׁנֵי גְּמַלִּים, וְהָעוֹבֵר בֵּין שְׁתֵּי נָשִׁים, וְהָאִשָּׁה הָעוֹבֶרֶת בֵּין שְׁנֵי אֲנָשִׁים, וְהָעוֹבֵר מִתַּחַת רֵיחַ רַע שֶׁל נְבֵילָה, וְהָעוֹבֵר תַּחַת הַגֶּשֶׁר שֶׁלֹּא עָבְרוּ תַּחְתָּיו מַיִם אַרְבָּעִים יוֹם, וְהָאוֹכֵל פַּת שֶׁלֹּא בָּשַׁל כׇּל צָרְכּוֹ, וְהָאוֹכֵל בָּשָׂר מִזּוּהֲמָא לִיסְטְרוֹן, וְהַשּׁוֹתֶה מֵאַמַּת הַמַּיִם הָעוֹבֶרֶת בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, וְהַמִּסְתַּכֵּל בִּפְנֵי הַמֵּת. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַקּוֹרֵא כְּתָב שֶׁעַל גַּבֵּי הַקֶּבֶר.
§ Les Sages ont enseigne dans une baraita : Quand le Nassi [president du Sanhedrin] entre, tout le peuple se leve et ne s'assoit pas jusqu'a ce qu'il leur dise : « Asseyez-vous. » Quand le chef-adjoint du Sanhedrin [av beit din] entre, on forme pour lui une rangee d'un cote et une rangee de l'autre [du chemin qu'il emprunte], en signe de deference, jusqu'a ce qu'il s'assoie a sa place, puis on peut s'asseoir. Quand le sage [h'akham, le troisieme rang du Sanhedrin] entre, une personne se leve quand il se trouve a moins de quatre coudees du h'akham, et une autre s'assoit [des qu'elle est a plus de quatre coudees] — et ainsi de suite jusqu'a ce qu'il s'assoie a sa place. Quand les foules ont besoin de leurs services [qu'ils remplissent un role public], les fils des sages et les erudits de Torah peuvent enjamber par-dessus les tetes des gens assis par terre pour atteindre leurs places au Sanhedrin. Si l'un des sages est sorti pour satisfaire un besoin naturel, quand il a termine, il peut entrer et reprendre sa place au Sanhedrin, sans se soucier de deranger les autres.
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּשֶׁהַנָּשִׂיא נִכְנָס, כׇּל הָעָם עוֹמְדִים, וְאֵין יוֹשְׁבִים עַד שֶׁאוֹמֵר לָהֶם: שֵׁבוּ. כְּשֶׁאַב בֵּית דִּין נִכְנָס, עוֹשִׂים לוֹ שׁוּרָה אַחַת מִכָּאן וְשׁוּרָה אַחַת מִכָּאן, עַד שֶׁיֵּשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ. כְּשֶׁחָכָם נִכְנָס, אֶחָד עוֹמֵד וְאֶחָד יוֹשֵׁב, עַד שֶׁיֵּשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ. בְּנֵי חֲכָמִים וְתַלְמִידֵי חֲכָמִים, בִּזְמַן שֶׁרַבִּים צְרִיכִים לָהֶם – מַפְסִיעִין עַל רָאשֵׁי הָעָם. יָצָא לְצוֹרֶךְ – יִכָּנֵס וְיֵשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ.
Quand ils ont la sagesse d'entendre et d'etudier, les fils des erudits de Torah [benei talmidei h'akhamim] dont les peres sont nommes responsables de la congregation [parnass 'al hatsibbour] entrent et s'assoient devant leurs peres, le dos tourne vers le peuple [signifiant qu'ils participent comme etudiants]. Quand ils n'ont pas la sagesse d'entendre et d'etudier, ils entrent et s'assoient devant leurs peres, mais le visage tourne vers le peuple [pour que tous voient qu'ils sont la en deference a leur pere et non comme etudiants]. Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok dit : Meme lors d'un banquet de noces [beit hammichteh], on les place comme des annexes [senifin] — on les asseoit a cote de leurs peres.
בְּנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁמְּמוּנִּים אֲבִיהֶם פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר, בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ לָהֶם דַּעַת לִשְׁמוֹעַ – נִכְנָסִים וְיוֹשְׁבִים לִפְנֵי אֲבִיהֶם וַאֲחוֹרֵיהֶם כְּלַפֵּי הָעָם. בִּזְמַן שֶׁאֵין לָהֶם דַּעַת לִשְׁמוֹעַ – נִכְנָסִים וְיוֹשְׁבִים לִפְנֵי אֲבִיהֶם וּפְנֵיהֶם כְּלַפֵּי הַעָם. רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר רַבִּי [צָדוֹק] אוֹמֵר: אַף בְּבֵית הַמִּשְׁתֶּה עוֹשִׂים אוֹתָם סְנִיפִין.
Le Maitre a dit : Si l'un des sages est sorti pour satisfaire un besoin naturel, quand il a termine il peut entrer et reprendre sa place. Rav Pappa dit : Les Sages n'ont dit cela que pour un besoin naturel mineur [de petits besoins — uriner] ; mais pour un besoin naturel majeur [defecation] — non, il ne peut pas reprendre sa place, parce qu'il aurait du s'examiner lui-meme au prealable pour ne pas avoir a sortir [sa negligence lui fait perdre ce privilege]. Car Rav Yehouda dit que Rav dit : Une personne devrait toujours s'habituer a satisfaire ses besoins naturels matin et soir pour ne pas avoir besoin de s'eloigner [de la maison d'etude] pendant les heures de lumiere [du jour] pour trouver un lieu convenable. Rava dit : Aujourd'hui, puisque le monde est affaibli et que les gens ne sont plus aussi vigoureux qu'autrefois, meme pour un besoin majeur il peut rentrer et reprendre sa place.
[אָמַר מָר] יָצָא לְצוֹרֶךְ – נִכְנָס וְיוֹשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ. אָמַר רַב פָּפָּא: לֹא אָמְרוּ אֶלָּא לִקְטַנִּים, אֲבָל לִגְדוֹלִים – לָא, הֲוָה לֵיהּ לְמִבְדַּק נַפְשֵׁיהּ מֵעִיקָּרָא. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לְעוֹלָם יְלַמֵּד אָדָם עַצְמוֹ לְהַשְׁכִּים וּלְהַעֲרִיב, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְרַחֵק. אָמַר רָבָא: הָאִידָּנָא דַּחֲלַשׁא עָלְמָא – אֲפִילּוּ לִגְדוֹלִים נָמֵי.
Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok dit : Meme lors d'un banquet de noces on les place comme des annexes [senifin]. Rava dit : Cela s'applique durant la vie de leurs peres et en presence de leurs peres.
רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר רַבִּי [צָדוֹק] אוֹמֵר: אַף בְּבֵית הַמִּשְׁתֶּה עוֹשִׂים אוֹתָם סְנִיפִים. אָמַר רָבָא: בְּחַיֵּי אֲבִיהֶם בִּפְנֵי אֲבִיהֶם.
§ Rabbi Yo'hanan dit : Cette Michna [c'est-a-dire la baraita precedente sur les honneurs dus au Nassi et aux autres] fut enseignee du temps de Rabban Chimon ben Gamliel. Rabban Chimon ben Gamliel etait le Nassi, Rabbi Meir etait le h'akham [le sage de troisieme rang], et Rabbi Nathan etait l'av beit din. Quand Rabban Chimon ben Gamliel etait la [dans la maison d'etude], tout le monde se levait devant lui. Quand Rabbi Meir et Rabbi Nathan entraient, tout le monde se levait devant eux [de la meme facon]. Rabban Chimon ben Gamliel dit : Ne devrait-il pas y avoir une distinction manifeste entre moi et eux dans la maniere dont on leur montre la deference ? Rabban Chimon ben Gamliel institua les dispositions enoncees dans cette baraita qui distinguent le Nassi et ses subordonnes quant aux honneurs qui leur sont rendus.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּימֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל נִישְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל נָשִׂיא, רַבִּי מֵאִיר חָכָם, רַבִּי נָתָן אַב בֵּית דִּין. כִּי הֲוָה רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הָתָם, הֲווֹ קָיְימִי כּוּלֵּי עָלְמָא מִקַּמֵּיהּ. כִּי הֲווֹ עָיְילִי רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי נָתָן, הֲווֹ קָיְימִי כּוּלֵּי עָלְמָא מִקַּמַּיְיהוּ. אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: לָא בָּעוּ לְמִיהְוֵי הֶיכֵּרָא בֵּין דִּילִי לְדִידְהוּ? תַּקֵּין הָא מַתְנִיתָא.
Ce jour-la [quand Rabban Chimon ben Gamliel institua ces dispositions], Rabbi Meir et Rabbi Nathan n'etaient pas presents. Le lendemain, quand ils arriverent a la maison d'etude, ils virent que les gens ne se levaient pas devant eux comme c'etait habituellement le cas. Ils dirent : Qu'est-ce que cela ? Les gens leur dirent : Voila ce que Rabban Chimon ben Gamliel a institue. Rabbi Meir dit a Rabbi Nathan : Je suis le h'akham et toi tu es l'av beit din. Faisons quelque chose [pour riposter] et faisons-lui ce qu'il nous a fait. Que lui ferons-nous ? Disons-lui : Revele-nous [la signification de] la massekhet Ouqtsim [un traite difficile] — qu'il ne connait pas. Et une fois qu'il sera evident pour tous qu'il ne l'a pas etudiee, il n'aura rien a dire. Puis nous lui dirons : « Qui peut exprimer les actes puissants de l'Eternel, faire entendre toutes Ses louanges ? » (Tehilim 106, 2), pour signifier : A qui convient-il d'exprimer les actes puissants de l'Eternel ? A celui qui est capable de faire entendre toutes Ses louanges — et non a celui qui ne connait pas l'un des traites. Nous le destituerons de son poste de Nassi, et je serai av beit din et toi tu seras Nassi.
הָהוּא יוֹמָא לָא הֲווֹ רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי נָתָן הָתָם, לִמְחַר כִּי אֲתוֹ חֲזוֹ דְּלָא קָמוּ מִקַּמַּיְיהוּ כְּדִרְגִילָא מִילְּתָא, אָמְרִי: מַאי הַאי? אֲמַרוּ לְהוּ: הָכִי תַּקֵּין רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.