Guémara
[Le sens de « maison indépendante » est :] je vous accorde la servitude [non la liberté], comme il est dit : « Ils lui parlèrent en ces termes : Si tu veux être serviteur de ce peuple aujourd'hui » (Melakhim I 12, 7). [Le mot hébreu hofchit peut signifier “libre” mais ici, en référence à la royauté, il désigne la liberté de la servitude publique imposée par la fonction royale.]
עַבְדוּת אֲנִי נוֹתֵן לָכֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְדַבְּרוּ אֵלָיו לֵאמֹר אִם הַיּוֹם תִּהְיֶה עֶבֶד לָעָם הַזֶּה״.
§ Les Sages ont enseigné : Le verset dit à propos du roi : « Lorsque [asher] le Nassi péchera » (Vayikra 4, 22). Rabbi Yo'hanan ben Zakkaï dit : Heureux [achré] est le peuple [la génération] dont le chef ressent le besoin d'apporter une offrande pour sa transgression involontaire ! Si le chef du peuple apporte une offrande, il va de soi — combien plus encore — ce que fera le simple particulier pour expier son péché [c'est-à-dire qu'il apportera certainement une offrande]. Et si le roi apporte une offrande pour sa transgression involontaire, il va de soi — combien plus encore — ce qu'il fera pour expier sa transgression intentionnelle [c'est-à-dire qu'il se repentira certainement].
תָּנוּ רַבָּנַן: ״אֲשֶׁר נָשִׂיא יֶחֱטָא״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: אַשְׁרֵי הַדּוֹר שֶׁהַנָּשִׂיא שֶׁלּוֹ מֵבִיא קׇרְבָּן עַל שִׁגְגָתוֹ. אִם נָשִׂיא שֶׁלּוֹ מֵבִיא קׇרְבָּן, צָרִיךְ אַתָּה לוֹמַר מַהוּ הֶדְיוֹט! וְאִם עַל שִׁגְגָתוֹ מֵבִיא קׇרְבָּן, צָרִיךְ אַתָּה לוֹמַר מַהוּ זְדוֹנוֹ!
Rava, fils de Rabba, objecte à ceci : Si c'est ainsi [et que le terme asher est interprété de cette manière], alors concernant ce qui est écrit : « Il remboursera ce en quoi [asher] il a péché concernant la chose sacrée » (Vayikra 5, 16), et à propos de Yérovoam, fils de Nevat, au sujet duquel il est écrit : « Qui [asher] a péché et a fait pécher [les autres] » (Melakhim I 14, 16) — de même, peut-on dire que cette génération est heureuse [achré] ? La Guemara répond : Ici [dans le cas du roi qui apporte une offrande], c'est différent, car le verset a modifié sa formulation ; dans les versets parallèles [sur d'autres personnes], le terme im [si] est employé, comme dans le verset : « Si le Cohen machiah péchait » (Vayikra 4, 3). Dans les autres cas, asher est la formulation standard [et non un changement délibéré].
מַתְקֵיף לַהּ רָבָא בְּרֵיהּ דְּרַבָּה: אֶלָּא מֵעַתָּה, דִּכְתִיב: ״וְאֵת אֲשֶׁר חָטָא מִן הַקֹּדֶשׁ יְשַׁלֵּם״, וּבְיָרׇבְעָם בֶּן נְבָט, דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״אֲשֶׁר חָטָא וַאֲשֶׁר הֶחֱטִיא״, הָכִי נָמֵי דְּאַשְׁרֵי הַדּוֹר הוּא! שָׁאנֵי הָכָא, דְּשַׁנִּי קְרָא בְּדִבּוּרֵיהּ.
Rav Na'hman bar Hisda interprétait homilétiquement [le verset suivant]. Que signifie ce qui est écrit : « Il est une vanité qui [asher] s'accomplit sur la terre... qu'il y a [asher] des justes à qui arrive ce qui [asher] correspond aux actes des méchants, et des méchants à qui arrive ce qui correspond aux actes des justes » (Qohéleth 8, 14) ? Heureux [achré] sont les justes, à qui arrive en ce monde-ci ce qui revient aux méchants dans le Monde-à-Venir [c'est-à-dire les souffrances], et ils [les souffrent] dans ce monde-ci. Malheur aux méchants, à qui arrive en ce monde-ci ce qui revient aux justes dans le Monde-à-Venir [c'est-à-dire les plaisirs], et ils [en jouissent] dans ce monde-ci.
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא, מַאי דִּכְתִיב: ״יֶשׁ הֶבֶל אֲשֶׁר נַעֲשָׂה עַל הָאָרֶץ וְגוֹ׳״ – אַשְׁרֵיהֶם לַצַּדִּיקִים, שֶׁמַּגִּיעַ אֲלֵיהֶם כְּמַעֲשֵׂה הָרְשָׁעִים שֶׁל עוֹלָם הַבָּא בָּעוֹלָם הַזֶּה. אוֹי לָהֶם לָרְשָׁעִים, שֶׁמַּגִּיעַ אֲלֵיהֶם כְּמַעֲשֵׂה הַצַּדִּיקִים שֶׁל עוֹלָם הַבָּא בָּעוֹלָם הַזֶּה.
Rava dit : Serait-ce donc dire que si les justes jouissaient des deux mondes, cela leur ferait du mal ? Pourquoi les justes devraient-ils souffrir dans ce monde ? [Il ne peut en être ainsi.] Rava dit plutôt ainsi : Heureux sont les justes à qui il arrive en ce monde-ci ce qui revient aux méchants en ce monde-ci [c'est-à-dire les plaisirs matériels de ce monde]. Malheur aux méchants à qui il arrive en ce monde-ci ce qui revient aux justes en ce monde-ci [c'est-à-dire les souffrances de ce monde — comme les nombreux justes qui souffrent dans ce monde].
אָמַר רָבָא: אַטּוּ צַדִּיקֵי אִי אָכְלִי תְּרֵי עָלְמֵי מִי סְנֵי לְהוּ? אֶלָּא אָמַר רָבָא: אַשְׁרֵיהֶם לַצַּדִּיקִים שֶׁמַּגִּיעַ אֲלֵיהֶם כְּמַעֲשֵׂה הָרְשָׁעִים שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה בָּעוֹלָם הַזֶּה, אוֹי לָהֶם לָרְשָׁעִים שֶׁמַּגִּיעַ אֲלֵיהֶם כְּמַעֲשֵׂה הַצַּדִּיקִים שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה בָּעוֹלָם הַזֶּה.
La Guemara relate : Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yéhochoua, vinrent devant Rava. Rava leur dit : Avez-vous maîtrisé ce traité-ci et ce traité-là ? Ils lui dirent : Oui. Rava [leur] dit : Êtes-vous devenus quelque peu aisés ? Ils lui dirent : Oui, car chacun de nous a acheté une parcelle de terre [dont nous tirons notre subsistance]. Rava proclama à leur sujet : Heureux sont les justes, à qui il arrive en ce monde-ci [une bonne chose, à la manière] des plaisirs que les méchants connaissent en ce monde-ci.
רַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אֲתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר לְהוּ: אוֹקֵימְתּוּן מַסֶּכְתָּא פְּלָן וּמַסֶּכְתָּא פְּלָן? אֲמַרוּ לֵיהּ: אִין. אִיעַתְּרִיתוּ פּוּרְתָּא? אֲמַרוּ לֵיהּ: אִין, דִּזְבַנַן קַטִּינָא דְּאַרְעָא. קָרֵי עֲלַיְיהוּ: אַשְׁרֵיהֶם לַצַּדִּיקִים שֶׁמַּגִּיעַ אֲלֵיהֶם כְּמַעֲשֵׂה הָרְשָׁעִים שֶׁבָּעוֹלָם הַזֶּה בָּעוֹלָם הַזֶּה.
§ Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Que signifie ce qui est écrit : « Car les voies de l'Éternel sont droites, et les justes y marcheront, mais les transgresseurs y trébucharont » (Hochéa 14, 10) ? C'est comparable à un épisode impliquant deux personnes qui ont fait rôtir leurs offrandes pascales [pessahim]. L'une les a mangés pour l'amour de la mitsva, et l'autre les a mangés avec une gourmandise excessive, pour l'amour de la nourriture. À propos de celui qui les a mangés pour l'amour de la mitsva, il est écrit : « Les justes y marcheront. » À propos de celui qui les a mangés pour la gourmandise excessive, il est écrit : « Et les transgresseurs y trébucharont. »
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, מַאי דִּכְתִיב: ״כִּי יְשָׁרִים דַּרְכֵי ה׳ וְצַדִּקִים יֵלְכוּ בָם וּפֹשְׁעִים יִכָּשְׁלוּ בָם״? מָשָׁל לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁצָּלוּ פִּסְחֵיהֶם, אֶחָד אֲכָלוֹ לְשׁוּם מִצְוָה, וְאֶחָד אֲכָלוֹ לְשׁוּם אֲכִילָה גַּסָּה. זֶה שֶׁאֲכָלוֹ לְשׁוּם מִצְוָה – ״צַדִּקִים יֵלְכוּ בָם״, זֶה שֶׁאֲכָלוֹ לְשׁוּם אֲכִילָה גַּסָּה – ״וּפֹשְׁעִים יִכָּשְׁלוּ בָם״.
Rech Lakich lui dit : L'as-tu appelé méchant, celui qui a mangé l'offrande pascale pour la gourmandise ? Même s'il n'a pas accompli la mitsva de manière idéale, n'a-t-il pas malgré tout mangé l'offrande pascale [et accompli ainsi la mitsva] ? Comment peut-on le qualifier de transgresseur ? Plutôt, [dit Rech Lakich,] c'est analogue à deux personnes : l'une a sa femme et sa sœur avec lui dans une maison [sombre], et l'autre a sa femme et sa sœur avec lui dans une maison [sombre]. Pour l'une, c'est sa femme qui lui est venue et il a eu des relations avec elle ; pour l'autre, c'est sa sœur qui lui est venue et il a eu des relations avec elle. À propos de celui à qui sa femme est venue, il est écrit : « Les justes y marcheront. » À propos de celui à qui sa sœur est venue, il est écrit : « Et les transgresseurs y trébucharont. »
אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ: רָשָׁע קָרֵית לֵיהּ? נְהִי דְּלָא עָבֵיד מִצְוָה מִן הַמּוּבְחָר, פֶּסַח מִי לָא קָאָכֵיל? אֶלָּא: מָשָׁל לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם, זֶה אִשְׁתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ עִמּוֹ בַּבַּיִת, וְזֶה אִשְׁתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ עִמּוֹ בַּבַּיִת, אֶחָד נִזְדַּמְּנָה לוֹ אִשְׁתּוֹ, וְאֶחָד נִזְדַּמְּנָה לוֹ אֲחוֹתוֹ, זֶה שֶׁנִּזְדַּמְּנָה לוֹ אִשְׁתּוֹ – ״צַדִּקִים יֵלְכוּ בָּם״, וְזֶה שֶׁנִּזְדַּמְּנָה לוֹ אֲחוֹתוֹ – ״וּפֹשְׁעִים יִכָּשְׁלוּ בָם״.
La Guemara demande : Ces cas sont-ils comparables ? Nous [dans le verset] parlons d'une seule voie sur laquelle marchent à la fois les justes et les méchants [puisqu'ils accomplissent tous deux la même action], tandis qu'ici [dans l'exemple de Rech Lakich], il y a deux voies différentes, car les deux personnes n'accomplissent pas la même action. Plutôt, [voici un exemple approprié :] c'est analogue à l'épisode impliquant Lot et ses deux filles (voir Béréchit 19, 30–38) : À propos des filles, qui, en ayant des relations avec leur père, avaient l'intention de le faire pour l'amour d'une mitsva [car elles croyaient que le monde avait été détruit et qu'elles seules survivaient], il est écrit : « Les justes y marcheront. » À propos de Lot, qui avait l'intention d'accomplir un acte de transgression [en cherchant lui-même ce rapport], il est écrit : « Et les transgresseurs y trébucharont. »
מִי דָּמֵי? אֲנַן קָאָמְרִינַן חֲדָא דֶּרֶךְ, וְהָכָא שְׁנֵי דְּרָכִים! אֶלָּא מָשָׁל לְלוֹט וּשְׁתֵּי בְנוֹתָיו, הֵן שֶׁנִּתְכַּוְּונוּ לְשֵׁם מִצְוָה – ״צַדִּקִים יֵלְכוּ בָם״, הוּא שֶׁנִּתְכַּוֵּון לְשֵׁם עֲבֵירָה – ״וּפֹשְׁעִים יִכָּשְׁלוּ בָם״.
La Guemara objecte : Peut-être Lot aussi avait-il l'intention d'agir pour l'amour d'une mitsva ? Rabbi Yo'hanan dit que tout ce verset : « Et Lot leva les yeux et il contempla toute la plaine du Jourdain qui était bien irriguée » (Béréchit 13, 10), est dit dans le contexte de la transgression [et atteste les mauvaises inclinations de Lot].
וְדִלְמָא הוּא נָמֵי לְשֵׁם מִצְוָה (הוּא מְכַוֵּין) [אִיכַּוַּון]! אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, כׇּל הַפָּסוּק הַזֶּה לְשֵׁם עֲבֵירָה נֶאֱמַר.
[Rabbi Yo'hanan explique :] « Et Lot leva [vayyissa] ses yeux » — allusion au verset : « La femme de son maître leva ses yeux sur Yossef et dit : Couche avec moi » (Béréchit 39, 7). « Ses yeux » — allusion au verset : « Et Chimchon dit : Prends-la pour moi, car elle est droite à mes yeux » (Choftim 14, 3). « Et il contempla [vayyar'] » — allusion au verset : « Et Chekhem, fils de Hamor, le prince du pays, la contempla ; et il la prit et coucha avec elle » (Béréchit 34, 2). « Toute la plaine [kikkar] du Jourdain » — allusion au verset : « Car à cause d'une prostituée, on est réduit à un pain [kikkar] » (Michlé 6, 26). « Car elle était bien irriguée [machké] partout » — allusion au verset : « Je suivrai mes amants, ceux qui me donnent mon pain et mon eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson [véchikkouvaï] » (Hochéa 2, 7).
״וַיִּשָּׂא לוֹט״ – ״וַתִּשָּׂא אֵשֶׁת אֲדֹנָיו אֶת עֵינֶיהָ״, ״אֶת עֵינָיו״ – ״וַיֹּאמֶר שִׁמְשׁוֹן [וְגוֹ׳] אוֹתָהּ קַח לִי כִּי הִיא יָשְׁרָה בְעֵינָי״, ״וַיַּרְא״ – ״וַיַּרְא אֹתָהּ שְׁכֶם בֶּן חֲמוֹר״, ״אֶת כׇּל כִּכַּר הַיַּרְדֵּן״ – ״כִּי בְעַד אִשָּׁה זוֹנָה עַד כִּכַּר לָחֶם״, ״כִּי כֻלָּהּ מַשְׁקֶה״ – ״אֵלְכָה אַחֲרֵי מְאַהֲבַי נֹתְנֵי לַחְמִי וּמֵימַי צַמְרִי וּפִשְׁתִּי שַׁמְנִי וְשִׁקּוּיָי״.
La Guemara demande : [Mais Lot était pris sous l'emprise de l'ivresse et du sommeil —] n'était-il pas victime de circonstances indépendantes de sa volonté [onès] ? Il est enseigné au nom de Rabbi Yossi bar Rabbi Honi : Pourquoi est-il pointé d'un signe diacritique sur le vav dans le mot « bekoumahou [lorsqu'elle se leva] » concernant la fille aînée de Lot dans le verset : « Et il ne sut pas quand elle se coucha, ni quand elle se leva [bekoumahou] » (Béréchit 19, 33) ? Pour te dire : lorsqu'elle se coucha, il ne sut pas ; mais lorsqu'elle se leva, il sut. Son acte n'était donc pas entièrement au-delà de son contrôle. La Guemara demande : Et qu'aurait-il dû faire ? Ce qui s'est passé s'est passé. La Guemara répond : Il aurait dû en tirer la leçon que la nuit suivante il ne devait pas boire. Puisqu'il but à nouveau, cela indique qu'il le fit avec l'intention d'avoir des relations avec son autre fille.
וְהָא מֵינָס אֲנִיס! תָּנָא מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בַּר רַבִּי חוֹנִי: לָמָּה נָקוּד עַל וָיו שֶׁבְּ״קוּמָהּ״ שֶׁל בְּכִירָה? לוֹמַר לָךְ, שֶׁבְּשִׁכְבָהּ לָא יָדַע אֲבָל בְּקוּמָהּ יָדַע. וּמַאי הֲוָה לֵיהּ לְמֶעְבַּד? מַאי דַּהֲוָה הֲוָה! נָפְקָא מִינַּהּ דִּלְפַנְיָא אַחֲרִינָא לָא אִיבְּעִי לֵיהּ לְמִישְׁתֵּי.