Guémara
Viens et entends une preuve [tirée] d'une baraïta : Concernant les habitants des maisons qui s'ouvrent directement sur une cour ('hatser) et les habitants des étages supérieurs qui s'ouvrent sur un balcon (mirpesset) — duquel un escalier descend vers cette cour —, qui ont oublié et n'ont pas établi de eirouv entre eux : tout ce qui est haut de dix tefa'him dans la cour, par exemple un monticule ou un pilier, est rattaché au balcon quant à son usage le Chabbat. Les habitants du balcon peuvent déplacer des objets entre le monticule (ou le pilier) et leurs appartements. Tout ce qui est plus bas que cela est rattaché à la cour. Dans quel cas cette règle — selon laquelle il est interdit aux habitants de la cour de porter vers le balcon et inversement — est-elle énoncée ? C'est dans un cas où les habitants de la cour étaient nombreux (rabbim), et les habitants du balcon étaient nombreux, et que ceux-ci ont établi un eirouv pour eux-mêmes et ceux-là ont établi un eirouv pour eux-mêmes ; ou bien lorsque la cour et le balcon étaient occupés par des particuliers (ye'hidim) qui n'ont pas besoin d'établir un eirouv pour eux-mêmes.
תָּא שְׁמַע: אַנְשֵׁי חָצֵר וְאַנְשֵׁי מִרְפֶּסֶת שֶׁשָּׁכְחוּ וְלֹא עֵירְבוּ, כׇּל שֶׁגָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה טְפָחִים — לַמִּרְפֶּסֶת. פָּחוֹת מִכָּאן — לֶחָצֵר. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — שֶׁהָיוּ אֵלּוּ שֶׁל רַבִּים וְאֵלּוּ שֶׁל רַבִּים, וְעֵירְבוּ אֵלּוּ לְעַצְמָן וְאֵלּוּ לְעַצְמָן. אוֹ שֶׁל יְחִידִים שֶׁאֵין צְרִיכִין לְעָרֵב.
En revanche, si les habitants de la cour et du balcon étaient nombreux, et qu'ils ont oublié et n'ont pas établi de eirouv pour leur cour ou leur balcon, dans ce cas le toit (gag), la cour ('hatser), le portique (akhsadra) et le balcon (mirpesset) forment tous un seul et même domaine (rechout a'hat), et il est permis de porter de l'un à l'autre tous les ustensiles qui se trouvaient dans l'un d'eux à l'entrée du Chabbat.
אֲבָל הָיוּ שֶׁל רַבִּים, וְשָׁכְחוּ וְלֹא עֵירְבוּ — גַּג וְחָצֵר וְאַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת כּוּלָּן רְשׁוּת אַחַת הֵן.
La Guemara déduit : La raison [pour laquelle] il est permis de porter entre eux, c'est qu'ils n'ont pas chacun établi leur propre eirouv ; mais s'ils avaient chacun établi leur propre eirouv, non, il serait interdit de porter entre eux. Cette déduction appuie Rav et pose une difficulté pour Chemouel. La Guemara répond : De qui est l'opinion représentée par cette baraïta ? C'est celle des Sages (Rabbanan), qui soutiennent que toits et cours forment un domaine unique, contrairement à l'opinion de Rabbi Chimon. Les Sages ont en effet décrété qu'il est interdit de porter si chaque groupe a établi un eirouv séparé.
טַעְמָא דְּלֹא עֵירְבוּ, הָא עֵירְבוּ לָא! הָא מַנִּי — רַבָּנַן הִיא.
La Guemara remarque : Le langage de la baraïta est lui aussi précis, car elle n'enseigne pas les cas d'un enclos (karpef) et d'une ruelle (mavoï) — conformément à l'opinion de Rabbi Chimon —, mais seulement les cas d'un toit et d'une cour, conformément à l'opinion des Sages. La Guemara conclut : En effet, apprends-en d'ici que telle est la compréhension correcte.
דַּיְקָא נָמֵי, דְּלָא קָתָנֵי קַרְפֵּף וּמָבוֹי. שְׁמַע מִינַּהּ.
Viens et entends [une preuve] tirée d'une autre baraïta : Concernant cinq cours ('hatserot) qui s'ouvrent les unes sur les autres et qui s'ouvrent aussi sur une ruelle (mavoï), et dont les habitants de toutes les cours ont oublié et n'ont pas établi de eirouv : il est interdit de faire entrer ou de faire sortir, d'une cour vers la ruelle ou de la ruelle vers une cour. Et concernant les ustensiles qui se trouvaient dans la cour à l'entrée du Chabbat, il est permis de les déplacer dans la cour, mais dans la ruelle il est interdit de les déplacer.
תָּא שְׁמַע: חָמֵשׁ חֲצֵירוֹת הַפְּתוּחוֹת זוֹ לָזוֹ וּפְתוּחוֹת לְמָבוֹי, וְשָׁכְחוּ כּוּלָּם וְלֹא עֵירְבוּ — אָסוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא מֵחָצֵר לַמָּבוֹי וּמִן הַמָּבוֹי לֶחָצֵר. וְכֵלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בֶּחָצֵר — מוּתָּר לְטַלְטְלָן בֶּחָצֵר, וּבַמָּבוֹי אָסוּר.
Et Rabbi Chimon le permet, car Rabbi Chimon avait coutume de dire : Toutes les fois que les cours sont en la possession de plusieurs personnes (rabbim), et qu'ils ont oublié et n'ont pas établi de eirouv, le toit (gag), la cour ('hatser), le portique (akhsadra), le balcon (mirpesset), l'enclos (karpef) et la ruelle (mavoï) forment tous un seul et même domaine (rechout a'hat). Ces espaces sont tous classés comme domaines privés, et il est donc permis de porter de l'un à l'autre.
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר. שֶׁהָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: כׇּל זְמַן שֶׁהֵן שֶׁל רַבִּים, וְשָׁכְחוּ וְלֹא עֵירְבוּ, גַּג וְחָצֵר וְאַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת וְקַרְפֵּף וּמָבוֹי — כּוּלָּן רְשׁוּת אַחַת הֵן.
La Guemara déduit : La raison [pour laquelle] il est permis de porter entre eux, c'est qu'ils n'ont pas chacun établi leur propre eirouv ; mais s'ils avaient chacun établi leur propre eirouv, non, il serait interdit de porter entre eux. Cette déduction appuie Rav et pose une difficulté pour Chemouel. La Guemara répond : Quel est le sens de l'expression « ils n'ont pas établi de eirouv » ? Cela signifie que les habitants des cours n'ont pas établi de eirouv les unes avec les autres ; mais les habitants de chaque cour ont bel et bien établi un eirouv avec les habitants des maisons situées à l'intérieur de celle-ci, et il est néanmoins permis de porter entre eux, conformément à l'opinion de Chemouel.
טַעְמָא דְּלֹא עֵירְבוּ, הָא עֵירְבוּ — לָא. מַאי ״לֹא עֵירְבוּ״: לֹא עֵירְבוּ חֲצֵירוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, הָא חָצֵר וּבָתִּים — עֵירְבוּ.
La Guemara soulève une difficulté. Mais la baraïta n'énonce-t-elle pas « ils n'ont pas établi de eirouv », ce qui indique qu'ils n'ont établi aucun eirouv du tout — ni avec les habitants de l'autre cour, ni à l'intérieur de chaque cour ? La Guemara rejette cet argument. Quel est le sens de « ils n'ont pas établi de eirouv » ? Cela signifie qu'ils n'ont pas associé (nichtatfou) les cours qui font face à la ruelle.
וְהָא ״לֹא עֵירְבוּ״ קָתָנֵי! מַאי ״לֹא עֵירְבוּ״: לֹא נִשְׁתַּתְּפוּ.
Et si tu veux, dis plutôt : Rabbi Chimon s'adresse aux Sages selon leur propre opinion, sans énumérer les indulgences inhérentes à sa propre décision. Son propos doit donc se comprendre ainsi : Selon ma propre opinion, il n'y a pas de différence qu'ils aient établi un eirouv ou qu'ils n'aient pas établi de eirouv. Mais selon votre opinion, accordez-moi au moins que, dans un cas où ils n'ont pas établi de eirouv, le tout est considéré comme un seul domaine.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן לְדִבְרֵיהֶם דְּרַבָּנַן קָאֲמַר לְהוּ: לְדִידִי לָא שְׁנָא עֵירְבוּ, וְלָא שְׁנָא לָא עֵירְבוּ. אֶלָּא לְדִידְכוּ, אוֹדוֹ לִי מִיהַת דְּהֵיכָא דְּלֹא עֵירְבוּ רְשׁוּת אַחַת הִיא.
Et les Sages lui répondirent : Non — bien que nous soyons d'accord avec toi dans les cas d'un toit, d'une cour, d'un portique et d'un balcon, dans les cas d'un enclos (karpef) et d'une ruelle (mavoï) nous sommes en désaccord, car ce sont deux domaines (chté rechouyot) et il est par conséquent interdit de porter de l'un à l'autre.
וַאֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן: לָא — שְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת הֵן.
Le Maître a dit plus haut dans la baraïta : « et dans la ruelle il est interdit » [de déplacer les ustensiles qui se trouvaient dans la cour à l'entrée du Chabbat]. La Guemara demande : Dirons-nous que cela appuie ce qu'a dit Rabbi Zéira au nom de Rav ? Car Rabbi Zéira a dit au nom de Rav : Dans une ruelle où l'on n'a pas associé (nichtatfou) les cours qui lui font face, on ne peut déplacer [les objets] que dans les limites de quatre amot. La Guemara rejette cette suggestion. Dis [plutôt] que la baraïta signifie : « et vers la ruelle il est interdit » — c'est-à-dire qu'il est interdit de porter de la cour vers la ruelle ; mais à l'intérieur de la ruelle elle-même, il est permis de déplacer [les objets].
אָמַר מָר: וּבַמָּבוֹי אָסוּר. לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא אָמַר רַב, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב: מָבוֹי שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ — אֵין מְטַלְטְלִין אֶלָּא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת. אֵימָא: וּלְמָבוֹי — אָסוּר.
La Guemara soulève une difficulté. Si [c'est ainsi], cela est identique à la première partie (récha) de la baraïta. Le tana n'aurait pas enseigné exactement la même chose deux fois. La Guemara répond : Cet enseignement apparemment superflu était nécessaire, de peur que tu ne dises : Lorsque les Sages sont en désaccord avec Rabbi Chimon, ce n'est que dans un cas où ils ont établi un eirouv ; mais dans un cas où ils n'ont pas établi de eirouv, les Sages lui concèdent que le tout est considéré comme un seul domaine et que le transport est permis. La baraïta nous enseigne donc que les Sages sont en désaccord avec Rabbi Chimon dans les deux cas, puisqu'ils interdisent de porter dans la ruelle même si les habitants n'ont pas établi de eirouv.
הַיְינוּ רֵישָׁא! מִשְׁנָה יַתִּירָא אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, מַהוּ דְּתֵימָא: כִּי פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּעֵירְבוּ, אֲבָל הֵיכָא דְּלָא עֵירְבוּ — מוֹדוּ לֵיהּ, קָא מַשְׁמַע לַן.