Guémara
Mais si la cour mesure moins de quatre coudées sur quatre coudées de superficie, on se contente d'y déverser l'eau [usée], car le lieu n'est pas apte à l'aspersion. Dès lors, si l'on a façonné une fosse (ouka), il est permis de déverser l'eau ; mais sinon, c'est interdit, car l'homme a assurément l'intention que l'eau s'écoule au-dehors.
פָּחוֹת מֵאַרְבַּע — שׁוֹפְכָן. אִי דַּעֲבִיד עוּקָה — שְׁרֵי, אִי לָא — אָסוּר.
Rabbi Zéira proposa une autre raison et dit : dans une cour de quatre coudées sur quatre coudées, l'eau est susceptible d'être absorbée dans le sol. Si elle est de moins de quatre coudées, l'eau ne sera pas absorbée mais s'écoulera au-dehors.
רַבִּי זֵירָא אָמַר: אַרְבַּע אַמּוֹת — תָּיְימִי, פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת — לָא תָּיְימִי.
La Guemara demande : quelle est la différence pratique (mai bénaïhou) entre ces deux explications ? Abayé dit : il y a entre elles une différence concernant une cour longue et étroite. Comme la superficie de cette cour est elle aussi de seize coudées carrées, elle absorbe pareillement l'eau ; Rabbi Zéira jugerait donc qu'elle ne nécessite pas de fosse. Cependant, comme cette cour n'est pas apte à l'aspersion [n'étant pas carrée], elle nécessite une fosse selon Rabba.
מַאי בֵּינַיְיהוּ? אָמַר אַבָּיֵי: אֲרִיךְ וְקַטִּין אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.
Nous avons appris dans la MISHNA : une cour (‘hatser) et un portique (akhsadra) se combinent (mitstarfin) pour [atteindre] les quatre coudées requises, ce qui permet de déverser l'eau dans une cour dépourvue de fosse. La Guemara demande : certes, selon l'opinion de Rabbi Zéira, cela se comprend bien, car la superficie totale est assez grande pour absorber l'eau. Mais selon Rabba, c'est difficile, car lorsque la cour est jointe au portique, elle n'a plus la forme d'un carré et elle est donc impropre à l'aspersion !
תְּנַן: חָצֵר וְאַכְסַדְרָה מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת. בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי זֵירָא נִיחָא, אֶלָּא לְרַבָּה קַשְׁיָא!
Rabbi Zéira expliqua la Michna conformément à l'opinion de Rabba, en disant qu'elle traite d'un portique qui s'étend tout le long de la cour (mehalékhet ‘al pené kol he‘hatser kouláh), de sorte qu'il n'ajoute qu'à sa largeur. Par conséquent, la cour et le portique forment ensemble un carré de quatre sur quatre coudées, une superficie apte à l'aspersion.
תַּרְגְּמָא רַבִּי זֵירָא אַלִּיבָּא דְרַבָּה בְּאַכְסַדְרָה מְהַלֶּכֶת עַל פְּנֵי כָּל הֶחָצֵר כּוּלָּהּ.
La Guemara propose : viens et entends (ta chéma) une baraïta qui peut trancher ce différend. À propos d'une cour qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées de superficie, on ne déverse pas d'eau dedans le Chabbat. La Guemara suppose que la baraïta — qui enseigne qu'on ne peut déverser de l'eau que dans une cour de quatre sur quatre coudées — est précise dans sa formulation. Certes, selon Rabba, cela se comprend bien, puisqu'il soutient qu'il est interdit de déverser de l'eau dans une cour longue et étroite. Mais selon Rabbi Zéira, qui soutient que le facteur déterminant est la superficie de la cour, c'est difficile !
תָּא שְׁמַע: חָצֵר שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — אֵין שׁוֹפְכִין לְתוֹכָהּ מַיִם בַּשַּׁבָּת. בִּשְׁלָמָא לְרַבָּה נִיחָא, אֶלָּא לְרַבִּי זֵירָא קַשְׁיָא!
La Guemara répond que Rabbi Zéira peut te dire : selon l'opinion de qui est cette baraïta ? Elle est conforme à l'opinion des Sages (Rabbanan) à la fin de la Michna, qui soutiennent que la superficie de la cour n'a pas d'importance ; tandis que notre Michna anonyme (stam) est conforme à l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov, selon lequel la superficie est le facteur décisif.
אָמַר לָךְ רַבִּי זֵירָא: הָא מַנִּי רַבָּנַן הִיא, וּמַתְנִיתִין רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא.
La Guemara demande : et qu'est-ce qui a contraint (mai dou‘hkéh) Rabbi Zéira à établir la Michna conformément à l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov ? Rava dit : la Michna lui posait une difficulté. Pourquoi le tanna a-t-il spécifiquement enseigné sa règle à propos d'une cour de moins de quatre coudées — ce dont on peut inférer que, si elle a une superficie de quatre sur quatre coudées, il est permis d'y déverser de l'eau, même si elle n'est pas de forme carrée ? Qu'il enseigne plutôt : une cour qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées, c'est-à-dire qui n'est pas de forme carrée, même si elle comprend une superficie de seize coudées carrées !
וּמַאי דּוּחְקֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא לְאוֹקֹמַהּ לְמַתְנִיתִין כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב? אָמַר רָבָא: מַתְנִיתִין קְשִׁיתֵיהּ, מַאי אִירְיָא דְּתָנֵי ״חָצֵר שֶׁהִיא פְּחוּתָה״, לִיתְנֵי: ״חָצֵר שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת״!
Au contraire, ne faut-il pas en conclure (lav chéma minah) que la partie anonyme de la Michna est conforme à l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov ? La Guemara résume : en effet, conclus-en qu'il en est ainsi (chéma minah).
אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ, דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא. שְׁמַע מִינַּהּ.
La Guemara soulève une difficulté contre cette conclusion : mais du fait qu'une clause ultérieure (séfa) de la Michna cite explicitement l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov, on peut inférer que la première clause (récha) ne représente pas l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov !
וְהָא מִדְּסֵיפָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, רֵישָׁא לָאו רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב!
La Guemara réfute cet argument : en réalité, toute la Michna est conforme à l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov, et quant à son style problématique, la Michna est incomplète (‘hassoré mi‘hasra) et voici ce qu'elle enseigne : à propos d'une cour qui est de moins de quatre coudées de superficie, on ne déverse pas d'eaux usées dedans le Chabbat ; par conséquent, si elle est de quatre coudées de superficie, on peut y déverser de l'eau, car Rabbi Eliézer ben Yaakov dit : si les quatre premières coudées d'un conduit d'écoulement (biv) ont été voûtées (kamour) dans le domaine public, on peut y déverser des eaux usées le Chabbat.
כּוּלַּהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא, וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: חָצֵר שֶׁהִיא פְּחוּתָה מֵאַרְבַּע אַמּוֹת — אֵין שׁוֹפְכִין לְתוֹכָהּ מַיִם בְּשַׁבָּת, הָא אַרְבַּע אַמּוֹת — שׁוֹפְכִין, שֶׁרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: בִּיב הַקָּמוּר אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים — שׁוֹפְכִין לְתוֹכוֹ מַיִם בַּשַּׁבָּת.
Nous avons appris dans la Michna que Rabbi Eliézer ben Yaakov dit : si les quatre premières coudées d'un conduit d'écoulement (biv) ont été voûtées dans le domaine public, il est permis d'y déverser des eaux usées le Chabbat. Cependant, les Sages disent : on ne peut déverser l'eau que sur le toit, d'où elle se déversera dans le conduit d'elle-même.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: בִּיב הַקָּמוּר.