Guémara
…et dont on ne goûte pas les fruits. Cet arbre est manifestement consacré au culte [idolâtre].
וְאֵין טוֹעֲמִין מִפֵּירוֹתֶיהָ.
Et Chmouel a dit : par exemple, s'ils disent « ces dattes-ci sont destinées à la bière du temple de Nitzréfeï, qu'ils boivent le jour de leur fête », alors cela suffit à établir que l'arbre est une achéra. Améimar a dit : et les anciens de Poumbedita m'ont dit à ce sujet : la halakha est conforme à l'opinion de Chmouel.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כְּגוֹן דְּאָמְרִי ״הָנֵי תַּמְרֵי לְשִׁיכְרָא דְּבֵי נִצְרְפֵי דְּשָׁתוּ לֵיהּ בְּיוֹם חַגָּם״. (אָמַר אַמֵּימָר:) וַאֲמַרוּ לִי סָבֵי דְפוּמְבְּדִיתָא: הִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל.
La Guemara revient à la décision de Rav Yehouda selon laquelle le tonneau utilisé pour le chitouf (l'association) d'une ruelle doit être surélevé d'un téfa'h (une largeur de main) au-dessus du sol. La Guemara soulève une objection à partir d'une baraïta : comment réalise-t-on le chitouf d'une ruelle ? On apporte un tonneau de vin, ou d'huile, ou de dattes, ou de figues sèches, ou de tout autre type de produit, pour réaliser le chitouf de la ruelle.
מֵיתִיבִי: כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין בְּמָבוֹי — מְבִיאִים חָבִית שֶׁל יַיִן וְשֶׁל שֶׁמֶן וְשֶׁל תְּמָרִים וְשֶׁל גְּרוֹגְרוֹת וְשֶׁל שְׁאָר מִינֵי פֵּירוֹת.
Si l'on a contribué un tonneau qui lui appartient [en propre], il doit en conférer la possession à tous les autres habitants par l'intermédiaire d'une autre personne qui l'acquiert en leur nom. Et si le tonneau est le leur [appartient à tous en commun], il doit au moins les informer qu'il réalise le chitouf de la ruelle. Et celui qui l'acquiert au nom des autres soulève le tonneau d'un tout petit peu (machéhou) au-dessus du sol. Apparemment, le tonneau n'a pas besoin d'être surélevé d'un téfa'h ! La Guemara répond : ici aussi, qu'est-ce que ce « tout petit peu » dont a parlé le tana de la baraïta ? Cette expression signifie un téfa'h, mais pas moins.
אִם מִשֶּׁלּוֹ — צָרִיךְ לְזַכּוֹת. וְאִם מִשֶּׁלָּהֶן — צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ. וּמַגְבִּיהַּ מִן הַקַּרְקַע מַשֶּׁהוּ! מַאי ״מַשֶּׁהוּ״ נָמֵי דְּקָאָמַר? טֶפַח.
Il a été énoncé : les amoraïm ont divergé au sujet de l'acquisition (le zikouy) lors du chitouf des ruelles. Rav a dit : il n'est pas nécessaire de conférer la possession de la nourriture utilisée pour le chitouf de la ruelle à tous les habitants de la ruelle ; et Chmouel a dit : il est nécessaire de leur en conférer la possession. Ils ont divergé pareillement au sujet du eirouv te'houmin (l'association des limites du Chabbat), mais les opinions y sont inversées : Rav a dit : il est nécessaire de conférer la possession de la nourriture à tous ceux qui souhaitent être inclus dans le eirouv, et Chmouel a dit : il n'est pas nécessaire de leur en conférer la possession.
אִיתְּמַר: שִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת, רַב אָמַר: אֵין צָרִיךְ לְזַכּוֹת, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: צָרִיךְ לְזַכּוֹת. עֵירוּבֵי תְחוּמִין, רַב אָמַר: צָרִיךְ לְזַכּוֹת, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין צָרִיךְ לְזַכּוֹת.
La Guemara soulève une difficulté : soit, selon l'opinion de Chmouel, son raisonnement est clair ; car ici, à propos du chitouf des ruelles, nous avons appris dans la michna qu'il doit conférer la possession, tandis que là, à propos du eirouv te'houmin, nous n'avons pas appris qu'il en soit ainsi. Mais selon Rav, quelle est la raison [pour laquelle] il distingue ainsi entre les deux cas ?
בִּשְׁלָמָא לִשְׁמוּאֵל — הָכָא תְּנַן, וְהָכָא לָא תְּנַן. אֶלָּא לְרַב מַאי טַעְמָא?
La Guemara répond : c'est l'objet d'une controverse entre les tanaïm, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il advint une affaire concernant la belle-fille de Rabbi Ochaaya, qui s'était rendue, avant Chabbat, au bain public situé au-delà de la limite du Chabbat, et la nuit tomba avant qu'elle ne pût rentrer ; sa belle-mère réalisa pour elle un eirouv te'houmin afin qu'elle pût revenir chez elle.
תַּנָּאֵי הִיא, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַעֲשֶׂה בְּכַלָּתוֹ שֶׁל רַבִּי אוֹשַׁעְיָא שֶׁהָלְכָה לְבֵית הַמֶּרְחָץ, וְחָשְׁכָה לָהּ, וְעֵירְבָה לָהּ חֲמוֹתָהּ.
Et l'affaire vint devant Rabbi 'Hiyya pour qu'il statuât sur la validité du eirouv, et il décida qu'il n'était pas valide et interdit son retour. Rabbi Yichmaël, fils de Rabbi Yossi, lui dit : Babylonien ! Es-tu à ce point rigoureux en matière de eirouvin ?! Voici ce que disait mon père : chaque fois que tu as la possibilité d'être indulgent en matière de eirouvin, sois indulgent.
וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי רַבִּי חִיָּיא — וְאָסַר. אָמַר לוֹ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי: בַּבְלַאי, כׇּל כָּךְ אַתָּה מַחְמִיר בְּעֵירוּבִין?! כָּךְ אָמַר אַבָּא: כֹּל שֶׁיֵּשׁ לְךָ לְהָקֵל בְּעֵירוּבִין — הָקֵל.
Et les Sages soulevèrent un dilemme : la belle-mère réalisa-t-elle le eirouv pour sa belle-fille avec la nourriture de la belle-mère, et Rabbi 'Hiyya l'interdit-il parce qu'elle ne lui en avait pas conféré la possession — c'est-à-dire qu'elle prépara seulement le eirouv mais n'en conféra pas la possession de la nourriture, et qu'un eirouv de ce genre est inopérant ? Ou bien réalisa-t-elle peut-être le eirouv pour elle avec la nourriture de la belle-fille elle-même, le eirouv étant alors invalide parce qu'il avait été préparé à son insu ?
וְאִבַּעְיָא לְהוּ: מִשֶּׁל חֲמוֹתָהּ עֵירְבָה לָהּ, וּמִשּׁוּם דְּלֹא זִיכְּתָה לָהּ. אוֹ דִילְמָא: מִשֶּׁלָּהּ עֵירְבָה לָהּ, וּמִשּׁוּם דְּשֶׁלֹּא מִדַּעְתָּהּ?
L'un des Sages, nommé Rabbi Yaakov, leur dit : il m'a été personnellement expliqué par Rabbi Yo'hanan que la belle-mère réalisa le eirouv pour elle avec la nourriture de la belle-mère, et que Rabbi 'Hiyya l'interdit parce qu'elle ne lui en avait pas conféré la possession.
אָמַר לָהֶן הַהוּא מֵרַבָּנַן, וְרַבִּי יַעֲקֹב שְׁמֵיהּ: לְדִידִי מִיפָּרְשָׁא לַהּ מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן — מִשֶּׁל חֲמוֹתָהּ עֵירְבָה, וּמִשּׁוּם דְּלֹא זִיכְּתָה לָהּ.
Rabbi Zéira dit à Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov : lorsque tu te rendras là-bas, en Eretz Israël, prends un chemin détourné — c'est-à-dire ne voyage pas par la voie la plus courte — et va à l'Échelle de Tyr, et soulève ce dilemme devant Rav Yaakov bar Idi.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי יַעֲקֹב (בְּרֵיהּ) דְּבַת יַעֲקֹב: כִּי מָטֵית הָתָם, אַקֵּיף וְזִיל לְסוּלָּמָא דְצוֹר, וּבַעְיָא מִינֵּיהּ מֵרַב יַעֲקֹב בַּר אִידִי.
Rabbi Yaakov fit ainsi et souleva un dilemme devant lui : au sujet de cette affaire, la belle-mère réalisa-t-elle le eirouv pour sa belle-fille à partir de la nourriture de la belle-mère, et Rabbi 'Hiyya l'interdit-il parce qu'elle ne lui en avait pas conféré la possession ? Ou bien réalisa-t-elle peut-être le eirouv pour elle avec la nourriture de la belle-fille elle-même, le eirouv ayant alors été invalidé parce qu'il avait été préparé à son insu ?
בְּעָא מִינֵּיהּ: מִשֶּׁל חֲמוֹתָהּ עֵירְבָה, וּמִשּׁוּם דְּלֹא זִיכְּתָה לָהּ, אוֹ דִּלְמָא: מִשֶּׁלָּהּ עֵירְבָה, וּמִשּׁוּם דְּשֶׁלֹּא מִדַּעְתָּהּ?