La Guemara soulève une objection à partir de la baraïta suivante : Rabbi Yehouda haSabar — surnommé ainsi [haSabar, « le perspicace »] en raison de son esprit pénétrant — a dit : Beit Chammaï et Beit Hillel ne sont pas en désaccord au sujet de cloisons qui atteignent le plafond, car tous s'accordent à dire qu'elles nécessitent une contribution distincte au erouv pour chaque groupe. Sur quoi sont-ils en désaccord ? Au sujet de cloisons qui n'atteignent pas le plafond, car Beit Chammaï disent : une contribution distincte au erouv est requise pour chaque groupe, et Beit Hillel disent : une seule contribution au erouv suffit pour tous.
מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה הַסַּבָּר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל מְחִיצוֹת הַמַּגִּיעוֹת לַתִּקְרָה שֶׁצְּרִיכִין עֵירוּב לְכׇל חֲבוּרָה וַחֲבוּרָה. עַל מָה נֶחְלְקוּ — עַל מְחִיצוֹת שֶׁאֵין מַגִּיעוֹת לַתִּקְרָה, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: עֵירוּב לְכׇל חֲבוּרָה וַחֲבוּרָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עֵירוּב אֶחָד לְכוּלָּן.
Selon celui qui a dit que le désaccord [entre Beit Chammaï et Beit Hillel] portait sur des cloisons qui atteignent le plafond, cette baraïta constitue une réfutation concluante [teyouvta]. Et selon celui qui a dit que le désaccord portait sur des cloisons qui n'atteignent pas le plafond, la baraïta apporte un appui [siyaata]. Quant à cette version qui rapporte que Rav Na'hman a dit : le désaccord ne s'applique que lorsqu'on a divisé le salon au moyen d'un mesifas [une cloison de pieux ajourée], cette baraïta constitue une réfutation concluante.
לְמַאן דְּאָמַר בִּמְחִיצוֹת הַמַּגִּיעוֹת לַתִּקְרָה מַחְלוֹקֶת — תְּיוּבְתָּא, וּלְמַאן דְּאָמַר בִּמְחִיצוֹת שֶׁאֵין מַגִּיעוֹת לַתִּקְרָה מַחְלוֹקֶת — סִיַּיעְתָּא. לְהַךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב נַחְמָן: מַחְלוֹקֶת בִּמְסִיפָס — תְּיוּבְתָּא.
Toutefois, le point suivant requiert un éclaircissement supplémentaire : quant à cette version qui rapporte que Rav Na'hman a dit : le désaccord s'applique même lorsque le salon a été divisé au moyen d'un mesifas — dirons-nous que la déclaration de Rabbi Yehouda haSabar constitue une réfutation concluante ? C'est-à-dire : cela implique-t-il que tous s'accordent à dire que, dans le cas d'un mesifas, un seul erouv suffit pour tous ?
לְהַךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב נַחְמָן: אַף בִּמְסִיפָס מַחְלוֹקֶת, לֵימָא תִּהְוֵי תְּיוּבְתָּא?
Rav Na'hman pourrait te répondre : ils sont explicitement en désaccord au sujet d'une cloison [pleine], et il en va de même pour une cloison de pieux [mesifas]. Et s'ils sont en désaccord à propos d'une cloison [pleine] plutôt qu'à propos d'une cloison de pieux, c'est pour te faire connaître la portée considérable de l'opinion de Beit Hillel : même là où les compartiments sont séparés par des cloisons à part entière, Beit Hillel maintiennent qu'une seule contribution au erouv suffit pour tous, car les cloisons n'en font pas des résidences distinctes.
אָמַר לְךָ רַב נַחְמָן: פְּלִיגִי בִּמְחִיצָה, וְהוּא הַדִּין בִּמְסִיפָס. וְהַאי דְּקָא מִיפַּלְגִי בִּמְחִיצָה — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּבֵית הִלֵּל.
La Guemara demande : s'ils étaient en désaccord dans les deux cas, qu'ils soient en désaccord dans la baraïta à propos d'un mesifas, et qu'on t'informe ainsi de la portée considérable de l'opinion de Beit Chammaï — qui sont rigoureux et exigent une contribution distincte au erouv pour chaque groupe, même dans le cas d'un mesifas ! La Guemara répond : il est préférable pour le tana de nous enseigner la portée d'une décision permissive [koa'h deheteira adif]. Si un tana peut formuler un désaccord d'une manière qui souligne la force de la position la plus indulgente, il le fera.
וְלִיפְלְגִי בִּמְסִיפָס לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּבֵית שַׁמַּאי! כֹּחַ דְּהֶיתֵּרָא עָדִיף.
Rav Na'hman a dit au nom de Rav : la halakha est conforme à la déclaration de Rabbi Yehouda haSabar — à savoir que tous s'accordent à dire que, lorsque les cloisons atteignent le plafond, une contribution distincte au erouv est requise pour chaque groupe, et qu'ils ne sont en désaccord qu'au sujet de cloisons qui n'atteignent pas le plafond.
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הַסַּבָּר.
Rav Na'hman bar Yits'hak a dit : la michna est elle aussi précise selon ce point de vue, car elle enseigne : « Et Beit Hillel concèdent que, lorsqu'une partie d'entre eux occupe des chambres séparées (hadarim) ou des étages (aliyot), ils nécessitent un erouv distinct pour chaque groupe. » Que signifie le mot « chambres » et que signifie le terme « étages » ? Si tu dis que « chambres » désigne des chambres réelles et « étages » des étages réels — c'est-à-dire qu'ils étaient séparés dès l'origine et ne sont pas des subdivisions d'une pièce plus grande — cela serait évident, car c'est la halakha qui régit le cas de plusieurs personnes résidant dans une même cour. Mais [le mot] ne signifie-t-il pas plutôt qu'ils sont semblables à des chambres et semblables à des étages ? Et que sont [ces cloisons] ? Ce sont des cloisons qui atteignent le plafond ; et bien qu'elles ne soient pas des chambres ou des étages réels, elles sont considérées comme des chambres et des étages. La Guemara conclut : apprends-en effectivement qu'il en est ainsi.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: וּמוֹדִים בִּזְמַן שֶׁמִּקְצָתָן שְׁרוּיִין בַּחֲדָרִים וּבַעֲלִיּוֹת, שֶׁצְּרִיכִין עֵירוּב לְכׇל חֲבוּרָה וַחֲבוּרָה. מַאי חֲדָרִים, וּמַאי עֲלִיּוֹת? אִילֵּימָא חֲדָרִים — חֲדָרִים מַמָּשׁ, וַעֲלִיּוֹת — עֲלִיּוֹת מַמָּשׁ, פְּשִׁיטָא. אֶלָּא לָאו: כְּעֵין חֲדָרִים, כְּעֵין עֲלִיּוֹת. וּמַאי נִיהוּ — מְחִיצוֹת הַמַּגִּיעוֹת לַתִּקְרָה. שְׁמַע מִינַּהּ.
Il a été enseigné dans une baraïta : dans quel cas cette déclaration — selon laquelle Beit Chammaï exigent une contribution distincte au erouv de chaque groupe — a-t-elle été énoncée ? Dans le cas où les groupes du salon portent leur erouv ailleurs dans la cour, c'est-à-dire dans une autre maison. Mais si leur erouv venait à eux — c'est-à-dire si les autres membres de la cour apportaient leurs contributions et constituaient le erouv dans ce salon — tous s'accordent à dire qu'une seule contribution au erouv suffit pour tous. Le fait que le erouv soit placé dans cette maison fait de tous ses habitants les membres d'une seule unité.
תָּנָא: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים, כְּשֶׁמּוֹלִיכִין אֶת עֵירוּבָן לְמָקוֹם אַחֵר. אֲבָל אִם הָיָה עֵירוּבָן בָּא אֶצְלָן — דִּבְרֵי הַכֹּל עֵירוּב אֶחָד לְכוּלָּן.
La Guemara fait remarquer : conformément à quel avis va la règle enseignée dans la baraïta suivante : « Au sujet de cinq personnes qui habitent la même cour et ont collecté leur erouv, lorsqu'elles portent leur erouv ailleurs dans la cour, une seule contribution au erouv suffit pour toutes » ? Conformément à quel avis cette règle est-elle ? Conformément à l'avis de Beit Hillel.
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: חֲמִשָּׁה שֶׁגָּבוּ אֶת עֵירוּבָן, כְּשֶׁמּוֹלִיכִין אֶת עֵירוּבָן לְמָקוֹם אַחֵר — עֵירוּב אֶחָד לְכוּלָּן. כְּמַאן, כְּבֵית הִלֵּל.
Et certains rapportent une version différente du passage précédent : dans quel cas cette déclaration — selon laquelle Beit Hillel n'exigent qu'une seule contribution pour tous les groupes ensemble — a-t-elle été énoncée ? Dans le cas où le erouv venait à eux. Mais si les groupes du salon portaient leur erouv ailleurs dans la cour, tous s'accordent à dire qu'une contribution distincte au erouv est requise pour chacun d'entre eux.
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים, כְּשֶׁהָיָה עֵירוּב בָּא אֶצְלָן. אֲבָל אִם הָיוּ מוֹלִיכִין אֶת עֵירוּבָן לְמָקוֹם אַחֵר — דִּבְרֵי הַכֹּל צְרִיכִין עֵירוּב לְכׇל חֲבוּרָה וַחֲבוּרָה.
Si tel est le cas, conformément à quel avis va la règle enseignée dans la baraïta : « Au sujet de cinq personnes qui habitent la même cour et ont collecté leur erouv, lorsqu'elles portent leur erouv ailleurs dans la cour, une seule contribution au erouv suffit pour toutes » ? Conformément à quel avis cette règle est-elle ? Elle n'est conforme à aucun des deux [ni Beit Chammaï ni Beit Hillel].
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: חֲמִשָּׁה שֶׁגָּבוּ אֶת עֵירוּבָן, כְּשֶׁמּוֹלִיכִין אֶת עֵירוּבָן לְמָקוֹם אַחֵר — עֵירוּב אֶחָד לְכוּלָּן, כְּמַאן? דְּלָא כְּחַד.
Mishna 1
MICHNA : Dans le cas de frères qui mangeaient à la table de leur père et dormaient dans leurs propres maisons situées dans la même cour, une contribution distincte au erouv est requise pour chacun d'eux. Par conséquent, si l'un d'eux a oublié et n'a pas contribué au erouv, il doit renoncer à ses droits dans la cour [mevatel et rechouto] afin de rendre permis à tous les autres habitants de la cour de transporter dans celle-ci.
מַתְנִי׳ הָאַחִין שֶׁהָיוּ אוֹכְלִין עַל שֻׁלְחָן אֲבִיהֶם וִישֵׁנִים בְּבָתֵּיהֶם — צְרִיכִין עֵירוּב לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד. לְפִיכָךְ, אִם שָׁכַח אֶחָד מֵהֶם וְלֹא עֵירַב — מְבַטֵּל אֶת רְשׁוּתוֹ.(משנה)