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Traité Eruvin

65a

Étude de Eruvin 65a

Étude de la Guémara 65a

Guémara
[Rabbi Elazar ben Azarya dit :] Je peux avancer un argument qui exempte le monde entier du jugement, depuis le jour où le Temple fut détruit jusqu'à maintenant. Comme il est dit : « C'est pourquoi écoute donc ceci, [toi] affligée et ivre, mais non de vin » (Yéchaya 51, 21) — ce qui enseigne qu'à la suite de la destruction du Temple, tous les Juifs sont considérés comme enivrés et ne sont pas tenus responsables des fautes qu'ils commettent.
יָכוֹל אֲנִי לִפְטוֹר אֶת כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ מִן הַדִּין מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְעַד עַכְשָׁיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן שִׁמְעִי נָא זֹאת עֲנִיָּיהּ וּשְׁכוּרַת וְלֹא מִיָּיִן״.
La Guemara soulève une objection contre cet argument à partir de la baraïta suivante : Concernant celui qui est ivre, son acquisition est une acquisition valide — c'est-à-dire qu'il ne peut pas se rétracter de la transaction une fois dégrisé — et de même sa vente est une vente valide. De plus, s'il a commis une transgression passible de la peine de mort, on l'exécute ; et si la faute est passible de flagellation, on le flagelle. Le principe de la chose : il est comme une personne lucide (pikéa'h) en tout, sauf qu'il est dispensé de la prière (tefila). Donc, même si le peuple d'Israël est considéré comme ivre, il demeure néanmoins responsable de ses actes.
מֵיתִיבִי: שִׁיכּוֹר מִקָּחוֹ מִקָּח, וּמִמְכָּרוֹ מִמְכָּר. עָבַר עֲבֵירָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מִיתָה — מְמִיתִין אוֹתוֹ, מַלְקוֹת — מַלְקִין אוֹתוֹ. כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר: הֲרֵי הוּא כְּפִיקֵּחַ לְכׇל דְּבָרָיו, אֶלָּא שֶׁפָּטוּר מִן הַתְּפִלָּה.
La Guemara répond que même Rabbi Elazar ben Azarya ne voulait pas dire qu'ils devraient être exemptés de toute responsabilité pour l'ensemble de leurs fautes. Plutôt, quel est le sens de ce qu'il a dit, « je peux exempter » ? Lui aussi voulait dire qu'il pouvait les exempter du jugement de la prière — c'est-à-dire que l'on ne peut tenir les Juifs pour responsables d'avoir prié sans l'intention requise.
מַאי ״יָכוֹלְנִי לִפְטוֹר״ דְּקָאָמַר נָמֵי — מִדִּין תְּפִלָּה.
Rabbi 'Hanina dit : On n'a enseigné [qu'une personne ivre est responsable de tous ses actes] que dans un cas où elle n'a pas atteint l'état d'ivresse de Loth ; mais si elle a atteint l'état d'ivresse de Loth, au point d'être totalement inconsciente de ses actes, elle est exempte de toute responsabilité.
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְשִׁכְרוּתוֹ שֶׁל לוֹט, אֲבָל הִגִּיעַ לְשִׁכְרוּתוֹ שֶׁל לוֹט — פָּטוּר מִכּוּלָּם.
Rabbi 'Hanina dit : Quiconque fait passer un bouclier sur lui-même au moment de l'arrogance — c'est-à-dire quiconque réprime son mauvais penchant (yétser hara) comme s'il le couvrait d'un bouclier lorsqu'il est arrogant, par exemple lorsqu'il est ivre ou dans un état semblable (Rabbénou 'Hananel) — les épreuves (tsarot) seront fermées et scellées loin de lui, comme il est dit : « Les canaux (afiké) de ses écailles sont son orgueil, fermés ensemble comme d'un sceau étroit (tsar) » (Iyov 41, 7). Le verset est interprété de façon homilétique : Lorsqu'au moment de l'arrogance une personne fait passer un bouclier (mapik) sur son mauvais penchant, ses épreuves (tsarot) seront fermées et scellées devant elle.
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כׇּל הַמֵּפִיק מָגֵן בִּשְׁעַת גַּאֲוָה, סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גַּאֲוָה אֲפִיקֵי מָגִנִּים סָגוּר חוֹתָם צָר״.
La Guemara pose une question : D'où peut-on déduire que le sens de ce mot afik est une expression désignant le fait de faire passer (aborei) ? La Guemara répond : Comme il est écrit : « Mes frères ont agi avec traîtrise comme un torrent, comme le canal (afik) des ruisseaux qui passent (yaavorou) » (Iyov 6, 15). Cela implique que le terme afik est synonyme du verbe yaavorou, qui se rapporte à ce qui se déplace et passe.
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״אָפִיק״ לִישָּׁנָא דְעַבּוֹרֵי הוּא? דִּכְתִיב: ״אַחַי בָּגְדוּ כְמוֹ נָחַל כַּאֲפִיק נְחָלִים יַעֲבוֹרוּ״.
Rabbi Yo'hanan dit : Ce n'est pas l'interprétation correcte ; plutôt, on a énoncé que quiconque ne couvre pas, mais dégaine (mapik) un bouclier au moment de l'arrogance, les épreuves seront fermées et scellées loin de lui. En d'autres termes, une personne doit tirer ses armes et son bouclier afin de combattre son mauvais penchant lorsqu'il tente de la dominer (Rabbénou 'Hananel).
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: ״כֹּל שֶׁאֵינוֹ מֵפִיק״ אִתְּמַר.
La Guemara pose une question : D'où peut-on déduire que ce mot mapik est une expression désignant le fait de révéler ? La Guemara répond : Comme il est écrit : « Les canaux (afiké) des eaux apparurent, et les fondements du monde furent mis à nu » (Tehilim 18, 16).
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״מֵפִיק״ לִישָּׁנָא דְגַלּוֹיֵי הוּא? דִּכְתִיב: ״וַיֵּרָאוּ אֲפִיקֵי מַיִם וַיִּגָּלוּ מוֹסְדוֹת תֵּבֵל״.
La Guemara demande : Or, puisque les versets peuvent être interprétés aussi bien selon l'opinion de ce Maître que selon l'opinion de l'autre Maître, quelle est la différence pratique entre eux ? La Guemara répond : La différence pratique entre eux concerne la pratique suivante de Rav Chéchet, car Rav Chéchet confiait la responsabilité de surveiller son sommeil à son préposé (chamach), lui ordonnant de le réveiller lorsque le temps de la prière arriverait. Un Sage, Rabbi 'Hanina, est d'avis que la pratique de Rav Chéchet est correcte, car Rabbi 'Hanina soutient que si l'on a grand besoin de sommeil, il vaut mieux somnoler un moment puis se réveiller avec une vigueur renouvelée. Et un Sage, Rabbi Yo'hanan, n'est pas d'avis que la pratique de Rav Chéchet est correcte. Il tient qu'une personne doit rassembler ses forces et prier, plutôt que de céder au besoin de sommeil.
מִכְּדֵי, קְרָאֵי מַשְׁמַע בֵּין לְמָר וּבֵין לְמָר, מַאי בֵּינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ דְּרַב שֵׁשֶׁת. דְּרַב שֵׁשֶׁת מָסַר שִׁינְתֵּיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ. מָר אִית לֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת, וּמָר לֵית לֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת.
Rav 'Hiya bar Achi dit au nom de Rav : Quiconque n'a pas l'esprit posé (en repos) ne doit pas prier, car il est dit : « Dans la détresse (be-tsar), il ne faut pas trancher (rendre de décision) ». La Guemara rapporte que Rabbi 'Hanina, un jour où il était en colère, ne priait pas, car il disait qu'il est écrit : « Dans la détresse, il ne faut pas trancher ». La Guemara rapporte de même que Mar Oukva, un jour de vent du sud, ne sortait pas au tribunal (beit din), car ce vent chaud et rude troublait sa clarté d'esprit habituelle.
אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: כֹּל שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיוּשֶּׁבֶת עָלָיו אַל יִתְפַּלֵּל, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּצָר אַל יוֹרֶה״. רַבִּי חֲנִינָא בְּיוֹמָא דְּרָתַח לָא מְצַלֵּי, אָמַר: ״בְּצָר אַל יוֹרֶה״ כְּתִיב. מָר עוּקְבָא בְּיוֹמָא דְשׁוּתָא לָא הֲוָה נָפֵיק לְבֵי דִינָא.
Rav Na'hman bar Yits'hak dit : L'étude de la halakha requiert de la clarté, comme un jour où souffle un vent du nord (istena) et qui dégage les cieux. Abayé dit de même : Si ma belle-mère (ou : ma nourrice) me dit « apporte-moi un plat de koutta'h », je ne peux plus étudier la Torah à ma façon habituelle, car même une tâche aussi simple que celle-ci me trouble et me distrait de mon étude de la Torah.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הִלְכְתָא בָּעֲיָא צִילּוּתָא כְּיוֹמָא דְאִסְתָּנָא. אָמַר אַבָּיֵי: אִי אָמְרָה לִי אֵם קָרֵיב כּוּתָּחָא — לָא תְּנַאי.
De même, Rava dit : Si je suis piqué par un pou, je ne peux plus étudier à ma manière habituelle. La Guemara rapporte que la mère de Mar, fils de Ravina, lui préparait sept vêtements pour les sept jours de la semaine, afin qu'il ne soit pas piqué par les poux que l'on trouve dans les vieux habits (Rabbénou 'Hananel).
אָמַר רָבָא: אִי קְרַצְתַּן כִּינָּה לָא תְּנַאי. מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא עֲבַדָה לֵיהּ אִמֵּיהּ שִׁבְעָה מָנֵי לְשִׁבְעָה יוֹמֵי.
Eruvin 65a
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עירובין ס״ה אמַסֶּכֶת עֵירוּבִין