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Traité Eruvin

64b

Étude de Eruvin 64b

Étude de la Guémara 64b

Guémara
…un mari qui a acquis des droits sur les biens de sa femme — ceux qu'elle a apportés en mariage comme dot — devrait employer une partie des profits à l'acquisition d'un rouleau de Torah [un Sefer Torah].
בַּעַל בְּנִכְסֵי אִשְׁתּוֹ.
Rava dit : Même s'il s'est lancé dans une affaire commerciale [iska] et a réalisé un gros profit, il devrait agir de même. Rav Papa dit : Même s'il a trouvé un objet perdu [metsia], il devrait faire de même. Rav Na'hman bar Yits'hak dit : Il n'est pas tenu d'employer cet argent à commander l'écriture d'un rouleau de Torah, car même s'il a écrit avec lui une paire de tefilin, cela aussi est une mitsva dont le mérite lui permettra de conserver le reste de l'argent.
רָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ עֲבַד עִיסְקָא וּרְוַוח. רַב פָּפָּא אָמַר: אֲפִילּוּ מָצָא מְצִיאָה. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֲפִילּוּ כְּתַב בְּהוּ תְּפִילִּין.
Et Rav 'Hanin dit, et certains disent que c'est Rabbi 'Hanina qui le dit : Quel est le verset qui y fait allusion ? Comme il est écrit : « Et Israël fit un voeu à l'Éternel et dit : Si tu livres vraiment ce peuple entre mes mains, alors je consacrerai [par interdit] leurs villes » (Bamidbar 21, 2). Ce qui montre que celui qui souhaite réussir doit sanctifier au Ciel une part de ses gains.
וְאָמַר רַב חָנִין, וְאִיתֵּימָא רַבִּי חֲנִינָא: מַאי קְרָאָה, דִּכְתִיב: ״וַיִּדַּר יִשְׂרָאֵל נֶדֶר וְגוֹ׳״.
La Guemara cite à présent des enseignements supplémentaires se rapportant à la consommation de vin. Rami bar Abba dit : Marcher un chemin d'un mil [environ deux mille amot], et de même dormir, fût-ce une quantité minime, dissipent l'effet du vin que l'on a bu. Rav Na'hman dit au nom de Rabba bar Avouh : Ils n'ont enseigné cela qu'à propos de celui qui a bu un revii [un quart de log] de vin ; mais à propos de celui qui a bu plus d'un revii, ce conseil n'est d'aucune utilité. En ce cas, marcher un chemin d'une telle distance ne fera que l'accabler et l'épuiser davantage, et un peu de sommeil l'enivrera encore plus.
אָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא: דֶּרֶךְ מִיל, וְשֵׁינָה כׇּל שֶׁהוּא — מְפִיגִין אֶת הַיַּיִן. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁשָּׁתָה כְּדֵי רְבִיעִית, אֲבָל שָׁתָה יוֹתֵר מֵרְבִיעִית — כׇּל שֶׁכֵּן שֶׁדֶּרֶךְ טוֹרַדְתּוֹ וְשֵׁינָה מְשַׁכַּרְתּוֹ.
Et marcher un chemin d'un mil seulement dissipe-t-il l'effet du vin ?! N'a-t-il pas été enseigné dans une baraita : Il advint un fait concernant Rabban Gamliel, qui chevauchait un âne et voyageait d'Akko à Keziv, tandis que son disciple Rabbi Ilai marchait derrière lui. Rabban Gamliel trouva de fins pains [gelouskin] sur la route, et il dit à son disciple : Ilai, ramasse les pains sur la route. Plus loin sur le chemin, Rabban Gamliel rencontra un certain non-Juif et lui dit : Mavgai, prends ces pains des mains d'Ilai.
וְדֶרֶךְ מִיל מְפִיגָה הַיַּיִן?! וְהָתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר וְהָיָה מְהַלֵּךְ מֵעַכּוֹ לִכְזִיב, וְהָיָה רַבִּי אִילְעַאי מְהַלֵּךְ אַחֲרָיו. מָצָא גְּלוּסְקִין בַּדֶּרֶךְ, אָמַר לוֹ: אִילְעַאי, טוֹל גְּלוּסְקִין מִן הַדֶּרֶךְ. מָצָא גּוֹי אֶחָד, אָמַר לוֹ: מַבְגַּאי, טוֹל גְּלוּסְקִין הַלָּלוּ מֵאִילְעַאי.
Rabbi Ilai s'approcha du non-Juif et lui dit : D'où es-tu ? Il lui dit : Des villes voisines des gardiens [bourganin]. Il demanda : Et quel est ton nom ? Le non-Juif répondit : Mon nom est Mavgai. Il s'enquit alors : Rabban Gamliel t'a-t-il déjà rencontré auparavant, puisqu'il connaît ton nom ? Il lui dit : Non.
נִיטַּפֵּל לוֹ רַבִּי אִילְעַאי, אָמַר לוֹ: מֵהֵיכָן אַתָּה? אָמַר לוֹ: מֵעֲיָירוֹת שֶׁל בּוּרְגָּנִין. וּמָה שִׁמְךָ? מַבְגַּאי שְׁמֵנִי. כְּלוּם הִיכִּירְךָ רַבָּן גַּמְלִיאֵל מֵעוֹלָם? אָמַר לוֹ: לָאו.
La Guemara interrompt le récit pour commenter : À ce moment-là, nous avons appris que Rabban Gamliel devina le nom du non-Juif grâce à l'inspiration divine [roua'h ha-kodech] qui reposait sur lui. Et à ce moment-là, nous avons aussi appris trois enseignements de halakha de la conduite de Rabban Gamliel : Nous avons appris que l'on ne doit pas passer outre la nourriture [ein maavirin al ha-okhalin], c'est-à-dire que si une personne voit de la nourriture gisant à terre, elle doit s'arrêter et la ramasser.
בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לָמַדְנוּ שֶׁכִּוֵּון רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּרוּחַ הַקּוֹדֶשׁ. וּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים לָמַדְנוּ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה: לָמַדְנוּ שֶׁאֵין מַעֲבִירִין עַל הָאוֹכָלִין.
Nous avons aussi appris que l'on suit la majorité des passants [rov overei derakhim]. Puisque la région était peuplée en majorité de non-Juifs, Rabban Gamliel supposa que le pain appartenait à un non-Juif, et qu'il était par conséquent interdit à la consommation pour un Juif ; c'est pourquoi il ordonna qu'on le donne à un non-Juif. Et nous avons encore appris qu'à propos du pain levé ['hamets] appartenant à un non-Juif, il est permis de tirer profit de cette nourriture après Pessa'h. Le fait rapporté plus haut survint peu après la fête de Pessa'h. En donnant le pain au non-Juif au lieu de le brûler — selon les halakhot du 'hamets qui subsiste après Pessa'h —, Rabban Gamliel en tira un certain profit, sous la forme de la gratitude du non-Juif. Ce profit est considéré comme ayant une valeur pécuniaire.
וְלָמַדְנוּ שֶׁהוֹלְכִין אַחֲרֵי רוֹב עוֹבְרֵי דְּרָכִים. וְלָמַדְנוּ שֶׁחֲמֵצוֹ שֶׁל גּוֹי אַחַר הַפֶּסַח מוּתָּר בַּהֲנָאָה.
La Guemara reprend le récit : Lorsque Rabban Gamliel arriva à Keziv, une personne se présenta devant lui pour demander qu'il délie son voeu [neder]. Rabban Gamliel dit à celui qui était avec lui, c'est-à-dire Rabbi Ilai : N'avons-nous pas bu un revii de vin italien tout à l'heure ? Il lui dit : Oui. Rabban Gamliel répondit : S'il en est ainsi, qu'il chemine derrière nous jusqu'à ce que l'effet de notre vin se dissipe, après quoi nous pourrons examiner son affaire.
כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לִכְזִיב, בָּא אֶחָד לִישָּׁאֵל עַל נִדְרוֹ. אָמַר לָזֶה שֶׁעִמּוֹ: כְּלוּם שָׁתִינוּ רְבִיעִית יַיִן הָאִיטַלְקִי? אָמַר לוֹ: הֵן. אִם כֵּן, יְטַיֵּיל אַחֲרֵינוּ עַד שֶׁיָּפִיג יֵינֵינוּ.
Et cette personne chemina derrière eux pendant trois mil, jusqu'à ce que Rabban Gamliel parvienne à l'Échelle de Tyr [Soulama de-Tsor]. Lorsqu'il parvint à l'Échelle de Tyr, Rabban Gamliel descendit de son âne, s'enveloppa [dans son châle] à la manière habituelle d'un juge — qui s'enveloppe d'un châle afin de siéger avec gravité au moment du jugement —, s'assit, et délia son voeu.
וְטִיֵּיל אַחֲרֵיהֶן שְׁלֹשָׁה מִילִין, עַד שֶׁהִגִּיעַ לְסוּלָּמָא שֶׁל צוּר. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְסוּלָּמָא דְצוֹר, יָרַד רַבָּן גַּמְלִיאֵל מִן הַחֲמוֹר, וְנִתְעַטֵּף, וְיָשַׁב, וְהִתִּיר לוֹ נִדְרוֹ.
La Guemara poursuit : À ce moment-là, nous avons appris de nombreux enseignements de halakha de la conduite de Rabban Gamliel. Nous avons appris qu'un revii de vin italien enivre ; nous avons appris que celui qui est ivre ne doit pas rendre de décision halakhique [chikor al yoré] ; nous avons appris que marcher sur un chemin dissipe l'effet du vin ; et enfin nous avons appris que l'on ne peut annuler les voeux ni lorsqu'on est monté sur une bête, ni en marchant, ni même debout, mais uniquement lorsqu'on est assis.
וְהַרְבֵּה דְּבָרִים לָמַדְנוּ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה. לָמַדְנוּ שֶׁרְבִיעִית יַיִן הָאִיטַלְקִי מְשַׁכֵּר, וְלָמַדְנוּ שִׁיכּוֹר אַל יוֹרֶה, וְלָמַדְנוּ שֶׁדֶּרֶךְ מְפִיגָה אֶת הַיַּיִן, וְלָמַדְנוּ שֶׁאֵין מְפִירִין נְדָרִים לֹא רָכוּב וְלֹא מְהַלֵּךְ וְלֹא עוֹמֵד, אֶלָּא יוֹשֵׁב.
En tout état de cause, la baraita enseigne que Rabban Gamliel jugea nécessaire de marcher trois mil afin de se dégriser après avoir bu du vin [ce qui contredit Rami bar Abba, pour qui un mil suffit]. La Guemara résout la contradiction : Le vin italien est différent, en ce qu'il est plus enivrant ; il faut donc une activité plus prolongée pour en dissiper les effets.
קָתָנֵי מִיהַת שְׁלֹשָׁה מִילִין! שָׁאנֵי יַיִן הָאִיטַלְקִי דִּמְשַׁכַּר טְפֵי.
Eruvin 64b
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עירובין ס״ד במַסֶּכֶת עֵירוּבִין