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Traité Eruvin

60a

Étude de Eruvin 60a

Étude de la Mishna & Guémara 60a

[…les habitants d'un balcon (mirpesset) et les habitants d'une cour qui ont oublié] et n'ont pas établi de eirouv commun : s'il y a, devant [l'entrée du balcon], une petite cloison (dakka) de quatre [tefa'him] de large, [le balcon] ne rend pas [interdit aux habitants de la cour de porter], car chaque domaine est alors considéré comme indépendant ; et sinon, [le balcon] rend interdit [aux habitants de la cour de porter dans la cour]. Cela indique qu'une échelle entre deux cours est toujours considérée comme une entrée [reliant les deux domaines], même lorsque cette règle aboutit à une décision rigoureuse, à moins que les deux espaces ne soient séparés par une cloison.
וְלֹא עֵירְבוּ, אִם יֵשׁ לִפְנֵיהֶם דַּקָּה אַרְבָּעָה — אֵינָהּ אוֹסֶרֶת, וְאִם לָאו — אוֹסֶרֶת.
La Guemara répond : de quoi traitons-nous ici ? D'un cas où le balcon n'est pas haut de dix tefa'him au-dessus du sol. Par conséquent il ne constitue pas un domaine en propre, et il fait partie de la cour.
הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן, בִּדְלֹא גְּבוֹהָ מִרְפֶּסֶת עֲשָׂרָה.
La Guemara demande : et si le balcon n'est pas haut de dix [tefa'him] et qu'il fait donc partie de la cour, lorsqu'on dresse une dakka, en quoi cela change-t-il quelque chose ? Le balcon devrait malgré tout être considéré comme une partie de la cour. La Guemara répond : nous traitons ici d'un balcon entièrement clos d'une cloison (megouppefet) sauf sur une section allant jusqu'à dix amot de large, qui sert d'entrée. En ce cas, puisque les habitants du balcon dressent une dakka à cette entrée, ils s'en retirent par là entièrement de la cour.
וְאִי לֹא גְּבוֹהָ מִרְפֶּסֶת עֲשָׂרָה, כִּי קָא עָבֵיד דַּקָּה, מַאי הָוֵי? בִּמְגוּפֶּפֶת עַד עֶשֶׂר אַמּוֹת, דְּכֵיוָן דְּעָבֵיד דַּקָּה — אִיסְתַּלּוֹקֵי אִיסְתַּלּוּק לֵיהּ מֵהָכָא.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : à propos d'un mur que l'on a garni d'échelles [dressées l'une contre l'autre], même sur une longueur de plus de dix amot, il conserve le statut de cloison (me'hitsa). Les échelles ne constituent pas une ouverture de plus de dix amot de large, qui ferait considérer le mur comme brèché et l'invaliderait comme cloison.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כּוֹתֶל שֶׁרְצָפָהּ בְּסוּלָּמוֹת, אֲפִילּוּ בְּיָתֵר מֵעֶשֶׂר — תּוֹרַת מְחִיצָה עָלָיו.
Rav Brouna souleva une contradiction devant Rav Yehouda, dans le pressoir à vin de la maison de Rav 'Hanina : Chmouel a-t-il réellement dit qu'un tel [mur] possède le statut de cloison ? Mais Rav Na'hman n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : à propos des habitants d'un balcon et des habitants d'une cour qui ont oublié et n'ont pas établi de eirouv commun, s'il y a devant [l'entrée du balcon] une dakka de quatre [tefa'him] de large, [le balcon] ne rend pas interdit [aux habitants de la cour de porter] ; et sinon, il rend interdit [aux habitants de la cour de porter] ? Cela indique qu'une échelle est considérée comme une entrée, la cour et le balcon étant tenus pour reliés [et donc l'échelle, ici, neutralise au contraire la cloison].
רָמֵי לֵיהּ רַב בְּרוֹנָא לְרַב יְהוּדָה בְּמַעְצַרְתָּא דְּבֵי רַב חֲנִינָא: מִי אָמַר שְׁמוּאֵל תּוֹרַת מְחִיצָה עָלָיו? וְהָאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: אַנְשֵׁי מִרְפֶּסֶת וְאַנְשֵׁי חָצֵר שֶׁשָּׁכְחוּ וְלֹא עֵירְבוּ, אִם יֵשׁ לְפָנֶיהָ דַּקָּה אַרְבָּעָה אֵינָהּ אוֹסֶרֶת, וְאִם לָאו — אוֹסֶרֶת.
[Rav Yehouda répondit de la même manière que plus haut :] De quoi traitons-nous ici ? D'un cas où le balcon n'est pas haut de dix [tefa'him], et c'est pourquoi il est tenu pour relié à la cour. La Guemara demande : si le balcon n'est pas haut de dix [tefa'him], lorsqu'on dresse une dakka, en quoi cela change-t-il quelque chose ? Le balcon devrait malgré tout être considéré comme une partie de la cour. La Guemara répond : nous traitons ici d'un balcon entièrement clos d'une cloison (megouppefet) sauf sur une section allant jusqu'à dix amot de large, qui sert d'entrée. En ce cas, puisque les habitants du balcon dressent une dakka à cette entrée, ils s'en retirent par là entièrement de la cour.
הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן, דְּלֹא גְּבוֹהָ מִרְפֶּסֶת עֲשָׂרָה. וְאִי לֹא גְּבוֹהָ מִרְפֶּסֶת עֲשָׂרָה, כִּי עָבֵיד דַּקָּה מַאי הָוֵי? בִּמְגוּפֶּפֶת עַד עֶשֶׂר אַמּוֹת, דְּכֵיוָן דְּעָבֵיד דַּקָּה — אִיסְתַּלּוֹקֵי אִיסְתַּלַּק מֵהָכָא.
La Guemara rapporte que certains habitants de la ville de Kakouna vinrent devant Rav Yossef et lui dirent : donne-nous quelqu'un qui établira un eirouv pour notre ville. [La ville avait d'abord été une ville publique (de rabbim) puis était devenue privée (de ya'hid), ce qui impose d'exclure une partie de la ville du eirouv (chiyour).] Rav Yossef dit à Abayé : va, établis-leur un eirouv, et veille à ce qu'il n'y ait pas de clameur (tseva'ha) contre lui à la maison d'étude (beit haMidrach) — c'est-à-dire assure-toi que le eirouv soit valide hors de tout doute. Il alla et vit que certaines maisons s'ouvraient sur la rivière [et non sur la ville]. Il dit : que ces maisons-là servent de section exclue (chiyour) pour la ville.
הָנְהוּ בְּנֵי קָקוּנָאֵי דְּאָתֵי לְקַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף, אֲמַרוּ לֵיהּ: הַב לַן גַּבְרָא דְּלִיעָרֵב לַן מָאתִין. אֲמַר לֵיהּ לְאַבָּיֵי: זִיל עָרֵב לְהוּ, וַחֲזִי דְּלָא מְצַוְוחַתְּ עֲלַהּ בְּבֵי מִדְרְשָׁא. אֲזַל, חֲזָא לְהָנְהוּ בָּתֵּי דִּפְתִיחִי לְנַהֲרָא. אָמַר: הָנֵי לֶהֱוֵי שִׁיּוּר לְמָתָא.
Abayé se ravisa ensuite et dit : [cela ne se peut,] car nous avons appris dans la michna « on n'établit pas de eirouv pour la totalité de [la ville] » — d'où l'on déduit que, s'ils voulaient établir un eirouv pour la ville entière, ils le pourraient, n'était l'obligation d'en exclure une section. Or ces maisons, qui ne s'ouvrent pas sur la ville, n'auraient de toute façon pas pu se joindre à un eirouv avec le reste de la ville, et ne peuvent donc servir de section exclue. Plutôt, je leur ferai des fenêtres (kavvé) [entre les cours de leurs maisons et le reste de la ville], de sorte que, s'ils voulaient établir un eirouv avec le reste de la ville par le biais des fenêtres, ils le pourraient ; [et alors ces maisons seront aptes à servir de section exclue].
הֲדַר אָמַר: ״אֵין מְעָרְבִין אֶת כּוּלָּהּ״ תְּנַן, [מִכְּלָל] דְּאִי בָּעֵי לְעָירוֹבֵי, מָצֵי מְעָרְבִי. אֶלָּא אֶיעְבֵּיד לְהוּ כַּוֵּוי, דְּאִי בָּעוּ לְעָירוֹבֵי דֶּרֶךְ חַלּוֹנוֹת מָצוּ מְעָרְבִי.
Il se ravisa de nouveau et dit : cela n'est pas nécessaire, car Rabba bar Avouh établissait un eirouv pour la ville entière de Me'hoza — [ville publique devenue privée] — quartier par quartier (arseyata arseyata), du fait que les quartiers étaient séparés par des fosses (pira de bei tové) où le bétail venait se nourrir. Autrement dit, Rabba bar Avouh établissait un eirouv distinct pour chaque quartier sans en exclure aucun, tenant que chacun était section exclue pour l'autre. Et bien que les quartiers n'eussent pas pu établir un eirouv ensemble même s'ils l'avaient voulu, à cause des fosses qui les séparaient, ils pouvaient malgré tout servir de sections exclues les uns pour les autres.
הֲדַר אָמַר: לָא בָּעֵי, דְּהָא רַבָּה בַּר אֲבוּהּ מְעָרֵב לַהּ לְכוּלַּהּ מָחוֹזָא עַרְסְיָיתָא עַרְסְיָיתָא מִשּׁוּם פֵּירָא דְּבֵי תוֹרֵי, דְּכׇל חַד וְחַד הָוֵי שִׁיּוּר לְחַבְרֵיהּ. וְאַף עַל גַּב דְּאִי בָּעוּ לְעָרוֹבֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, לָא מָצוּ מְעָרְבִי.
Il se ravisa encore une fois et dit : les deux cas ne sont pas vraiment comparables. Là-bas, à Me'hoza, s'ils l'avaient voulu, ils auraient pu établir un eirouv unique par le biais des toits (gaggot) [reliés de quartier à quartier] ; mais ces maisons[-ci] ne peuvent établir de eirouv avec les autres maisons de la ville, et c'est pourquoi nous devons leur faire des fenêtres.
הֲדַר אָמַר: לָא דָּמֵי. הָתָם, אִי בָּעֵי — לְעָרוֹבֵי דֶּרֶךְ גַּגּוֹת, וְהָנֵי לָא מְעָרְבִי, הִילְכָּךְ נַעְבְּדַן כַּוֵּוי.
Il se ravisa une fois de plus et dit : les fenêtres non plus ne sont pas nécessaires. Car ce hangar à paille (bei tivna) qui appartenait à Mar bar Pofidata de Poumbedita fut désigné comme section exclue du eirouv organisé pour la ville de Poumbedita — ce qui prouve qu'il n'est pas nécessaire que la section exclue soit de celles qui auraient pu être incluses dans un eirouv avec le reste de la ville.
הֲדַר אָמַר: כַּוֵּוי נָמֵי לָא בָּעֵי, דְּהָהוּא בֵּי תִיבְנָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמָר בַּר פּוֹפִידְתָּא מִפּוּמְבְּדִיתָא, וְשַׁוְּיַהּ שִׁיּוּר לְפוּמְבְּדִיתָא.
Abayé [se] dit : voilà ce que voulait dire le Maître quand il m'a dit : « veille à ce qu'il n'y ait pas de clameur contre lui à la maison d'étude. » [Abayé comprenait à présent combien de facteurs devaient être pesés et combien il faut se garder de conclure hâtivement.]
אֲמַר, הַיְינוּ דְּאָמַר לִי מָר: ״חֲזִי דְּלָא מְצַוְוחַתְּ עֲלַהּ בְּבֵי מִדְרְשָׁא״.
Eruvin 60a
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עירובין ס׳ אמַסֶּכֶת עֵירוּבִין