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Traité Eruvin

51a

Étude de Eruvin 51a

Étude de la Guémara 51a

Guémara
Rava dit : cette halakha [selon laquelle, en désignant un arbre comme lieu de résidence (chevita), on acquiert son pied] ne s'applique que dans un cas où, s'il courait jusqu'au tronc de l'arbre, il pourrait l'atteindre avant l'entrée du Chabbat. Abayé lui dit : mais la michna n'enseigne-t-elle pas « et l'obscurité l'a surpris [alors qu'il était en chemin] » — ce qui indique qu'il se trouve plus loin que cela ?
אָמַר רָבָא: וְהוּא דְּכִי רָהֵיט לְעִיקָּרוֹ מָטֵי. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: וְהָא ״חָשְׁכָה לוֹ״ קָתָנֵי!
[La Guemara répond :] « l'obscurité l'a surpris » signifie qu'il ne peut plus regagner sa maison avant la nuit ; mais il est en mesure d'atteindre le tronc de l'arbre avant le Chabbat. Certains rapportent une autre version de la déclaration précédente. Rava dit : « l'obscurité l'a surpris » signifie que, s'il marchait très lentement (kali kali), il ne pourrait pas atteindre sa maison ; mais s'il court, il peut encore y arriver avant le Chabbat.
״חָשְׁכָה״ — לְבֵיתוֹ, אֲבָל לְעִיקָּרוֹ שֶׁל אִילָן מָצֵי אָזֵיל. אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רָבָא: חָשְׁכָה לוֹ כִּי מְסַגֵּי קַלִּי קַלִּי, אֲבָל רָהֵיט — מָטֵי.
Rabba et Rav Yossef cheminaient ensemble sur la route. Rabba dit à Rav Yossef : que notre résidence (chevitatenou) soit sous le palmier qui porte son frère — celui sur lequel un autre palmier est appuyé. Et d'autres rapportent qu'il lui dit : que notre résidence soit sous le palmier qui a délivré son maître de l'impôt foncier (karga) — le palmier qui a produit assez de dattes pour que son propriétaire puisse payer la totalité de son impôt foncier.
רַבָּה וְרַב יוֹסֵף הֲווֹ קָא אָזְלִי בְּאוֹרְחָא. אֲמַר לֵיהּ רַבָּה לְרַב יוֹסֵף: תְּהֵא שְׁבִיתָתֵנוּ תּוּתֵי דִּיקְלָא דְּסָבֵיל אֲחוּהּ. וְאָמְרִי לַהּ: תּוּתֵי דִּיקְלָא דְּפָרֵיק מָרֵיהּ מִכְּרָגָא.
[Rabba demanda :] le Maître le connaît-il [cet arbre] ? [Rav Yossef] lui dit : je ne le connais pas. [Rabba] lui dit : alors fie-toi à moi, car il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yossi dit : si deux personnes cheminaient ensemble, l'une connaissant un certain endroit au loin et l'autre ne le connaissant pas, celle qui ne le connaît pas confie son droit de désigner sa résidence à celle qui le connaît, et celle qui le connaît déclare : « que notre résidence soit en tel endroit ».
יָדַע לֵיהּ מָר? אֲמַר לֵיהּ: לָא יָדַעְנָא לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: סְמוֹךְ עֲלַי, דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אִם הָיוּ שְׁנַיִם, אֶחָד מַכִּיר וְאֶחָד שֶׁאֵינוֹ מַכִּיר — זֶה שֶׁאֵינוֹ מַכִּיר מוֹסֵר שְׁבִיתָתוֹ לַמַּכִּיר, זֶה שֶׁמַּכִּיר אוֹמֵר: תְּהֵא ״שְׁבִיתָתֵנוּ בְּמָקוֹם פְּלוֹנִי״.
[La Guemara remarque :] mais il n'en est rien — telle n'est pas l'opinion de Rabbi Yossi. [Rabba] ne l'a enseigné comme étant conforme à l'opinion de Rabbi Yossi que pour que Rav Yossef l'accepte de lui, du fait que « le raisonnement de Rabbi Yossi l'accompagne » [ses décisions sont fondées sur une argumentation solide, si bien que la halakha suit généralement son avis — et Rav Yossef serait alors moins enclin à émettre des doutes sur cette règle].
וְלָא הִיא, לָא תְּנָא לֵיהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, אֶלָּא כִּי הֵיכִי דְּלִיקַבֵּל לַהּ מִינֵּיהּ, מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹסֵי נִימּוּקוֹ עִמּוֹ.
[Nous avons appris dans la michna :] s'il ne connaît pas [d'arbre ou tout autre repère visible], ou s'il n'est pas expert [dans la halakha, ignorant que l'on peut établir sa résidence à distance], et qu'il a dit : « ma résidence est à l'endroit où je me trouve » — sa présence à l'endroit où il se trouve lui acquiert le droit de marcher deux mille coudées dans chaque direction.
אִם אֵינוֹ מַכִּיר אוֹ שֶׁאֵינוֹ בָּקִי וְכוּ׳.
La Guemara soulève une question fondamentale : ces deux mille coudées, où sont-elles écrites [dans la Torah] ? La Guemara répond qu'il en est comme il a été enseigné dans une baraïta : « que chaque homme reste à sa place » (Chemot 16, 29) — ce sont les quatre coudées [qui constituent la limite minimale du Chabbat, par exemple pour celui qui s'est aventuré au-delà de sa limite prescrite]. « Que nul homme ne sorte de son lieu (mimkomo) » (Chemot 16, 29) — ce sont les deux mille coudées [de la limite du Chabbat (te'houm) pour celui qui demeure à sa place ; sauf indication contraire, la mesure du « lieu » d'une personne est de deux mille coudées].
הָנֵי אַלְפַּיִם אַמָּה הֵיכָן כְּתִיבָן? דְּתַנְיָא: ״שְׁבוּ אִישׁ תַּחְתָּיו״ — אֵלּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת. ״אַל יֵצֵא אִישׁ מִמְּקוֹמוֹ״ — אֵלּוּ אַלְפַּיִם אַמָּה.
La Guemara demande : d'où le déduisons-nous [que telle est la mesure du « lieu » d'une personne] ? Rav 'Hisda dit : nous le déduisons par une analogie verbale (guezera chava) entre le terme « lieu » (makom) écrit ici — « que nul homme ne sorte de son lieu » — et le terme « lieu » écrit à propos du meurtrier involontaire : « alors je te fixerai un lieu où il pourra fuir » (Chemot 21, 13). Ce dernier verset mentionne à la fois « lieu » et « fuite » (nissa), et le terme « lieu » se déduit du terme « fuite ». Et le terme « fuite » se déduit du terme « fuite » écrit dans un autre verset à propos du meurtrier involontaire : « mais si le meurtrier sort hors de la frontière (guevoul) de la ville de son refuge, où il avait fui » (Bamidbar 35, 26). Et le terme « fuite » se déduit du terme « frontière » qui figure dans ce même verset. Et le terme « frontière » se déduit du terme « frontière », comme il y est dit : « et que le vengeur du sang le trouve hors (mi'houts) des frontières de la ville de son refuge » (Bamidbar 35, 27). Puisque ce verset mentionne à la fois le terme « frontière » et le terme « hors », le terme « frontière » se déduit du terme « hors ». Et le terme « hors » se déduit du terme « hors », comme il est écrit à propos des villes des Lévites [qui servaient aussi de villes de refuge] : « et vous mesurerez hors (mi'houts) de la ville, du côté est, deux mille coudées, du côté sud deux mille coudées, du côté ouest deux mille coudées et du côté nord deux mille coudées » (Bamidbar 35, 5). [De cette chaîne de termes identiques, le sens du terme « lieu » énoncé à propos du Chabbat se déduit des deux mille coudées mentionnées au sujet des villes des Lévites.]
מְנָא לַן? אָמַר רַב חִסְדָּא: לָמַדְנוּ ׳מָקוֹם׳ מִ׳מָּקוֹם׳, וּ׳מָקוֹם׳ מִ׳נִּיסָה׳, וְ׳נִיסָּה׳ מִ׳נִּיסָה׳, וְ׳נִיסָּה׳ מִ׳גְּבוּל׳, וּ׳גְבוּל׳ מִ׳גְּבוּל׳, וּ׳גְבוּל׳ מִ׳חוּץ׳, וְ׳חוּץ׳ מִ׳חוּץ׳. דִּכְתִיב: ״וּמַדּוֹתֶם מִחוּץ לָעִיר אֶת פְּאַת קֵדְמָה אַלְפַּיִם בָּאַמָּה וְגוֹ׳״.
La Guemara demande : mais déduisons-le plutôt [par une analogie verbale entre le terme « hors » du verset « hors des frontières de la ville de refuge » et le terme « hors »] du verset « depuis la muraille de la ville et au dehors (va'houtsa), mille coudées » (Bamidbar 35, 4) — [ce qui donnerait une limite du Chabbat de mille coudées seulement] ? La Guemara répond : on déduit le sens du terme « hors » ('houts) par une analogie verbale à partir d'une autre occurrence du terme « hors » ('houts), mais on ne déduit pas le sens du terme « hors » ('houts) à partir du terme « au dehors » ('houtsa).
וְנֵילַף מִ״קִּיר הָעִיר וָחוּצָה אֶלֶף אַמָּה״? דָּנִין ׳חוּץ׳ מִ׳חוּץ׳, וְאֵין דָּנִין ׳חוּץ׳ מֵ׳חוּצָה׳.
La Guemara soulève une difficulté : quelle importance y a-t-il [à la différence entre ces deux termes] ? L'école de Rabbi Yichmaël n'a-t-elle pas enseigné une analogie verbale [au sujet de la lèpre des maisons] entre le verset « et le kohen reviendra (vechav) » (Vayikra 14, 39) et le verset « et le kohen viendra (ouva) » (Vayikra 14, 44), dont on déduit que « ceci est le retour, ceci est la venue » [le même statut s'applique au retour et à la venue, à savoir après sept jours] ? [À l'évidence, une différence aussi minime que celle d'une seule lettre entre 'houts et 'houtsa ne devrait pas empêcher d'enseigner une analogie verbale.]
וּמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? הָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״וְשָׁב הַכֹּהֵן״ ״וּבָא הַכֹּהֵן״ — זוֹ הִיא שִׁיבָה, זוֹ הִיא בִּיאָה!
[La Guemara repousse cet argument :] cela ne vaut que là où il n'existe aucun terme qui lui soit identique ; mais là où il existe un terme qui lui est identique, nous déduisons l'analogie verbale du terme qui lui est identique [plutôt que des termes qui ne le sont pas exactement].
הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלֵיכָּא מִידֵּי דְּדָמֵי לֵיהּ, אֲבָל הֵיכָא דְּאִיכָּא מִידֵּי דְּדָמֵי לֵיהּ — מִדָּמֵי לֵיהּ יָלְפִינַן.
[Les Sages de la michna divergent : la limite de deux mille coudées accordée dans chaque direction se mesure-t-elle en cercle ou en carré.] La Guemara pose une question : concernant [l'opinion de Rabbi 'Hanina ben Antiguenos, selon laquelle la limite se mesure en cercle], quoi que tu dises [c'est difficile]. S'il est d'avis qu'il existe une analogie verbale [tirée du verset écrit à propos des villes des Lévites], c'est difficile, car ce sont des « côtés » (pe'ot) qui y sont écrits [ce qui indique des limites carrées]. Et s'il n'est pas d'avis qu'il existe une analogie verbale, d'où déduit-il [que la limite du Chabbat est de deux mille coudées] ?
אַלְפַּיִם אַמָּה עֲגוּלּוֹת. וְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס מָה נַפְשָׁךְ: אִי אִית לֵיהּ גְּזֵירָה שָׁוָה — פֵּיאוֹת כְּתִיבָן, אִי לֵית לֵיהּ גְּזֵירָה שָׁוָה — אַלְפַּיִם אַמָּה מְנָא לֵיהּ?
Eruvin 51a
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עירובין נ״א אמַסֶּכֶת עֵירוּבִין