Guémara
[Les parois d'un bateau ne sont pas considérées comme des cloisons valables,] car elles sont seulement faites pour écarter l'eau ; c'est-à-dire que les parois d'un bateau ne sont pas conçues pour en faire un lieu de résidence, mais pour le protéger de l'eau. C'est pourquoi elles n'ont pas le statut de cloisons faites en vue de la résidence [et l'on n'y peut marcher que dans les quatre coudées].
לְהַבְרִיחַ מַיִם עֲשׂוּיוֹת.
La Guemara demande : quant à Rabba, pour quelle raison n'a-t-il pas énoncé son opinion conformément à celle de Rabbi Zeira ? La Guemara répond : à propos d'un bateau qui se déplace (mehalekhet), tout le monde s'accorde — c'est-à-dire même Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva — qu'il est permis de circuler dans tout le bateau. Ils ne sont en désaccord qu'à propos d'un bateau à l'arrêt (she-amda) : Rabban Gamliel tient que les parois du bateau constituent des cloisons effectives, tandis que Rabbi Yehochoua le conteste.
וְרַבָּה, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַבִּי זֵירָא? בִּמְהַלֶּכֶת — כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי. כִּי פְּלִיגִי בְּשֶׁעָמְדָה.
Rav Na'hman bar Yits'hak dit : la michna aussi est précise dans son implication que les Sages ne sont pas en désaccord à propos d'un bateau qui se déplace. La Guemara demande : d'où cela est-il déduit ? De ce qui est enseigné : il arriva un fait où tous ces Sages venaient de Pelandarsin, et leur bateau prit le large sur la mer le Chabbat, les emmenant au-delà de leur limite chabbatique (te'houm). Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azarya circulèrent dans tout le bateau, tandis que Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva ne bougèrent pas au-delà de quatre coudées, car ils voulurent être rigoureux envers eux-mêmes.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא דְּבִמְהַלֶּכֶת לָא פְּלִיגִי. מִמַּאי? מִדְּקָתָנֵי: מַעֲשֶׂה שֶׁבָּאוּ מִפְּלַנְדַּרְסִין וְהִפְלִיגָה סְפִינָתָם בַּיָּם. רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה הָלְכוּ אֶת כּוּלָּהּ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְרַבִּי עֲקִיבָא לֹא זָזוּ מֵאַרְבַּע אַמּוֹת, שֶׁרָצוּ לְהַחֲמִיר עַל עַצְמָן.
Rav Na'hman bar Yits'hak explique : d'accord, si tu dis qu'ils ne sont pas en désaccord à propos d'un bateau qui se déplace, c'est bien pourquoi il est enseigné qu'ils voulurent être rigoureux envers eux-mêmes — c'est-à-dire qu'ils souhaitèrent pratiquer une rigueur alors qu'ils n'y étaient nullement tenus, parce qu'ils craignaient que le bateau ne vienne peut-être à s'arrêter.
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בִּמְהַלֶּכֶת לָא פְּלִיגִי — הַיְינוּ דְּקָתָנֵי ״רָצוּ״, דִּילְמָא עָמְדָה.
Mais si tu dis qu'ils sont en désaccord même dans le cas d'un bateau qui se déplace, alors cette expression « ils voulurent être rigoureux » fait difficulté : car la michna ne devrait pas évoquer un désir de rigueur, puisque, selon leur opinion, il s'agit d'une interdiction pure et simple [et non d'une simple stringence facultative].
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ פְּלִיגִי, הַאי ״רָצוּ לְהַחֲמִיר״ — אִיסּוּרָא הוּא!
À propos de la question précédente, Rav Achi dit : la michna aussi est précise, impliquant ce point d'une autre manière encore, car elle enseigne la loi concernant un bateau en parallèle avec la loi concernant un enclos (dir) et une étable (sahar). De même qu'un enclos et une étable sont fixes à leur place, de même la michna traite d'un bateau qui est fixe à sa place [à l'arrêt].
אָמַר רַב אָשֵׁי: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: סְפִינָה, דֻּומְיָא דְּדִיר וְסַהַר. מָה דִּיר וְסַהַר — דִּקְבִיעִי, אַף סְפִינָה נָמֵי דִּקְבִיעָא.
Rav A'ha, fils de Rava, dit à Rav Achi : Rav et Chmouel ont tous deux dit que la halakha est conforme à Rabban Gamliel à propos d'un bateau ; or, s'il leur a fallu trancher la halakha, cela prouve par déduction que les Sages étaient bien en désaccord sur la question ! [Ce qui fait difficulté, car les mots « ils voulurent être rigoureux envers eux-mêmes » impliquent qu'il n'y avait au fond aucune controverse.]
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: הִלְכְתָא כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּסְפִינָה, הִלְכְתָא מִכְּלָל דִּפְלִיגִי!
Rav Achi répondit : oui [les Sages sont effectivement en désaccord à propos d'un bateau à l'arrêt ; et lorsque la michna dit que Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva voulurent être rigoureux envers eux-mêmes — impliquant l'absence de véritable controverse — elle parle d'un bateau qui se déplace]. Et c'est ainsi qu'il a été enseigné dans une baraita : 'Hanania (fils du frère de Rabbi Yehochoua) dit : tout ce jour-là [sur le bateau], ils restèrent assis à débattre d'un point de halakha ; et le soir venu, le frère de mon père [Rabbi Yehochoua] trancha : la halakha est conforme à Rabban Gamliel à propos d'un bateau [qui se déplace, où l'on peut circuler partout], et la halakha est conforme à Rabbi Akiva à propos d'un enclos et d'une étable [où l'on ne peut marcher que dans quatre coudées — et il en va de même pour un bateau à l'arrêt].
אִין, וְהָתַנְיָא חֲנַנְיָא (בֶּן אֲחִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ) אוֹמֵר: כׇּל אוֹתוֹ הַיּוֹם יָשְׁבוּ וְדָנוּ בִּדְבַר הֲלָכָה, אֶמֶשׁ הִכְרִיעַ אֲחִי אַבָּא הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּסְפִינָה, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא בְּדִיר וְסַהַר.
Rav 'Hanania posa un dilemme : la [prohibition des] limites chabbatiques (te'houmin) s'applique-t-elle au-dessus de dix tefa'him [du sol], ou bien la prohibition des limites chabbatiques ne s'applique-t-elle pas au-dessus de dix tefa'him ? Autrement dit, la limite chabbatique ne vaut-elle que près du sol — auquel cas marcher à plus de dix tefa'him au-dessus du sol serait permis ?
בָּעֵי רַב חֲנַנְיָא: יֵשׁ תְּחוּמִין לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה, אוֹ אֵין תְּחוּמִין לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה?
La Guemara précise le cas dans lequel ce dilemme se pose : à propos d'un poteau (amoud) haut de dix tefa'him et large de quatre [à cheval sur la limite, en partie à l'intérieur et en partie à l'extérieur du te'houm], ce cas ne doit pas faire dilemme pour toi — car un tel poteau stable est comme une terre ferme [bien qu'il diffère par sa hauteur de la surface environnante ; aussi est-il interdit de marcher de la partie située dans le te'houm vers celle qui en est sortie].
עַמּוּד גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וְרָחָב אַרְבָּעָה, לָא תִּיבְּעֵי לָךְ — דְּאַרְעָא סְמִיכְתָּא הִיא.
Le cas où il doit y avoir dilemme pour toi est celui d'un poteau haut de dix tefa'him mais qui n'est pas large de quatre [dont l'usage n'est pas commode]. Ou bien encore [alternativement], le cas est celui où il avance par un bond (kefitsa) dans les airs, au-dessus de dix tefa'him du sol.
כִּי תִּיבְּעֵי לָךְ, בְּעַמּוּד גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וְאֵינוֹ רָחָב אַרְבָּעָה. אִי נָמֵי, דְּקָאָזֵיל בִּקְפִיצָה.
La Guemara présente une autre version (lichana a'harina) du dilemme précédent : quelle est la halakha à propos d'un bateau [naviguant à la surface de l'eau à plus de dix tefa'him du fond de la mer ou du fleuve] ? [La prohibition des limites chabbatiques s'y applique-t-elle ou non ?]
לִישָּׁנָא אַחֲרִינָא: בִּסְפִינָה, מַאי?