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Traité Eruvin

39a

Étude de Eruvin 39a

Étude de la Mishna & Guémara 39a

[Si la baraïta enseigne qu']« un homme ne doit pas se promener à l'entrée de la ville [vers la fin du Chabbat ou d'un Yom Tov] afin d'entrer aux bains publics aussitôt [à l'issue du Chabbat] », alors Rabba aurait dû se rétracter de son enseignement [au sujet du eirouv] ! Cette baraïta indique en effet que même marcher le Chabbat pour quelque chose dont on a besoin après le Chabbat relève de la catégorie de la préparation interdite [hakhana].
לֹא יְטַיֵּיל אָדָם עַל פֶּתַח מְדִינָה כְּדֵי שֶׁיִּכָּנֵס לַמֶּרְחָץ מִיָּד, הָדַר בֵּיהּ!
Mais il n'en est rien : [Rabba] a bien entendu cette baraïta et ne s'est pourtant pas rétracté, car on peut distinguer entre les cas. Là-bas [dans la baraïta de celui qui marche jusqu'au bout de son champ, ou de celui qui se promène à l'entrée de la ville], la chose est manifeste (moukha'ha milta) [aux yeux de tous les observateurs] : il fait cela afin de savoir quel travail le champ requiert après le Chabbat, ou pour entrer aux bains aussitôt après le Chabbat, respectivement. Tandis qu'ici, au sujet du eirouv, la chose n'est pas manifeste [aux yeux d'autrui] : on ne voit pas que ses actes ont pour but d'établir un eirouv.
וְלָא הִיא, שְׁמִעַ לֵיהּ וְלָא הֲדַר בֵּיהּ. הָתָם — מוֹכְחָא מִילְּתָא, הָכָא — לָאו מוֹכְחָא מִילְּתָא הִיא.
La Guemara explique : s'il s'agit d'un jeune érudit (tzourva mé-rabbanan), nous [les observateurs] disons : peut-être son étude l'a-t-elle entraîné (chema'ta mechakhteh) [il était absorbé dans son étude et ne prêtait pas attention à l'endroit où il allait]. Et s'il s'agit d'un homme du peuple (am ha-arets), nous disons : peut-être son âne s'est-il égaré ('hamra irkas leh) et est-il parti à sa recherche. Ses actes ne donnent donc aucun indice qu'il s'apprête à établir un eirouv pour le lendemain, car l'établissement d'un eirouv ne requiert aucun acte reconnaissable.
אִי צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן הוּא, אָמְרִינַן: שְׁמַעְתָּא מְשַׁכְתֵּיהּ. וְאִי עַם הָאָרֶץ הוּא, אָמְרִינַן: חַמְרָא אִירְכַס לֵיהּ.
[Examinons à présent] l'énoncé lui-même (goufa). Rav Yehouda a dit : si l'on a établi un eirouv avec ses pieds (be-raglav) la veille du premier jour, on établit son eirouv avec ses pieds la veille du second jour [également]. Si l'on a établi un eirouv avec du pain (be-fat) [que l'on a déposé à l'endroit où l'on souhaite acquérir son lieu de repos] la veille du premier jour, on établit son eirouv avec du pain la veille du second jour [également].
גּוּפָא, אָמַר רַב יְהוּדָה: עֵירַב בְּרַגְלָיו בְּיוֹם רִאשׁוֹן — מְעָרֵב בְּרַגְלָיו בְּשֵׁנִי. עֵירַב בְּפַת בְּיוֹם רִאשׁוֹן — מְעָרֵב בְּפַת בְּיוֹם שֵׁנִי.
Si l'on a établi un eirouv avec du pain la veille du premier jour [et que ce eirouv a été mangé], on peut changer et établir un eirouv avec ses pieds la veille du second jour. En revanche, si l'on a établi un eirouv avec ses pieds la veille du premier jour, on n'établit pas un eirouv avec du pain la veille du second jour, car on n'établit pas d'emblée (ba-te'hila) un eirouv avec du pain [un Yom Tov en vue du Chabbat], étant donné qu'il est interdit de préparer un Yom Tov pour le Chabbat [hakhana].
עֵירַב בְּפַת בָּרִאשׁוֹן — מְעָרֵב בְּרַגְלָיו בַּשֵּׁנִי. עֵירַב בְּרַגְלָיו בָּרִאשׁוֹן — אֵין מְעָרֵב בְּפַת בַּשֵּׁנִי, שֶׁאֵין מְעָרְבִין בַּתְּחִלָּה בְּפַת.
Au sujet de l'énoncé : « si l'on a établi un eirouv avec du pain la veille du premier jour, on établit son eirouv avec du pain la veille du second jour », Chmouel a dit : seulement avec le même pain (be-otah ha-pat). Rav Achi a dit : la formulation de la michna est elle aussi précise (dayka nami) [en ce sens], car nous avons appris : comment fait-on [si un Yom Tov tombe un vendredi et que l'on souhaite établir un eirouv valable à la fois pour le Yom Tov et pour le Chabbat] ? On l'apporte [au lieu que l'on veut fixer comme sa résidence] la veille du premier jour, on y demeure jusqu'à la tombée de la nuit, puis on le prend [avec soi] et l'on s'en va. La veille du second jour, [on le rapporte au même endroit et] on y demeure jusqu'à la tombée de la nuit, puis on le mange et l'on s'en va. La formulation de la michna indique qu'il faut établir le eirouv du second jour avec le même pain que celui utilisé pour le premier jour, comme l'a soutenu Chmouel.
עֵירַב בְּפַת בְּיוֹם רִאשׁוֹן מְעָרֵב בְּפַת בְּיוֹם שֵׁנִי, אָמַר שְׁמוּאֵל: וּבְאוֹתָהּ הַפַּת. אָמַר רַב אָשֵׁי: דַּיְקָא נָמֵי מַתְנִיתִין, דְּקָתָנֵי: כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה? מוֹלִיכוֹ בָּרִאשׁוֹן, וּמַחְשִׁיךְ עָלָיו, וְנוֹטְלוֹ וּבָא לוֹ. בַּשֵּׁנִי, מַחְשִׁיךְ עָלָיו, וְאוֹכְלוֹ וּבָא לוֹ.
La Guemara ajoute : et les Sages (rabbanan) [qui n'acceptent pas l'opinion de Chmouel] soutiennent que cela ne prouve rien, car peut-être (dilma) là-bas la michna ne fait-elle que nous enseigner un bon conseil (etsa tova) [quant à la manière de s'appuyer sur un seul eirouv et d'éviter d'avoir à en préparer un second pour le deuxième jour].
וְרַבָּנַן, דִּילְמָא הָתָם — עֵצָה טוֹבָה קָא מַשְׁמַע לַן.
Mishna 1
MICHNA : [À l'époque où le calendrier juif était fixé par le tribunal d'après le témoignage de témoins ayant vu la nouvelle lune, Roch ha-Chana n'était observé qu'un seul jour si des témoins arrivaient ce jour-là, et deux jours si aucun témoin ne se présentait et que le mois d'Eloul était déclaré plein, de trente jours.] Rabbi Yehouda dit : au sujet de Roch ha-Chana, si l'on craignait que [le mois d'Eloul] ne soit prolongé (chema tit'aber), et que l'on voulait se rendre dans deux directions différentes les deux jours qui pourraient être Roch ha-Chana, on peut établir deux eirouvin et dire : « mon eirouv le premier jour sera vers l'est, et le second jour vers l'ouest » ; ou bien : « le premier jour vers l'ouest, et le second jour vers l'est ». [De même, on peut dire :] « mon eirouv [vaudra] le premier jour, mais le second jour je serai comme les autres habitants de ma ville (ki-vené iri) » ; ou bien : « mon eirouv [vaudra] le second jour, mais le premier jour je serai comme les autres habitants de ma ville ». Mais les Sages ne lui ont pas donné raison [estimant que les deux jours de Roch ha-Chana ne peuvent être ainsi scindés].
מַתְנִי׳ רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁהָיָה יָרֵא שֶׁמָּא תִּתְעַבֵּר, מְעָרֵב אָדָם שְׁנֵי עֵירוּבִין, וְאוֹמֵר: עֵירוּבִי בָּרִאשׁוֹן לַמִּזְרָח, וּבַשֵּׁנִי לַמַּעֲרָב. בָּרִאשׁוֹן לַמַּעֲרָב, וּבַשֵּׁנִי לַמִּזְרָח. עֵירוּבִי בָּרִאשׁוֹן, וּבַשֵּׁנִי כִּבְנֵי עִירִי. עֵירוּבִי בַּשֵּׁנִי, וּבְרִאשׁוֹן כִּבְנֵי עִירִי. וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים.(משנה)
Et Rabbi Yehouda a dit en outre, au sujet des deux jours de Roch ha-Chana que l'on observe parce qu'on ne sait pas lequel est le vrai jour de la fête : un homme peut poser une condition (matneh) sur un panier (kalkala) de produits tevel le premier jour de la fête, et dire ainsi : [« si aujourd'hui est la fête et demain un jour ordinaire, je prélèverai la térouma et les dîmes demain, et je n'ai rien accompli aujourd'hui ; si aujourd'hui est un jour ordinaire, je prélève dès à présent la térouma et les dîmes voulues ».] Il peut alors le manger le second jour de la fête, puisque l'un de ses deux actes de prélèvement a certainement été accompli un jour ordinaire.
וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַתְנֶה אָדָם עַל הַכַּלְכַּלָּה בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן, וְאוֹכְלָהּ בַּשֵּׁנִי.
Et de même, un œuf pondu le premier jour de la fête peut être mangé le second jour, puisque l'un des deux jours est certainement un jour ordinaire. Mais les Sages ne lui ont pas donné raison, même au sujet de ces deux jours [de Roch ha-Chana].
וְכֵן בֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה בָּרִאשׁוֹן, תֵּאָכֵל בַּשֵּׁנִי. וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים.
Rabbi Dossa ben Harkinas dit : celui qui passe devant l'arche (ha-over lifné ha-téva) [à la synagogue, pour conduire la prière de l'assemblée] le premier jour de la fête de Roch ha-Chana dit : « Affermis-nous (ha'hlitsénou), Éternel notre Dieu, en ce jour de Roch 'Hodech, que ce soit aujourd'hui ou demain ». Et de même, le lendemain il dit : « …que [Roch ha-Chana] soit aujourd'hui ou hier ». Mais les Sages ne lui ont pas donné raison [estimant qu'on ne doit pas formuler sa prière de cette manière conditionnelle].
רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הַרְכִּינָס אוֹמֵר: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בְּיוֹם טוֹב שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה, אוֹמֵר: ״הַחְלִיצֵנוּ ה׳ אֱלֹהֵינוּ אֶת יוֹם רֹאשׁ הַחֹדֶשׁ הַזֶּה, אִם הַיּוֹם אִם לְמָחָר״. וּלְמָחָר הוּא אוֹמֵר: ״אִם הַיּוֹם אִם אֶמֶשׁ״. וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים.
Guémara
GUEMARA : Qui sont [les Sages qui] « ne lui ont pas donné raison » ? Rav a dit : c'est [l'opinion de] Rabbi Yossi, car il a été enseigné [dans la Tossefta] : les Sages concèdent à Rabbi Eliézer, au sujet de Roch ha-Chana, que si l'on craignait que [le mois d'Eloul] ne soit prolongé, on peut établir deux eirouvin et dire : « mon eirouv le premier jour sera vers l'est, et le second jour vers l'ouest » ; ou : « le premier jour vers l'ouest, et le second jour vers l'est » ; ou : « mon eirouv [vaudra] le premier jour, mais le second jour je serai comme les autres habitants de ma ville » ; ou : « mon eirouv [vaudra] le second jour, mais le premier jour je serai comme les autres habitants de ma ville ». Mais Rabbi Yossi l'interdit.
גְּמָ׳ מַאן ״לֹא הוֹדוּ לוֹ״? אָמַר רַב: רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דְּתַנְיָא: מוֹדִים חֲכָמִים לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁהָיָה יָרֵא שֶׁמָּא תִּתְעַבֵּר, מְעָרֵב אָדָם שְׁנֵי עֵירוּבִין, וְאוֹמֵר: עֵירוּבִי בָּרִאשׁוֹן לַמִּזְרָח, וּבַשֵּׁנִי לַמַּעֲרָב. בָּרִאשׁוֹן לַמַּעֲרָב, וּבַשֵּׁנִי לַמִּזְרָח. עֵירוּבִי בָּרִאשׁוֹן, וּבַשֵּׁנִי כִּבְנֵי עִירִי. עֵירוּבִי בַּשֵּׁנִי, וּבָרִאשׁוֹן כִּבְנֵי עִירִי. רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר.
Eruvin 39a
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עירובין ל״ט אמַסֶּכֶת עֵירוּבִין