Guémara
Cette occurrence-là du terme « Temple » (mikdach) n'est pas écrite à propos du Tabernacle (Michkan) ; elle est plutôt écrite à propos de l'Arche et des autres objets sacrés du Tabernacle, car les fils de Kehat ne portaient que les ustensiles sacrés et non le Tabernacle lui-même. Plutôt, [la dimension de l'entrée] se déduit d'ici : « Et ils me feront un Temple, et je résiderai au milieu d'eux » (Chemot 25, 8), où la référence est bien au Tabernacle.
הָהוּא בְּאָרוֹן כְּתִיב. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם״.
La Guemara demande : Tant selon l'opinion des Sages (Rabanan) que selon l'opinion de Rabbi Yehouda, qu'ils déduisent donc la largeur maximale d'une entrée de l'entrée de la porte du parvis (chaar he'hatser) du Tabernacle ! Comme il est écrit : « La longueur du parvis sera de cent coudées, et la largeur de cinquante partout, et la hauteur de cinq coudées » (Chemot 27, 18). Et il est écrit : « Les tentures pour l'un des côtés [de la porte seront] de quinze coudées ; leurs colonnes trois et leurs socles trois » (Chemot 27, 14). Et il est écrit : « Et pour le deuxième côté [de la porte du parvis], de part et d'autre de la porte du parvis, des tentures de quinze coudées ; leurs colonnes trois et leurs socles trois » (Chemot 38, 15). Si les tentures des deux côtés de la porte couvraient trente [coudées] sur la largeur totale de cinquante coudées du parvis, il apparaît que la porte du parvis avait vingt coudées de large et cinq coudées de haut. Dès lors, de même que là-bas, à propos du Tabernacle, une entrée de cinq coudées de haut sur vingt coudées de large est considérée comme une entrée [valide], de même ici, à propos des lois du eirouv, une entrée de cinq coudées de haut sur vingt coudées de large devrait être considérée comme une entrée [valide] !
בֵּין לְרַבָּנַן וּבֵין לְרַבִּי יְהוּדָה לֵילְפוּ מִפֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר, דִּכְתִיב: ״אוֹרֶךְ הֶחָצֵר מֵאָה בָאַמָּה וְרֹחַב חֲמִשִּׁים בַּחֲמִשִּׁים וְקוֹמָה חָמֵשׁ אַמּוֹת״, וּכְתִיב: ״וַחֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה קְלָעִים לַכָּתֵף״, וּכְתִיב: ״וְלַכָּתֵף הַשֵּׁנִית מִזֶּה וּמִזֶּה לְשַׁעַר הֶחָצֵר קְלָעִים חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה״, מָה לְּהַלָּן חָמֵשׁ בְּרוֹחַב עֶשְׂרִים, אַף כָּאן חָמֵשׁ בְּרוֹחַב עֶשְׂרִים!
La Guemara rejette cette assertion : Il n'y a pas de preuve à tirer de là, car cette entrée est appelée « l'entrée de la porte du parvis » (peta'h chaar he'hatser), mais elle n'est pas appelée « entrée » (peta'h) sans qualificatif. Par conséquent, les dimensions d'une entrée mentionnée sans précision ne peuvent pas se déduire de cette entrée-là.
״פֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר״ אִיקְּרִי, פֶּתַח סְתָמָא — לָא אִיקְּרִי.
La Guemara propose une réponse alternative : Et si tu veux, dis plutôt que lorsqu'il est écrit « des tentures de quinze coudées pour l'un des côtés [de la porte] », cela se rapporte à la hauteur des tentures. Quant à la largeur des tentures, elle n'est nullement précisée dans la Torah, et c'est pourquoi la largeur de l'entrée de la porte du parvis demeure inconnue.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, כִּי כְתִיב: ״קְלָעִים חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה לַכָּתֵף״ — בְּגוּבְהָה הוּא דִּכְתִיב.
La Guemara soulève une objection : Se pourrait-il que la hauteur des tentures fût de quinze coudées ?! N'est-il pas écrit explicitement dans le verset « et la hauteur de cinq coudées » (Chemot 27, 18) ?! La Guemara répond : Le verset énonce que la hauteur des tentures était de cinq coudées mesurées à partir du sommet de l'autel (mizbéa'h) et au-dessus. L'autel lui-même mesurait dix coudées de haut, tandis que les tentures du parvis s'élevaient à quinze coudées de haut, soit cinq coudées plus haut que l'autel.
גּוּבְהָה?! וְהָא כְּתִיב: ״וְקוֹמָה חָמֵשׁ אַמּוֹת״! הָהוּא מִשְּׂפַת מִזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה.
La Guemara demande : Et Rabbi Yehouda déduit-il réellement [sa position] de l'entrée du vestibule (oulam) [du Temple] ? Mais n'avons-nous pas appris dans la Michna que si [l'entrée d']une ruelle (mavoï) est plus large que dix coudées, on doit en réduire la largeur ? Et Rabbi Yehouda ne conteste pas cette décision ! Or, l'entrée du vestibule n'était-elle pas plus large que dix coudées ?
וְרַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר? וְהָא תְּנַן: וְהָרָחָב מֵעֶשֶׂר אַמּוֹת יְמַעֵט, וְלָא פְּלִיג רַבִּי יְהוּדָה!
Abayé dit : En réalité, Rabbi Yehouda est en désaccord avec l'opinion anonyme du premier tana dans une baraïta. Comme il a été enseigné dans une baraïta : Si [l'entrée d']une ruelle est plus large que dix coudées, il doit en réduire la largeur ; Rabbi Yehouda est en désaccord et dit : Il n'a pas besoin de la réduire.
אָמַר אַבָּיֵי: פְּלִיג בְּבָרַיְיתָא, דְּתַנְיָא: וְהָרָחָב מֵעֶשֶׂר אַמּוֹת יְמַעֵט, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ לְמַעֵט.
La Guemara demande encore : S'il en est ainsi, qu'il soit donc en désaccord [explicitement] dans la Michna ! Pourquoi le désaccord de Rabbi Yehouda n'est-il cité que dans la baraïta, et non dans la Michna ? La Guemara répond : Rabbi Yehouda est en désaccord dans la Michna à propos de la hauteur d'une entrée, mais il en va de même pour sa largeur. Sa formule « il n'a pas besoin de la réduire » se rapporte aussi bien à la hauteur de l'entrée qu'à sa largeur.
וְלִיפְלוֹג בְּמַתְנִיתִין? פְּלִיג בְּגוּבְהָה, וְהוּא הַדִּין לְרֻחְבָּה.
La Guemara pose une question : Et encore, est-il possible que Rabbi Yehouda ait déduit sa position de l'entrée du vestibule (oulam) ? N'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta : À propos d'une poutre transversale (kora) enjambant l'entrée d'une ruelle, qui est plus haute que vingt coudées, on doit en abaisser la hauteur ; et Rabbi Yehouda la déclare valide jusqu'à quarante et cinquante coudées. Et dans une autre baraïta, bar Kappara enseigna l'opinion de Rabbi Yehouda : Elle est valide jusqu'à cent coudées.
וְאַכַּתִּי, רַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר? וְהָתַנְיָא: מָבוֹי שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה יְמַעֵט, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר עַד אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים אַמָּה. וְתָנֵי בַּר קַפָּרָא: עַד מֵאָה.
La Guemara précise sa question : Soit (bichlama), selon bar Kappara, l'expression « jusqu'à cent » peut se comprendre comme une exagération (gouzma), et non comme un nombre exact. Tout ce que Rabbi Yehouda voulait dire, c'est qu'il est permis de porter dans la ruelle même si la poutre transversale est nettement plus haute que vingt coudées. Mais selon l'opinion de Rav Yehouda au nom de Rav, quelle exagération y aurait-il ? Il entendait assurément précisément ce qu'il a dit. Soit, pour ce qui est de quarante coudées, Rabbi Yehouda l'a déduit de l'entrée du vestibule. Mais pour ce qui est de cinquante coudées, d'où le déduit-il ? Il apparaît donc que Rabbi Yehouda n'a pas déduit les dimensions d'une entrée de l'entrée du vestibule ; il les a déduites d'une autre source.
בִּשְׁלָמָא לְבַר קַפָּרָא גּוּזְמָא. אֶלָּא לְרַב יְהוּדָה מַאי גּוּזְמָא? בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יְהוּדָה אַרְבָּעִים — גָּמַר מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם, אֶלָּא חֲמִשִּׁים מְנָא לֵיהּ?
Rav 'Hisda dit : C'est cette baraïta-là qui a induit Rav en erreur et l'a amené à expliquer que Rabbi Yehouda déduisait les mesures d'une entrée de l'entrée du vestibule (oulam). Comme il a été enseigné dans une baraïta : À propos d'une poutre transversale enjambant l'entrée d'une ruelle, qui est plus haute que vingt coudées, plus haute que l'entrée du Sanctuaire (Hékhal), on doit en abaisser la hauteur. Rav a soutenu : Du fait que les Sages (Rabanan) déduisent les dimensions d'une entrée de l'entrée du Sanctuaire, Rabbi Yehouda devait déduire ces dimensions de l'entrée du vestibule. Mais il n'en est pas ainsi. Rabbi Yehouda déduit plutôt les dimensions d'une entrée de l'entrée des rois (pit'ha demalkin), dont l'usage habituel était d'ériger leurs portes d'une hauteur et d'une largeur considérables.
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָא מַתְנִיתָא אַטְעִיתֵיהּ לְרַב, דְּתַנְיָא: מָבוֹי שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה, יוֹתֵר מִפִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל — יְמַעֵט. הוּא סָבַר: מִדְּרַבָּנַן מִפִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכַל גָּמְרִי, רַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר. וְלָא הִיא, רַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחָא דְמַלְכִין גָּמַר.
La Guemara demande : Et les Sages, s'ils ont déduit leur opinion de l'entrée du Sanctuaire (Hékhal), qu'ils exigent donc des portes (delatot) pour rendre une ruelle apte au transport en son sein, de même qu'il y avait des portes au Sanctuaire ! Pourquoi alors avons-nous appris dans la MISHNA : À propos de la manière de rendre une ruelle apte au transport en son sein, Beit Chammaï disent : Il faut à la fois un montant latéral (le'hi), placé contre l'un des côtés de l'entrée de la ruelle, et une poutre transversale (kora) au-dessus de l'entrée de la ruelle. Et Beit Hillel disent : Un montant latéral ou bien une poutre transversale suffit. Or, même selon l'opinion plus rigoureuse de Beit Chammaï, des portes ne sont pas exigées.
וְרַבָּנַן, אִי מִפִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל גְּמִירִי — לִיבְעוֹ דְּלָתוֹת כְּהֵיכָל, אַלְּמָה תְּנַן: הֶכְשֵׁר מָבוֹי, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֶחִי וְקוֹרָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֶחִי אוֹ קוֹרָה!