Guémara
L'enseignement de Rabbi Yits'haq — selon lequel de l'eau et du sel mélangés ensemble peuvent être achetés avec l'argent du deuxième tithe (maasser cheni) — n'était nécessaire que dans un cas où l'on y a ajouté de l'huile. Mais un mélange d'eau et de sel seuls ne peut pas être acquis avec l'argent du maasser cheni.
לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא שֶׁנָּתַן לְתוֹכָן שֶׁמֶן.
Abayé lui dit, à Rav Yossef : s'il en est ainsi, qu'il déduise que le mélange peut être acheté avec l'argent du maasser cheni à cause de la seule huile [pourquoi mentionner l'eau et le sel] ! La Guemara réfute cet argument : non, l'enseignement était nécessaire pour un cas où l'on a payé la valeur de l'eau et du sel en l'incluant dans le paiement de l'huile (be-havlaa). Bien qu'en apparence l'argent versé l'ait été pour l'huile, il a majoré le prix de l'huile afin d'y inclure le paiement de l'eau et du sel qui y étaient mélangés.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שֶׁמֶן! לֹא צְרִיכָא, שֶׁנָּתַן דְּמֵי מַיִם וּמֶלַח בְּהַבְלָעָה.
La Guemara demande : mais lorsqu'une chose ne peut pas être achetée avec l'argent du maasser cheni, est-il permis de l'acquérir en l'incluant (be-havlaa) dans le paiement d'une chose qui, elle, peut être achetée avec cet argent ? La Guemara répond : oui, et c'est ainsi qu'il a été enseigné dans la baraïta suivante. Ben Bag Bag dit, en exposant le verset : « Et tu donneras cet argent pour tout ce que ton âme désire, pour le gros bétail (baqar), pour le petit bétail (tson), pour le vin (yayin), pour les boissons fortes (chékhar), et pour tout ce que ton âme te demande » (Devarim 14, 26). « Pour le gros bétail » enseigne que l'on peut acheter un bœuf en incluant dans son prix le paiement de sa peau ; bien que la peau ne se mange pas, elle peut être achetée en même temps que le bœuf et n'acquiert pas la sainteté du maasser cheni. « Pour le petit bétail » enseigne que l'on peut acheter une brebis en incluant dans son prix le paiement de sa toison (giza), qui sert à d'autres usages que la consommation. « Pour le vin » enseigne que l'on peut acheter du vin en incluant dans son prix le paiement de sa cruche (qanqan). « Pour les boissons fortes » enseigne que l'on est autorisé à acheter non seulement du vin proprement dit, mais même du temed — de l'eau dans laquelle des pépins de raisin ont macéré — une fois qu'il a fermenté et acquis la saveur du vin.
וּבְהַבְלָעָה מִי שְׁרֵי? אִין — וְהָתַנְיָא, בֶּן בַּג בַּג אוֹמֵר: ״בַּבָּקָר״ — מְלַמֵּד שֶׁלּוֹקְחִין בָּקָר עַל גַּב עוֹרוֹ. ״וּבַצֹּאן״ — מְלַמֵּד שֶׁלּוֹקְחִין צֹאן עַל גַּב גִּיזָּתָהּ. ״וּבַיַּיִן״ — מְלַמֵּד שֶׁלּוֹקְחִין יַיִן עַל גַּב קַנְקַנּוֹ. ״וּבַשֵּׁכָר״ — מְלַמֵּד שֶׁלּוֹקְחִין תֶּמֶד מִשֶּׁהֶחְמִיץ.
Ayant cité l'exposition du verset par Ben Bag Bag, la Guemara poursuit : Rabbi Yo'hanan dit : quiconque m'interprétera les mots « pour le gros bétail (baqar) » selon l'opinion de Ben Bag Bag, je porterai ses vêtements derrière lui jusqu'à la maison de bains — c'est-à-dire que je l'honorerai au point d'être prêt à le traiter comme un serviteur traite son maître.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאן דִּמְתַרְגֵּם לִי ״בַּבָּקָר״ אַלִּיבָּא דְּבֶן בַּג בַּג, מוֹבֵילְנָא מָאנֵיהּ אַבָּתְרֵיהּ לְבֵי מַסּוּתָא.
Quelle est la raison de la difficulté de Rabbi Yo'hanan ? Tous les termes du verset cité ci-dessus sont nécessaires, sauf l'expression « pour le gros bétail (baqar) », qui n'est pas nécessaire. La Guemara précise : à quoi servent tous les autres mots ? Car si la Torah n'avait écrit que « pour le gros bétail », j'aurais pu dire que c'est seulement un bœuf qui peut être acheté avec sa peau au moyen de l'argent du maasser cheni, parce que la peau est une partie inséparable de son corps et n'est donc pas considérée comme une entité indépendante de sa chair. Mais quant à acheter une brebis avec sa toison, qui n'est pas une partie inséparable de son corps puisqu'on peut la tondre du vivant de l'animal, on aurait pu dire que non, l'argent du maasser cheni ne peut pas être dépensé de cette manière. Il était donc nécessaire de dire « pour le petit bétail (tson) ».
מַאי טַעְמָא? כּוּלְּהוּ צְרִיכִי לְבַר מִ״בַּבָּקָר״, דְּלָא צְרִיךְ. מַאי צְרִיכִי? דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּבָּקָר״, הֲוָה אָמֵינָא: בָּקָר הוּא דְּמִזְדַּבַּן עַל גַּב עוֹרוֹ, מִשּׁוּם דְּגוּפֵיהּ הוּא. אֲבָל צֹאן עַל גַּב גִּיזָּתָהּ, דְּלָאו גּוּפֵיהּ הוּא — אֵימָא לָא.
Et si la Torah avait également écrit « pour le petit bétail (tson) » avec sa toison, j'aurais pu dire : c'est seulement une brebis qui peut être achetée avec sa toison, parce que la toison lui est attachée et est donc considérée comme une partie de l'animal. Mais quant à acheter du vin avec sa cruche, on aurait pu dire que non, l'argent du maasser cheni ne peut pas être dépensé de cette façon. Il était donc nécessaire de dire « pour le vin (yayin) ».
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּצֹּאן״ עַל גַּב גִּיזָּתָהּ, הֲוָה אָמֵינָא: מִשּׁוּם דִּמְחוּבָּר בָּהּ. אֲבָל יַיִן עַל גַּב קַנְקַנּוֹ — אֵימָא לָא.
Et si la Torah avait également écrit « pour le vin (yayin) », indiquant que l'on peut même acheter du vin avec sa cruche au moyen de l'argent du maasser cheni, j'aurais encore pu dire que c'est parce que la cruche est nécessaire à la conservation du vin, car il n'y a aucun moyen de transporter du vin sans une sorte de récipient. Mais quant au temed qui a fermenté, qui n'est qu'une simple acidité (qiyouha), on aurait pu dire que non, il ne devrait pas être compté parmi les articles achetables avec l'argent du maasser cheni. C'est pourquoi la Torah a écrit « pour les boissons fortes (chékhar) ».
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּיַּיִן״, הֲוָה אָמֵינָא: מִשּׁוּם דְּהַיְינוּ נְטִירוּתֵיהּ. אֲבָל תֶּמֶד מִשֶּׁהֶחְמִיץ דְּקִיּוּהָא בְּעָלְמָא הוּא, אֵימָא לָא. כְּתַב רַחֲמָנָא ״שֵׁכָר״.
La nécessité de chaque mot doit aussi être prouvée dans l'ordre inverse. Et si la Torah n'avait écrit que « pour les boissons fortes (chékhar) », j'aurais pu dire : qu'entend-on par « boissons fortes » ? Des figues sèches de la ville de Ke'ila, qui sont des figues de choix et juteuses pouvant avoir un effet enivrant ; elles sont donc considérées comme un produit (péra) et non comme un simple temed. Mais quant à acheter du vin avec sa cruche, on aurait pu dire que non, cela ne peut pas se faire avec l'argent du maasser cheni ; il était donc nécessaire de dire « pour le vin (yayin) ».
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּשֵּׁכָר״, הֲוָה אָמֵינָא: מַאי שֵׁכָר? דְּבֵילָה קְעִילִית, דְּפֵירָא הוּא. אֲבָל יַיִן עַל גַּב קַנְקַנּוֹ — אֵימָא לָא.
Et si la Torah n'avait écrit que « pour le vin (yayin) » avec sa cruche, [j'aurais pu dire :] c'est parce que la cruche est nécessaire à sa conservation. Mais quant à acheter une brebis avec sa toison, on aurait pu dire que non, cela ne peut pas se faire avec l'argent du maasser cheni. C'est pourquoi la Torah a écrit « pour le petit bétail (tson) », pour enseigner qu'une brebis peut être achetée avec l'argent du maasser cheni même avec sa toison.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא יַיִן עַל גַּב קַנְקַנּוֹ — דְּהַיְינוּ נְטִירוּתֵיהּ. אֲבָל צֹאן עַל גַּב גִּיזָּתָהּ — אֵימָא לָא. כְּתַב רַחֲמָנָא ״צֹאן״, דַּאֲפִילּוּ עַל גַּב גִּיזָּתָהּ.
Dès lors, pourquoi ai-je besoin des mots « pour le gros bétail (baqar) » ? Si l'on peut acheter une brebis avec sa toison au moyen de l'argent du maasser cheni, il devrait à plus forte raison être permis d'acheter un bœuf avec sa peau. Et si tu dis que, si la Torah n'avait pas écrit « pour le gros bétail », j'aurais pu dire qu'une brebis avec sa peau, oui, elle peut être achetée avec l'argent du maasser cheni, mais avec sa toison, non — c'est pourquoi la Torah a écrit « pour le gros bétail », pour inclure sa peau, de sorte que « pour le petit bétail (tson) » reste disponible pour être interprété comme incluant sa toison, à savoir qu'une brebis peut être achetée même avec sa toison. Les mots « pour le gros bétail » seraient ainsi nécessaires, car sans eux j'aurais compris « pour le petit bétail » autrement.
״בַּבָּקָר״ לְמָה לִי?! וְכִי תֵּימָא: אִי לָא כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּבָּקָר״, הֲוָה אָמֵינָא: צֹאן עַל גַּב עוֹרָהּ אִין, עַל גַּב גִּיזָּתָהּ לָא. כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּבָּקָר״ לְאֵתוֹיֵי עוֹרוֹ. אִיַּיתַּר לֵיהּ ״צֹאן״ לְאֵתוֹיֵי גִּיזָּתָהּ.
Cet argument peut cependant être réfuté : même si la Torah n'avait pas écrit « pour le gros bétail (baqar) », je n'aurais pas dit qu'une brebis avec sa peau, oui, elle peut être achetée avec l'argent du maasser cheni, mais avec sa toison, non. Car s'il en était ainsi [si l'on voulait n'enseigner que la peau], la Torah aurait dû écrire « pour le gros bétail » seul, auquel cas les mots « pour le petit bétail (tson) » seraient restés disponibles pour l'interprétation. En effet, « pour le petit bétail » peut s'expliquer de deux manières, aussi bien en référence à sa peau qu'à sa toison ; si la Torah avait voulu enseigner seulement qu'un animal peut être acheté avec sa peau mais non avec sa toison, elle aurait écrit « pour le gros bétail » seul, ce qui n'aurait laissé aucune place à l'erreur, puisque le gros bétail n'a pas de toison.
אִי לָא כְּתַב רַחֲמָנָא ״בָּקָר״, לָא הֲוָה אָמֵינָא צֹאן עַל גַּב עוֹרָהּ — אִין, עַל גַּב גִּיזָּתָהּ — לָא. דְּאִם כֵּן, לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״בָּקָר״, דְּמִמֵּילָא אִיַּיתַּר לֵיהּ ״צֹאן״.
Et puisque la Torah écrit « pour le petit bétail (tson) », enseignant qu'une brebis peut être achetée avec l'argent du maasser cheni même avec sa toison, pourquoi ai-je besoin des mots « pour le gros bétail (baqar) » ? Ces mots sont désormais entièrement superflus. Si une brebis peut être achetée avec sa toison, est-il besoin de dire qu'un bœuf peut être acheté avec sa peau ? C'est cela que Rabbi Yo'hanan a voulu dire lorsqu'il a déclaré : quiconque m'interprétera les mots « pour le gros bétail » selon l'opinion de Ben Bag Bag, je porterai ses vêtements derrière lui jusqu'à la maison de bains.
וְכֵיוָן דִּכְתַב רַחֲמָנָא ״צֹאן״, דַּאֲפִילּוּ עַל גַּב גִּיזָּתָהּ. ״בַּבָּקָר״ לְמָה לִי? הַשְׁתָּא צֹאן עַל גַּב גִּיזָּתָהּ מִיזְדַּבְּנָא, בָּקָר עַל גַּב עוֹרוֹ מִיבַּעְיָא? הַיְינוּ דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאן דִּמְתַרְגֵּם לִי ״בַּבָּקָר״ אַלִּיבָּא דְּבֶן בַּג בַּג, מוֹבֵילְנָא מָאנֵיהּ לְבֵי מַסּוּתָא.