…celui qui, pour la Torah, se lève tôt le matin [cha'har] et reste tard le soir [erev] à la maison d'étude (beit hamidrach). Rabba dit : il s'agit de celui qui, pour la Torah, noircit son visage comme un corbeau ['orev], c'est-à-dire celui qui jeûne et se prive pour l'étude de la Torah.
שֶׁמַּשְׁכִּים וּמַעֲרִיב עֲלֵיהֶן לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. רַבָּה אָמַר: בְּמִי שֶׁמַּשְׁחִיר פָּנָיו עֲלֵיהֶן כְּעוֹרֵב.
Rava dit : il s'agit de celui qui se rend cruel comme un corbeau envers ses fils et les autres membres de sa maisonnée, pour [pouvoir étudier] la Torah. Comme dans le cas de Rav Adda bar Mattana, qui s'apprêtait à partir à la maison d'étude pour apprendre la Torah ; sa femme lui dit : « Que dois-je faire pour tes enfants ? Comment les nourrirai-je en ton absence ? » Il lui répondit : « Les joncs [kourmei] du marais sont-ils déjà tous épuisés ? » — c'est-à-dire : s'il n'y a pas d'autre pain, qu'ils mangent une nourriture préparée à partir de joncs.
רָבָא אָמַר: בְּמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ אַכְזָרִי עַל בָּנָיו וְעַל בְּנֵי בֵּיתוֹ כְּעוֹרֵב. כִּי הָא דְּרַב אַדָּא בַּר מַתְנָא הֲוָה קָאָזֵיל לְבֵי רַב, אֲמַרָה לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ: יָנוֹקֵי דִידָךְ מַאי אֶעֱבֵיד לְהוּ? אֲמַר לַהּ: מִי שְׁלִימוּ קוּרָמֵי בְּאַגְמָא?
La Guemara explique à présent un autre verset de façon homilétique : « Et Il paie de retour ceux qui Le haïssent, en face, pour les faire périr ; Il ne tarde pas envers celui qui Le hait, Il le lui paie en face » (Devarim 7, 10). Rabbi Yehochoua ben Lévi dit : si ce verset n'était pas écrit [ainsi], il serait impossible de le prononcer, par déférence envers D.ieu, car on pourrait le comprendre, pour ainsi dire [kivyakhol], comme un homme qui porte un fardeau sur son visage et cherche à le rejeter de lui. En effet, formulé légèrement autrement, le verset aurait pu laisser entendre que D.ieu, pour ainsi dire, ne peut supporter [la situation] et doit châtier les méchants sur-le-champ.
״וּמְשַׁלֵּם לְשׂוֹנְאָיו אֶל פָּנָיו לְהַאֲבִידוֹ״, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אִילְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב, אִי אֶפְשָׁר לְאוֹמְרוֹ — כִּבְיָכוֹל כְּאָדָם שֶׁנּוֹשֵׂא מַשּׂוֹי עַל פָּנָיו, וּמְבַקֵּשׁ לְהַשְׁלִיכוֹ מִמֶּנּוּ.
À propos des mots « Il ne tarde pas envers celui qui Le hait » (Devarim 7, 10), Rabbi Ila dit : c'est envers celui qui Le hait qu'Il ne tarde pas [à amener le châtiment], mais Il tarde envers les justes parfaits [tsaddikim guemourim], car la récompense des justes n'arrive pas immédiatement, mais seulement dans le Monde à venir.
״לֹא יְאַחֵר לְשׂוֹנְאוֹ״, אָמַר רַבִּי אִילָא: לְשׂוֹנְאָיו הוּא דְּלֹא יְאַחֵר, אֲבָל יְאַחֵר לַצַּדִּיקִים גְּמוּרִים.
Et c'est là ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Lévi : que signifie ce qui est écrit « …que Je te commande aujourd'hui de les accomplir [laassotam] » (Devarim 7, 11) ? « Aujourd'hui pour les accomplir » — et non « demain pour les accomplir », car il n'y a ni obligation ni possibilité d'accomplir les mitsvot dans le Monde à venir. Et de plus : « aujourd'hui pour les accomplir » — mais c'est seulement demain, dans l'avenir ultime, qu'est le temps de recevoir leur récompense.
וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי דִּכְתִיב ״אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם לַעֲשׂוֹתָם״, ״הַיּוֹם לַעֲשׂוֹתָם״ — וְלֹא לְמָחָר לַעֲשׂוֹתָם, ״הַיּוֹם לַעֲשׂוֹתָם״ — לְמָחָר לְקַבֵּל שְׂכָרָם.
Dans le même esprit, Rabbi 'Haggaï dit, et certains disent que c'était Rabbi Chemouel bar Na'hmani : que signifie ce qui est écrit « erekh appayim » (« lent à la colère »), dans « L'Éternel passa devant lui et proclama : l'Éternel, l'Éternel, D.ieu clément et miséricordieux, lent à la colère [erekh appayim] et plein de bonté et de vérité » (Chemot 34, 6) ? Pourquoi dit-il « erekh appayim » au pluriel [appayim, deux narines / deux faces] ? Il aurait dû dire « erekh af » au singulier !
אָמַר רַבִּי חַגַּי, וְאִיתֵּימָא רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: מַאי דִּכְתִיב ״אֶרֶךְ אַפַּיִם״? ״אֶרֶךְ אַף״ מִבְּעֵי לֵיהּ!
[La réponse est que] D.ieu est patient [erekh appayim] de deux manières : Il est patient [erekh appayim] envers les justes, c'est-à-dire qu'Il diffère le paiement de leur récompense ; et Il est également patient [erekh appayim] envers les méchants, c'est-à-dire qu'Il ne les châtie pas immédiatement.
אֶלָּא אֶרֶךְ אַפַּיִם לְצַדִּיקִים, אֶרֶךְ אַפַּיִם לָרְשָׁעִים.
[La Michna a enseigné :] Rabbi Yehouda dit : on peut étendre [l'aire entourée par les planches] jusqu'à une aire de deux beit séa [soit cinq mille amot carrées], etc. Une question fut posée devant les Sages pour clarifier cet énoncé : a-t-il parlé de l'aire du puits [bor] avec celle qu'enserrent les planches dressées [passin] — de sorte que la surface totale enclose par les planches puisse s'étendre jusqu'à deux beit séa, sans les dépasser ? Ou bien a-t-il parlé de l'aire du puits sans celle qu'enserrent les planches — de sorte que le puits lui-même puisse s'étendre jusqu'à deux beit séa, auquel cas la surface totale enclose par les planches pourrait dépasser deux beit séa ?
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד בֵּית סָאתַיִם וְכוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: בּוֹר וּפַסִּין קָאָמַר, אוֹ דִילְמָא בּוֹר וְלֹא פַּסִּין קָאָמַר?
Le fondement de chaque branche de cette question est le suivant : l'homme fixe-t-il son attention sur son puits [se rappelant que la cloison n'est faite qu'à cause de lui], de sorte que, puisque l'aire du puits n'excède pas deux beit séa, nous ne décrétons pas [d'interdiction] de peur qu'il n'en vienne à porter aussi dans un karpef — un espace de remise clos, derrière la maison, qui n'a pas été entouré à l'origine en vue d'une habitation — même lorsque celui-ci dépasse deux beit séa ?
אָדָם נוֹתֵן עֵינָיו בְּבוֹרוֹ, וְלָא גָּזְרִינַן דִּילְמָא אָתֵי לְטַלְטוֹלֵי יוֹתֵר מִבֵּית סָאתַיִם בְּקַרְפֵּף;
Ou bien, peut-être, l'homme fixe-t-il son attention sur sa cloison [me'hitsa] — sans prêter attention au puits, mais seulement à l'aire enclose par la cloison ? Dans ce cas, nous décrétons bien [une interdiction], de peur qu'il n'en vienne à confondre ce cas avec celui d'un karpef plus grand que deux beit séa, et qu'il n'en vienne à y porter, en raison de la ressemblance entre les deux.
אוֹ דִילְמָא, אָדָם נוֹתֵן עֵינָיו בִּמְחִיצָתוֹ, וְגָזְרִינַן דִּילְמָא אָתֵי לְאִיחַלּוֹפֵי יוֹתֵר מִבֵּית סָאתַיִם בְּקַרְפֵּף.
Pour trancher cette question, la Guemara apporte une preuve. Viens et entends ce qui a été enseigné dans une baraïta : jusqu'à quelle proximité les planches peuvent-elles être [du puits] ? Elles peuvent être aussi proches que la longueur de la tête et de la plus grande partie du corps d'une vache. Et jusqu'à quelle distance peuvent-elles en être ? L'aire enclose peut être étendue même jusqu'à un beit kor, et même deux beit kor, à condition que l'on ajoute davantage de planches dressées ou qu'on en augmente la taille, afin de réduire l'espace entre elles. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à une aire de deux beit séa, il est permis d'enclore l'espace de cette manière ; au-delà de deux beit séa, c'est interdit.
תָּא שְׁמַע: כַּמָּה הֵן מְקוֹרָבִין — כְּדֵי רֹאשָׁהּ וְרוּבָּהּ שֶׁל פָּרָה, וְכַמָּה הֵן מְרוּחָקִין — אֲפִילּוּ כּוֹר אֲפִילּוּ כּוֹרַיִים. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בֵּית סָאתַיִם — מוּתָּר, יָתֵר מִבֵּית סָאתַיִם — אָסוּר.
Les autres Sages dirent à Rabbi Yehouda : ne reconnais-tu pas, à propos d'un enclos à bétail [dir], d'une étable [sahar], d'une arrière-cour [mouktsé] et d'une cour ['hatser], que même un [de ces espaces] de la taille de cinq beit kor, et même de dix beit kor, est permis à l'usage ?
אָמְרוּ לְרַבִּי יְהוּדָה: אִי אַתָּה מוֹדֶה בְּדִיר וְסַהַר מוּקְצֶה וְחָצֵר, אֲפִילּוּ בֵּית חֲמֵשֶׁת כּוֹרִים וּבֵית עֲשֶׂרֶת כּוֹרִים, שֶׁמּוּתָּר.