Guémara
GUEMARA : La Guemara interroge l'enonce de la michna concernant la largeur minimale de la poutre transversale [la qora qui rend une ruelle apte au transport]. Un téfa'h [une paume] ? Or il en faut un téfa'h et demi, car une petite brique (ari'ah) mesure un téfa'h et demi de large !
גְּמָ׳ טֶפַח, טֶפַח וּמֶחֱצָה בָּעֵי!
La Guemara repond : Puisque la poutre est assez large pour recevoir et porter un téfa'h, on peut fixer le demi-téfa'h restant avec du mortier (tina), un petit peu de ce côté-ci et un petit peu de ce côté-là, et la brique tiendra en place.
כֵּיוָן דְּרָחָב לְקַבֵּל טֶפַח, אִידַּךְ חֲצִי טֶפַח מְלַבֵּין לֵיהּ בְּטִינָא מַשֶּׁהוּ מֵהַאי גִּיסָא וּמַשֶּׁהוּ מֵהַאי גִּיסָא, וְקָיְימָא.
Rabba bar Rav Houna dit : La poutre transversale dont ont parle les Sages doit être assez solide (béri'a) pour recevoir et porter une petite brique ; en revanche, les supports de la poutre n'ont pas besoin d'être assez solides pour recevoir et porter une poutre et une petite brique. Des critères ont été fixés pour la poutre elle-même, qui rend la ruelle apte à ce qu'on y porte ; aucun critère n'a été fixé pour ses supports. Rav 'Hisda objecte et dit : Aussi bien ceci, la poutre, que cela, ses supports, doivent être assez solides pour porter une poutre et une petite brique.
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: קוֹרָה שֶׁאָמְרוּ — צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא בְּרִיאָה כְּדֵי לְקַבֵּל אָרִיחַ, וּמַעֲמִידֵי קוֹרָה — אֵינָן צְרִיכִין שֶׁיִּהְיוּ בְּרִיאִין כְּדֵי לְקַבֵּל קוֹרָה וְאָרִיחַ. וְרַב חִסְדָּא אָמַר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה צְרִיכִין שֶׁיִּהְיוּ בְּרִיאִין כְּדֵי לְקַבֵּל קוֹרָה וְאָרִיחַ.
Rav Chéchet dit : Si l'on a posé une poutre transversale au-dessus de l'entrée d'une ruelle (mavoï), qu'on a tendu par-dessus une natte (ma'htsélet) et qu'on a relevé l'extrémité inférieure de la natte à trois téfa'him du sol, il n'y a ici ni poutre, ni cloison (mé'hitsa) [qui rendrait la ruelle apte au transport]. Il n'y a pas de poutre ici, car elle est recouverte [par la natte] et donc imperceptible. Et il n'y a pas de cloison ici, car c'est une cloison qui se trouve à plus de trois téfa'him du sol, à travers laquelle les chevreaux peuvent passer (botqim), et qui n'a donc pas le statut légal de cloison.
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הִנִּיחַ קוֹרָה עַל גַּבֵּי מָבוֹי, וּפָרַס עָלֶיהָ מַחְצֶלֶת וְהִגְבִּיהַּ מִן הַקַּרְקַע שְׁלֹשָׁה — קוֹרָה אֵין כָּאן מְחִיצָה אֵין כָּאן. קוֹרָה אֵין כָּאן — דְּהָא מִיכַּסְּיָא. מְחִיצָה אֵין כָּאן — דְּהָוְיָא לַהּ מְחִיצָה שֶׁהַגְּדָיִים בּוֹקְעִין בָּהּ.
Nos maîtres ont enseigné dans la Tossefta : Si une poutre transversale fait saillie de l'une des parois de la ruelle mais ne touche pas la paroi opposée, et de même s'il y a deux poutres, l'une faisant saillie de cette paroi-ci et l'autre faisant saillie de la paroi opposée, sans qu'elles se touchent l'une l'autre — s'il y a un écart de moins de trois téfa'him entre la poutre et la paroi, ou entre les deux poutres respectivement, on n'a pas besoin d'apporter une autre poutre [pour rendre la ruelle apte au transport], car elles sont considérées comme jointes en vertu du principe de lavoud. En revanche, s'il y a un écart de trois téfa'him, on doit apporter une autre poutre.
תָּנוּ רַבָּנַן: קוֹרָה הַיּוֹצְאָה מִכּוֹתֶל זֶה וְאֵינָהּ נוֹגַעַת בְּכוֹתֶל זֶה, וְכֵן שְׁתֵּי קוֹרוֹת אַחַת יוֹצְאָה מִכּוֹתֶל זֶה וְאַחַת יוֹצְאָה מִכּוֹתֶל זֶה וְאֵינָן נוֹגְעוֹת זוֹ בָּזוֹ, פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה — אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת. שְׁלֹשָׁה — צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : Si l'écart est de moins de quatre [téfa'him], on n'a pas besoin d'apporter une autre poutre. En revanche, s'il est de quatre téfa'him, on doit apporter une autre poutre — car, selon lui, le principe de lavoud s'applique à un écart allant jusqu'à quatre téfa'him de large.
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: פָּחוֹת מֵאַרְבַּע — אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת, אַרְבַּע — צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת.
Et de même, si l'on place côte à côte deux poutres transversales appariées (mat'imot), extrêmement étroites — bien qu'il n'y ait dans cette poutre-ci pas assez de largeur pour recevoir une petite brique, ni dans cette poutre-là assez de largeur pour la recevoir — si les deux poutres ensemble peuvent recevoir une petite brique sur la largeur d'un téfa'h, on n'a pas besoin d'apporter une autre poutre [pour rendre la ruelle apte au transport] ; mais sinon, on est tenu d'apporter une autre poutre.
וְכֵן שְׁתֵּי קוֹרוֹת הַמַּתְאִימוֹת, לֹא בְּזוֹ כְּדֵי לְקַבֵּל אָרִיחַ וְלֹא בָּזוֹ כְּדֵי לְקַבֵּל אָרִיחַ, אִם מְקַבְּלוֹת אָרִיחַ לְרׇחְבּוֹ טֶפַח — אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת, וְאִם לָאו — צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : Si les deux poutres peuvent recevoir une petite brique dans sa longueur, qui est de trois téfa'him, on n'a pas besoin d'apporter une autre poutre ; mais sinon, on doit apporter une autre poutre.
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אִם מְקַבֶּלֶת אָרִיחַ לְאׇרְכּוֹ שְׁלֹשָׁה — אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת, וְאִם לָאו — צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת.
Si ces deux poutres étroites étaient placées l'une plus haut et l'autre plus bas, Rabbi Yossi, fils de Rabbi Yehouda, dit : On considère celle du haut comme si elle était en bas, et celle du bas comme si elle était en haut, c'est-à-dire rapprochées l'une de l'autre. Si les deux ensemble sont aptes à porter une petite brique, elles rendent la ruelle apte à ce qu'on y porte, bien qu'elles ne soient pas réellement proches l'une de l'autre — à condition toutefois que la poutre supérieure ne soit pas au-dessus de vingt amot et que l'inférieure ne soit pas en dessous de dix téfa'him, [hauteurs] entre lesquelles une poutre rend une ruelle apte au transport.
הָיוּ אַחַת לְמַעְלָה וְאַחַת לְמַטָּה, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רוֹאִין אֶת הָעֶלְיוֹנָה כְּאִילּוּ הִיא לְמַטָּה, וְאֶת הַתַּחְתּוֹנָה כְּאִילּוּ הִיא לְמַעְלָה, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא תְּהֵא עֶלְיוֹנָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וְתַחְתּוֹנָה לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה.
Abayé dit : Rabbi Yossi, fils de Rabbi Yehouda, s'accorde avec l'opinion de son père sur un point, et diverge de lui sur un autre point. Il s'accorde avec l'opinion de son père sur un point, en ce qu'il tient le principe : « On considère » [roïn]. De même que Rabbi Yehouda a énoncé dans la michna que la poutre est considérée comme si elle était solide alors qu'elle ne l'est pas, son fils Rabbi Yossi tient qu'on considère deux poutres placées à distance comme si elles étaient adjacentes.
אָמַר אַבָּיֵי: רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר לַהּ כַּאֲבוּהּ בַּחֲדָא, וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא. סָבַר לַהּ כַּאֲבוּהּ בַּחֲדָא — דְּאִית לֵיהּ רוֹאִין.
Et Rabbi Yossi diverge de l'opinion de son père sur un point. En effet, tandis que Rabbi Yehouda tient qu'une poutre rend la ruelle apte au transport même si elle est plus haut que vingt amot, Rabbi Yossi, fils de Rabbi Yehouda, tient : en deçà de vingt amot, oui, elle rend la ruelle apte à ce qu'on y porte ; au-dessus de vingt, non.
וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא — דְּאִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים, וְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: בְּתוֹךְ עֶשְׂרִים אִין, לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים לָא.
Il a été énoncé dans la michna que Rabbi Yehouda dit : Il suffit que la poutre soit assez large pour porter une petite brique, même si elle n'est pas assez solide pour la soutenir réellement. Rav Yehouda enseignait cette clause de la michna à 'Hiyya bar Rav en présence de Rav : « assez large pour porter une petite brique, même si elle n'est pas assez solide ». Rav lui dit : Enseigne-la-lui plutôt ainsi : « assez large et assez solide pour porter une petite brique ».
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רְחָבָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵינָהּ בְּרִיאָה. מַתְנֵי לֵיהּ רַב יְהוּדָה לְחִיָּיא בַּר רַב קַמֵּיהּ דְּרַב: רְחָבָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵינָהּ בְּרִיאָה. אֲמַר לֵיהּ: אַתְנְיֵיהּ, רְחָבָה וּבְרִיאָה.