Si le tissu mesurait trois doigts (etsbaot) sur trois doigts, il fait interposition (interruption, 'hatsitsa) ; mais s'il mesurait moins de trois doigts sur trois doigts, il ne fait pas interposition. Et c'est là le même enseignement que celui que Rava a dit au nom de Rav 'Hisda.
שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ — חוֹצְצוֹת, פָּחוֹת מִשָּׁלֹשׁ — אֵין חוֹצְצוֹת, וְהַיְינוּ דְּרָבָא אָמַר רַב חִסְדָּא.
La Guemara suggère : disons que cela contredit l'opinion de Rav Yehouda, fils de Rabbi 'Hiyya, qui interdit une ceinture (tsiltsoul) même de moins de trois doigts sur trois doigts. La Guemara rejette cette objection : ce n'est pas nécessairement le cas, car une petite ceinture est différente, puisqu'elle est significative (importante). Elle est de ce fait comparable à un vêtement, même si elle mesure moins de trois doigts sur trois doigts.
לֵימָא פְּלִיגָא דְּרַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא? שָׁאנֵי צִלְצוֹל קָטָן דַּחֲשִׁיב.
La Guemara soulève une question : et selon l'opinion de Rabbi Yo'hanan : plutôt que de nous enseigner la halakha relative à un jonc (gemi), que la michna nous enseigne qu'un kohen peut envelopper son doigt blessé avec une petite ceinture (tsiltsoul), car cela ne constitue pas une interposition.
וּלְרַבִּי יוֹחָנָן: אַדְּאַשְׁמְעִינַן גֶּמִי לַישְׁמְעִינַן צִלְצוֹל קָטָן!
La Guemara explique : le tanna nous enseigne au passage une autre chose, à savoir qu'un jonc (gemi) guérit. Cependant, en ce qui concerne un kohen occupé au service, il n'y a pas non plus à craindre cette interdiction-ci, car c'est elle aussi un décret rabbinique qui n'a pas cours dans le Temple.
מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן, דְּגֶמִי מַסֵּי.
Mishna 1
MICHNA : On peut répandre du sel le Chabbat sur la rampe (kévech) qui mène à l'autel, afin que les kohanim ne glissent pas en montant. Et de même, on peut puiser de l'eau du Puits des Exilés (Bor haGola) et du Grand Puits (Bor haGadol), qui étaient situés dans le Temple, au moyen de la roue (galgal) conçue pour puiser l'eau, même le Chabbat. Et l'on ne peut puiser de l'eau du Puits Hèker (Beér haKar) qu'un jour de fête (Yom Tov).
מַתְנִי׳ בּוֹזְקִין מֶלַח עַל גַּבֵּי כֶּבֶשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יַחְלִיקוּ, וּמְמַלְּאִין מִבּוֹר הַגּוֹלָה וּמִבּוֹר הַגָּדוֹל בַּגַּלְגַּל בַּשַּׁבָּת, וּמִבְּאֵר הַקַּר בְּיוֹם טוֹב.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Rav Ika de Pachronya souleva une contradiction devant Rava : nous avons appris dans la michna : on peut répandre du sel le Chabbat sur la rampe qui mène à l'autel, afin que les kohanim ne glissent pas — d'où l'on peut déduire : dans le Temple, oui, il est permis de le faire, mais hors du Temple, dans le reste du pays, non, il est interdit de répandre du sel sur une rampe. Et il souleva sa contradiction d'une baraïta : à propos d'une cour qui a été endommagée le Chabbat par les eaux de pluie, au point qu'il devint difficile de la traverser, on peut apporter de la paille et l'y étaler pour absorber l'eau. Apparemment, une action de ce genre est permise même hors du Temple.
גְּמָ׳ רָמֵי לֵיהּ רַב אִיקָא מִפַּשְׁרוּנְיָא לְרָבָא, תְּנַן: בּוֹזְקִין מֶלַח עַל גַּבֵּי הַכֶּבֶשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יַחֲלִיקוּ. בַּמִּקְדָּשׁ — אִין, בַּמְּדִינָה — לָא. וּרְמִינְהִי: חָצֵר שֶׁנִּתְקַלְקְלָה בְּמֵימֵי גְשָׁמִים — מֵבִיא תֶּבֶן וּמְרַדֶּה בָּהּ!
La Guemara répond : la paille est différente, car on ne l'annule pas (on ne la rend pas inhérente au sol) ; au contraire, on a l'intention de la retirer une fois l'eau absorbée. Il est de ce fait permis de répandre la paille dans la cour, tout comme il est permis de la déposer en tout autre endroit. En revanche, il est interdit de répandre des objets que l'on a l'intention de laisser en place, tels que le sel, car cela apparaît comme s'il ajoutait au sol et bâtissait.
שָׁאנֵי תֶּבֶן, דְּלָא מְבַטֵּיל לֵיהּ.
Rav A'ha, fils de Rava, dit à Rav Achi : ce sel, de quel cas s'agit-il ? S'il l'annule par rapport à la rampe de sorte qu'il en devienne partie intégrante, il ajoute effectivement à la structure [du Temple], et il est dit à propos du Temple : « Tout cela [est consigné] par écrit de la main de l'Éternel, qui m'a rendu sage [pour comprendre] tous les ouvrages de ce plan » (I Chroniques 28, 19). Ce verset indique que tous les détails de la structure du Temple ont été fixés par prophétie et ne peuvent être modifiés en aucune manière, même un jour ordinaire (de semaine).
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: הַאי מֶלַח הֵיכִי דָמֵי? אִי דִּמְבַטְּלֵיהּ — קָא מוֹסֵיף אַבִּנְיָן (וּכְתִיב: ״הַכֹּל בִּכְתָב מִיַּד ה׳ עָלַי הִשְׂכִּיל״).
Et s'il n'annule pas le sel par rapport à la rampe, cela constituerait une interposition ('hatsitsa) entre les pieds des kohanim et l'autel. Cela signifierait qu'ils ne marcheraient pas sur la rampe durant leur service, et par conséquent qu'ils n'accompliraient pas le service comme l'exige la Torah.
וְאִי דְּלָא קָא מְבַטְּלֵיהּ, קָא הָוְיָא חֲצִיצָה.
La Guemara répond : en réalité, il n'annule pas le sel. Cependant, il le répand lors du transport (holakha) des membres (du sacrifice) vers la rampe, une opération qui n'est pas considérée comme faisant partie du service du Temple susceptible d'être disqualifié pour cause d'interposition, car elle n'est qu'une préparation à la combustion des membres.
בְּהוֹלָכַת אֵבָרִים לַכֶּבֶשׁ, דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא.
La Guemara demande : et n'est-ce pas un service ? Mais n'est-il pas écrit : « Et le kohen offrira le tout et le fera fumer sur l'autel » (Vayikra 1, 13), et le Maître a dit en l'expliquant : ceci se rapporte au transport (holakha) des membres jusqu'au sommet de la rampe. Manifestement, cela aussi est un service inscrit dans la Torah. Plutôt, dis : il répand le sel lors du transport du bois vers le bûcher (maarakha) disposé sur l'autel, une opération qui n'est pas un service.
וְלָא? וְהָא כְּתִיב: ״וְהִקְרִיב הַכֹּהֵן אֶת הַכֹּל וְהִקְטִיר הַמִּזְבֵּחָה״, וְאָמַר מָר: זוֹ הוֹלָכַת אֵבָרִים לַכֶּבֶשׁ! אֶלָּא אֵימָא: בְּהוֹלָכַת עֵצִים לַמַּעֲרָכָה, דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא.
Rava enseigna : dans une cour qui a été endommagée le Chabbat par les eaux de pluie, on peut apporter de la paille et l'y étaler pour qu'il soit plus facile de la traverser. Rav Papa dit à Rava : mais n'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta : lorsqu'on étale la paille, on ne doit l'étaler ni avec une petite corbeille (sal) ni avec une grande corbeille (koupa), mais seulement avec le fond d'une corbeille brisée, c'est-à-dire qu'on doit étaler la paille d'une manière différente de celle d'un jour de semaine ordinaire. Rava, cependant, laisse entendre qu'on peut étaler la paille de la façon habituelle.
דָּרֵשׁ רָבָא: חָצֵר שֶׁנִּתְקַלְקְלָה בְּמֵימֵי גְשָׁמִים — מֵבִיא תֶּבֶן וּמְרַדֶּה בָּהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא, וְהָתַנְיָא: כְּשֶׁהוּא מְרַדֶּה — אֵינוֹ מְרַדֶּה לֹא בְּסַל וְלֹא בְּקוּפָּה, אֶלָּא בְּשׁוּלֵי קוּפָּה!