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Traité Eruvin

103a

Étude de Eruvin 103a

Étude de la Mishna & Guémara 103a

Si [Rabbi Yehouda] a énoncé sa décision conformément à l'opinion de Rabbi Eliézer, pourquoi n'a-t-il permis de faire un nœud lâche (oneva, une boucle) qu'a posteriori (bediavad) ? Cela devrait être permis même a priori (lekhat'hila), car Rabbi Eliézer soutient que les préparatifs nécessaires à l'accomplissement d'une mitsva (makhchiré mitsva) écartent les interdits du Chabbat.
אִי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר קָאָמַר, אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה נָמֵי.
La Guemara rejette plutôt l'explication précédente : ce n'est pas une difficulté. Cette baraïta [qui interdit de nouer] suit l'opinion de Rabbi Chimon, tandis que cette michna [qui permet de nouer] suit l'opinion des Sages (Rabbanan). Comme il a été enseigné dans une baraïta : un Lévi dont une corde du luth (kinnor) s'est rompue [le Chabbat], il la noue [d'un nœud véritable] ; Rabbi Chimon dit : il ne fait qu'une boucle (oneva). Les Sages permettent les préparatifs d'une mitsva qui ne pouvaient être accomplis avant Chabbat, tandis que Rabbi Chimon est rigoureux et interdit même ces préparatifs.
אֶלָּא, לָא קַשְׁיָא: הָא — רַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא — רַבָּנַן, דְּתַנְיָא: בֶּן לֵוִי שֶׁנִּפְסְקָה לוֹ נִימָא בְּכִנּוֹר — קוֹשְׁרָהּ, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: עוֹנְבָהּ.
La Guemara poursuit sa citation de la baraïta. Rabbi Chimon ben Elazar dit : même [s'il fait un nœud ou une boucle], [le luth] n'émettra pas le son juste — il commettrait ainsi une transgression sans accomplir la mitsva de manière convenable. Plutôt, il dévide la corde par le bas et l'enroule par le haut, ou il dévide la corde par le haut et l'enroule par le bas, avant de la tendre jusqu'à ce qu'elle produise la note exacte.
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אַף הִיא אֵינָהּ מַשְׁמַעַת אֶת הַקּוֹל. אֶלָּא מְשַׁלְשֵׁל מִלְּמַטָּה וְכוֹרֵךְ מִלְּמַעְלָה, אוֹ מְשַׁלְשֵׁל מִלְּמַעְלָה וְכוֹרֵךְ מִלְּמַטָּה.
Et si tu veux, dis plutôt que les deux sources ont été enseignées conformément à l'opinion des Sages, qui permettent les préparatifs d'une mitsva qui ne pouvaient être accomplis la veille, et même ainsi ce n'est pas une difficulté : ici, la michna permet de nouer dans un cas où la corde s'est rompue au milieu — auquel cas le son serait affecté si on la rattachait par une boucle ; tandis que là, la baraïta vise une corde rompue sur le côté, près de l'extrémité, qui peut être réparée par une boucle.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא רַבָּנַן, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן בָּאֶמְצַע, כָּאן מִן הַצַּד.
Et si tu veux, dis plutôt que les deux sources visent un cas où la corde s'est rompue au milieu, et la question débattue oppose Rabbi Chimon et les Sages : un Sage, Rabbi Chimon, soutient dans la baraïta qu'il est interdit même de faire un nœud au milieu, par décret (guezéra), de peur que l'on ne noue inutilement sur le côté également. Et l'autre Sage, les Sages, soutient dans la michna que nous ne décrétons pas un tel décret.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא בָּאֶמְצַע, מָר סָבַר: גָּזְרִינַן, וּמָר סָבַר: לָא גָּזְרִינַן.
Mishna 1
MICHNA : une verrue (yabbélet) est un exemple de défaut (moum) qui rend temporairement un kohen impropre au service du Temple, et qui rend un animal impropre à être offert sur l'autel ; ils retrouvent leur aptitude une fois la verrue retirée. Par conséquent, le Chabbat, on peut couper une verrue à la main dans le Temple (Mikdach), car cela constitue un acte préparatoire requis pour le service sacrificiel. Mais on ne peut pas couper une verrue dans le reste du pays (medina). Et si l'on cherche à couper la verrue au moyen d'un instrument (keli), c'est interdit dans les deux endroits.
מַתְנִי׳ חוֹתְכִין יַבֶּלֶת בַּמִּקְדָּשׁ, אֲבָל לֹא בִּמְדִינָה. וְאִם בִּכְלִי — כָּאן וְכָאן אָסוּר.(משנה)
Guémara
GUEMARA : et la Guemara soulève une contradiction à partir d'une autre michna : lorsque la veille de Pessa'h tombe le Chabbat, les actes de porter l'agneau pascal sur ses épaules, de l'amener au Temple depuis l'extérieur de la limite du Chabbat (te'houm), et de couper sa verrue pour le rendre apte à l'autel, n'écartent pas les interdits du Chabbat. Rabbi Eliézer, conformément à son opinion habituelle, dit : ils écartent les interdits du Chabbat. La michna d'Eruvin contredit apparemment l'opinion de ces Sages.
גְּמָ׳ וּרְמִינְהוּ: הֶרְכֵּיבוֹ, וַהֲבָאָתוֹ מִחוּץ לַתְּחוּם, וַחֲתִיכַת יַבַּלְתּוֹ — אֵין דּוֹחִין, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: דּוֹחִין!
Rabbi Elazar et Rabbi Yossi ben 'Hanina ont proposé des résolutions différentes à cette difficulté. L'un a dit que les deux sources visent une verrue humide (la'ha), et ce n'est pas une difficulté : ici, la michna [d'Eruvin] permet de retirer la verrue à la main — c'est interdit [seulement] par décret rabbinique, car ce n'est pas la manière habituelle d'accomplir l'opération ; tandis que là, la michna [de Pessa'him] interdit le retrait de la verrue au moyen d'un instrument, par la loi de la Torah (deoraïta).
רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי יוֹסֵי (בֶּן) חֲנִינָא, חַד אָמַר: הָא וְהָא בְּלַחָה, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן — בַּיָּד, כָּאן — בִּכְלִי.
Et l'autre a dit que dans les deux cas la verrue est retirée à la main, et ce n'est pas une difficulté : là, la michna [de Pessa'him] interdit le retrait d'une verrue humide (la'ha), tandis qu'ici, la michna [d'Eruvin] vise une verrue sèche (yevécha), dont le retrait ne constitue pas un travail interdit (melakha).
וְחַד אָמַר: הָא וְהָא בַּיָּד, וְלָא קַשְׁיָא: הָא — בְּלַחָה, הָא — בִּיבֵישָׁה.
La Guemara soulève une difficulté : et selon celui qui a dit « ceci [vise le retrait] à la main, cela [vise le retrait] au moyen d'un instrument », quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit, comme son collègue : « ceci vise une verrue humide et cela une verrue sèche » ? La Guemara répond : il peut te dire qu'au sujet d'une verrue sèche, il est permis de la retirer même au moyen d'un instrument. Quelle en est la raison ? Parce qu'elle s'émiette d'elle-même (ipparokhé ipparkha) — la couper revient à couper de la peau morte.
וּלְמַאן דְּאָמַר ״הָא בַּיָּד הָא בִּכְלִי״, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר ״הָא בְּלַחָה הָא בִּיבֵישָׁה״? אָמַר לָךְ: יְבֵישָׁה — אֲפִילּוּ בִּכְלִי נָמֵי שְׁרֵי, מַאי טַעְמָא? אִיפָּרוֹכֵי אִיפָּרְכָא.
Et selon celui qui a dit « ceci vise une verrue humide et cela une verrue sèche », quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit, comme l'autre Sage : « ceci vise le retrait à la main et cela le retrait au moyen d'un instrument » ? La Guemara répond : il peut te dire qu'au sujet d'un instrument, nous l'avons explicitement appris dans la michna : « si [l'on cherche à couper la verrue] au moyen d'un instrument, c'est interdit dans les deux endroits ». Par conséquent, il est inutile d'enseigner à nouveau qu'il est interdit de retirer une verrue au moyen d'un instrument.
וּלְמַאן דְּאָמַר ״הָא בְּלַחָה וְהָא בִּיבֵישָׁה״, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר ״הָא בַּיָּד הָא בִּכְלִי״? אָמַר לָךְ: בִּכְלִי — הָא תְּנַן: אִם בִּכְלִי — כָּאן וְכָאן אָסוּר.
Et l'autre Sage, comment répond-il à cet argument ? Il peut dire que l'autre michna [de Pessa'him] enseigne cette halakha là-bas parce qu'elle veut consigner la controverse entre Rabbi Eliézer et les Sages sur cette question — c'est-à-dire nous informer que Rabbi Eliézer est en désaccord et permet de couper la verrue même au moyen d'un instrument.
וְאִידָּךְ — הָא דְּקָתָנֵי הָתָם, מִשּׁוּם דְּקָא בָּעֵי אִיפְּלוֹגֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבָּנַן.
Eruvin 103a
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עירובין ק״ג אמַסֶּכֶת עֵירוּבִין