Guémara
[Suite de la tripartition de Rava :] et les Sages ont dit [qu'il existe des cas ou le melange est permis] s'il y a soixante fois [autant d'aliments permis que d'aliments interdits — le principe du bittoul be-shishim]. En consequence : dans un cas ou le melange est compose d'un type d'aliment melange a un aliment d'un autre type [min be-che-eino mino], de sorte qu'il existe une difference de gout entre les deux composants — lorsque [le melange est potentiellement] permis [et qu'il existe des Juifs autorises a le consommer, comme dans le cas de la troumah avec des aliments non-sacres], on s'appuie sur le gout [d'un Juif]. Lorsque le melange est potentiellement interdit [comme dans le cas de bassar be'halav — viande et lait], on s'appuie sur un cuisinier non-juif [kapila] pour le gouter.
וַאֲמוּר רַבָּנַן בְּשִׁשִּׁים. הִלְכָּךְ, מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ דְּהֶיתֵּרָא – בְּטַעְמָא, דְּאִיסּוּרָא – בְּקַפִּילָא.
Et si le melange est compose d'un type d'aliment melange a un aliment du meme type [min be-mino], [situation dans laquelle] on ne peut pas determiner si le composant interdit a communique sa saveur [car les deux ont le meme gout] ; ou encore si le melange est compose d'un type d'aliment melange a un aliment d'un autre type [potentiellement interdit] et qu'il n'y a pas de cuisinier non-juif [kapila] disponible pour le gouter — [dans ces cas] le melange est permis s'il y a soixante fois autant d'aliments permis que d'aliments interdits.
וּמִין בְּמִינוֹ, דְּלֵיכָּא לְמֵיקַם אַטַּעְמָא, אִי נָמֵי מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ דְּאִיסּוּרָא, דְּלֵיכָּא קַפִּילָא – בְּשִׁשִּׁים.
Un incident : il y avait des cuisses [atmahatah — hanches, quartiers arriere] qui avaient ete salees dans la demeure du Exilarque [Rech Galoutah — le chef de la diaspora babylonienne] avec le nerf sciatique [guid hanache] toujours a l'interieur ; Ravina decreta qu'elles etaient interdites, tandis que Rav A'ha bar Rav Achi decreta qu'elles etaient permises. Ils vinrent demander a Mar bar Rav Achi de trancher. Il leur dit : Mon pere [Rav Achi] a permis la viande dans de telles circonstances.
הָנְהוּ אַטְמָהָתָא דְּאִימְּלִיחוּ בֵּי רֵישׁ גָּלוּתָא בְּגִידָא נַשְׁיָא, רָבִינָא אָסַר, רַב אַחָא בַּר רַב אָשֵׁי שָׁרֵי. אֲתוֹ שַׁיְילוּהּ לְמָר בַּר רַב אָשֵׁי, אֲמַר לְהוּ: אַבָּא שָׁרֵי.
Rav A'ha bar Rav dit a Ravina : Quelle est ton raisonnement pour interdire la viande ? Est-ce a cause de ce que Chmouel a dit : un aliment sale [male'ah] est considere comme un aliment bouillant [rote'ah], et un aliment marine dans du vinaigre, de la saumure ou un liquide similaire [kavouch] est considere comme un aliment cuit [mevouchal] ? Peut-etre que tu consideres, sur la base de cette declaration de Chmouel, les cuisses salees comme si elles avaient ete cuites avec leurs nerfs sciatiques, auquel cas elles seraient interdites.
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בַּר רַב לְרָבִינָא: מַאי דַּעְתָּיךְ – דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: מָלִיחַ הֲרֵי הוּא כְּרוֹתֵחַ, כָּבוּשׁ הֲרֵי הוּא כִּמְבוּשָּׁל.
Mais Chmouel n'a-t-il pas aussi dit [en 96b] : les Sages n'ont enseigne que [la cuisse est entierement interdite] uniquement lorsqu'elle a ete cuite avec le nerf sciatique a l'interieur. Mais si le nerf sciatique a ete roti [tzelo] dans la cuisse, on peut peler la viande et la manger jusqu'a ce que l'on atteigne le nerf sciatique, puis on retire le nerf.
וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל בָּהּ, אֲבָל נִצְלָה בָּהּ – קוֹלֵף וְאוֹכֵל עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַגִּיד.
Et si tu voulais dire : que signifie exactement la formule « comme un aliment bouillant [ke-rote'ah] » que Chmouel a dit ? [On pourrait repondre que] c'est comme un aliment bouillant [resultat d'une] cuisson [bishul] — et non pas un aliment chaud resultant d'une rotation [tzelo] — et que par consequent si la cuisse a ete salee avec son nerf sciatique, toute la cuisse devient interdite. Mais ce n'est pas une affirmation convaincante, car du fait que Chmouel a dit : un aliment marine [kavouch] est considere comme un aliment cuit [ke-mevouchal], on peut deduire a contrario que lorsqu'il a dit qu'un aliment sale est comme un aliment bouillant, il entendait [le comparer a] un aliment bouillant resultant d'une rotation [et non d'une cuisson]. La Guemara conclut : Cela constitue une difficulte [kach'ya] pour la position de Ravina.
וְכִי תֵּימָא, מַאי כְּרוֹתֵחַ דְּקָאָמַר? כְּרוֹתֵחַ דִּמְבוּשָּׁל! וְהָא מִדְּקָאָמַר כָּבוּשׁ הֲרֵי הוּא כִּמְבוּשָּׁל, מִכְּלָל דְּרוֹתֵחַ דְּצָלִי קָאָמַר. קַשְׁיָא.
Rabbi Hanina dit : Lorsqu'ils evaluent [si l'aliment interdit a ete annule], ils evaluent [en tenant compte du volume du] bouillon [rotev], des depots [kifa — les residus qui se deposent au fond de la marmite], des morceaux d'aliment permis cuits dans la marmite, et de la marmite elle-meme. La Guemara precise ce dernier point : Certains disent que cela signifie que l'on inclut le volume de la matiere meme de la marmite [dans le calcul], et d'autres disent que cela signifie que l'on inclut le volume de ce que la marmite a absorbe des aliments permis [car lorsque la viande cuit, son volume diminue et une partie de la viande constituant cette diminution est absorbee dans les parois de la marmite].
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כְּשֶׁהֵן מְשַׁעֲרִין, מְשַׁעֲרִין בְּרוֹטֶב וּבַקֵּיפֶה וּבַחֲתִיכוֹת וּבִקְדֵרָה. אִיכָּא דְּאָמְרִי: בִּקְדֵרָה עַצְמָהּ, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: בְּמַאי דְּבָלְעָה קְדֵרָה.
Rabbi Abbahu dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Concernant tous les aliments interdits par la Torah, s'ils sont cuits avec des aliments permis et qu'on ne peut determiner s'ils ont communique leur saveur [aux aliments permis], on evalue le melange comme si l'aliment interdit etait [aussi fort en gout qu'] un oignon [bazal] ou un poireau [kaflot — variete de poireau fort en gout]. Si cette quantite d'oignons ou de poireaux communiquerait sa saveur aux aliments permis [cuits avec eux], on doit supposer que le melange est interdit.
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה (מְשַׁעֲרִינַן) [מְשַׁעֲרִין אוֹתָן] כְּאִילּוּ הֵן בָּצָל וְקַפְלוֹט.
Rabbi Abba dit a Abaye : Mais que l'on evalue le melange comme si l'aliment interdit etait du poivre [pilpelin] ou d'autres epices, qui sont encore plus piquants — auquel cas ils ne seraient pas annules meme s'ils etaient melanges a mille fois leur volume d'aliments permis ! Abaye lui repondit : les Sages ont etabli que, concernant les aliments interdits, rien ne communique de saveur plus forte a un melange qu'un oignon ou un poireau.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְאַבָּיֵי: וּלְשַׁעֲרִינְהוּ בְּפִלְפְּלִין וְתַבְלִין, דַּאֲפִילּוּ בְּאֶלֶף לֹא בְּטֵלִין! אֲמַר לֵיהּ: שִׁיעֲרוּ חֲכָמִים דְּאֵין נוֹתֵן טַעַם בְּאִיסּוּרִין יוֹתֵר מִבָּצָל וְקַפְלוֹט.
Rav Na'hman dit : Un nerf sciatique [guid hanache] [cuit avec des aliments cacheres] est annule s'il y a soixante fois son volume d'aliments permis, et le nerf sciatique lui-meme n'est pas compte dans ce nombre [car un objet interdit ne peut s'annuler lui-meme]. [Dans le cas ou] une mamelle [ke'hal — la mamelle d'une vache, qui contient du lait mais est elle-meme de la viande] est cuite avec d'autre viande, le lait [qu'elle contient] est annule si la viande [permise] est soixante fois son volume, et la mamelle elle-meme est comptee avec le reste de la viande [dans le calcul du rapport d'annulation]. [Dans le cas ou] un oeuf d'un oiseau non cachère [beïtza shel of tamé] est cuit avec des aliments cacheres, il est annule si les aliments permis sont soixante fois son volume, et l'oeuf lui-meme n'est pas compte dans ce nombre car il ne peut s'annuler lui-meme.
אָמַר רַב נַחְמָן: גִּיד בְּשִׁשִּׁים, וְאֵין גִּיד מִן הַמִּנְיָן; כְּחָל בְּשִׁשִּׁים, וּכְחָל מִן הַמִּנְיָן; בֵּיצָה בְּשִׁשִּׁים, וְאֵין בֵּיצָה מִן הַמִּנְיָן.
Rabbi Yitz'hak, fils de Rav Mecharchia, dit : Dans le cas d'une mamelle [ke'hal] cuite avec de la viande, meme si la viande est soixante fois le volume du lait [ce qui permettrait d'annuler le lait dans la viande], la mamelle elle-meme est interdite — car la viande communique sa saveur au lait contenu dans la mamelle, ce qui rend ensuite la mamelle interdite. Et si la mamelle tombe par la suite dans une autre marmite, elle rend le contenu de cette autre marmite interdit aussi, a moins que ce contenu ne represente soixante fois le volume de la mamelle.
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב מְשַׁרְשְׁיָא: וּכְחָל עַצְמוֹ אָסוּר, וְאִי נָפַל לִקְדֵרָה אַחֶרֶת – אוֹסֵר.
Rav Achi dit : Lorsque nous etions a la yechiva de Rav Kahana, la question suivante fut soulevee devant nous : lorsque nous evaluons [si le contenu de la marmite est suffisant pour annuler la mamelle], evaluons-nous [en tenant compte de] soixante fois le volume total de la viande de la mamelle elle-meme, ou evaluons-nous seulement par rapport au lait qui est sorti de la mamelle [puisque la mamelle elle-meme a ete retiree du melange] ?
אָמַר רַב אָשֵׁי: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב כָּהֲנָא, אִיבַּעְיָא לַן: כִּי מְשַׁעֲרִינַן בְּדִידֵיהּ מְשַׁעֲרִינַן, אוֹ בְּמַאי דִּנְפַק מִינֵּיהּ מְשַׁעֲרִינַן?