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Traité Chullin

94a

Étude de Chullin 94a

Étude de la Guémara 94a

Guémara
En conséquence, il devrait également être permis d'envoyer à un non-Juif une cuisse découpée ['hatekhah], car les Juifs ne viendront pas en acheter chez lui [la zone étant connue comme lieu de vente de teréfot]. Au contraire, si la Michna parle d'un endroit où tous les bouchers sont juifs et où ils annoncent chaque fois qu'ils vendent une teréfa à un non-Juif [makrizin] — de sorte que les Juifs peuvent acheter de la viande chez les non-Juifs locaux lorsqu'une telle annonce n'a pas été faite — on ne devrait même pas être autorisé à envoyer une cuisse entière [chelémah] à un non-Juif, car on craint qu'il la découpe et la vende à des Juifs qui ne réaliseraient pas qu'elle contient encore le nerf sciatique.
חֲתוּכָה נָמֵי לִישַׁדַּר לֵיהּ, דְּהָא לָא אָתוּ לְמִזְבַּן מִינֵּיהּ! אֶלָּא בִּמְקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין, שְׁלֵימָה נָמֵי לָא לִישַׁדַּר לֵיהּ, דְּחָתֵיךְ לֵיהּ וּמְזַבֵּין לֵיהּ.
La Guemara propose deux réponses : Si tu le souhaites, dis que la Michna parle d'un endroit où ils annoncent chaque fois qu'ils vendent une teréfa [makrizin] ; et si tu le souhaites, dis que la Michna parle d'un endroit où ils n'annoncent pas chaque fois qu'ils vendent une teréfa [ein makrizin].
אִי בָּעֵית אֵימָא – בִּמְקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין, וְאִי בָּעֵית אֵימָא – בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין.
La Guemara explique la première réponse : Si tu le souhaites, dis que la Michna parle d'un endroit où ils annoncent chaque fois qu'ils vendent une teréfa, et qu'il est néanmoins permis d'envoyer une cuisse entière de viande à un non-Juif. On ne craint pas que le non-Juif revende la cuisse à un Juif, car le Juif reconnaîtrait qu'elle n'est pas cachère à la façon dont le non-Juif l'a découpée. Les bouchers juifs découpent la viande d'une manière distinctive [qui révèle le retrait du nerf] que le non-Juif ne reproduirait pas.
אִיבָּעֵית אֵימָא בִּמְקוֹם שֶׁמַּכְרִיזִין – חִיתּוּכָא דְּגוֹי מִידָּע יְדִיעַ.
Et si tu le souhaites, dis que la Michna parle d'un endroit où ils n'annoncent pas chaque fois qu'ils vendent une teréfa, et qu'il est néanmoins interdit de donner au non-Juif une cuisse découpée. Les Sages ont décrété une interdiction à cet égard, de crainte qu'il ne la donne au non-Juif en présence d'un autre Juif [qui penserait qu'elle est cachère] et qui l'achèterait au non-Juif.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא בִּמְקוֹם שֶׁאֵין מַכְרִיזִין – גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְּנֶנָּה לוֹ בִּפְנֵי יִשְׂרָאֵל אַחֵר.
Et si tu le souhaites, dis qu'il existe une raison entièrement différente pour laquelle on ne peut pas envoyer à un non-Juif une cuisse découpée sans en avoir retiré le nerf sciatique : parce qu'on trompe ainsi le non-Juif [gonev da'at ha-briot]. Le non-Juif pensera que le Juif a pris la peine de découper la patte et de retirer le nerf sciatique, et que bien qu'il aurait pu manger la viande lui-même, il a décidé de l'envoyer au non-Juif. Le non-Juif sera donc plus reconnaissant du cadeau qu'il ne l'aurait été s'il avait réalisé que le nerf n'avait pas été retiré. Et c'est comme l'a dit Chemouel : Il est interdit de tromper les gens, et même de tromper un non-Juif.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא, מִשּׁוּם דְּקָא גָנֵיב לֵיהּ לְדַעְתֵּיהּ, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: אָסוּר לִגְנוֹב דַּעַת הַבְרִיּוֹת, וַאֲפִילּוּ דַּעְתּוֹ שֶׁל גּוֹי.
Et la Guemara précise que cette décision de Chemouel n'a pas été formulée explicitement ; elle a été déduite par inférence, à partir de l'incident suivant : Chemouel traversait un fleuve un jour sur un bac [mavra — embarcation large]. Il dit à son assistant [chamash] : « Rétribue le passeur [mabouryah] avec un cadeau approprié. » L'assistant le rétribua, mais Chemouel entra en colère contre son assistant.
וְהָא דִּשְׁמוּאֵל, לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר, אֶלָּא מִכְּלָלָא אִיתְּמַר. דִּשְׁמוּאֵל הֲוָה קָא עָבַר בְּמַבָּרָא, אֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ: ״פַּיְּיסֵיהּ לְמַבּוֹרֹיָה״, פַּיְּיסֵיהּ, וְאִיקְּפַד.
La Guemara demande : Quelle est la raison de la colère de Chemouel ? Abayé dit : La rétribution que l'assistant avait donnée au passeur était un poulet teréfa [que l'assistant avait en sa possession], et il le lui donna comme s'il s'agissait d'un poulet abattu cachèrement. Rava dit : Chemouel lui avait demandé de donner au passeur du vin à boire dans un 'anpaka [récipient d'un quart de log généralement utilisé pour le vin pur non coupé], mais [l'assistant] lui donna du vin coupé d'eau à boire. Selon Abayé comme selon Rava, Chemouel était contrarié que son assistant ait trompé le passeur non-Juif.
מַאי טַעְמָא אִיקְּפַד? אָמַר אַבָּיֵי: תַּרְנְגוֹלֶת טְרֵפָה הֲוַאי, וְיַהֲבַהּ נִיהֲלֵיהּ בְּמָר דִּשְׁחוּטָה. רָבָא אָמַר: אַנְפָּקָא אֲמַר לֵיהּ (לאשקויי) [לְאַשְׁקוֹיֵיהּ], וְאַשְׁקְיֵיהּ חַמְרָא מְזִיגָא.
La Guemara demande : Et si l'opinion de Chemouel n'a été déduite que par inférence, quelle importance cela a-t-il ? L'histoire démontre clairement que selon Chemouel il est interdit de tromper un non-Juif. La Guemara répond qu'on ne peut pas déterminer avec certitude que c'est la raison de la colère de Chemouel. Selon celui qui dit qu'un poulet teréfa avait été donné en rétribution, peut-être que Chemouel s'est mis en colère et a dit à son assistant : Pourquoi as-tu gardé en ta possession un animal dont la consommation est interdite [ce qui aurait pu conduire un Juif à le manger accidentellement] ?
וְכִי מִכְּלָלָא מַאי? לְמַאן דְּאָמַר טְרֵפָה הֲוַאי, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי תְּשַׁהֵא אִיסּוּרָא?
De même, selon celui qui dit que Chemouel lui avait demandé de donner au passeur du vin à boire dans un 'anpaka — puisque 'anpaka désigne un récipient pour le vin pur et que l'assistant avait donné du vin coupé d'eau — peut-être que Chemouel était simplement en colère parce que son assistant n'avait pas suivi ses instructions.
לְמַאן דְּאָמַר אַנְפָּקָא אֲמַר לֵיהּ לְאַשְׁקוֹיֵי, אַנְפָּקָא חַיָּיא מַשְׁמַע.
§ En lien avec l'interdiction d'agir de manière trompeuse, la Guemara cite d'autres enseignements sur ce thème. Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Méïr disait : Un homme ne doit pas importuner ['yesarhev] un ami pour manger chez lui, en faisant semblant de vouloir sincèrement sa compagnie, alors qu'en réalité il l'invite uniquement parce qu'il sait que l'autre ne viendra pas [et n'acceptera pas l'invitation]. Et de même, on ne doit pas envoyer à quelqu'un de nombreux cadeaux uniquement parce qu'on sait que l'autre ne les acceptera pas.
תַּנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אַל יְסַרְהֵב אָדָם לַחֲבֵירוֹ לִסְעוֹד אֶצְלוֹ, וְיוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁאֵינוֹ סוֹעֵד, וְלֹא יַרְבֶּה לוֹ בְּתִקְרוֹבֶת, וְיוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל.
Et on ne doit pas ouvrir pour un invité des tonneaux de vin qui ont déjà été vendus à un commerçant [hanvani], à moins de prévenir l'invité au préalable que le tonneau avait été vendu. Et on ne doit pas dire à quelqu'un : « Oint-toi d'huile », en plaçant devant lui un flacon vide, sachant qu'il ne tentera pas de s'oindre. Mais si on agit ainsi pour l'honneur de l'invité — pour montrer qu'on le tient en haute estime plutôt que de le tromper pour qu'il se sente redevable — c'est permis.
וְלֹא יִפְתַּח לוֹ חָבִיּוֹת הַמְּכוּרוֹת לְחֶנְוָנִי, אֶלָּא אִם כֵּן הוֹדִיעוֹ. וְלֹא יֹאמַר לוֹ סוֹךְ שֶׁמֶן מִפַּךְ רֵיקָן. וְאִם בִּשְׁבִיל כְּבוֹדוֹ – מוּתָּר.
La Guemara demande : Est-ce bien ainsi ? Oulla n'est-il pas venu chez Rav Yéhouda, et Rav Yéhouda n'a-t-il pas ouvert des tonneaux de vin pour Oulla qui avaient déjà été vendus à un commerçant ? La Guemara répond : Rav Yéhouda avait prévenu Oulla qu'il n'ouvrait pas les tonneaux spécialement pour lui. Et si tu le souhaites, dis qu'Oulla est différent d'un invité ordinaire parce qu'il était très cher à Rav Yéhouda — si bien que même sans cela [même s'il n'avait pas déjà vendu les tonneaux à un commerçant], Rav Yéhouda aurait ouvert les tonneaux pour lui.
אִינִי? וְהָא עוּלָּא אִיקְּלַע לְבֵי רַב יְהוּדָה, פָּתַח לוֹ חָבִיּוֹת הַמְּכוּרוֹת לַחֶנְוָנִי! אוֹדוֹעֵי אוֹדְעֵיהּ, וְאִיבָּעֵית אֵימָא: שָׁאנֵי עוּלָּא דְּחַבִּיב לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה, דִּבְלָאו הָכִי נָמֵי (פַּתּוֹחֵי) מִפְתָּח [הֲוָה פָּתַח] לֵיהּ.
Chullin 94a
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חולין צ״ד אמַסֶּכֶת חוּלִּין