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Traité Chullin

89a

Étude de Chullin 89a

Étude de la Guémara 89a

Guémara
[En récompense de ce qu'a dit Avraham au roi de Sodome :] « Si [je prends] meme un fil ou une courroie de sandale [rien de ce qui t'appartient] » (Berechit 14, 23) — se distançant ainsi de tout bien qui ne lui appartenait pas légitimement — ses descendants ont mérité deux mitsvot : le fil de laine teintée en bleu-ciel [tekhelét] porté sur les tsitsit [franges rituelles] et la courroie des téfilines [phylacteres].
״אִם מִחוּט וְעַד שְׂרוֹךְ נַעַל״, זָכוּ בָּנָיו לִשְׁתֵּי מִצְוֹת: לְחוּט שֶׁל תְּכֵלֶת, וּרְצוּעָה שֶׁל תְּפִילִּין.
La Guemara demande : Certes, la courroie des téfilines apporte un bénéfice [et constitue donc une récompense adéquate], comme il est écrit : « Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l'Eternel est proclamé sur toi, et ils te craindront » (Devarim 28, 10). Et il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Eliézer le Grand dit : Cela fait référence aux téfilines de la tete [sur lesquelles le nom de Dieu est gravé]. Les téfilines confèrent ainsi la splendeur et la majesté divine — c'est une récompense convenable. Mais quel est le bénéfice apporté par le fil de laine bleue [tekhelét] ?
בִּשְׁלָמָא רְצוּעָה שֶׁל תְּפִילִּין, כְּתִיב: ״וְרָאוּ כׇּל עַמֵּי הָאָרֶץ כִּי שֵׁם ה׳ נִקְרָא עָלֶיךָ״, וְתַנְיָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ, אֶלָּא חוּט שֶׁל תְּכֵלֶת מַאי הִיא?
La Guemara répond : Comme il est enseigné dans une baraïta — Rabbi Méïr avait coutume de dire : En quoi la teinture bleue [tekhelét] se distingue-t-elle de toutes les autres couleurs pour avoir été choisie pour la mitsva des tsitsit ? Parce que la teinte bleue-ciel ressemble a la mer, et la mer ressemble au ciel, et le ciel ressemble a la pierre de saphir, et la pierre de saphir ressemble au Trone de Gloire [Kissé haKavod], comme il est dit : « Et ils virent le Dieu d'Israël, et sous Ses pieds c'était comme un dallage de saphir, et comme le ciel lui-meme pour sa limpidité » (Chemot 24, 10) — ce verset montre que les cieux ressemblent au saphir. Et il est écrit : « Et au-dessus du firmament qui était au-dessus de leurs tetes, c'était comme l'apparence d'une pierre de saphir, image d'un trone » (Ye'hezkel 1, 26) — donc le trone ressemble aux cieux. La couleur bleue du tekhelét agit ainsi comme un rappel du lien entre le peuple juif et la Présence divine.
דְּתַנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מָה נִשְׁתַּנָּה תְּכֵלֶת מִכׇּל הַצִּבְעוֹנִין? מִפְּנֵי שֶׁתְּכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם, וְיָם דּוֹמֶה לָרָקִיעַ, וְרָקִיעַ דּוֹמֶה לְאֶבֶן סַפִּיר, וְאֶבֶן סַפִּיר דּוֹמֶה לְכִסֵּא הַכָּבוֹד, דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאוּ אֵת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל וְתַחַת רַגְלָיו וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״כְּמַרְאֵה אֶבֶן סַפִּיר דְּמוּת כִּסֵּא״.
La Guemara, ayant mentionné qu'Avraham avait refusé de s'emparer de biens ne lui appartenant pas, cite : Rabbi Abba dit : Le vol d'une chose qui a déja été consommée [gazal hane'ekhal] est une faute particulièrement grave a réparer, car meme les plus parfaitement justes sont incapables de la restituer, comme il est dit : « Si je prends meme un fil ou une courroie de sandale, ni quoi que ce soit de ce qui t'appartient... hormis seulement ce que les jeunes gens ont mangé avec moi » (Berechit 14, 23–24). Meme le juste Avraham était dans l'incapacité de restituer ce que ses jeunes gens avaient déja consommé.
אָמַר רַבִּי אַבָּא: קָשֶׁה גָּזֵל הַנֶּאֱכָל, שֶׁאֲפִילּוּ צַדִּיקִים גְּמוּרִים אֵינָן יְכוֹלִין לְהַחְזִירוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּלְעָדַי רַק אֲשֶׁר אָכְלוּ הַנְּעָרִים״.
§ Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon : Partout ou vous trouvez les paroles de Rabbi Eliézer fils de Rabbi Yossi HaGelili dans l'aggada [les enseignements non juridiques], rendez vos oreilles comme un entonnoir [ka'afarkéset] [c'est-a-dire : soyez pleinement réceptifs a ses paroles]. Car [voici comment] Rabbi Eliézer a interprété le verset : « Ce n'est pas parce que vous etes plus nombreux que tous les autres peuples que l'Eternel vous a désiré et vous a choisis, car vous etes le plus petit de tous les peuples » (Devarim 7, 7) : Le Saint, béni soit-Il, dit au peuple d'Israël : C'est vous que Je désire, parce que meme lorsque Je vous accorde la grandeur, vous vous abaissez devant Moi.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: כׇּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי בַּהַגָּדָה – עֲשֵׂה אׇזְנֶיךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת. ״לֹא מֵרֻבְּכֶם מִכׇּל הָעַמִּים חָשַׁק ה׳ בָּכֶם וְגוֹ׳״ – אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: חוֹשְׁקַנִי בָּכֶם, שֶׁאֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁאֲנִי מַשְׁפִּיעַ לָכֶם גְּדוּלָּה – אַתֶּם מְמַעֲטִין עַצְמְכֶם לְפָנַי.
Je t'ai accordé la grandeur a Avraham — et il a dit devant Moi : « Et moi je ne suis que poussiere et cendres » (Berechit 18, 27). J'ai accordé la grandeur a Moïse et Aaron — et Moïse a dit a leur sujet : « Et nous, que sommes-nous ? » (Chemot 16, 7). J'ai accordé la grandeur a David — et il a dit : « Mais moi je suis un ver, et non un homme » (Tehilim 22, 7).
נָתַתִּי גְּדוּלָּה לְאַבְרָהָם – אָמַר לְפָנַי: ״וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר״, לְמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן – אָמַר: ״וְנַחְנוּ מָה״, לְדָוִד – אָמַר: ״וְאָנֹכִי תוֹלַעַת וְלֹא אִישׁ״.
Mais les nations du monde ne sont pas ainsi. J'ai accordé la grandeur a Nimrod — et il a dit : « Allons, construisons-nous une ville et une tour dont le sommet touche les cieux, et faisons-nous un nom » (Berechit 11, 4). J'ai accordé la grandeur a Pharaon — et il a dit : « Qui est l'Eternel ? » (Chemot 5, 2). J'ai accordé la grandeur a Sanherib — et il a dit : « Qui parmi tous les dieux de ces pays a pu délivrer son pays de ma main, pour que l'Eternel délivre Jérusalem de ma main ? » (II Rois 18, 35). J'ai accordé la grandeur a Nabuchodonosor — et il a dit : « Je monterai au-dessus des hauteurs des nuages » (Yecha'ya 14, 14). J'ai accordé la grandeur a Hiram roi de Tyr — et il a dit : « Je siège au trone de Dieu, au coeur des mers » (Ye'hezkel 28, 2).
אֲבָל אוּמּוֹת הָעוֹלָם אֵינָן כֵּן, נָתַתִּי גְּדוּלָּה לְנִמְרוֹד – אָמַר: ״הָבָה נִבְנֶה לָּנוּ עִיר״, לְפַרְעֹה – אָמַר: ״מִי ה׳״, לְסַנְחֵרִיב – אָמַר: ״מִי בְּכׇל אֱלֹהֵי הָאֲרָצוֹת וְגוֹ׳״, לִנְבוּכַדְנֶצַּר – אָמַר: ״אֶעֱלֶה עַל בָּמֳתֵי עָב״, לְחִירָם מֶלֶךְ צוֹר – אָמַר: ״מוֹשַׁב אֱלֹהִים יָשַׁבְתִּי בְּלֵב יַמִּים״.
Rava dit, et certains disent que Rabbi Yo'hanan dit : Ce qui est dit de Moïse et Aaron est encore plus grand que ce qui est dit d'Avraham. Car concernant Avraham, il est écrit : « Et moi je ne suis que poussiere et cendres » [il se compare néanmoins a quelque chose], alors que concernant Moïse et Aaron, il est écrit : « Et nous, que sommes-nous ? » [ils ne se comparent meme pas a quelque chose de concret — ils sont proprement rien]. Et Rava dit, et certains disent que Rabbi Yo'hanan dit : Le monde ne se maintient que grace au mérite de Moïse et Aaron. Il est écrit ici : « Et nous, que sommes-nous ? » — et il est écrit la : « Il suspend la terre sur le néant [beli-ma] » (Iyov 26, 7). [Le mot beli-ma se décompose en beli — sans — et ma — quoi que ce soit ; la terre se maintient grace a ceux qui ont dit d'eux-memes qu'ils sont « rien » (ma).]
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: גָּדוֹל שֶׁנֶּאֱמַר בְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁנֶּאֱמַר בְּאַבְרָהָם, דְּאִילּוּ בְּאַבְרָהָם כְּתִיב: ״וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר״, וְאִילּוּ בְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן כְּתִיב: ״וְנַחְנוּ מָה״. וְאָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים אֶלָּא בִּשְׁבִיל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן, כְּתִיב הָכָא: ״וְנַחְנוּ מָה״, וּכְתִיב הָתָם: ״תּוֹלֶה אָרֶץ עַל בְּלִימָה״.
Rabbi Il'a dit : Le monde ne se maintient que grace au mérite de celui qui se maitrise [chobolem] lui-meme au moment d'une querelle, comme il est dit : « Il suspend la terre sur le néant [belima] » [le mot belima étant également compris comme 'bole' = celui qui retient, et 'ma' = quoi que ce soit]. Rabbi Abbahou dit : [Le monde se maintient] grace a celui qui se rend comme s'il n'existait pas [comme s'il était sous tout le monde], comme il est dit : « Et sous ses bras les piliers éternels du monde » (Devarim 33, 27) — celui qui se considère comme étant en dessous de tout est le bras éternel qui soutient le monde.
אָמַר רַבִּי אִילְעָא: אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים אֶלָּא בִּשְׁבִיל מִי שֶׁבּוֹלֵם אֶת עַצְמוֹ בִּשְׁעַת מְרִיבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹלֶה אֶרֶץ עַל בְּלִימָה״. רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר: מִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּמִי שֶׁאֵינוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִתַּחַת זְרוֹעוֹת עוֹלָם״.
Rabbi Yits'hak dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Est-ce vraiment [ha'umnam] le silence [elem] qui est juste que vous parliez [tédabérou] ? Est-ce avec équité [meïcharim] que vous jugez les fils des hommes ? » (Tehilim 58, 2) ? [Rabbi Yits'hak interprète ce verset ainsi :] Quel devrait etre le métier [oumanut] d'un homme dans ce monde ? Il devrait se rendre silencieux comme un muet [ilem]. On pourrait alors penser qu'il devrait meme se taire face aux paroles de Torah. C'est pourquoi le verset dit : « Parlez la justice » — indiquant qu'il convient de prononcer les paroles de Torah, qui sont des paroles justes. On pourrait alors penser que celui qui parle de Torah peut s'enorgueillir. C'est pourquoi le verset dit : « Jugez avec équité les fils des hommes » — meme un juge érudit doit prendre soin de juger avec équité et ne pas présumer qu'il parviendra immédiatement a la bonne conclusion.
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מַאי דִּכְתִיב ״הַאֻמְנָם אֵלֶם צֶדֶק תְּדַבֵּרוּן מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם״? מָה אוּמָּנוּתוֹ שֶׁל אָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה – יָשִׂים עַצְמוֹ כְּאִלֵּם. יָכוֹל אַף לְדִבְרֵי תוֹרָה? תַּלְמוּד לוֹמַר ״צֶדֶק תְּדַבֵּרוּן״. יָכוֹל יָגִיס דַּעְתּוֹ? תַּלְמוּד לוֹמַר ״מֵישָׁרִים תִּשְׁפְּטוּ בְּנֵי אָדָם״.
§ [La Guemara revient a la discussion sur la mitsva du kissouï hadam :] Rabbi Zeira dit, et certains disent : Rabba bar Yirmiya dit : On peut recouvrir le sang [d'une bete sauvage ou d'un oiseau] avec la poussiere d'une ville idolatre [ir hanidda'hat]. La Torah prescrit que la ville et tout ce qu'elle contient doivent etre brulés (cf. Devarim 13, 17). La Guemara, supposant que Rabbi Zeira parle des cendres d'une ville idolatre brulée, demande : Mais pourquoi serait-il permis d'utiliser ces cendres pour recouvrir le sang ? Ces cendres sont des objets dont il est interdit de tirer un bénéfice [issouré hana'a], comme le dit le verset : « Et rien du bien voué a l'anatheme ne s'attachera a ta main » (Devarim 13, 18) !
אָמַר רַבִּי זְעֵירָא, וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר יִרְמְיָה: מְכַסִּין בַּעֲפַר עִיר הַנִּדַּחַת. וְאַמַּאי? אִיסּוּרֵי הֲנָאָה הוּא!
Zéïri dit : Rabbi Zeira ne parlait pas des cendres de la ville brulée, qui effectivement ne peuvent pas etre utilisées. Son enseignement ne porte que sur la terre de la terre de la ville [afar afarah — la poussiere du sol de la ville idolatre elle-meme], dont il n'est pas interdit de tirer un bénéfice. Car il est écrit : « Et tu rassembleras tout son butin au milieu de sa place publique, et tu brulerast par le feu la ville » (Devarim 13, 17). Par conséquent, seuls les objets auxquels manquent uniquement l'acte de rassemblement et l'acte de brulage doivent etre brulés. Cela exclut cette poussiere du sol a laquelle manquent [en plus] l'arrachage du sol [avant de pouvoir etre rassemblée et brulée].
אָמַר זְעֵירִי: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לַעֲפַר עֲפָרָהּ, דִּכְתִיב: ״וְאֶת כׇּל שְׁלָלָהּ תִּקְבֹּץ אֶל תּוֹךְ רְחֹבָהּ וְשָׂרַפְתָּ״, מִי שֶׁאֵינוֹ מְחוּסָּר אֶלָּא קְבִיצָה וּשְׂרֵפָה, יָצָא זֶה שֶׁמְחוּסָּר תְּלִישָׁה, קְבִיצָה וּשְׂרֵפָה.
Chullin 89a
100%
חולין פ״ט אמַסֶּכֶת חוּלִּין