Guémara
[Suite de la discussion :] Et selon l'opinion de 'Hananya, la raison de sa décision est qu'il est écrit « lui » [« oto »], ce qui indique un mâle, et il est écrit « son petit » [« beno »], enseignant que l'interdit s'applique au géniteur dont la progéniture se cramponne à lui — ce qui indique une femelle. Par conséquent, cet interdit s'applique aussi bien aux mâles qu'aux femelles.
וְלַחֲנַנְיָה, כְּתִיב ״אוֹתוֹ״ דְּמַשְׁמַע זָכָר, וּכְתִיב ״בְּנוֹ״ – מִי שֶׁבְּנוֹ כָּרוּךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע נְקֵבָה, הִלְכָּךְ נוֹהֵג בֵּין בִּזְכָרִים בֵּין בִּנְקֵבוֹת.
Rav Houna bar 'Hiyya dit au nom de Chmouel : La halakha est conforme à l'opinion de 'Hananya. Et Chmouel suit sa propre ligne de raisonnement, comme nous l'avons appris dans une michna (Kil'ayim 8, 4) : Rabbi Yéhouda dit : En ce qui concerne deux animaux nés d'une jument [soussia], même si le père de l'un est un âne et le père de l'autre un cheval, il est permis de les accoupler l'un avec l'autre. Mais accoupler des animaux nés d'une ânesse [hamara] avec des animaux nés d'une jument — même si l'un est né d'un cheval mâle et d'une ânesse et l'autre d'un âne et d'une jument — est interdit, à cause de l'interdit de l'hybridation [kil'ayim].
אָמַר רַב הוּנָא בַּר חִיָּיא אָמַר שְׁמוּאֵל: הִלְכְתָא כַּחֲנַנְיָה, וְאַזְדָּא שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ, דִּתְנַן: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס, אַף עַל פִּי שֶׁאֲבִיהֶן חֲמוֹר – מוּתָּרִין זֶה בְּזֶה, אֲבָל הַנּוֹלָדִין מִן הַחֲמוֹר עִם הַנּוֹלָדִין מִן הַסּוּס – אֲסוּרִין.
Et, commentant cette michna, Rav Yéhouda dit au nom de Chmouel : C'est là l'opinion de Rabbi Yéhouda, qui dit : On n'a pas à tenir compte de la paternité pour déterminer l'espèce d'un animal, car l'espèce est déterminée exclusivement par la mère. Mais les Sages [Hakhamim] disent : L'espèce d'un animal est déterminée selon sa mère et son père. Par conséquent, tous les types de mulets [peradot], quelle que soit la direction du croisement entre cheval et âne, sont considérés comme une espèce unique et peuvent s'accoupler entre eux.
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: כׇּל מִינֵי פְּרָדוֹת אַחַת הֵן.
Maintenant, de qui est l'opinion désignée ici comme celle des Sages [« Hakhamim »] ? C'est l'opinion de 'Hananya, qui dit : On doit tenir compte de la paternité, car selon lui, l'interdit d'abattre une bête et son petit s'applique aussi à un mâle et sa progéniture. Et de même, pour ce qui est de l'interdit d'hybridation [kil'ayim], ce mulet qui est la progéniture d'une jument et d'un âne, et ce mulet qui est la progéniture d'une ânesse et d'un cheval, sont tous une seule et même espèce [car la filiation paternelle est prise en compte].
מַאן חֲכָמִים? חֲנַנְיָה הוּא, דְּאָמַר חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, וְהַאי בַּר סוּסְיָא וַחֲמָרָא, וְהַאי בַּר חֲמָרָא וְסוּסְיָא – כּוּלְּהוּ חֲדָא מִינָא נִינְהוּ.
Un dilemme fut soulevé devant les Sages : Rabbi Yéhouda est-il certain qu'on n'a pas à tenir compte de la paternité pour déterminer l'espèce de la progéniture, ou bien est-il peut-être incertain sur ce point ? La Guemara demande : Quelle est la différence pratique [entre ces deux hypothèses] ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מִי פְּשִׁיט לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, אוֹ דִלְמָא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ? לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ?
La Guemara répond : La différence pratique concerne la permission d'accoupler la progéniture avec l'espèce de la mère — par exemple, accoupler la progéniture d'une jument et d'un âne avec un cheval [de race pure]. Si vous dites que Rabbi Yéhouda est certain qu'on n'a pas à tenir compte de la paternité, alors l'accouplement de la progéniture avec l'espèce de la mère est permis, car dans ce cas tous deux sont considérés comme chevaux. Mais si vous dites que Rabbi Yéhouda est incertain, alors l'accouplement de la progéniture avec l'espèce de la mère est interdit, car on doit tenir compte de l'espèce du père.
לְמִישְׁרֵא פְּרִי עִם הָאֵם, אִי אָמְרַתְּ: מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ – פְּרִי עִם הָאֵם שְׁרֵי, אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ: סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ – פְּרִי עִם הָאֵם אָסוּר.
Qu'y a-t-il donc à répondre ? La Guemara propose : Viens entendre une éventuelle résolution depuis la michna citée plus tôt : Rabbi Yéhouda dit : Tous ceux qui sont nés d'une jument, même si le père de l'un d'eux est un âne, sont autorisés à s'accoupler les uns avec les autres. Quelles en sont les circonstances ? Si l'on dit que le père de ce mâle est un âne, et le père de cette femelle [avec laquelle le mâle doit s'accoupler] est aussi un âne — est-il besoin de le dire [car dans ce cas les deux mères sont des juments et les deux sont de la même espèce] ? Alors n'est-ce pas [que la michna traite du cas où] le père de celui-ci est un cheval, et le père de celui-là est un âne ?
מַאי תָּא שְׁמַע: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כׇּל הַנּוֹלָדִים מִן הַסּוּס, אַף עַל פִּי שֶׁאֲבִיהֶן חֲמוֹר – מוּתָּרִין זֶה בָּזֶה. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דַּאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר וַאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר – צְרִיכָא לְמֵימַר? אֶלָּא לָאו דַּאֲבוּהּ דְּהַאי סוּס וַאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר;
Et pourtant il est enseigné qu'ils sont autorisés à s'accoupler l'un avec l'autre. Cela démontre visiblement que Rabbi Yéhouda est certain qu'on n'a pas à tenir compte de la paternité pour déterminer l'espèce de la progéniture. Car s'il était incertain, il interdirait leur accouplement, puisque le père de l'un est un cheval tandis que le père de l'autre est un âne.
וְקָתָנֵי מוּתָּרִים זֶה עִם זֶה, אַלְמָא מִיפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ!
La Guemara répond : Non, on ne peut pas tirer de preuve de cela, car il est possible de dire qu'en réalité le père de ce mâle est un âne, et le père de cette femelle est lui aussi un âne. Et concernant ce que tu dis — est-il besoin de dire que ces deux-là peuvent s'accoupler ? — oui, il est besoin de le dire, de peur qu'on ne dise : La composante cheval du mulet mâle vient s'unir à la composante âne du mulet femelle, et la composante âne du mulet mâle vient s'unir à la composante cheval du mulet femelle — ce qui constituerait une violation de l'interdit des kil'ayim. C'est pourquoi Rabbi Yéhouda nous enseigne qu'ils sont tous de la même espèce et peuvent s'accoupler.
לָא, לְעוֹלָם דַּאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר, וַאֲבוּהּ דְּהַאי חֲמוֹר. וּדְקָאָמְרַתְּ: צְרִיכָא לְמֵימַר? מַהוּ דְּתֵימָא: אָתֵי צַד דְּסוּס מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּצַד חֲמוֹר, וְצַד חֲמוֹר מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּצַד סוּס, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara propose : Viens entendre une possible résolution depuis une baraïta : Rabbi Yéhouda dit : En ce qui concerne une mule femelle en chaleur, on ne peut pas l'accoupler avec un cheval ou un âne, à cause de l'interdit du croisement d'espèces différentes. Plutôt, on l'accouple avec l'une de sa propre espèce, un autre mulet. Or si tu dis que Rabbi Yéhouda est certain qu'on n'a pas à tenir compte de la paternité pour déterminer l'espèce de la progéniture, pourquoi ne pas l'accoupler avec l'espèce de sa mère [c'est-à-dire un cheval ou un âne, selon ce qu'est sa mère] ? Visiblement Rabbi Yéhouda est incertain et c'est pourquoi il interdit de l'accoupler aussi bien avec un cheval qu'avec un âne. La Guemara répond : La baraïta traite d'un cas où l'on ne sait pas quelle est l'espèce de la mère [du mulet en question].
תָּא שְׁמַע: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, פִּרְדָּה שֶׁתָּבְעָה – אֵין מַרְבִּיעִין עָלֶיהָ לֹא סוּס וְלֹא חֲמוֹר, אֶלָּא מִינָהּ. וְאִי אָמְרַתְּ מִפְשָׁט פְּשִׁיטָא לֵיהּ לַרְבַּע עֲלַהּ מִינָא דְּאִמַּהּ! דְּלָא יָדְעִינַן מִינָא דְּאִמַּהּ מַאי נִיהוּ.
La Guemara objecte : Mais la baraïta enseigne « plutôt on l'accouple avec l'une de sa propre espèce » — ce qui indique que son espèce est connue [sinon comment savoir avec quoi l'accoupler] ! La Guemara explique que la baraïta veut dire : On ne peut pas accoupler avec elle l'espèce du cheval ni l'espèce de l'âne, parce que l'on ne connaît généralement pas l'espèce de la mère d'un mulet que l'on rencontre. La Guemara propose : Mais qu'on examine son espèce grâce à ses signes distinctifs [simanim], comme Abayé dit : Si sa voix est grave, c'est la progéniture d'une ânesse ; si sa voix est stridente, c'est la progéniture d'une jument. Et Rav Pappa dit : Si ses oreilles sont grandes et sa queue est petite, c'est la progéniture d'une ânesse ; si ses oreilles sont petites et sa queue est grande, c'est la progéniture d'une jument. La Guemara répond : Ici, il s'agit d'une mule muette, dont les oreilles et la queue ont été coupées [et dont on ne peut donc déterminer l'espèce par ces signes]. Par conséquent, l'opinion de Rabbi Yéhouda ne peut pas être prouvée à partir de ce cas. [La Guemara conclut ensuite :] Viens entendre une résolution, car Rav Houna fils de Rav Yéhochoua dit : Tous — y compris Rabbi Yéhouda — s'accordent, en ce qui concerne l'accouplement de la progéniture avec l'espèce de sa mère, que c'est interdit. Déduis-en que Rabbi Yéhouda est incertain. Si'il était certain qu'on n'a pas à tenir compte de la paternité, il permettrait d'accoupler la progéniture avec l'espèce de sa mère, puisque l'espèce du père n'aurait aucune importance. La Guemara confirme : Déduis-en que c'est ainsi.
וְהָא ״אֶלָּא מִינַּהּ״ קָתָנֵי? הָכִי קָאָמַר: אֵין מַרְבִּיעִין עָלֶיהָ לֹא מִין סוּס וְלֹא מִין חֲמוֹר, לְפִי שֶׁאֵין יוֹדְעִין בְּמִינָהּ. וְלִיבְדּוֹק בְּסִימָנִין? דְּאָמַר אַבָּיֵי: עָבֵי קָלֵיהּ – בַּר חַמָּרָא, צְנִיף קָלֵיהּ – בַּר סוּסְיָא. וְאָמַר רַב פָּפָּא: רַבְרְבָן אוּדְנֵיהּ וְזוּטְרָא גְּנוּבְתֵיהּ – בַּר חַמָּרָא, זוּטְרָן אוּדְנֵיהּ וְרַבָּה גְּנוּבְתֵיהּ – בַּר סוּסְיָא. הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? בְּאִלֶּמֶת וְגִידֶּמֶת.
Traduction française en préparation — version anglaise (Steinsaltz) : The Gemara asks: What conclusion was reached about it? Come and hear a resolution, as Rav Huna, son of Rav Yehoshua, says: All, including Rabbi Yehuda, agree with regard to mating the offspring with the species of its mother that it is prohibited. Conclude from it that Rabbi Yehuda is uncertain. If he were certain that one need not be concerned with its paternity, he would deem mating the offspring with the species of its mother permitted, since the father’s species would not matter. The Gemara affirms: Conclude from it that this is so.
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: הַכֹּל מוֹדִין בִּפְרִי עִם הָאֵם שֶׁאָסוּר. שְׁמַע מִינַּהּ סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ, שְׁמַע מִינַּהּ.