Guémara
[La Guemara continue la réponse de Ravina (fin de 66b) :] place le détail entre les deux généralisations et interprète-les comme une généralisation-détail-généralisation [kelal ouperat oukelal]. Ainsi : la première occurrence de « dans les eaux » est une généralisation [kelal] ; la formule « dans les mers et dans les rivières » est un détail [perat] ; et la seconde occurrence de « dans les eaux » constitue une nouvelle généralisation [kelal].
הַטֵּל פְּרָט בֵּינֵיהֶם וְדוּנֵם בִּכְלָל וּפְרָט וּכְלָל, ״בַּמָּיִם״ – כָּלַל, ״בַּיַּמִּים וּבַנְּחָלִים״ – פָּרַט, ״בַּמַּיִם״ – חָזַר וְכָלַל.
[La règle s'applique donc ainsi :] Dans tout cas de généralisation-détail-généralisation, on ne déduit que ce qui est analogue au détail. Tout comme le détail — mers et rivières — désigne explicitement des eaux courantes [maya novain], de même [l'interdiction de consommer des créatures sans signes s'applique à] toutes les eaux courantes. Que cela inclut-il [par extension] ? Cela inclut les canaux et les tranchées [d'eau courante], pour les interdire [pour les créatures sans signes distinctifs]. Et qu'est-ce que cela exclut ? Cela exclut les puits, les fosses et les grottes [qui contiennent des eaux stagnantes], pour les permettre [leurs créatures sont permises même sans signes].
כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל – אִי אַתָּה דָן אֶלָּא כְּעֵין הַפְּרָט, מָה הַפְּרָט מְפוֹרָשׁ מַיִם נוֹבְעִים, אַף כֹּל מַיִם נוֹבְעִים. מַאי רַבִּי? חֲרִיצִין וּנְעִיצִין לְאִיסּוּרָא, וּמַאי מַיעֵט? בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת לְהֶתֵּירָא.
La Guemara objecte : Pourquoi ne pas dire plutôt — tout comme le détail désigne explicitement des eaux qui se trouvent sur le sol [maya gadélin al gabéï karkaa], de même cela inclut toutes les eaux qui se trouvent sur le sol. Que cela inclurait-il alors ? Cela inclurait même les puits, fosses et grottes, pour les interdire [pour les créatures sans signes]. Et qu'est-ce que cela exclurait ? Seulement les récipients [kéilim] !
וְאֵימָא: מָה הַפְּרָט מְפוֹרָשׁ – מַיִם גְּדֵלִין עַל גַּבֵּי קַרְקַע, אַף כֹּל מַיִם גְּדֵלִין עַל גַּבֵּי קַרְקַע. וּמַאי רַבִּי? אֲפִילּוּ בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת לְאִיסּוּרָא, וּמַאי מַיעֵט? מַיעֵט כֵּלִים!
La Guemara répond : Si tel était le cas, à quoi servirait la formule « Vous en mangerez de tout ce qui est dans les eaux » [taakelou mi-kol asher bammayim] ? Même sans elle, les récipients seraient exclus [car ils ne ressemblent en rien aux mers et aux rivières]. Plutôt, ce verset vient enseigner que seuls les canaux et les tranchées sont considérés comme semblables au détail [et donc soumis à l'interdiction], mais toutes les créatures des puits, fosses et grottes sont permises.
אִם כֵּן, ״תֹּאכְלוּ״ מַאי אַהֲנִי לֵיהּ?
§ Le tanna de l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : Le verset emploie le terme « dans les eaux » [bammayim] deux fois. Ces deux occurrences ne constituent pas une généralisation-et-détail [kelal ouperat], mais plutôt un cas d'amplification et de restriction [ribouï oumioout]. La première formule « dans les eaux » est une amplification [ribouï] ; la formule « dans les mers et dans les rivières » est une restriction [mioout] ; et la seconde formule « dans les eaux » est à nouveau une amplification [ribouï]. Dans le cas d'amplification-restriction-amplification [ribouï oumioout veribouï], le verset amplifie pour inclure tout [sauf ce qui est précisément exclu par la restriction]. Qu'inclut-il donc ? Il inclut les canaux et les tranchées [d'eau courante], pour interdire les créatures sans signes qui s'y trouvent. Et qu'exclut-il ? Il exclut les créatures des puits, fosses et grottes, pour les permettre.
דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תָּנָא: ״בַּמָּיִם״ ״בַּמַּיִם״ שְׁתֵּי פְעָמִים, אֵין זֶה כְּלָל וּפְרָט, אֶלָּא רִיבָּה וּמִיעֵט. ״בַּמָּיִם״ – רִיבָּה, ״בַּיַּמִּים וּבַנְּחָלִים״ – מִיעֵט, ״בַּמַּיִם״ – חָזַר וְרִיבָּה. רִיבָּה וּמִיעֵט וְרִיבָּה – רִיבָּה הַכֹּל. מַאי רַבִּי? חֲרִיצִין וּנְעִיצִין לְאִיסּוּרָא, וּמַאי מַיעֵט? בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת לְהֶתֵּירָא.
La Guemara objecte : Pourquoi ne pas dire que le ribouï inclut les puits, fosses et grottes [pour les interdire], et que le mioout n'exclut que les récipients ? La Guemara répond : Si tel était le cas, à quoi servirait la formule « Vous en mangerez de tout ce qui est dans les eaux » ? Même sans elle, les récipients seraient exclus. Plutôt, ce verset indique que les puits, fosses et grottes sont exclus par la restriction, et que toutes les créatures qui s'y trouvent sont permises.
אֵימָא: מַאי רַבִּי? בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת לְאִיסּוּרָא, וּמַאי מַיעֵט? מַיעֵט כֵּלִים. אִם כֵּן, ״תֹּאכְלוּ״ מַאי אַהֲנִי לֵיהּ?
La Guemara objecte à nouveau : Peut-être faut-il inverser le raisonnement [et dire que les puits sont interdits et les canaux permis] — comme l'enseigne la baraïta de Mattitya — car Mattitya bar Yehouda a enseigné : Quelle raison as-tu d'inclure les puits, fosses et grottes [pour les permettre] et d'exclure les canaux et tranchées [pour les interdire] ? [Je réponds :] J'inclus les puits, fosses et grottes car ils contiennent des eaux stagnantes comme des récipients [dont les créatures sont permises], et j'exclus les canaux et tranchées car leurs eaux ne sont pas stagnantes comme des récipients [mais s'écoulent comme des eaux libres].
וְאֵיפוֹךְ אֲנָא, כִּדְתָנֵי מַתִּתְיָה, דְּתָנֵי מַתִּתְיָה בַּר יְהוּדָה: מַאי רָאִיתָ לְרַבּוֹת בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת לְהֶתֵּירָא, וּלְהוֹצִיא חֲרִיצִין וּנְעִיצִין לְאִיסּוּרָא? מְרַבֶּה אֲנִי בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁהֵן עֲצוּרִים כְּכֵלִים, וּמוֹצִיא אֲנִי חֲרִיצִין וּנְעִיצִין שֶׁאֵין עֲצוּרִין כְּכֵלִים.
§ [La baraïta citée précédemment mentionnait que la Torah permet les créatures des récipients à la fois explicitement et implicitement.] La Guemara demande : Lequel des deux versets est la source implicite [satom] et lequel est la source explicite [meforach] ? Rav A'ha et Ravina divergent à ce sujet. L'un dit : Le verset [Vayikra 11, 9] qui parle de « tout ce qui a des nageoires et des écailles dans les eaux, dans les mers et dans les rivières » est la source explicite, et le verset [Vayikra 11, 10] qui parle de « tout ce qui n'a pas de nageoires et d'écailles dans les mers et dans les rivières » est la source implicite. Et l'autre dit l'inverse — que le verset prohibitif est la source explicite et le verset permissif est la source implicite.
הֵי סָתוּם וְהֵי מְפוֹרָשׁ? פְּלִיגִי בַּהּ רַב אַחָא וְרָבִינָא: חַד אָמַר: יֵשׁ לוֹ – מְפוֹרָשׁ, וְאֵין לוֹ – סָתוּם, וְחַד אָמַר: אֵין לוֹ – מְפוֹרָשׁ, וְיֵשׁ לוֹ – סָתוּם.
La Guemara demande : Quelle est la raison de celui qui dit que le verset [permissif] « tout ce qui a des nageoires et des écailles » est la source explicite ? La Guemara répond : Ce Sage aurait pu te dire : C'est précisément de ce verset que la Guemara déduit [au folio précédent] que les créatures sans signes dans les récipients sont permises [par raisonnement a contrario : « dans les mers et dans les rivières » — c'est là seulement qu'on les interdit, mais pas dans les récipients].
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָמַר יֵשׁ לוֹ מְפוֹרָשׁ? אָמַר לָךְ: מִינֵּיהּ הוּא דְּקָא מִשְׁתְּרוּ כֵּלִים.
La Guemara demande : Quelle est la raison de celui qui dit que le verset [prohibitif] « tout ce qui n'a pas de nageoires et d'écailles » est la source explicite ? La Guemara répond : Le raisonnement est que c'est ce verset qui prouve que l'autre [verset permissif] sert à permettre les créatures dans les récipients. Car si l'on voulait déduire de l'autre verset seul si les créatures dans les récipients sont permises, j'aurais pu dire le contraire : le verset indique qu'un poisson avec nageoires et écailles n'est permis que dans les mers et les rivières ; mais dans les récipients, même avec nageoires et écailles, on ne peut pas le manger. C'est la formule [prohibitive] « tout ce qui n'a pas de nageoires et d'écailles » qui indique que ces restrictions ne s'appliquent qu'aux poissons dans les mers et les rivières.
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָמַר אֵין לוֹ מְפוֹרָשׁ? דְּהַאי הוּא דְּקָמוֹכַח אַהַאיְךְ, דְּאִי מֵהַאיְךְ הֲוָה אָמֵינָא: בְּכֵלִים, אַף עַל גַּב דְּאִית לֵיהּ – נָמֵי לָא תֵּיכוּל.
§ Rav Houna dit : Une personne ne doit pas filtrer de bière à travers de la paille dans un récipient le soir [ou dans l'obscurité], de peur qu'un animal rampant [cheretz] ne sorte de la bière par-dessus la paille puis ne retombe dans le verre. [Ayant filtré la bière, le buveur supposera que tout ce qui se trouve dans son verre y a pris naissance et est donc permis malgré l'absence de signes.] Il boira alors la bière avec la créature, et transgressera ainsi l'interdiction : « Tout animal rampant qui rampe sur la terre est une chose abominable ; il ne sera pas mangé » (Vayikra 11, 41).
אָמַר רַב הוּנָא: לָא לִשְׁפֵּי אִינָשׁ שִׁיכְרָא בְּצִבְיָיתָא בְּאוּרְתָּא, דִּילְמָא פָּרֵישׁ לְעֵיל מִצִּבְיָיתָא וַהֲדַר נָפֵיל לְכָסָא, (וְהָוֵי) [וְקָא] עוֹבַר מִשּׁוּם ״שֶׁרֶץ הַשֹּׁרֵץ עַל הָאָרֶץ״.
La Guemara objecte : Si c'est le cas [qu'on craigne qu'une créature sorte de la paille], on devrait également s'inquiéter pour toute bière se trouvant dans un récipient, de peur qu'une créature ne soit sortie de la bière sur la paroi du récipient [devenant ainsi interdite] pour retomber ensuite dans le récipient. La Guemara répond : Dans ce cas-là, c'est le mode de croissance naturel de la créature [que de s'attacher aux parois du récipient — hayinou revi'téih], et cela ne la rend pas interdite.
אִי הָכִי, בְּמָנָא נָמֵי, דִּלְמָא פָּרֵישׁ לְדַפְנָא דְּמָנָא וַהֲדַר נָפֵיל לְמָנָא? הָתָם הַיְינוּ רְבִיתֵיהּ.