Guémara
[Suite du doute de Ravina :] Quelle est la halakha selon Rabbi 'Hanina bar Pappa [qui a rapporté que les herbes agirent d'elles-mêmes selon l'esprit de leminehou sans y être explicitement enjointes] ? Faut-il dire que, puisque l'injonction « selon leur espèce » n'est pas écrite comme commandement à leur égard [dans les herbes], on n'est pas passible [d'avoir transgressé l'interdit de kilayim en les greffant] ? Ou bien, puisque Dieu approuva leurs actes après coup [comme l'exprime le verset : « Que Hachem se réjouisse en Ses œuvres »], c'est comme si l'injonction « selon leur espèce » était écrite à leur égard ? La Guemara répond : Le doute demeure sans réponse [teykou].
לְרַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא מַהוּ? כֵּיוָן דְּלָא כְּתַב בְּהוּ ״לְמִינֵהוּ״ לָא מִיחַיַּיב, אוֹ דִילְמָא כֵּיוָן דְּהִסְכִּים אַיְּדַיְהוּ – כְּמַאן דִּכְתִיב בְּהוּ ״לְמִינֵהוּ״ דָּמְיָא? תֵּיקוּ.
§ Rabbi Chimon ben Pazi soulève une contradiction entre deux versets. Il est écrit : « Et Dieu fit les deux grands luminaires » (Berechit 1, 16), mais il est aussi écrit, dans le même verset : « Le grand luminaire pour présider au jour, et le petit luminaire pour présider à la nuit » — ce qui indique qu'un seul était grand [et l'autre petit]. Rabbi Chimon ben Pazi explique : Lorsque Dieu créa d'abord le soleil et la lune, ils brillaient d'un éclat égal. La lune dit alors devant le Saint béni soit-Il : « Maître du monde, est-il possible que deux rois se servent d'une seule couronne ? » Dieu lui dit donc : « Va et diminue-toi. »
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי רָמֵי: כְּתִיב ״וַיַּעַשׂ אֱלֹהִים אֶת שְׁנֵי הַמְּאֹרֹת הַגְּדֹלִים״, וּכְתִיב ״אֶת הַמָּאוֹר הַגָּדוֹל וְאֶת הַמָּאוֹר הַקָּטֹן״. אָמְרָה יָרֵחַ לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אֶפְשָׁר לִשְׁנֵי מְלָכִים שֶׁיִּשְׁתַּמְּשׁוּ בְּכֶתֶר אֶחָד? אָמַר לָהּ: לְכִי וּמַעֲטִי אֶת עַצְמֵךְ.
Elle dit devant Lui : « Maître du monde, puisque j'ai dit une chose juste devant Toi, dois-je me diminuer moi-même ?! » Dieu lui dit : « En compensation, va et règne à la fois sur le jour et sur la nuit. » Elle lui dit : « Quelle grandeur y a-t-il à briller avec le soleil ? À quoi sert une chandelle en plein midi ? » Dieu lui dit : « Va ; que le peuple d'Israël compte les jours et les années avec toi [par le calendrier lunaire], et ce sera ta grandeur. » Elle lui dit : « Mais le peuple d'Israël comptera aussi avec le soleil [les saisons], car il est impossible qu'on ne compte pas les équinoxes avec lui, comme il est écrit : “Et qu'ils soient pour des signes, et pour des saisons fixées, et pour des jours, et pour des années” » (Berechit 1, 14). Dieu lui dit : « Va ; que des justes portent ton nom [celui de 'petit'] : Ya'akov HaKatan [Yaakov notre ancêtre (cf. Amos 7, 2)], Chmouel HaKatan [le tanna], et David HaKatan [le roi David (cf. Chemouel I 17, 14)]. »
אָמְרָה לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, הוֹאִיל וְאָמַרְתִּי לְפָנֶיךָ דָּבָר הָגוּן, אַמְעִיט אֶת עַצְמִי?! אָמַר לָהּ: לְכִי וּמְשׁוֹל בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה. אֲמַרָה לֵיהּ: מַאי רְבוּתֵיהּ? דִּשְׁרָגָא בְּטִיהֲרָא מַאי אַהֲנִי? אֲמַר לַהּ: זִיל לִימְנוֹ בָּךְ יִשְׂרָאֵל יָמִים וְשָׁנִים. אָמְרָה לֵיהּ: יוֹמָא נָמֵי אִי אֶפְשָׁר דְּלָא מָנוּ בֵּיהּ תְּקוּפָתָא, דִּכְתִיב ״וְהָיוּ לְאֹתֹת וּלְמוֹעֲדִים וּלְיָמִים וְשָׁנִים״. זִיל לִיקְרוֹ צַדִּיקֵי בִּשְׁמִיךְ: ״יַעֲקֹב הַקָּטָן״, ״שְׁמוּאֵל הַקָּטָן״, ״דָּוִד הַקָּטָן״.
Dieu vit que la lune n'était pas consolée. Le Saint béni soit-Il dit : « Apportez une expiation [kapara] pour Moi, car J'ai diminué la lune ! » Et c'est ce que dit Rabbi Chimon ben Lakich : Qu'est-ce qui différencie le bouc offert à Roch 'Hodech [le premier du mois] de tous les autres, qu'il est dit à son sujet : « pour Hachem [la'Hachem] » (Bamidbar 28, 15) ? Le Saint béni soit-Il dit : « Ce bouc sera une expiation pour Moi, car J'ai diminué la taille de la lune. »
חַזְיַיהּ דְּלָא קָא מִיַּתְּבָא דַּעְתַּהּ, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: הָבִיאוּ כַּפָּרָה עָלַי שֶׁמִּיעַטְתִּי אֶת הַיָּרֵחַ! וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מָה נִשְׁתַּנָּה שָׂעִיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ ״לַה׳״? אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: שָׂעִיר זֶה יְהֵא כַּפָּרָה עַל שֶׁמִּיעַטְתִּי אֶת הַיָּרֵחַ.
§ Rav Asi soulève une contradiction entre deux versets. Il est écrit : « Et la terre fit sortir de l'herbe » (Berechit 1, 12), [ce qui se passa] le troisième jour de la semaine de la Création. Et il est aussi écrit : « Aucun arbuste des champs n'était encore sur la terre » (Berechit 2, 5), [ceci se passant] la veille du Chabbat [le sixième jour], immédiatement avant la création d'Adam. Rav Asi explique : Cela enseigne que les herbes sortirent [de la terre] le troisième jour et se tinrent à l'ouverture du sol [sans pousser davantage], jusqu'à ce qu'Adam, le premier homme, vînt et priât pour elles, et que la pluie descendît et qu'elles poussèrent. Cela vient t'enseigner que le Saint béni soit-Il désire les prières des justes.
רַב אַסִּי רָמֵי, כְּתִיב: ״וַתּוֹצֵא הָאָרֶץ דֶּשֶׁא״ (בתלת) [בִּתְלָתָא] בְּשַׁבָּא, וּכְתִיב: ״וְכׇל שִׂיחַ הַשָּׂדֶה טֶרֶם יִהְיֶה בָאָרֶץ״ בְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא, מְלַמֵּד שֶׁיָּצְאוּ דְּשָׁאִים וְעָמְדוּ עַל פֶּתַח קַרְקַע, עַד שֶׁבָּא אָדָם הָרִאשׁוֹן וּבִקֵּשׁ עֲלֵיהֶם רַחֲמִים, וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְצָמְחוּ, לְלַמֶּדְךָ שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְאַוֶּה לִתְפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים.
La Guemara rapporte : Rav Na'hman bar Pappa avait un jardin. Il y planta des graines, mais elles ne germèrent pas. Il pria [pour implorer la pluie], la pluie vint, et elles germèrent. Il dit : « C'est ce que [Rav Asi] voulait dire » — que le Saint béni soit-Il désire les prières des justes.
רַב נַחְמָן בַּר פָּפָּא הַוְיָא לֵיהּ הָהִיא גִּינְּתָא, שְׁדִי בַּיהּ בִּיזְרָנֵי וְלָא צְמַח. בְּעָא רַחֲמֵי, אֲתָא מִיטְרָא וּצְמַח. אֲמַר: הַיְינוּ דְּרַב אַסִּי.
§ Rav 'Hanan bar Rava dit : La « chessou'a » [mentionnée dans la Torah] est une créature à part entière, qui possède deux dos et deux colonnes vertébrales [et ressemble donc à un animal entièrement fendu]. On pourrait demander : Mais Mochê notre maître était-il un chasseur [kinigi], ou était-il un archer [balistaï], [pour connaître les animaux les plus exotiques] ? La réponse est : C'est précisément là une réfutation de ceux qui disent que la Torah n'est pas d'origine céleste — car Mochê n'aurait pas pu connaître l'existence d'un tel animal autrement que par la révélation divine.
אָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא: ״הַשְּׁסוּעָה״ בְּרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמָהּ הִיא, שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי גַּבִּין וּשְׁנֵי שִׁדְרָאוֹת. וְכִי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ קְנִיגִי הָיָה אוֹ בַּלִּיסְטָרִי הָיָה? מִכָּאן תְּשׁוּבָה לָאוֹמֵר אֵין תּוֹרָה מִן הַשָּׁמַיִם.
Rav 'Hisda dit à Rav Ta'hlifa bar Avina : « Va noter dans ton recueil d'aggadot l'expression 'chasseur et archer', et explique-la [car certains ne connaissent pas ces termes]. »
אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִינָא: זִיל כְּתוֹב ״קְנִיגִי וּבַלִּיסְטָרִי״ בְּאַגַּדְתָּיךְ, וּפָרְשַׁהּ.
§ [La Guemara rapporte une autre discussion.] Le verset dit : « Et les cinq princes des Philistins : le Gazatien, l'Achdodien, l'Echkelonien, le Guittien et l'Ekronien ; ainsi que les Avvim » (Yehochoua 13, 3). C'est difficile : [le verset] dit d'abord qu'il y a cinq princes des Philistins, mais il en énumère six ! Rabbi Yonatan dit : Il y avait en fait six princes, mais seulement les plus importants d'entre eux [arunekei — les premiers] étaient au nombre de cinq. Rav 'Hisda dit à Rav Ta'hlifa bar Avina : « Note dans ton recueil d'aggadot le mot 'les premiers' [arunekei], et explique-le. » La Guemara relève : Cette déclaration est en désaccord avec l'opinion de Rav, car Rav dit : Les Avvim n'étaient pas des Philistins ; ils venaient de Teiman.
״וְאֶת חֲמֵשֶׁת סַרְנֵי פְלִשְׁתִּים הָעַזָּתִי וְהָאַשְׁדּוֹדִי הָאֶשְׁקְלוֹנִי הַגִּתִּי וְהָעֶקְרוֹנִי וְהָעַוִּים״, אָמַר חַמְשָׁה וְחָשֵׁיב שִׁיתָּא! אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: אֲרוּנְקֵי שֶׁלָּהֶן חֲמִשָּׁה. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִינָא: כְּתוֹב ״אֲרוּנְקֵי״ בְּאַגַּדְתָּיךְ וּפָרְשַׁהּ. וּפְלִיגָא דְּרַב, דְּאָמַר רַב: עַוִּים מִתֵּימָן בָּאוּ.
Cela est aussi enseigné dans une baraïta : Les Avvim vinrent de Teiman. Et pourquoi furent-ils appelés Avvim et non Teimanim ? Parce qu'ils dévastèrent [ivvetu] et détruisirent leur lieu d'origine en le quittant. Autre explication : ils furent appelés Avvim parce qu'ils désiraient [ivvu] de nombreux dieux. Autre explication : ils furent appelés Avvim parce que tous ceux qui les voyaient étaient saisis de convulsions [avit]. Rav Yossef dit : Et chacun d'eux avait seize rangées de dents.
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: עַוִּים מִתֵּימָן בָּאוּ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָן עַוִּים? שֶׁעִיוְּתוּ אֶת מְקוֹמָן. דָּבָר אַחֵר: עַוִּים, שֶׁאִיוּוּ לֶאֱלֹהוֹת הַרְבֵּה. דָּבָר אַחֵר: עַוִּים, שֶׁכׇּל הָרוֹאֶה אוֹתָם אוֹחַזְתּוֹ עֲוִית. אָמַר רַב יוֹסֵף: וְאִית לְהוּ שִׁיתַּסְרֵי דָּרֵי שִׁינֵּי לְכׇל חַד וְחַד.
Rabbi Chimon ben Lakich dit : Il y a de nombreux versets qui semblent dignes d'être brûlés comme des livres des hérétiques [car ils paraissent superflus ou triviaux], et pourtant ce sont eux qui constituent l'essence même de la Torah. [Exemple :] Le verset dit : « Et les Avvim, qui habitaient des villages jusqu'à Aza, les Kaftorim qui sortirent de Kaftor les exterminèrent et s'établirent à leur place » (Devarim 2, 23). Quelle conséquence pratique cela a-t-il pour nous ?
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: הַרְבֵּה מִקְרָאוֹת שֶׁרְאוּיִין לִשְׂרוֹף כְּסִפְרֵי מִינִין, וְהֵן הֵן גּוּפֵי תוֹרָה. ״וְהָעַוִּים הַיֹּשְׁבִים בַּחֲצֵרִים עַד עַזָּה״ – מַאי נָפְקָא לַן מִינַּהּ?
Ce verset enseigne ce qui suit : Puisqu'Avimelekh, roi des Philistins, fit jurer Abraham : « Que tu ne traites pas faussement avec moi, ni avec mon fils, ni avec mon petit-fils » (Berechit 21, 23), le peuple juif était interdit de conquérir le pays des Philistins [jusqu'à ce que quatre générations se fussent écoulées]. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il dit : « Que les Kaftorim viennent et prennent la terre aux Avvim — qui sont les mêmes que les Philistins — et que vienne Israël et la prenne aux Kaftorim » [contournant ainsi l'interdit].
מִדְּאַשְׁבְּעֵיהּ אֲבִימֶלֶךְ לְאַבְרָהָם ״אִם תִּשְׁקֹר לִי וּלְנִינִי וּלְנֶכְדִּי״, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֵיתוֹ כַּפְתּוֹרִים לִיפְּקוּ מֵעַוִּים, דְּהַיְינוּ פְּלִשְׁתִּים, וְלֵיתוֹ יִשְׂרָאֵל לִיפְּקוּ מִכַּפְתּוֹרִים.