Guémara
[Suite du récit :] Rabbi Yehochoua voulut lui montrer [par une démonstration concrète l'impossibilité de contempler le Divin]. Il alla et plaça l'empereur face au soleil, en pleine saison de Tamouz [l'été, époque où le soleil est le plus ardent]. Il lui dit : « Regarde-le. » L'empereur dit : « Je n'en suis pas capable. » Rabbi Yehochoua lui dit : « Or, si [même] le soleil, qui n'est qu'un des serviteurs qui se tiennent devant le Saint béni soit-Il, tu dis : 'Je n'en suis pas capable de le regarder' — la Chekhina [la Présence divine], a fortiori ! »
חָזֵינָא לֵיהּ. אֲזַל אוֹקְמֵיהּ לַהֲדֵי יוֹמָא בִּתְקוּפַת תַּמּוּז, אֲמַר לֵיהּ: אִיסְתַּכַּל בֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לָא מָצֵינָא. אֲמַר לֵיהּ: יוֹמָא, דְּחַד מִשַּׁמָּשֵׁי דְּקָיְימִי קַמֵּי דְּקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אָמְרַתְּ לָא מָצֵינָא לְאִיסְתַּכָּלָא בֵּיהּ, שְׁכִינָה לֹא כׇּל שֶׁכֵּן.
§ La Guemara rapporte une autre anecdote. L'empereur romain dit à Rabbi Yehochoua ben 'Hananya : « Je souhaite préparer un repas [en l'honneur de] votre Dieu. » Rabbi Yehochoua lui dit : « Tu n'en es pas capable. » [L'empereur demanda :] « Pourquoi ? » Rabbi Yehochoua lui dit : « Ses armées sont trop nombreuses [pour qu'un lieu puisse les contenir]. » L'empereur dit : « En vérité, je désire le faire. » Rabbi Yehochoua lui dit : « Va préparer [ce repas] sur les rives de la grande mer [dirvita], où l'espace est vaste. » L'empereur travailla pendant les six mois d'été pour y parvenir. Un vent vint et balaya tout dans la mer.
אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: בָּעֵינָא דְּאִיצְבֵּית לֵיהּ נַהֲמָא לֵאלָהַיְכוּ. אֲמַר לֵיהּ: לָא מָצֵית. אַמַּאי? נְפִישִׁי חֵילְוָותֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִיבְרָא. אֲמַר לֵיהּ: פּוֹק צְבֵית לְגֻידָּא דִּרְבִיתָא, דִּרְוִיחַ עָלְמָא. טְרַח שִׁיתָּא יַרְחֵי קַיְיטָא, אֲתָא זִיקָא כַּנְשֵׁיהּ לְיַמָּא.
L'empereur travailla à préparer un autre repas pendant les six mois d'hiver. La pluie vint et engloutit tout dans la mer. L'empereur dit à Rabbi Yehochoua : « Qu'est-ce que cela [signifie] ? » Rabbi Yehochoua lui dit : « Ce ne sont que les balayeurs et les laveurs de sols [du palais divin] qui se tiennent devant Lui — et eux seuls ont tout consumé. » L'empereur dit : « Si c'est ainsi, je n'en suis pas capable [de Lui préparer un repas]. »
טְרַח שִׁיתָּא יַרְחֵי דְּסִיתְוָא, אֲתָא מִיטְרָא טַבְּעֵיהּ בְּיַמָּא. אֲמַר לֵיהּ: מַאי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי כָּנוֹשָׁאֵי זָלוֹחָאֵי דְּאָתוּ קַמֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי לָא מָצֵינָא.
§ La Guemara rapporte : La fille de l'empereur romain dit à Rabbi Yehochoua ben 'Hananya : « Votre Dieu est charpentier, puisqu'il est écrit : “Celui qui pose les poutres de Ses chambres hautes sur les eaux” (Tehilim 104, 3). Dis-Lui de me fabriquer une quenouille [un simple outil de filage].» Rabbi Yehochoua ben 'Hananya dit : « Très bien. » Il pria pour qu'il lui soit accordé [d'obtenir sa requête] — et elle fut frappée de la lèpre [en guise de réponse à sa demande]. On la plaça dans le marché de Rome, et on lui remit une quenouille, car la coutume [à Rome] était de donner une quenouille à tout lépreux, qui s'asseyait alors dans le marché et démêlait des flocons de laine, afin que les gens le voient et prient [à Dieu] pour lui.
אֲמַרָה לֵיהּ בַּת קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: אֱלָהֵיכוֹן נַגָּרָא הוּא, דִּכְתִיב ״הַמְקָרֶה בַמַּיִם עֲלִיּוֹתָיו״. אֵימָא לֵיהּ דְּנֶעְבֵּיד לִי חֲדָא מַסְתּוּרִיתָא. אֲמַר: לְחַיֵּי, בְּעָא רַחֲמֵי עֲלַהּ וְאִינַּגְעָה. אוֹתְבַהּ בְּשׁוּקָא דְּרוֹמִי וְיָהֲבִי לַהּ מַסְתּוּרִיתָא, דַּהֲווֹ נְהִיגִי דְּכֹל דִּמְנַגַּע בְּרוֹמִי יָהֲבוּ לֵיהּ מַסְתּוּרִיתָא, וְיָתֵיב בְּשׁוּקָא וְסָתַר דּוּלְלֵי, כִּי הֵיכִי דְּלִיחְזוֹ אִינָשֵׁי וְלִיבְעֵי רַחֲמֵי עֲלֵיהּ.
Un jour, Rabbi Yehochoua ben 'Hananya passait par là, et il la vit assise, démêlant des flocons de laine dans le marché des Romains. Rabbi Yehochoua ben 'Hananya lui dit : « Est-elle belle [à tes yeux], la quenouille que mon Dieu t'a donnée ? » Elle lui dit : « Dis à ton Dieu de reprendre ce qu'Il m'a donné. » Rabbi Yehochoua ben 'Hananya lui dit : « Notre Dieu donne, mais ne reprend pas. »
יוֹמָא חַד הֲוָה קָא חָלֵיף הָתָם, הֲוָת יָתְבָא וְסָתְרָה דּוּלְלֵי בְּשׁוּקָא דְּרוֹמָאֵי, אֲמַר לַהּ: שַׁפִּירְתָּא מַסְתּוּרִיתָא דִּיהַב לִיךְ אֱלָהַי. אֲמַרָה לֵיהּ: אֵימָא לֵיהּ לֵאלָהָיךְ לִשְׁקוֹל מַאי דִּיהַב לִי. אָמַר לָהּ: אֱלָהָא דִּידַן מֵיהָב יָהֵיב, מִשְׁקָל לָא שָׁקֵיל.
§ Rav Yehouda dit : Un bœuf est caractérisé par un grand ventre et de grands sabots ; sa tête est grande et sa queue est grande. Et l'inverse est vrai pour l'âne. La Guemara explique : Quelle est la conséquence pratique d'une telle déclaration ? Elle est pertinente pour les transactions d'achat et de vente [afin de définir ce qu'on appelle « un bœuf » dans un contrat de vente].
אָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר כְּרַסְתָּן וּפַרְסְתָן, רַב רֵישֵׁיהּ וְרַב גְּנוּבְתֵּיהּ, וְחִילּוּפָא בַּחֲמָרָא. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר.
Et Rav Yehouda dit : Le bœuf qu'Adam, le premier homme, offrit [en sacrifice d'actions de grâce] avait une seule corne au milieu de son front, comme il est dit : « Et cela plaira à Hachem davantage qu'un taureau qui a des cornes [makrin] et des sabots » (Tehilim 69, 32). La Guemara objecte : Au contraire, le mot makrin indique [au moins] deux cornes ! Rav Na'hman dit : Bien que vocalisé au pluriel [dans la lecture], makran est écrit dans le verset [sans la lettre yod], pour indiquer qu'il n'avait qu'une seule corne.
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן, קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר מַקְרִין מַפְרִיס״ – מַקְרִין תַּרְתֵּי מַשְׁמַע! אָמַר רַב נַחְמָן: ״מַקְרָן״ כְּתִיב.
Et Rav Yehouda dit : Concernant le bœuf qu'Adam, le premier homme, offrit en sacrifice, ses cornes précédèrent ses sabots [au moment de son émergence de la terre]. Il ne naquit pas d'une vache, mais surgit tout formé de la terre, de sorte que c'est sa tête qui émergea en premier — comme il est dit : « Et cela plaira à Hachem davantage qu'un taureau qui a des cornes et des sabots. » L'expression « a des cornes » vient en premier, et seulement après le mot « sabots ».
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן, קַרְנָיו קוֹדְמוֹת לְפַרְסוֹתָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר מַקְרִין מַפְרִיס״ – מַקְרִין בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר מַפְרִיס.
Et cela vient soutenir la position de Rabbi Yehochoua ben Lévi, car Rabbi Yehochoua ben Lévi dit : Toutes les créatures faites lors des actes de la Création furent créées avec leur stature complète [immédiatement aptes à porter des fruits] ; elles furent créées avec leurs facultés mentales complètes ; elles furent créées avec leur forme complète [et définitive]. Comme il est dit : « Et les cieux et la terre furent achevés, et toute leur armée » (Berechit 2, 1). Ne lis pas : « leur armée [tzeva'am] » ; mais lis : « leur forme [tzivyonam] ».
מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כׇּל מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בְּקוֹמָתָן נִבְרְאוּ, בְּדַעְתָּן נִבְרְאוּ, בְּצִבְיוֹנָם נִבְרְאוּ, שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ וְכׇל צְבָאָם״, אַל תִּקְרֵי ״צְבָאָם״ אֶלָּא ״צִבְיוֹנָם״.
§ Rabbi 'Hanina bar Pappa enseigne : « Que la gloire de Hachem dure à jamais ; que Hachem se réjouisse en Ses œuvres » (Tehilim 104, 31). Ce verset fut prononcé par le ministre du monde [l'ange chargé de superviser la création]. Lorsque le Saint béni soit-Il dit aux arbres : « [Que la terre produise de la végétation : de l'herbe, des plantes portant semence, et des arbres fruitiers portant du fruit] selon leur espèce [leminehou] » (Berechit 1, 11), les herbes tirèrent d'elles-mêmes un raisonnement kal va'homer [a fortiori] :
דָּרֵשׁ רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: ״יְהִי כְבוֹד ה׳ לְעוֹלָם יִשְׂמַח ה׳ בְּמַעֲשָׂיו״, פָּסוּק זֶה שַׂר הָעוֹלָם אֲמָרוֹ, בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״לְמִינֵהוּ״ בָּאִילָנוֹת, נָשְׂאוּ דְּשָׁאִים קַל וָחוֹמֶר בְּעַצְמָן:
Elles raisonnèrent ainsi : Si le Saint béni soit-Il voulait le mélange des espèces, pourquoi a-t-Il dit « selon leur espèce » en ce qui concerne les arbres ? Et de plus, raisonnons par kal va'homer : Si pour les arbres, qui ne poussent pas naturellement mélangés [car ils sont grands et distincts les uns des autres], le Saint béni soit-Il a dit « selon leur espèce », nous, a fortiori ! [Car nous, les herbes, poussons naturellement mélangées, et si même les arbres reçurent cet ordre, nous le méritons encore davantage.]
אִם רְצוֹנוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעִרְבּוּבְיָא, לָמָּה אָמַר ״לְמִינֵהוּ״ בָּאִילָנוֹת? וְעוֹד קַל וָחוֹמֶר: וּמָה אִילָנוֹת שֶׁאֵין דַּרְכָּן לָצֵאת בְּעִרְבּוּבְיָא, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״לְמִינֵהוּ״ – אָנוּ עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!
Aussitôt, chaque espèce d'herbe sortit selon son espèce [comme il est dit : « Et la terre produisit de l'herbe, des plantes portant semence selon leur espèce » (Berechit 1, 12)]. Le ministre du monde commença à parler et dit : « Que la gloire de Hachem dure à jamais ; que Hachem se réjouisse en Ses œuvres » — [qui font Sa volonté même sans y être explicitement ordonnées]. [La Guemara s'interrompt sur une question :] Ravina soulève un doute : Si quelqu'un greffait deux espèces d'herbes l'une sur l'autre [comme on le fait avec les arbres, est-ce interdit comme kilayim — mélange d'espèces ?]
מִיָּד כׇּל אֶחָד וְאֶחָד יָצָא לְמִינוֹ, פָּתַח שַׂר הָעוֹלָם וְאָמַר: ״יְהִי כְבוֹד ה׳ לְעוֹלָם יִשְׂמַח ה׳ בְּמַעֲשָׂיו״.