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Traité Chullin

5a

Étude de Chullin 5a

Étude de la Guémara 5a

Guémara
[La Guemara réfute la suggestion :] Yehochafat ne se serait pas séparé d'A'hav pour manger et boire à part [et se distinguer de lui], car il se fiait entièrement à lui. D'où le déduisons-nous ? Si l'on dit que c'est du fait qu'il est écrit que Yehochafat dit à A'hav : « Je suis comme toi, mon peuple comme ton peuple » (I Rois 22, 4) — c'est difficile, car si tel est le cas, quand Yehochafat dit à la fin de ce même verset : « mes chevaux comme tes chevaux » — cela aussi concernerait la fiabilité ? Mais plutôt, l'intention de Yehochafat était : ce qui arrivera à tes chevaux arrivera à mes chevaux ; de même, ce qui t'arrivera à toi et à ton peuple m'arrivera à moi et à mon peuple.
לָא הֲוָה מְפַלֵּיג נַפְשֵׁיהּ מִינֵּיהּ, מְנָלַן? אִילֵּימָא מִדִּכְתִיב ״כָּמוֹנִי כָמוֹךָ כְּעַמִּי כְעַמֶּךָ״, אֶלָּא מֵעַתָּה ״כְּסוּסַי כְּסוּסֶיךָ״ הָכִי נָמֵי? אֶלָּא מָה דְּהָוֵי אַסּוּסֶיךָ תֶּהֱוֵי אַסּוּסַי, הָכִי נָמֵי מַאי דְּהָוֵי עֲלָךְ וְעִילָּוֵי עַמָּךְ תֶּיהֱוֵי עֲלַי וְעִילָּוֵי עַמִּי.
Mais on le déduit plutôt d'ici : « Et le roi d'Israël et Yehochafat roi de Yehouda étaient assis, chacun sur son trône, revêtus de leurs manteaux royaux, dans l'aire [goren], à l'entrée de la porte de Chevron [Samarie] » (I Rois 22, 10). La Guemara demande : que signifie le mot « aire » [goren] dans ce contexte ? Si l'on dit qu'il s'agit d'une aire à battre le grain réelle [goren mammach] — est-ce dire que la porte de Samarie était une aire à grain ? Mais plutôt, ils étaient assis dans une configuration semblable à celle d'une aire circulaire — c'est-à-dire face à face en signe d'amitié —, comme nous l'avons appris dans une michna (Sanhédrin 36b) : le Sanhédrin était disposé à la manière de la moitié d'une aire circulaire, afin que les juges puissent se voir. Ce verset montre que Yehochafat délibérait avec A'hav et lui faisait confiance.
אֶלָּא מֵהָכָא: ״וּמֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וִיהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ יְהוּדָה יֹשְׁבִים אִישׁ עַל כִּסְאוֹ מְלֻבָּשִׁים בְּגָדִים בְּגֹרֶן פֶּתַח שַׁעַר שֹׁמְרוֹן״. מַאי גּוֹרֶן? אִילֵּימָא גּוֹרֶן מַמָּשׁ, אַטּוּ שַׁעַר שׁוֹמְרוֹן גּוֹרֶן הֲוָה? אֶלָּא כִּי גוֹרֶן, דִּתְנַן: סַנְהֶדְרִין הָיְתָה כַּחֲצִי גוֹרֶן עֲגוּלָּה כְּדֵי שֶׁיְּהוּ רוֹאִין זֶה אֶת זֶה.
[La Guemara propose une autre preuve :] Disons que le verset concernant Eliahou soutient l'opinion de Rav Anan. Le verset dit : « Et les corbeaux [ha-orvim] lui apportaient du pain et de la viande le matin, et du pain et de la viande le soir » (I Rois 17, 6) ; et Rav Yehouda dit au nom de Rav : ils apportaient la viande depuis l'abattoir d'A'hav. Manifestement, Eliahou n'aurait pas mangé cette viande si l'abattage d'A'hav n'était pas valide. [La Guemara répond :] comme il a mangé la viande en vertu de la parole de Dieu [al pi ha-dibbour — Dieu lui-même lui avait ordonné de rester là], le cas d'Eliahou est différent et l'on ne peut en tirer aucune preuve.
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ, ״וְהָעֹרְבִים מְבִיאִים לוֹ לֶחֶם וּבָשָׂר בַּבֹּקֶר וְלֶחֶם וּבָשָׂר בָּעָרֶב״, וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מִבֵּי טַבָּחֵי דְאַחְאָב. עַל פִּי הַדִּבּוּר שָׁאנֵי.
La Guemara demande : que signifie le terme orvim dans ce contexte ? Ravina dit : il s'agit de véritables corbeaux [orvim mamach]. Rav Adda bar Minyoumi lui dit : et peut-être s'agissait-il de deux hommes portant le nom de Orev ? N'est-il pas écrit : « Et ils tuèrent Orev au Rocher d'Orev, et Ze'ev au pressoir de Ze'ev » (Juges 7, 25), ce qui indique que Orev est un nom de personne ? [Ravina] lui répondit : s'agit-il d'une simple coïncidence que les deux hommes chargés de nourrir Eliahou portaient tous deux le nom de Orev ? L'improbabilité de cela indique qu'il s'agissait de véritables corbeaux.
מַאי עוֹרְבִים? אָמַר רָבִינָא: עוֹרְבִים מַמָּשׁ. אֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר מִנְיוֹמֵי: וְדִלְמָא תְּרֵי גַבְרֵי דְּהָוֵי שְׁמַיְיהוּ עוֹרְבִים! מִי לָא כְּתִיב: ״וַיַּהַרְגוּ אֶת עוֹרֵב בְּצוּר עוֹרֵב וְאֶת זְאֵב וְגוֹ׳״? אֲמַר לֵיהּ: אִיתְרְמַאי מִילְּתָא דְּתַרְוַיְיהוּ הֲוָה שְׁמַיְיהוּ עוֹרְבִים?
[La Guemara suggère :] et peut-être [ne portaient-ils pas tous deux le même prénom mais] ils s'appellent orvim d'après le nom de leur lieu d'origine ? N'est-il pas écrit : « Et des Araméens sortirent en bandes, et amenèrent captive du pays d'Israël une jeune fille [na'ara ketana] » (II Rois 5, 2) — et cela nous pose difficulté car le verset l'appelle na'ara [qui a atteint la maturité] et l'appelle aussi ketana [mineure, qui ne l'a pas encore atteinte] — et Rabbi Pedat dit : [ce n'est pas une description d'âge, mais] elle était une fille en bas âge originaire d'un endroit appelé Naaran [et donc 'na'ara' désigne son lieu d'origine] ! Peut-être en est-il de même pour Eliahou : deux hommes originaires d'un lieu appelé Orev. [La Guemara rejette :] si tel était le cas, il aurait fallu écrire 'orviyyim' [les Orebites, forme gentilicielle].
וְדִלְמָא עַל שֵׁם מְקוֹמָן! מִי לָא כְּתִיב: ״וַאֲרָם יָצְאוּ גְדוּדִים וַיִּשְׁבּוּ מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נַעֲרָה קְטַנָּה״, וְקַשְׁיָא לַן: קָרֵי לַהּ ״נַעֲרָה״ וְקָרֵי לַהּ ״קְטַנָּה״, וְאָמַר רַבִּי פְּדָת: קְטַנָּה דְּמִן נְעוֹרָן! אִם כֵּן ״עוֹרְבִיִּים״ מִיבְּעֵי לֵיהּ.
§ [La Guemara revient à la baraïta :] Disons que la baraïta suivante soutient l'opinion de Rav Anan [qui dit qu'il est permis de manger de la che'hita d'un transgresseur en matière d'idolâtrie] : « Tout le monde peut abattre, et même un Kouthi, et même un incirconcis, et même un Juif transgresseur. » La Guemara analyse : cet incirconcis — de quel cas s'agit-il ? Si l'on dit qu'il s'agit d'un incirconcis dont les frères sont décédés à cause de la circoncision — il est un Juif à part entière [Israél mé'alya] et il n'est pas un transgresseur du tout. Mais il est évident qu'il s'agit d'un transgresseur quant à la circoncision [qui refuse de se faire circoncire].
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: הַכֹּל שׁוֹחֲטִין, וַאֲפִילּוּ כּוּתִי, וַאֲפִילּוּ עָרֵל, וַאֲפִילּוּ יִשְׂרָאֵל מְשׁוּמָּד. הַאי עָרֵל הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָּה – הַאי יִשְׂרָאֵל מְעַלְּיָא הוּא! אֶלָּא פְּשִׁיטָא מְשׁוּמָּד לַעֲרֵלוּת.
Dis [maintenant] la dernière clause : « et même un Juif transgresseur ». De quel cas s'agit-il ? Si c'est un transgresseur en une [autre] matière — c'est identique au cas du transgresseur quant à la circoncision. Mais n'est-ce pas qu'il s'agit d'un transgresseur en matière d'idolâtrie, conformément à l'opinion de Rav Anan ?
אֵימָא סֵיפָא: וַאֲפִילּוּ יִשְׂרָאֵל מְשׁוּמָּד, הֵיכִי דָמֵי? אִי מְשׁוּמָּד לְדָבָר אֶחָד – הַיְינוּ מְשׁוּמָּד לַעֲרֵלוּת, אֶלָּא לָאו מְשׁוּמָּד לַעֲבוֹדָה זָרָה, וְכִדְרַב עָנָן.
[La Guemara rejette :] non — en réalité, je vous dirai : un transgresseur en matière d'idolâtrie ne [peut] pas [abattre], car le Maître [des Traditions] a dit : l'idolâtrie est une transgression grave — quiconque la renie [en refusant de s'y prosterner] est comme s'il reconnaissait l'ensemble de la Torah. [Inversement,] celui qui l'accepte [et s'y abandonne] est comme s'il niait l'ensemble de la Torah. Dès lors, son statut est celui d'un transgresseur à l'égard de l'ensemble de la Torah, et sa che'hita n'est pas valide.
לָא, לְעוֹלָם אֵימַר לָךְ: מְשׁוּמָּד לַעֲבוֹדָה זָרָה לָא, דְּאָמַר מָר: חֲמוּרָה עֲבוֹדָה זָרָה, שֶׁכׇּל הַכּוֹפֵר בָּהּ כְּמוֹדֶה בְּכׇל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ.
Mais plutôt, le transgresseur mentionné dans la dernière clause de la baraïta est un transgresseur en la même matière [de la consommation de carcasses non abattues], conformément à l'opinion de Rava [qui dit que l'on peut se fier à la che'hita d'un tel transgresseur, même a priori].
אֶלָּא מְשׁוּמָּד לְאוֹתוֹ דָּבָר, וְכִדְרָבָא.
[La Guemara soulève une objection depuis une baraïta :] il est enseigné : « parmi vous » (Vayikra 1, 2) — mais pas tous parmi vous. Cela sert à exclure le transgresseur [méchoud], dont on n'accepte pas l'offrande. « Parmi vous » — c'est parmi vous [Israël] que j'ai opéré une distinction, non parmi les nations [qui peuvent toutes offrir des sacrifices]. « Du bétail » — pour inclure les êtres humains qui sont semblables au bétail [en ce qu'ils ne reconnaissent pas Dieu]. De là les Sages ont dit : on accepte des offrandes des pécheurs d'Israël [poch'ei Israël] pour qu'ils reviennent en repentance [techouva] — à l'exception du transgresseur [méchoud], de celui qui verse le vin en libation à l'idolâtrie, et de celui qui profane publiquement le Chabbat [befarheçia].
מֵיתִיבִי: ״מִכֶּם״ – וְלֹא כּוּלְּכֶם, לְהוֹצִיא אֶת הַמְשׁוּמָּד. ״מִכֶּם״ – בָּכֶם חִלַּקְתִּי וְלֹא בְּאוּמּוֹת. ״מִן הַבְּהֵמָה״ – לְהָבִיא בְּנֵי אָדָם שֶׁדּוֹמִים לִבְהֵמָה. מִכָּאן אָמְרוּ: מְקַבְּלִין קׇרְבְּנוֹת מִפּוֹשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל כְּדֵי שֶׁיַּחְזְרוּ בָּהֶן בִּתְשׁוּבָה, חוּץ מִן הַמְשׁוּמָּד, וּמְנַסֵּךְ אֶת הַיַּיִן, וּמְחַלֵּל שַׁבָּתוֹת בְּפַרְהֶסְיָא.
[La Guemara soulève une difficulté interne :] cette baraïta elle-même est difficile ! Vous dites d'abord : « parmi vous » — mais pas tous — cela exclut le transgresseur, dont on n'accepte pas l'offrande. Et ensuite le tanna enseigne : on accepte des offrandes des pécheurs d'Israël !
הָא גוּפָא קַשְׁיָא, אָמְרַתְּ: ״מִכֶּם״ – וְלֹא כּוּלְּכֶם, לְהוֹצִיא אֶת הַמְשׁוּמָּד, וַהֲדַר תָּנֵי: מְקַבְּלִין קׇרְבָּנוֹת מִפּוֹשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל!
[La Guemara répond :] cela n'est pas difficile. La première clause [parle] d'un transgresseur à l'égard de l'ensemble de la Torah [dont on n'accepte pas l'offrande]. La clause du milieu [parle] d'un transgresseur en un seul domaine [dont on accepte l'offrande].
הָא לָא קַשְׁיָא, רֵישָׁא – מְשׁוּמָּד לְכׇל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ, מְצִיעֲתָא – מְשׁוּמָּד לְדָבָר אֶחָד.
Chullin 5a
100%
חולין ה׳ אמַסֶּכֶת חוּלִּין