Guémara
Si l'animal meugle [durant la che'hita], ou émet des déjections, ou remue son oreille [durant l'abattage] — voilà un pirkous [convulsion indiquant la vie, qui valide la che'hita]. Chmouel [en entendant cela au nom de Rav] leur dit : Est-il vraiment nécessaire, selon Abba [c'est-à-dire Rav], que l'animal remue ses oreilles — ce qui exige une grande force vitale — ? Car moi, je dis : tout mouvement que l'animal accomplit et qui n'est pas l'un des gestes que la mort engendre est un pirkous suffisant [pour valider la che'hita].
גּוֹעָה וְהֵטִילָה רֶיעִי וְכִשְׁכְּשָׁה בְּאׇזְנָהּ – הֲרֵי זֶה פִּירְכּוּס. אֲמַר לְהוּ: אִצְטְרִיכָא לֵיהּ לְאַבָּא לְאֹזוֹזֵי אוּנֵּי, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר כֹּל שֶׁאֵינָהּ [עוֹשָׂה] דְּבָרִים שֶׁהַמֵּתָה עוֹשָׂה.
La Guemara demande : Quels sont donc les gestes que la mort engendre ? Rav Anan dit : Ceci m'a été expliqué par Mar Chmouel en personne — si la patte avant de l'animal était pliée et que l'animal la tendit [lors de la che'hita], c'est un geste que la mort engendre [c'est-à-dire une réaction passive liée à l'agonie, non à la vie]. Mais si la patte était tendue et que l'animal la plia [volontairement], c'est l'un des gestes que la mort n'engendre pas — et il s'agit donc d'un pirkous valide.
מַאי נִינְהוּ דְּבָרִים שֶׁהַמֵּתָה עוֹשָׂה? אָמַר רַב עָנָן: לְדִידִי מִפָּרְשָׁא לִי מִינֵּיהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל – הָיְתָה יָדָהּ כְּפוּפָה וּפְשָׁטַתָּה – דָּבָר שֶׁהַמֵּתָה עוֹשֶׂה, פְּשׁוּטָה וּכְפָפַתָּה – דְּבָרִים שֶׁאֵין הַמֵּתָה עוֹשָׂה.
La Guemara demande : Quelle nouveauté Chmouel nous enseigne-t-il par cette déclaration ? Nous apprenons déjà dans la michna : [La che'hita d']une petite bête [be'hema dakka] qui tendit sa patte avant [qui était pliée] et ne la ramena pas [à sa position pliée] est passoul [invalide], car ce mouvement n'est que le processus naturel d'expulsion de l'âme et non un pirkous [indiquant la vie] ; mais on infère que si elle la ramena, [la che'hita] est cachere.
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: בְּהֵמָה דַּקָּה שֶׁפָּשְׁטָה יָדָהּ וְלֹא הֶחְזִירָה – פְּסוּלָה, שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא הוֹצָאַת נֶפֶשׁ; הָא הֶחְזִירָה – כְּשֵׁרָה.
La Guemara répond : Si l'on ne déduisait que de la michna, j'aurais pu penser qu'il faut précisément que la patte fût pliée, que l'animal la tendit, puis la replia — pour que la che'hita soit valide. Mais si la patte était tendue au départ et que l'animal la plia, j'aurais dit que ce n'est pas [un pirkous valide]. Chmouel nous enseigne donc que si la patte était tendue et que l'animal la plia [activement], c'est un pirkous suffisant pour valider la che'hita.
אִי מִמַּתְנִיתִין, הֲוָה אָמֵינָא: דַּוְקָא דְּכַיְיפָה וּפָשְׁטָה וַהֲדַר כָּיְיפָה לַהּ, אֲבָל פְּשׁוּטָה וּכְפָפַתָּה – לָא, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara soulève une objection [à la déclaration initiale de Rav] à partir d'une baraïta : Rabbi Yossé dit au nom de Rabbi Meïr : [Si] un animal meugle lors de la che'hita, cela n'est pas un pirkous [valide]. Rabbi Elazar fils de Rabbi Yossé dit en son nom [de Rabbi Yossé] : Même s'il émet des déjections ou remue sa queue, cela n'est pas un pirkous valide. [La Guemara note :] Le cas du meuglement [selon Rabbi Yossé] est difficile [car il contredit Rav qui dit que c'est un pirkous] ; de même, le cas des déjections [selon Rabbi Elazar] est difficile [car Rav le considère également comme un pirkous] !
מֵיתִיבִי: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: גּוֹעָה בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה – אֵין זֶה פִּירְכּוּס. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: אֲפִילּוּ הֵטִילָה רֶיעִי וְכִשְׁכְּשָׁה בִּזְנָבָהּ – אֵין זֶה פִּירְכּוּס. קַשְׁיָא גּוֹעָה אַגּוֹעָה, קַשְׁיָא רֶיעִי אַרֶיעִי!
La Guemara résout les contradictions : La contradiction entre les deux opinions concernant le meuglement n'est pas difficile : cette position [que le meuglement est un pirkous] parle d'un animal dont la voix est puissante et pleine [indiquant clairement la vie] ; cette autre position [que le meuglement n'est pas un pirkous] parle d'un animal dont la voix est étouffée [ce qui n'indique pas la vie]. La contradiction entre les deux opinions concernant les déjections n'est pas difficile non plus : ici [quand c'est invalide], les déjections s'écoulent en filet ; là [quand c'est valide], elles sont expulsées avec force.
גּוֹעָה אַגּוֹעָה לָא קַשְׁיָא: הָא דְּעָבֵי קָלַהּ, הָא דְּעָמֵי קָלַהּ. רֶיעִי אַרֶיעִי נָמֵי לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּשׁוֹתֶתֶת, כָּאן בְּמַתְרֶזֶת.
Rav 'Hisda dit : Le pirkous dont ont parlé les Sages [comme signe valide de vie] doit survenir à la fin [be-sof] de la che'hita. Rav 'Hisda précise : Qu'entend-on par « à la fin de la che'hita » ? Cela signifie même au milieu de la che'hita — les Sages ont dit « à la fin » uniquement pour exclure le début de l'acte d'abattage [où un pirkous ne compte pas comme signe de vie].
אָמַר רַב חִסְדָּא: פִּירְכּוּס שֶׁאָמְרוּ – בְּסוֹף שְׁחִיטָה. מַאי בְּסוֹף שְׁחִיטָה? בְּאֶמְצַע שְׁחִיטָה, לְאַפּוֹקֵי תְּחִלַּת שְׁחִיטָה דְּלָא.
Rav 'Hisda dit : D'où je tiens-je cela ? De la michna, où nous apprenons : [La che'hita d']une petite bête qui tendit sa patte avant et ne la ramena pas est passoul [invalide]. Quand cela se produit-il ? Si l'on dit : à la fin de la che'hita — l'animal devrait-il vraiment continuer à vivre aussi longtemps [que cela] pour ramener sa patte après la fin de la che'hita ? Cela n'est pas raisonnable ! Dès lors, n'est-ce pas [que la michna parle d']au milieu de la che'hita [où ce mouvement est déjà considéré comme un pirkous] ?
אָמַר רַב חִסְדָּא: מְנָא אָמֵינָא לַהּ? דִּתְנַן: בְּהֵמָה דַּקָּה שֶׁפָּשְׁטָה יָדָהּ וְלֹא הֶחְזִירָה – פְּסוּלָה. אֵימַת? אִילֵּימָא בְּסוֹף שְׁחִיטָה, כֹּל הָכִי תֵּיחֵי וְתֵיזִיל? אֶלָּא לָאו בְּאֶמְצַע שְׁחִיטָה?
Rava lui dit [en réfutant cet argument] : En réalité, on peut toujours expliquer [que la michna parle] de la fin de la che'hita — car moi, je dis : tout animal qui ne fait pas ce geste [ramener sa patte] à la fin de la che'hita, on sait que son âme lui avait été retirée avant ce moment [et qu'il n'était donc pas vivant].
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: לְעוֹלָם בְּסוֹף שְׁחִיטָה, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: כֹּל שֶׁאֵינָהּ עוֹשֶׂה כֵּן בְּסוֹף שְׁחִיטָה – בְּיָדוּעַ שֶׁנִּשְׁמָתָהּ נְטוּלָה הֵימֶנָּה קוֹדֶם לָכֵן.
Rav Na'hman bar Yitz'hak dit : Le pirkous dont ont parlé les Sages est un pirkous valide même au début [bi-t'hilat] de la che'hita.
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: פִּירְכּוּס שֶׁאָמְרוּ – בִּתְחִלַּת שְׁחִיטָה.
Rav Na'hman bar Yitz'hak dit : D'où je tiens-je cela ? De la michna, où nous apprenons que Rabbi Chimon dit : Celui qui abat de nuit et, le lendemain matin, trouve les parois [du cou] pleines de sang — [la che'hita] est cachere, car [le sang] a jailli [signe de vie], et cela est conforme à la règle de Rabbi Eli'ézer. Et Chmouel a précisé : « les parois » mentionnées [par Rabbi Chimon] désignent les parois du lieu d'abattage [c'est-à-dire les parois internes du cou], non les murs de la maison. Or, si l'on dit que le pirkous est valide même au début de la che'hita — cela s'explique bien. Mais si l'on dit que le pirkous n'est valide qu'à la fin de la che'hita, on devrait craindre que le sang ait jailli au début seulement [sans qu'il y ait eu de signe de vie à la fin] !
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מְנָא אָמֵינָא לַהּ? דִּתְנַן, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: הַשּׁוֹחֵט בַּלַּיְלָה, וּלְמָחָר מָצָא כְּתָלִים מְלֵאִים דָּם – כְּשֵׁרָה, שֶׁזִּינְּקָה, וּכְמִדַּת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וְאָמַר שְׁמוּאֵל: כּוֹתְלֵי בֵּית שְׁחִיטָה שָׁנִינוּ. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בִּתְחִלַּת שְׁחִיטָה – שַׁפִּיר, אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּסוֹף שְׁחִיטָה, לֵיחוּשׁ דִּלְמָא בִּתְחִלַּת שְׁחִיטָה זִינְּקָה.
La Guemara repousse cette preuve : Peut-être le jaillissement [de sang] est-il différent [des autres formes de pirkous], car il est supérieur [comme signe de vie] — et c'est pourquoi il est valide même au début, alors que les autres signes ne le sont qu'à la fin.
וְדִלְמָא שָׁאנֵי זִינּוּק, דַּעֲדִיף.