Guémara
[Rava énonce le dilemme :] Si l'on suggère : Abattons-le [d'abord] et ensuite nous l'examinerons [pour déterminer si sa trachée avait été sectionnée ou son goulot perforé], cela pose problème — car peut-être l'abatteur sectionnera-t-il le canard précisément à l'endroit de la perforation [et il sera impossible de savoir si le goulot était perforé avant la che'hita]. Si l'on suggère : Ouvrons le cou et examinons les simanim, puis abattons-le, cela pose également problème — car Rabba n'a-t-il pas dit : Le goulot [vechet] n'est pas susceptible d'examen de l'extérieur [car sa face externe est rouge et une petite perforation y serait indiscernable], mais seulement de l'intérieur [où sa face interne est blanche et toute trace de sang à l'endroit d'une perforation serait visible] ?
נִשְׁחֲטֵיהּ וַהֲדַר נִבְדְּקֵיהּ? דִּלְמָא בִּמְקוֹם נֶקֶב קָשָׁחֵיט! נִבְדְּקֵיהּ וַהֲדַר נִשְׁחֲטֵיהּ? הָאָמַר רַבָּה: וֶושֶׁט אֵין לוֹ בְּדִיקָה מִבַּחוּץ אֶלָּא מִבִּפְנִים!
Rav Yossef, fils de Rava, lui dit : Examinons la trachée [qané] — car il est possible de discerner de l'extérieur si la majorité en a été sectionnée — puis coupons la trachée du canard pour le rendre permis [étant donné que couper l'un ou l'autre des deux simanim suffit pour un oiseau]. Ensuite, retournons le goulot à l'envers et examinons-en le côté interne pour déterminer s'il était perforé [auquel cas le canard serait terefa]. Rava dit : Mon fils Yossef est aussi sage dans les lois des terefot que Rabbi Yo'hanan ! Il en ressort apparemment que « un [siman] » — enseigné dans la michna comme suffisant pour la che'hita d'un oiseau — signifie soit ce siman-ci [le goulot], soit ce siman-là [la trachée].
אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ: נִבְדְּקֵיהּ לְקָנֶה, וְנִשְׁחֲטֵיהּ לְקָנֶה וְלַכְשְׁרֵיהּ, וַהֲדַר לֵפְכֵוהּ לְוֶשֶׁט וְלִבְדְּקֵיהּ. אָמַר רָבָא: חַכִּים יוֹסֵף בְּרִי בִּטְרֵפוֹת כְּרַבִּי יוֹחָנָן. אַלְמָא אֶחָד דְּקָאָמַר – אוֹ הַאי אוֹ הַאי.
§ La michna enseigne : Rabbi Yehuda dit — la che'hita n'est pas valide tant qu'il n'a pas coupé les veines [du cou]. Rav 'Hisda dit : Rabbi Yehuda n'a dit cela que pour la che'hita d'un oiseau, puisqu'on le rôtit généralement entier en un seul morceau [et il faut donc couper les veines pour que le sang s'écoule]. Mais pour la che'hita d'un animal domestique [behema], puisqu'on le découpe membre par membre [et que le sang s'écoule plus facilement], il n'est pas nécessaire [de couper les veines].
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיִּשְׁחוֹט. אָמַר רַב חִסְדָּא: לֹא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא בְּעוֹף, הוֹאִיל וְצוֹלֵהוּ כּוּלּוֹ כְּאֶחָד, אֲבָל בְּהֵמָה, כֵּיוָן דִּמְנַתְּחַהּ אֵבֶר אֵבֶר – לָא צְרִיךְ.
Cela revient-il à dire que la raison pour laquelle Rabbi Yehuda exige la coupe des veines est due au besoin d'évacuer le sang ? Mais n'avons-nous pas appris dans la michna : Rabbi Yehuda dit — la che'hita n'est pas valide tant qu'il n'a pas « abattu » [yich'hot] les veines — ce qui indique que la coupe des veines constitue une composante de la che'hita elle-même [et non simplement une mesure auxiliaire pour évacuer le sang] ?
לְמֵימְרָא דְּטַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דָּם הוּא? וְהָתְנַן: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיִּשְׁחוֹט אֶת הַוְּורִידִין.
La Guemara répond : Dites [plutôt] que l'énoncé de Rabbi Yehuda signifie — tant qu'il n'a pas percé [yenahev] les veines. Et que signifie « tant qu'il abat [yich'hot] » [dans la michna] ? Cela signifie : tant qu'il ne les perce pas au moment de la che'hita [quand le sang coule abondamment].
אֵימָא עַד שֶׁיְּנַקֵּב אֶת הַוְּורִידִין, וּמַאי ״עַד שֶׁיִּשְׁחוֹט״? עַד שֶׁיִּנְקוֹב בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה.
La Guemara suggère : Venez et entendez une preuve rejetant cette interprétation de l'énoncé de Rabbi Yehuda, tirée d'une baraitta : « Les veines [s'effectuent] par [bichehita] la che'hita » — telle est la déclaration de Rabbi Yehuda — ce qui indique que la coupe des veines est une composante de la che'hita. La Guemara rejette cette preuve : Dites que la lecture correcte de la baraitta est : Il doit percer les veines au moment de la che'hita — telle est la déclaration de Rabbi Yehuda.
תָּא שְׁמַע: וְורִידִין בִּשְׁחִיטָה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. אֵימָא: וְורִידִין צָרִיךְ לְנַקְּבָן בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.
La Guemara suggère : Venez et entendez une autre preuve tirée d'une baraitta : Les Sages dirent à Rabbi Yehuda — puisque les veines n'ont été mentionnées que pour en faire couler le sang, quelle différence y a-t-il pour moi [qu'on les coupe] lors de la che'hita [ou séparément], ou qu'on ne les coupe pas lors de la che'hita ? On peut déduire de la baraitta que Rabbi Yehuda estime que les veines doivent être coupées comme composante de la che'hita.
תָּא שְׁמַע: אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי יְהוּדָה, מֵאַחַר שֶׁלֹּא הוּזְכְּרוּ וְורִידִין אֶלָּא לְהוֹצִיא מֵהֶן דָּם, מָה לִי בִּשְׁחִיטָה, מָה לִי שֶׁלֹּא בִּשְׁחִיטָה? מִכְּלָל דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר בִּשְׁחִיטָה.
La Guemara rejette cette preuve. Voici ce que les Sages disent à Rabbi Yehuda : Quelle différence y a-t-il pour moi [qu'on] perce les veines au moment de la che'hita, ou qu'on les perce en dehors du moment de la che'hita ? On peut très bien percer les veines après la che'hita. Et Rabbi Yehuda estime que c'est au moment de la che'hita que le sang sort rapidement [car il est encore chaud] ; mais en dehors du moment de la che'hita, le sang ne sort pas rapidement car il est déjà refroidi.
הָכִי קָאָמְרִי לַהּ: מָה לִי לְנַקְּבָן בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה, מָה לִי לְנַקְּבָן שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה? וְהוּא סָבַר: בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה אָתֵי דָּם דְּחָיֵים, שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה לָא אָתֵי דָּם דְּקָרִיר.
Rabbi Yirmeya soulève un dilemme : Selon Rabbi Yehuda, si lors de la coupe des veines [l'abatteur] a fait une pause [chaha — interrompu l'acte] ou a appuyé le couteau [daras] au lieu de le faire coulisser d'avant en arrière — quelle est la halakha ? [Ces actions, qui invalident la che'hita lorsqu'elles sont effectuées lors de la coupe des simanim, invalident-elles également la che'hita lorsqu'elles sont effectuées lors de la coupe des veines ?]
בָּעֵי רַבִּי יִרְמְיָה: וְורִידִין לְרַבִּי יְהוּדָה, שָׁהָה בָּהֶן, דָּרַס בָּהֶן, מַהוּ?
Un certain Ancien [sava] lui dit : Voici ce qu'a dit Rabbi Elazar — et d'autres disent : un certain Ancien dit à Rabbi Elazar que voici ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : Il perce les veines avec une épine [qots] et [la che'hita est] valide. [Cela signifie que] la coupe des veines n'est pas une composante de la che'hita [et les règles de l'interruption et de la pression ne s'y appliquent pas].
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא: הָכִי אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, וְאָמְרִי לַהּ: אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מְנַקְּבָן בְּקוֹץ וְהֵן כְּשֵׁרִין.
Il est enseigné dans une baraitta conformément à l'opinion de Rav 'Hisda [que Rabbi Yehuda n'exige la coupe des veines que pour les oiseaux, et non pour les animaux domestiques] : Si quelqu'un a coupé deux moitiés — une moitié de chacun des simanim — dans un oiseau, la che'hita n'est pas valide ; et il va sans dire que c'est invalide pour un animal domestique [où il faut la majorité des deux simanim]. Rabbi Yehuda dit : Pour un oiseau, la che'hita n'est pas valide tant qu'il n'a pas coupé le goulot et les veines.
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא: שָׁחַט שְׁנֵי חֲצָאֵי סִימָנִין בְּעוֹף – פָּסוּל, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בִּבְהֵמָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּעוֹף – עַד שֶׁיִּשְׁחוֹט אֶת הַוֶּושֶׁט וְאֶת הַוְּורִידִין.
§ [La michna enseigne :] « La moitié d'un [siman] pour un oiseau [et un siman et demi pour un animal domestique] [invalide la che'hita] ». Il a été dit [par les Amoraïm qu'il y a une dispute]. Rav dit : Le statut halakhique d'un siman dont exactement la moitié a été coupée [et la moitié est restée intacte] est comme celui d'un siman dont la majorité a été coupée [et la che'hita est valide]. Rav Kahana dit : Le statut halakhique d'un siman dont exactement la moitié a été coupée n'est pas comme celui d'un siman dont la majorité a été coupée [et la che'hita n'est pas valide].
חֲצִי אֶחָד בְּעוֹף וְכוּ׳. אִתְּמַר: רַב אָמַר: מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה כְּרוֹב, רַב כָּהֲנָא אָמַר: מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה אֵינוֹ כְּרוֹב.