Guémara
La Guemara demande : et pourquoi ai-je besoin de la première mention de la graisse [pédèr] que le Miséricordieux [ha-Ra'haman — la Torah] écrit [dans le verset Vayikra 1:8 : « les morceaux, la tête et la graisse »] ? [La tête a été expliquée ci-dessus, mais] pourquoi la graisse ? La Guemara répond : ce verset est nécessaire pour ce qui est enseigné dans une baraïta : comment le prêtre qui monte les morceaux sur l'autel accomplit-il cela ? Il utilise la graisse [pédèr — la graisse de l'estomac et des entrailles] pour couvrir l'endroit de l'abattage [beit ha-che'hita — le cou sectionné et ensanglanté], et il monte la tête au sommet de l'autel — et c'est la manière deferente [dérekh kavod] envers le Très-Haut.
וּפֶדֶר קַמָּא דִּכְתַב רַחֲמָנָא לְמָה לִי? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה? חוֹפֶה אֶת הַפֶּדֶר עַל בֵּית הַשְּׁחִיטָה וּמַעֲלֵהוּ, וְזֶהוּ דֶּרֶךְ כָּבוֹד שֶׁל מַעְלָה.
Et ce tanna [qui apporte une preuve supplémentaire] apporte la source [pour la règle que la che'hita est effectuée depuis le cou] de cet endroit : car il est enseigné dans une baraïta que la Torah écrit, concernant l'impureté des carcasses [nevélot] : « Telle est la loi de l'animal et de l'oiseau » (Vayikra 11:46), indiquant que les deux sont mis en parallèle. Mais à quel égard un animal est-il égal à un oiseau et un oiseau à un animal ? Les halakhot d'impureté rituelle régissant les animaux et les oiseaux ne sont pas comparables : un animal rend impur par contact et par portage [massa], alors qu'un oiseau ne rend pas impur par contact ou par portage. De plus, un oiseau rend les vêtements de celui qui l'avale impurs rituellement lorsqu'il se trouve dans la gorge [beit ha-belia — pendant la déglutition] ; un animal ne rend pas les vêtements impurs lorsqu'il se trouve dans la gorge.
וְהַאי תַּנָּא מַיְיתֵי לַהּ מֵהָכָא, דְּתַנְיָא: ״זֹאת תּוֹרַת הַבְּהֵמָה וְהָעוֹף״, וְכִי בְּאֵיזוֹ תּוֹרָה שָׁוְותָה בְּהֵמָה לָעוֹף וְעוֹף לִבְהֵמָה? בְּהֵמָה מְטַמְּאָה בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא, עוֹף אֵינוֹ מְטַמֵּא בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא! עוֹף מְטַמֵּא בְּגָדִים אַבֵּית הַבְּלִיעָה, בְּהֵמָה אֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּגָדִים אַבֵּית הַבְּלִיעָה!
À quel égard donc un animal est-il égal à un oiseau et un oiseau à un animal ? Le verset vient vous dire : de même qu'un animal évite l'impureté de la carcasse non abattue [nevéla] par [la voie de] l'abattage rituel [che'hita], de même un oiseau évite l'impureté de la carcasse non abattue par [la voie de] la che'hita. La Guemara objecte : si tel est le cas, disons, sur la base de cette même mise en parallèle : de même que là-bas, dans le cas de l'animal, il échappe à l'impureté grâce à la coupe de la majorité des deux simanim [trachée et oesophage], de même ici, dans le cas de l'oiseau, il échappe à l'impureté grâce à la coupe de la majorité des deux simanim. La Guemara explique que le verset dit « Telle est la loi [zot] » pour restreindre la portée de la mise en parallèle — toutes les halakhot des oiseaux et des animaux ne sont pas identiques.
בְּאֵיזוֹ תּוֹרָה שָׁוְותָה בְּהֵמָה לְעוֹף וְעוֹף לִבְהֵמָה? לוֹמַר לָךְ: מָה בְּהֵמָה בִּשְׁחִיטָה – אַף עוֹף בִּשְׁחִיטָה. אִי מָה לְהַלָּן בְּרוֹב שְׁנַיִם – אַף כָּאן בְּרוֹב שְׁנַיִם? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״זֹאת״.
La baraïta continue. Rabbi Eliézer dit : à quel égard un animal est-il égal à un oiseau et un oiseau à un animal ? Le verset vient vous dire : de même que, dans le cas d'un oiseau, son aptitude [pour le sacrifice et la consommation] est accomplie par la mélika [pincement de la nuque par l'ongle du prêtre] et la che'hita effectuée depuis le cou — car la Torah dit concernant les offrandes d'oiseaux que l'on pince la tête depuis la nuque —, de même, dans le cas d'un animal, son aptitude est accomplie par la che'hita effectuée depuis le cou.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בְּאֵיזוֹ תּוֹרָה שָׁוְותָה בְּהֵמָה לְעוֹף וְעוֹף לִבְהֵמָה? לוֹמַר לָךְ: מָה עוֹף הֶכְשֵׁרוֹ מִן הַצַּוָּאר, אַף בְּהֵמָה הֶכְשֵׁרָהּ מִן הַצַּוָּאר.
La Guemara objecte : si tel est le cas, disons, sur la base de cette même mise en parallèle : de même que là-bas, dans le cas de l'oiseau, [la mélika est effectuée] « près de la nuque [mimoul orpô] », de même ici, dans le cas de l'animal, la che'hita est effectuée près de la nuque et non depuis la gorge. La Guemara explique : c'est pourquoi le verset dit, concernant l'oiseau : « Et il pincera sa tête près de sa nuque, mais ne la séparera pas » (Vayikra 5:8) — d'où il est déduit : c'est la tête de celui-ci [l'oiseau] qui est pincée près de la nuque, mais la tête d'un autre [l'animal] n'est pas coupée près de la nuque.
אִי מָה לְהַלָּן ״מִמּוּל עוֹרֶף״, אַף כָּאן ״מִמּוּל עוֹרֶף״? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּמָלַק אֶת רֹאשׁוֹ מִמּוּל עׇרְפּוֹ וְלֹא יַבְדִּיל״ – רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה מִמּוּל עוֹרֶף, וְאֵין רֹאשׁוֹ שֶׁל אַחַר מִמּוּל עוֹרֶף.
La Guemara demande : et selon Rabbi Eliézer, que fait-il de ce terme « Telle est la loi [zot] » à partir duquel le premier tanna a restreint la portée de la mise en parallèle entre animaux et oiseaux ? La Guemara répond : sans la dérivation à partir du terme « Telle est la loi », j'aurais dit : de même que l'aptitude d'un oiseau est accomplie par la coupe d'un seul des simanim devant être sectionnés lors de l'abattage rituel [soit la trachée, soit l'oesophage], de même l'aptitude d'un animal est accomplie par la coupe d'un seul siman. C'est pourquoi le Miséricordieux écrit « Telle est la loi », pour restreindre la mise en parallèle.
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, הַאי ״זֹאת״ מַאי עָבֵיד לֵיהּ? אִי לָאו ״זֹאת״ הֲוָה אָמֵינָא: מָה עוֹף בְּסִימָן אֶחָד, אַף בְּהֵמָה בְּסִימָן אֶחָד, כְּתַב רַחֲמָנָא ״זֹאת״.
§ Bar Kappara enseigna que le verset dit : « Telle est la loi de l'animal et de l'oiseau, et de tout être vivant qui se meut dans les eaux, et de tout être rampant qui rampe sur la terre » (Vayikra 11:46). Le verset a placé l'oiseau entre l'animal et les poissons. L'obliger [l'oiseau] à la coupe des deux simanim devant être sectionnés lors de l'abattage rituel est impossible — car il a déjà été mis en parallèle avec les poissons [pour lesquels aucun abattage n'est requis]. L'en exempter entièrement, sans rien, est impossible — car il a déjà été mis en parallèle avec l'animal. Comment donc l'oiseau est-il rendu apte à la consommation ? Par la coupe d'un seul siman.
תָּנֵי בַּר קַפָּרָא: ״זֹאת תּוֹרַת הַבְּהֵמָה וְהָעוֹף״ – הֵטִיל הַכָּתוּב לְעוֹף בֵּין בְּהֵמָה לְדָגִים, לְחַיְּיבוֹ בִּשְׁנֵי סִימָנִין אִי אֶפְשָׁר – שֶׁכְּבָר הוּקַּשׁ לְדָגִים, לְפוֹטְרוֹ בְּלֹא כְּלוּם אִי אֶפְשָׁר – שֶׁכְּבָר הוּקַּשׁ לִבְהֵמָה. הָא כֵּיצַד הֶכְשֵׁרוֹ? בְּסִימָן אֶחָד.
La Guemara demande : d'où sait-on que les poissons ne sont pas sujets à l'abattage [rituel] ? Si l'on dit [que c'est] parce qu'il est écrit : « Si l'on abat pour eux des brebis et des boeufs... ou si l'on rassemble [yé'assef] pour eux tous les poissons de la mer, cela leur suffira-t-il ? » (Bamidbar 11:22) — ce qui indiquerait que le simple rassemblement [asifa] leur suffit — ce n'est pas une preuve [car peut-être asifa ne remplace pas la che'hita mais y est simplement associé].
דָּגִים דְּלָאו בְּנֵי שְׁחִיטָה נִינְהוּ, מְנָלַן? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״הֲצֹאן וּבָקָר יִשָּׁחֵט לָהֶם אִם אֶת כׇּל דְּגֵי הַיָּם יֵאָסֵף לָהֶם״, בַּאֲסִיפָה בְּעָלְמָא סַגִּי לְהוּ.
La Guemara clarifie : mais si tel est le cas [que asifa remplace la che'hita pour les poissons], concernant les cailles [selav] également, à propos desquelles il est écrit : « Et le peuple se leva... et rassembla les cailles [va-yass'fou et ha-selav] » (Bamidbar 11:32) — on dirait de même que les oiseaux, comme les poissons, n'ont pas besoin de che'hita ? La Guemara répond en posant une question : mais n'avez-vous pas dit : exempter les oiseaux de la che'hita entièrement, sans rien, est impossible, puisqu'ils ont déjà été mis en parallèle avec l'animal ? La Guemara répond : là-bas [pour les cailles], le rassemblement n'est pas écrit dans le contexte de l'abattage d'autres [animaux] ; le rassemblement n'est donc pas compris comme une alternative à l'abattage des oiseaux. Ici [pour les poissons], le rassemblement est écrit dans le contexte de l'abattage d'autres [animaux], ce qui indique que le rassemblement est une alternative à l'abattage.
אֶלָּא מֵעַתָּה, גַּבֵּי שְׂלָיו דִּכְתִיב: ״וַיַּאַסְפוּ אֶת הַשְּׂלָיו״, הָכִי נָמֵי דְּלָאו בִּשְׁחִיטָה? וְהָא אָמְרַתְּ: לְפוֹטְרוֹ בִּוְלֹא כְּלוּם אִי אֶפְשָׁר, שֶׁכְּבָר הוּקַּשׁ לִבְהֵמָה! הָתָם לָא כְּתִיבָא אֲסִיפָה בִּמְקוֹם שְׁחִיטָה דְּאַחֲרִינֵי, הָכָא כְּתִיבָא אֲסִיפָה בִּמְקוֹם שְׁחִיטָה דְּאַחֲרִינֵי.
Un passant de Galilée enseigna : l'aptitude des animaux à la consommation, qui ont été créés de la terre ferme [yabbasha], est accomplie par la coupe de deux simanim, le gosier et la trachée-artère. L'aptitude des poissons à la consommation, qui ont été créés de l'eau, est accomplie par rien [aucun abattage n'est requis]. L'aptitude des oiseaux à la consommation, qui ont été créés de la boue [ha-rékak — un mélange de terre et d'eau], est accomplie par la coupe d'un seul siman. Rav Chmouel de Cappadoce dit : sache [que les oiseaux ont été créés d'un mélange de terre et d'eau], car ils ont des écailles sur leurs pattes comme les poissons.
דָּרַשׁ עוֹבֵר גָּלִילָאָה: בְּהֵמָה שֶׁנִּבְרֵאת מִן הַיַּבָּשָׁה – הֶכְשֵׁרָהּ בִּשְׁנֵי סִימָנִים, דָּגִים שֶׁנִּבְרְאוּ מִן הַמַּיִם – הֶכְשֵׁירָן בִּוְלֹא כְּלוּם, עוֹף שֶׁנִּבְרָא מִן הָרְקָק – הֶכְשֵׁרוֹ בְּסִימָן אֶחָד. אָמַר רַב שְׁמוּאֵל קַפּוֹטְקָאָה: תֵּדַע, שֶׁהֲרֵי עוֹפוֹת יֵשׁ לָהֶן קַשְׂקֶשֶׂת בְּרַגְלֵיהֶם כַּדָּגִים.
Et de plus, [un officier romain] lui demanda [à Rabban Yo'hanan ben Zakkaï] : un verset dit : « Et Dieu dit : Que les eaux fourmillent de tout être vivant rampant, et des oiseaux qui voleront » (Béréchit 1:20) — apparemment, les oiseaux ont été créés de l'eau. Et il est écrit : « Et l'Éternel Dieu forma de la terre [adamah] toute bête des champs et tout oiseau du ciel » (Béréchit 2:19) — apparemment, les oiseaux ont été créés de la terre !
וְעוֹד שְׁאֵלוֹ, כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים יִשְׁרְצוּ הַמַּיִם שֶׁרֶץ נֶפֶשׁ חַיָּה וְעוֹף יְעוֹפֵף״, אַלְמָא מִמַּיָּא אִיבְּרוֹ, וּכְתִיב: ״וַיִּצֶר ה׳ אֱלֹהִים מִן הָאֲדָמָה כׇּל חַיַּת הַשָּׂדֶה וְאֵת כׇּל עוֹף הַשָּׁמַיִם״, אַלְמָא מֵאַרְעָא אִיבְּרוֹ!
Rabban Yo'hanan ben Zakkaï lui dit : ils ont été créés de la boue [rékak]. Il vit ses disciples se regarder les uns les autres avec étonnement. Il leur dit : cela vous trouble-t-il que j'aie repoussé mon adversaire avec un argument fragile [be-kach — littéralement : avec de la paille] ? En réalité, c'est de l'eau que les oiseaux ont été créés. Et pourquoi le verset dit-il qu'ils ont été formés de la terre et que Dieu les a amenés à Adam ? Ce n'est pas parce qu'ils ont été réellement formés de la terre, mais seulement parce qu'ils ont été amenés à Adam pour qu'il leur donne des noms [kériath chem].
אָמַר לוֹ: מִן הָרְקָק נִבְרְאוּ. רָאָה תַּלְמִידָיו מִסְתַּכְּלִים זֶה בָּזֶה, אָמַר לָהֶם: קָשֶׁה בְּעֵינֵיכֶם שֶׁדָּחִיתִי אֶת אוֹיְבִי בְּקַשׁ? מִן הַמַּיִם נִבְרְאוּ, וְלָמָּה הֱבִיאָן אֶל הָאָדָם? לִקְרוֹת לָהֶן שֵׁם.