Guémara
Un couteau dans lequel il y a plusieurs encoches [péguimot] doit être considéré comme une scie [méguéra — et la che'hita est invalide] ; quant au couteau dans lequel il n'y a qu'une seule encoche : si cette encoche accroche [oguéret] la che'hita est invalide [même après le fait], mais si elle embrouille [mesoukhs'khet] la che'hita est valide [après le fait]. Quelles sont les circonstances d'une encoche qui accroche et quelles sont celles d'une encoche qui embrouille ? Rabbi Eliézer dit : une encoche qui accroche est celle qui possède un bord tranchant des deux côtés [deux pointes], tandis qu'une encoche qui embrouille est celle qui ne possède un bord tranchant que d'un seul côté.
סַכִּין שֶׁיֵּשׁ בָּהּ פְּגִימוֹת הַרְבֵּה – תִּידּוֹן כִּמְגֵירָה, וְשֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא פְּגִימָה אַחַת: אוֹגֶרֶת – פְּסוּלָה, מְסוּכְסֶכֶת – כְּשֵׁרָה. הֵיכִי דָּמְיָא אוֹגֶרֶת? הֵיכִי דָּמְיָא מְסוּכְסֶכֶת? אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: אוֹגֶרֶת – מִשְׁתֵּי רוּחוֹת, מְסוּכְסֶכֶת – מֵרוּחַ אַחַת.
La Guemara conteste cette explication : quelle est la différence pour une encoche à deux bords tranchants — le premier bord [moresha] entame le cou [en incisant la peau et la chair] et le second bord déchire les simanim ? Dans le cas d'une encoche à un seul bord tranchant aussi, c'est la pointe acérée du couteau [qui précède l'encoche] qui entame le cou, et le bord de l'encoche déchire les simanim ! La Guemara précise : il s'agit d'une encoche qui se situe au sommet [à la pointe] du couteau [au début de la lame, là où commence l'abattage]. La Guemara objecte : en fin de compte, lorsque le couteau va dans un sens il entame le cou et lorsqu'il revient dans l'autre sens il déchire les simanim ! La Guemara précise : il s'agit d'un cas où il a poussé le couteau vers l'avant et ne l'a pas ramené [un seul mouvement dans une direction, sans retour].
מַאי שְׁנָא מִשְׁתֵּי רוּחוֹת, דְּמוּרְשָׁא קַמָּא מַחְלֵישׁ וּמוּרְשָׁא בָּתְרָא בָּזַע? מֵרוּחַ אַחַת נָמֵי, חוּרְפָּא דְּסַכִּינָא מַחְלֵישׁ, מוּרְשָׁא בָּזַע! דְּקָאֵים אַרֵישָׁא דְּסַכִּינָא. סוֹף סוֹף, כִּי אָזְלָא מַחְלְשָׁא, כִּי (אתא בזע) [אָתְיָא בָּזְעָה]! כְּגוֹן שֶׁהוֹלִיךְ וְלֹא הֵבִיא.
Rava dit : il y a trois catégories concernant le couteau [vis-à-vis de ses encoches]. Si l'encoche accroche — on ne doit pas effectuer la che'hita avec ce couteau, et si on a effectué la che'hita, sa che'hita est invalide. Si l'encoche embrouille — on ne doit pas effectuer la che'hita avec ce couteau a priori [lékhath'hila] ; mais si on a effectué la che'hita, sa che'hita est valide après le fait [bédi'avad]. Si [la lame présente une déformation qui] monte et descend [oléh véyoréd — une dépression sans pointe tranchante, uniquement un creux lissé] — on peut effectuer la che'hita avec ce couteau a priori [lékhath'hila].
אָמַר רָבָא: שָׁלֹשׁ מִדּוֹת בְּסַכִּין – אוֹגֶרֶת – לֹא יִשְׁחוֹט, וְאִם שָׁחַט – שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה. מְסוּכְסֶכֶת – לֹא יִשְׁחוֹט בָּהּ לְכִתְחִלָּה, וְאִם שָׁחַט – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה. עוֹלֶה וְיוֹרֵד בְּסַכִּין – שׁוֹחֵט בָּהּ לְכַתְּחִלָּה.
Rav Houna fils de Rav Ne'hemya dit à Rav Achi : tu nous as dit au nom de Rava que si l'encoche embrouille [mesoukhs'khet], la che'hita est invalide. Mais Rava a-t-il dit : si l'encoche embrouille, la che'hita est valide ! Rav Achi répond : cela n'est pas difficile. Ici, là où Rava dit que la che'hita est invalide, c'est dans un cas où il a poussé le couteau vers l'avant et l'a ramené [mouvement d'aller-retour]. Là, où Rava dit que la che'hita est valide, c'est dans un cas où il a poussé le couteau vers l'avant et ne l'a pas ramené [un seul mouvement].
אֲמַר לֵיהּ רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נְחֶמְיָה לְרַב אָשֵׁי: אֲמַרְתְּ לַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: מְסוּכְסֶכֶת פְּסוּלָה, וְהָא אָמַר רָבָא: מְסוּכְסֶכֶת כְּשֵׁרָה! לָא קַשְׁיָא: כָּאן שֶׁהוֹלִיךְ וְהֵבִיא, כָּאן שֶׁהוֹלִיךְ וְלֹא הֵבִיא.
Rav A'ha fils de Rav Avya dit à Rav Achi : si le couteau ressemble à une barbe d'épi de grain [sassa — pas parfaitement lisse, mais sans encoche proprement dite], quelle est la halakha ? Rav Achi lui répondit : qui nous donnera de la viande d'un animal abattu avec un tel couteau, et nous en mangerons [c'est-à-dire : un tel couteau est valide, et nous serions heureux de manger de la viande abattue avec lui].
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אַוְיָא לְרַב אָשֵׁי: דָּמְיָא לְסָאסָא, מַאי? אֲמַר לֵיהּ: מַאן יָהֵיב לַן מִבִּשְׂרֵיהּ וְאָכְלִינַן.
Rav 'Hisda dit : d'où dérive-t-on que la vérification [bédiqat hassakkine] du couteau [avant la che'hita] est une obligation de la Torah [mideoraïta] ? Elle est dérivée d'un verset, comme il est dit concernant les instructions de Chaoul au peuple : « Et égorgez avec ceci et mangez » (Chevouèl 1 [Chmouel Aleph] 14, 34) — ce qui indique que Chaoul leur remit le couteau seulement après s'être assuré qu'il était apte à égorger leurs animaux.
אָמַר רַב חִסְדָּא: מִנַּיִן לִבְדִיקַת סַכִּין מִן הַתּוֹרָה? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּשְׁחַטְתֶּם בָּזֶה וַאֲכַלְתֶּם״.
La Guemara demande : n'est-ce pas évident qu'il faut vérifier le couteau ? Puisque si [une encoche] venait à perforer l'oesophage [véchet], l'animal serait térefa [impropre à la consommation] — il est donc évident que la vérification est requise [pour prévenir cela]. La Guemara répond : nous voulons dire qu'il faut une source pour l'obligation de montrer le couteau à un erudit de la Torah [hakham] pour vérification. La Guemara demande : cette obligation est-elle de la Torah ? Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit que les Sages ont institué de montrer le couteau à un érudit de la Torah uniquement par égard [kavod] pour cet érudit [et non comme obligation biblique] ? La Guemara répond : en effet, c'est une obligation rabbinique, et le verset est cité comme simple appui [assmakhta], non comme source halakhique.
פְּשִׁיטָא, כֵּיוָן דְּכִי נְקַב טְרֵיפָה, בָּעֲיָא בְּדִיקָה לְחָכָם קָאָמְרִינַן! וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא אָמְרוּ לְהַרְאוֹת סַכִּין לְחָכָם אֶלָּא מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם! מִדְּרַבָּנַן, וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא.
La Guemara note : en Occident [Eretz Israël], on examine le couteau au soleil [pour détecter les encoches]. À Nehardea, on l'examinait dans de l'eau [en plaçant la lame sur la surface de l'eau : une encoche altère visiblement la surface]. Rav Chéchet l'examinait avec la pointe de sa langue. Rav A'ha bar Yaakov l'examinait avec un fil de cheveu [qu'il passait sur la lame : si une encoche existait, le cheveu s'y accrochait].
בְּמַעְרְבָא בָּדְקִי לַהּ בְּשִׁימְשָׁא, בִּנְהַרְדְּעָא בָּדְקוּ לַהּ בְּמַיָּא, רַב שֵׁשֶׁת בָּדֵק לַהּ בְּרֵישׁ לִישָּׁנֵיהּ, רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב בָּדֵק לַהּ בְּחוּט הַשַּׂעֲרָה.
À Soura [centre d'étude babylonien], on dit : la lame consomme [c'est-à-dire coupe] la chair ; que la chair examine la lame [c'est-à-dire qu'il faut vérifier la lame sur la chair ou sur le bout du doigt — matière similaire à ce qu'elle coupera]. Rav Pappa dit : le couteau doit être vérifié sur la chair [du bout du doigt], sur l'ongle [de l'index], et sur les trois faces du couteau [le tranchant et les deux côtés de la lame].
בְּסוּרָא אָמְרִי: בִּישְׂרָא אָכְלָה, בִּישְׂרָא לִבְדְּקַהּ. אָמַר רַב פָּפָּא: צְרִיכָא בְּדִיקָה אַבִּישְׂרָא, וְאַטּוּפְרָא, וְאַתְּלָתָא רוּחָתָא.
Ravina dit à Rav Achi : Rav Samma fils de Rav Mecharchiya nous a dit en ton nom que tu lui as dit au nom de Rava : le couteau doit être vérifié sur la chair, sur l'ongle, et sur les trois faces. Rav Achi lui dit : j'ai dit [qu'il faut vérifier] sur la chair et sur l'ongle, et [la vérification] sur les trois faces — je ne l'ai pas dite. Il y a ceux qui disent que Rav Achi lui dit : j'ai dit [qu'il faut vérifier] sur la chair, sur l'ongle et sur les trois faces, et au nom de Rava — je ne l'ai pas dit [c'est ma propre opinion].
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: אָמַר לַן רַב סַמָּא בְּרֵיהּ דְּרַב מְשַׁרְשְׁיָא מִשְּׁמָךְ, דַּאֲמַרְתְּ לֵיהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: צְרִיכָא בְּדִיקָה אַבִּישְׂרָא וְאַטּוּפְרָא וְאַתְּלָתָא רוּחָתָא. אֲמַר לֵיהּ: אַבִּישְׂרָא וְאַטּוּפְרָא אֲמַרִי, וְאַתְּלָתָא רוּחָתָא לָא אֲמַרִי. אִיכָּא דְּאָמְרִי: אַבִּישְׂרָא וְאַטּוּפְרָא וְאַתְּלָתָא רוּחָתָא אֲמַרִי, מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא לָא אֲמַרִי.
Ravina et Rav A'ha fils de Rava étaient assis devant Rav Achi. On apporta un couteau devant Rav Achi pour le vérifier. Rav Achi dit à Rav A'ha fils de Rava : examine-le. Il l'examina sur l'ongle, sur la chair et sur les trois faces. Rav Achi lui dit : bien fait [yichar], et Rav Kahana a de même dit que c'est ainsi qu'on doit vérifier un couteau.
רָבִינָא וְרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא הֲווֹ יָתְבִי קַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי, אַיְיתוֹ סַכִּין לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי לִבְדְּקַהּ. אֲמַר לֵיהּ לְרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא: בִּידְקַהּ. בַּדְקַהּ אַטּוּפְרָא וְאַבִּישְׂרָא וְאַתְּלָתָא רוּחָתָא. אֲמַר לֵיהּ: יִישַׁר, וְכֵן אָמַר רַב כָּהֲנָא.
Rav Yeimar dit : la vérification sur l'ongle et sur la chair est nécessaire, mais la vérification sur les trois faces n'est pas nécessaire. N'est-il pas vrai que Rabbi Zeira dit au nom de Chmouel : si quelqu'un a chauffé un couteau jusqu'à le rendre blanc [libben — incandescent] et a effectué la che'hita avec lui, sa che'hita est valide — car le tranchant [de la lame froide] précède l'effet brûlant de l'incandescence [le tranchant coupe les simanim avant que la chaleur ne les cautérise] ? Et pourtant nous nous demandions : mais il y a les faces latérales [du couteau, qui sont incandescentes et qui brûlent la gorge] ! Et nous répondons : l'espace de l'abattage dans la gorge s'écarte immédiatement après l'incision, et les tissus de part et d'autre ne sont pas brûlés par la lame incandescente. Ici aussi [pour les encoches sur les faces], l'espace de l'abattage s'écarte immédiatement, et les encoches sur les faces du couteau n'entrent pas en contact avec les simanim.
רַב יֵימַר אֲמַר: אַטֻּופְרָא וְאַבִּישְׂרָא צְרִיכָא, אַתְּלָתָא רוּחָתָא לָא צְרִיכָא. מִי לָא אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר שְׁמוּאֵל: לִיבֵּן סַכִּין וְשָׁחַט בָּהּ – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, שֶׁחִידּוּדָהּ קוֹדֶם לְלִיבּוּנָהּ; וְקַשְׁיָא לַן: הָאִיכָּא צְדָדִין! וְאָמְרִינַן: בֵּית הַשְּׁחִיטָה מִרְוָוח רָוַוח. הָכָא נָמֵי, בֵּית הַשְּׁחִיטָה מִרְוָוח רָוַוח.