Guémara
On aurait pu penser que pour les erarkhim [evaluations sacrees] aussi, il devrait en aller de meme [c'est-a-dire que si l'argent de l'evaluation est vole ou perdu, le dedicant n'en est pas responsable]. C'est pourquoi le verset dit : « Et il donnera ton evaluation ce jour-la comme une chose sacree a l'Eternel » (Vayikra 27:23), ce qui indique que l'argent de l'evaluation est [considere comme] non sacre [choullin] jusqu'a ce qu'il parvienne en possession du tresorier du Temple [guizbar], et que le dedicant en est donc responsable jusqu'a cet instant. Il est donc manifeste que meme pour les erarkhim, le dedicant est financierement responsable — contrairement a la declaration de Rav Hamnuna.
יָכוֹל אַף זֶה כֵּן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְנָתַן אֶת הָעֶרְכְּךָ וְגוֹ׳״ – חוּלִּין עַד שֶׁיָּבֹאוּ לִידֵי גִזְבָּר.
Plutot, si une declaration a ete formulee [par Rav Hamnuna], voici ce qui a ete formule : Rav Hamnuna dit que tout le monde s'accorde en ce qui concerne les erarkhim [evaluations sacrees] que meme si l'on n'a pas dit « il m'incombe [harè alai] », on est neanmoins financierement responsable, comme il est ecrit : « Et il donnera ton evaluation » — [indiquant que] l'argent de l'evaluation reste non sacre [choullin] entre ses mains jusqu'a ce qu'il parvienne en possession du tresorier.
אֶלָּא, אִי אִיתְּמַר, הָכִי אִיתְּמַר: אָמַר רַב הַמְנוּנָא: הַכֹּל מוֹדִים בַּעֲרָכִין, דְּאַף עַל גַּב דְּלָא אָמַר ״עָלַי״ – מִיחַיַּיב, דִּכְתִיב ״וְנָתַן אֶת הָעֶרְכְּךָ״, חוּלִּין הֵן בְּיָדְךָ עַד שֶׁיָּבֹאוּ לִידֵי גִזְבָּר.
§ La michna dit : Il y a davantage de rigueur [dans la mitsva] de la couverture du sang [kissouï hadam] que dans [la mitsva du] renvoi de la mere [du nid], car la couverture du sang s'applique aux animaux sauvages [hayya] et aux oiseaux, aux animaux facilement accessibles [mezoumanIM] et a ceux qui ne le sont pas ; tandis que le renvoi de la mere du nid ne s'applique qu'aux oiseaux non facilement accessibles. Concernant la mitsva du renvoi de la mere, les Sages ont enseigne dans une baraita [source tannaitique exterieure a la michna] : Le verset dit : « Si tu rencontres un nid d'oiseau devant toi, en chemin, dans n'importe quel arbre ou sur la terre, avec des oisillons ou des œufs, et la mere est posee sur les oisillons ou sur les œufs, tu ne prendras pas la mere avec les petits ; tu enverras la mere, mais les petits, tu pourras les prendre pour toi » (Devarim 22:6-7). Pourquoi le verset a-t-il besoin d'inclure tous les details qu'il contient ?
חוֹמֶר בְּכִסּוּי וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן, ״כִּי יִקָּרֵא קַן צִפּוֹר לְפָנֶיךָ״ – מָה תַּלְמוּד לוֹמַר?
Puisqu'il est dit : « Tu enverras [challeau'] la mere, mais les petits tu prendras pour toi », on aurait pu penser que le redoublement verbal « challeau' techalleah' » [tu enverras — envoyer] indique que l'on doit rechercher dans les montagnes et les collines afin de trouver un nid pour accomplir cette mitsva. C'est pourquoi le verset dit : « Si tu rencontres [ki yikara] » — indiquant que l'on n'est oblige d'envoyer la mere que lorsque [un nid] se presente devant soi ; on n'est pas tenu de rechercher activement un nid.
לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר ״שַׁלֵּחַ תְּשַׁלַּח אֶת הָאֵם וְאֶת הַבָּנִים תִּקַּח לָךְ״, יָכוֹל יַחְזוֹר בְּהָרִים וּגְבָעוֹת כְּדֵי שֶׁיִּמְצָא קֵן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״כִּי יִקָּרֵא״ – בִּמְאוֹרָע לְפָנֶיךָ.
La baraita continue : Le mot « nid » [kan] indique que cette mitsva s'applique en tout cas [meme a un nid ne contenant qu'un seul oisillon ou qu'un seul œuf]. Le mot « oiseau » [tsippor] indique que la mitsva ne s'applique qu'aux oiseaux cacheres [purs], et non aux oiseaux non cacheres [impurs]. L'expression « devant toi » [lefanekha] indique que la mitsva s'applique a un nid se trouvant dans une propriete privee [reshout hayay'hid], par exemple dans un verger ou un champ non garde. L'expression « en chemin » [baderekh] indique que la mitsva s'applique egalement a un nid trouve dans la voie publique [reshout harabim]. D'ou derive-t-on que la mitsva s'applique aussi aux nids trouves dans les arbres ? Le verset dit : « Dans n'importe quel arbre. » Et pour les nids trouves dans des puits, des fosses et des grottes, d'ou derive-t-on que la mitsva s'y applique egalement ? Le verset dit : « Ou sur la terre [al ha-aretz] », indiquant que la mitsva s'applique a un nid sur tout type de sol.
״קַן״ – [קֵן] מִכׇּל מָקוֹם, ״צִפּוֹר״ – טְהוֹרָה וְלֹא טְמֵאָה, ״לְפָנֶיךָ״ – בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד, ״בַּדֶּרֶךְ״ – בִּרְשׁוּת הָרַבִּים, בָּאִילָנוֹת מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״בְּכׇל עֵץ״, בְּבוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״אוֹ עַל הָאָרֶץ״.
La baraita continue : Et puisqu'en fin de compte nous incluons tout — c'est-a-dire tout emplacement du nid — d'apres le verset « dans n'importe quel arbre ou sur la terre », pourquoi ai-je besoin de l'expression anterieure « devant toi en chemin » ? C'est pour vous dire : de meme qu'un nid « en chemin » est un cas dans lequel le nid n'est pas en votre possession et n'est pas facilement accessible, de meme pour tous les autres cas, on n'est oblige qu'a condition que le nid ne soit pas en votre possession. De la les Sages ont dit : Concernant les pigeons d'un pigeonnier [yonei chouvakh] ou les pigeons d'un grenier [yonei aliya] qui ont niche dans de petites niches murales [tefii'him] ou dans des batisses [birot], et les oies ou les poules qui ont niche dans un verger, on est oblige dans la mitsva du renvoi de la mere — car de tels oiseaux ne sont pas en votre possession. Mais concernant des oiseaux qui ont niche a l'interieur de la maison, et de meme concernant les pigeons domestiques [yonei hardasiyot], on est exempte de la mitsva du renvoi de la mere.
וְכִי מֵאַחַר שֶׁסּוֹפֵנוּ לְרַבּוֹת כׇּל דָּבָר, ״לְפָנֶיךָ בַּדֶּרֶךְ״ לְמָה לִי? לוֹמַר לָךְ: מָה דֶּרֶךְ שֶׁאֵין קִנּוֹ בְּיָדֶךָ, אַף כֹּל שֶׁאֵין קִנּוֹ בְּיָדֶךָ. מִכָּאן אָמְרוּ: יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִיָּיה שֶׁקִּנְּנוּ בִּטְפִיחִין וּבְבִירוֹת, וַאֲוָוזִין וְתַרְנְגוֹלִין שֶׁקִּנְּנוּ בַּפַּרְדֵּס – חַיָּיב בְּשִׁילּוּחַ, אֲבָל קִנְּנוּ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, וְכֵן יוֹנֵי הַרְדָּסִיָּאוֹת – פָּטוּר מִשִּׁילּוּחַ.
§ La Guemara analyse la baraita citee plus haut. Le Maitre [dans la baraita] a dit : De meme qu'un nid « en chemin » est un cas dans lequel le nid n'est pas en votre possession, de meme pour tous les autres cas, on n'est oblige qu'a condition que le nid ne soit pas en votre possession. La Guemara demande : Pourquoi ai-je besoin de cette derivation ? Elle peut etre derivee de l'expression « si tu rencontres [ki yikara] », qui est enseignee ainsi : « si tu rencontres » exclut un nid facilement accessible [mezoumanN]. Et en outre, pourquoi ai-je besoin du terme « devant toi » pour inclure un nid trouve dans une propriete privee ? Cela est deja derive du verset : « Dans n'importe quel arbre ou sur la terre. »
אָמַר מָר: מָה ״דֶּרֶךְ״ – שֶׁאֵין קִנּוֹ בְּיָדְךָ, אַף כֹּל שֶׁאֵין קִנּוֹ בְּיָדְךָ. הָא לְמָה לִי? מִ״כִּי יִקָּרֵא״ נָפְקָא, ״כִּי יִקָּרֵא״ פְּרָט לִמְזוּמָּן. וְעוֹד, ״לְפָנֶיךָ״ לְמָה לִּי?
Plutot [dit la Guemara], le terme « devant toi » est necessaire pour inclure un cas ou des oiseaux etaient [prealablement] devant toi — c'est-a-dire qu'ils avaient un proprietaire et lui etaient facilement accessibles — et ont ensuite fui et niche ailleurs [il est alors oblige dans la mitsva du renvoi, car ils ne lui sont plus accessibles]. Et [le terme] « en chemin [baderekh] » est necessaire pour ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Si quelqu'un a trouve un nid dans la mer [par exemple dans le cas d'un arbre emporte par la mer avec un nid dans ses branches], il est oblige dans la mitsva du renvoi de la mere, car il est dit : « Ainsi parle l'Eternel, qui fraie un chemin dans la mer, et une route dans les eaux puissantes » (Yechaya 43:16). Le terme « chemin » [derekh] s'applique meme a la mer.
אֶלָּא ״לְפָנֶיךָ״, לְאֵתוֹיֵי שֶׁהָיוּ לְפָנֶיךָ וּמָרְדוּ, ״בַּדֶּרֶךְ״ – כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מָצָא קֵן בַּיָּם חַיָּיב בְּשִׁילּוּחַ, שֶׁנֶּאֱמַר ״כֹּה אָמַר ה׳ הַנּוֹתֵן בַּיָּם דָּרֶךְ וְגוֹ׳״.
La Guemara objecte : Si tel est le cas, alors si quelqu'un trouve un nid dans les airs — par exemple dans le cas ou un oiseau porte son nid en volant — au sujet duquel il est ecrit : « Le chemin de l'aigle dans les cieux » (Michlei 30:19), il serait egalement oblige dans la mitsva du renvoi de la mere du nid ! La Guemara repond : Les cieux sont appeles « le chemin de l'aigle » [derekh hanecherN], mais ils ne sont pas appeles « chemin » [derekh] de maniere non qualifiee. La mer, en revanche, est designee simplement par le terme « chemin ».
אֶלָּא מֵעַתָּה, מָצָא קֵן בַּשָּׁמַיִם, דִּכְתִיב ״דֶּרֶךְ נֶשֶׁר בַּשָּׁמַיִם״, הָכִי נָמֵי דְּמִיחַיַּיב בְּשִׁילּוּחַ הַקֵּן? ״דֶּרֶךְ נֶשֶׁר״ אִיקְּרִי, ״דֶּרֶךְ״ סְתָמָא לָא אִיקְּרִי.
§ Les habitants de Pappounya [une ville] dirent a Rav Mattana : Si quelqu'un trouve un nid sur la tete d'un etre humain, quelle est la halakha concernant la mitsva du renvoi de la mere ? [Le nid est-il considere comme etant sur la terre, de sorte qu'on soit oblige dans la mitsva ?] Rav Mattana leur dit que l'on est oblige dans la mitsva dans un tel cas, car le verset dit : « Et de la terre [adama] sur sa tete » (II Chemouel 15:32) [et non de la poussiere — indiquant que la tete d'un homme est consideree comme la terre]. Ils demandent aussi a Rav Mattana : D'ou dans la Torah y a-t-il une allusion a Mocheh [Moise] avant sa naissance ? Il repond que le verset dit : « Car lui aussi [bechaggam] est chair ; et ses jours seront cent vingt ans » (Berechit 6:3). La valeur numerique [guematria] de « bechaggam » est identique a celle du nom hebreux Mocheh, et il est connu que Moise a vecu cent vingt ans en tout (voir Devarim 34:7).
אָמְרִי לֵיהּ פַּפּוּנָאֵי לְרַב מַתְנָה: מָצָא קֵן בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל אָדָם מַהוּ? אֲמַר [לְהוּ]: ״וַאֲדָמָה עַל רֹאשׁוֹ״. מֹשֶׁה מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? ״בְּשַׁגַּם הוּא בָּשָׂר״.
Ils demanderent egalement : D'ou dans la Torah peut-on trouver une allusion a la pendaison de Haman ? Il repond : Le verset dit, apres qu'Adam eut mange du fruit de l'arbre de la connaissance : « As-tu mange de [hamin] l'arbre, au sujet duquel je t'avais ordonne de ne pas manger ? » (Berechit 3:11). Hamin s'ecrit de la meme maniere que Haman : he, mem, noun.
הָמָן מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? ״הֲמִן הָעֵץ״.
Ils demanderent egalement : D'ou dans la Torah peut-on trouver une allusion aux evenements concernant Esther ? Il leur repond que le verset dit : « Ma colere s'allumera contre eux en ce jour-la, et je les abandonnerai, et je cacherai [haster astir] Mon visage d'eux en ce jour-la, pour tout le mal qu'ils auront fait » (Devarim 31:17-18). Ils demanderent aussi : D'ou dans la Torah peut-on trouver une allusion a la grandeur conferee a Mordekhai ? Il repond : Car il est ecrit concernant l'huile d'onction du Tabernacle : « Et tu prendras les meilleures epices — de la myrrhe courante [mor deror] » (Chemot 30:23) ; et nous traduisons « mor deror » en arameeen comme « mira dakhya » [myrrhe pure], ce qui ressemble au nom Mordekhai.
אֶסְתֵּר מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? ״וְאָנֹכִי הַסְתֵּר אַסְתִּיר״. מׇרְדֳּכַי מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? דִּכְתִיב: ״מׇר דְּרוֹר״, וּמְתַרְגְּמִינַן: ״מֵירָא דַּכְיָא״.