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Traité Chullin

139a

Étude de Chullin 139a

Étude de la Guémara 139a

Guémara
[Comment l'oiseau pourrait-il couver ses œufs librement si son verdict de mort a ete prononce ?] Il est voue a la mort, mais son verdict n'a pas encore ete rendu, et l'on doit donc l'amener au tribunal pour accomplir a travers lui le verset : « Et tu extirperas le mal de ton sein » (Devarim 13:6).
בַּר קְטָלָא הוּא, אֶלָּא דְּלָא גְּמַר דִּינֵיהּ, וּבָעֵי לְאֵתוֹיֵיהּ לְבֵי דִינָא וְקַיּוֹמֵי בֵּיהּ ״וּבִעַרְתָּ הָרַע מִקִּרְבֶּךָ״.
§ [La Guemara examine ce que recouvre l'expression « oiseaux consacres » dans la michna.] Concernant les oiseaux consacres [mouqdachim] mentionnes par la michna [comme etant exclus de la mitsva du renvoi], quelles sont les circonstances ? Si l'on dit que la michna parle d'un cas ou l'on avait un nid dans sa maison et qu'on l'a consacre — est-on meme oblige d'envoyer [meme un oiseau non sacre] dans un tel cas ? Le verset dit : « Si tu rencontres un nid d'oiseau devant toi en chemin » (Devarim 22:6), ce qui exclut un nid facilement accessible chez soi.
הָנֵי מוּקְדָּשִׁין הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דַּהֲוָה לֵיהּ קֵן בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וְאַקְדְּשֵׁיהּ – מִי מִיחַיַּיב? ״כִּי יִקָּרֵא קַן צִפּוֹר״ – פְּרָט לִמְזוּמָּן.
Peut-etre s'agit-il d'un cas ou l'on a vu un nid qui ne lui appartenait pas et qu'on l'a consacre [au Temple] ? Mais cela aussi pose probleme : ce nid est-il vraiment consacre dans ce cas ? Le Misericordieux [la Torah] dit : « Lorsqu'un homme consacre sa maison comme sacree » (Vayikra 27:14), ce qui indique que de meme que sa maison est en sa possession lorsqu'il la consacre, de meme tout objet qu'une personne souhaite consacrer doit etre en sa possession au moment de la consecration. Si tel est le cas, on ne peut pas consacrer un nid qui ne lui appartient pas.
אֶלָּא דַּחֲזָא קֵן בְּעָלְמָא וְאַקְדְּשֵׁיהּ, וּמִי קָדוֹשׁ? ״אִישׁ כִּי יַקְדִּשׁ אֶת בֵּיתוֹ קֹדֶשׁ״ אָמַר רַחֲמָנָא, מָה בֵּיתוֹ בִּרְשׁוּתוֹ, אַף כֹּל בִּרְשׁוּתוֹ.
Peut-etre s'agit-il alors d'un cas ou l'on a souleve les poussins [pour les prendre en possession], puis les a consacres, et les a ensuite redeposes [dans le nid] ? Mais cela non plus ne peut pas etre le cas, car meme pour des oiseaux non sacres on n'est pas oblige d'envoyer la mere dans un tel cas, comme cela est enseigne dans une michna (141a) : Si quelqu'un a renvoye la mere, a pris les petits puis les a remis dans le nid, et que la mere est revenue s'asseoir sur eux par la suite — on est exempte de renvoyer la mere a nouveau, car il a acquis les petits et ils sont desormais consideres comme facilement accessibles [mezoumanIM].
אֶלָּא דְּאַגְבְּהִינְהוּ לְאֶפְרוֹחִים, וְאַקְדְּשִׁינְהוּ, וַהֲדַר אַהְדְּרִינְהוּ – הַאי אֲפִילּוּ בְּחוּלִּין נָמֵי לָא מִיחַיַּיב, דִּתְנָא: נָטַל אֶת הַבָּנִים וְהֶחְזִירָן לַקֵּן, וְאַחַר כָּךְ חָזְרָה הָאֵם עֲלֵיהֶן – פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּחַ.
Disons alors que la michna parle d'un cas ou l'on a souleve la mere [pour la prendre en possession], puis l'a consacree, puis l'a remise [dans le nid]. La Guemara repond que cela non plus ne peut pas etre le cas, car il etait initialement oblige dans la mitsva du renvoi avant de la consacrer. En consequence, la consecration ulterieure de l'oiseau ne peut pas annuler l'obligation de la renvoyer, comme cela est enseigne dans une baraita : Rabbi Yo'hanan ben Yossef dit : Si l'on a consacre un animal sauvage [hayya] puis l'a abattu, on est exempte de la couverture de son sang [kissouï hadam], car un animal consacre n'est pas soumis a l'obligation de couverture du sang. Mais si on l'a abattu puis consacre, on est oblige de couvrir son sang, car on etait deja oblige dans la mitsva de couverture du sang avant qu'il ne passe en possession du Tresor du Temple.
אֶלָּא, דְּאַגְבְּהַהּ לְאֵם, וְאַקְדְּשַׁהּ, וַהֲדַרָה. מֵעִיקָּרָא אִיחַיַּיב לֵיהּ בְּשִׁילּוּחַ מִקַּמֵּי דְּאַקְדְּשַׁהּ, דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן יוֹסֵף אוֹמֵר: הִקְדִּישׁ חַיָּה וְאַחַר כָּךְ שְׁחָטָהּ – פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת, שְׁחָטָהּ וְאַחַר כָּךְ הִקְדִּישָׁהּ – חַיָּיב לְכַסּוֹת, שֶׁכְּבָר נִתְחַיֵּיב בְּכִסּוּי קוֹדֶם שֶׁיָּבֹא לִידֵי הֶקְדֵּשׁ.
Plutot, Rav dit : La michna parle d'un cas ou l'on consacre les fruits [c'est-a-dire les oisillons] de son pigeonnier [chouvakh] pour les offrir en sacrifice sur l'autel, et ils ont ensuite fui le pigeonnier et se sont nidifies ailleurs. La michna enseigne que bien que de tels oiseaux ne soient plus facilement accessibles, on est exempte du renvoi de la mere car ce sont des oiseaux consacres. Si ces oiseaux avaient ete non sacres, celui qui les aurait trouves aurait ete oblige d'effectuer le renvoi. Et Chmouel dit : La michna parle d'un cas ou l'on consacre sa poule pour l'entretien du Temple [bedek habayit], et que la poule a ensuite fui et etabli son nid ailleurs.
רַב אָמַר: בְּמַקְדִּישׁ פֵּירוֹת שׁוֹבָכוֹ וּמָרְדוּ, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בְּמַקְדִּישׁ תַּרְנְגוֹלְתּוֹ לְבֶדֶק הַבַּיִת.
La Guemara objecte : On comprend que Chmouel n'ait pas exprime son explication conformement a celle de Rav, puisqu'il interprete la michna comme se referant meme aux oiseaux consacres pour l'entretien du Temple [qui n'ont pas de saintete intrinseque] — en consequence, la michna enseigne que tous les oiseaux consacres, sans exception, ne sont pas soumis a la mitsva du renvoi. Mais quelle est la raison pour laquelle Rav n'a pas exprime son explication conformement a celle de Chmouel ?
בִּשְׁלָמָא שְׁמוּאֵל לֹא אָמַר כְּרַב, דְּקָא מוֹקֵים לַהּ בְּקׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, אֶלָּא רַב מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כִּשְׁמוּאֵל?
La Guemara repond : Rav aurait pu vous dire : [La michna] exempte precisement [du renvoi] dans un cas ou les oiseaux sont les petits d'un pigeonnier, consacres pour l'autel [kodchei mizbeah], car ils ont une saintete intrinseque [kedouchat hagouph] — leur saintete n'est donc pas abolie du fait de leur fuite du pigeonnier. Mais dans le cas de quelqu'un qui consacre sa poule pour l'entretien du Temple, ou la poule n'est pas consacree pour l'autel mais n'a qu'une saintete de valeur [kedouchat damim] — des qu'elle fuit, sa saintete est abolie, et elle est donc soumise a la mitsva du renvoi de la mere.
אָמַר לְךָ רַב: דַּוְקָא קָפָטְרִי מִשִּׁילּוּחַ, כְּגוֹן פֵּירוֹת שׁוֹבָכוֹ דְּקׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ נִינְהוּ, דְּכֵיוָן דְּקָדְשִׁי קְדוּשַּׁת הַגּוּף – לָא פָּקְעָה קְדוּשְׁתַּיְיהוּ מִינַּיְיהוּ, אֲבָל בְּמַקְדִּישׁ תַּרְנְגוֹלְתּוֹ לְבֶדֶק הַבַּיִת, דְּלָאו קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ, דִּקְדוּשַּׁת דָּמִים בְּעָלְמָא הוּא – כֵּיוָן דִּמְרַדָה פְּקַעָה קְדוּשְׁתַּיְיהוּ, וְחַיֶּיבֶת בְּשִׁילּוּחַ.
Et Chmouel aurait pu repondre : Ou qu'elle [la poule consacree] se trouve, elle se trouve dans le tresor [bei gazza] du Misericordieux, comme il est ecrit : « A l'Eternel appartient la terre et tout ce qu'elle contient » (Tehillim 24:1). Et de meme, Rabbi Yo'hanan dit [que la michna se refere] a un cas ou l'on a consacre sa poule pour l'entretien du Temple et qu'elle a ensuite fui. Rabbi Chimon ben Lakich lui dit : Mais des qu'elle fuit, sa saintete est abolie ! Rabbi Yo'hanan lui dit : Ou qu'elle se trouve, elle se trouve dans le tresor du Misericordieux, comme il est ecrit : « A l'Eternel appartient la terre et tout ce qu'elle contient. »
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כֹּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ – בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ, דִּכְתִיב: ״לַה׳ הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ״. וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּמַקְדִּישׁ תַּרְנְגוֹלְתּוֹ לְבֶדֶק הַבַּיִת וּמָרְדָה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: וְכֵיוָן שֶׁמָּרְדָה פְּקַעָה לַיהּ קְדוּשְׁתַּהּ! אֲמַר לֵיהּ: בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתַאּ, דִּכְתִיב: ״לַה׳ הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ״.
Et la Guemara souleve une contradiction entre la declaration de Rabbi Yo'hanan ici et une declaration de Rabbi Yo'hanan ailleurs, et entre la declaration de Rabbi Chimon ben Lakich ici et une declaration de Rabbi Chimon ben Lakich ailleurs.
וּרְמִי דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן, וּרְמִי דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אַדְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ.
Car il a ete dit : Si quelqu'un declare : « Ces cent dinars [mane] sont consacres pour l'entretien du Temple [bedek habayit] », et qu'ils sont ensuite voles ou perdus — Rabbi Yo'hanan dit : Il est responsable d'eux jusqu'a ce qu'ils parviennent physiquement en possession du tresorier [guizbar] du Temple. Il doit donc verser cent dinars au tresor. Et Rech Lakich dit : On n'est pas tenu de remplacer l'argent perdu, car ou qu'il se trouve, il se trouve dans le tresor du Misericordieux, comme il est ecrit : « A l'Eternel appartient la terre et tout ce qu'elle contient. » En consequence, l'argent est considere comme ayant rejoint le tresor. Cette declaration de Rech Lakich contredit donc son autre declaration [selon laquelle la saintete d'une poule qui fuit est abolie], et cette declaration de Rabbi Yo'hanan contredit son autre declaration [selon laquelle la poule consacree conserve sa saintete].
דְּאִיתְּמַר: מָנֶה זֶה לְבֶדֶק הַבַּיִת, וְנִגְנְבוּ אוֹ נֶאֶבְדוּ – רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָן עַד שֶׁיָּבוֹאוּ לִידֵי גִזְבָּר, וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: כֹּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ, דִּכְתִיב: ״לַה׳ הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ״. קַשְׁיָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ אַדְּרֵישׁ לָקִישׁ, קַשְׁיָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן.
La Guemara repond : La contradiction apparente entre cette declaration de Rech Lakich et cette autre declaration de Rech Lakich n'est pas difficile a resoudre. La declaration [selon laquelle la saintete d'une poule consacree qui fuit est abolie] a ete formulee avant qu'il n'entende [ce raisonnement] de la bouche de Rabbi Yo'hanan, son maitre. L'autre declaration [selon laquelle l'argent consacre perdu est considere comme se trouvant dans le tresor du Misericordieux] a ete formulee apres qu'il l'ait entendu de Rabbi Yo'hanan, son maitre [et apres avoir adopte sa position].
דְּרֵישׁ לָקִישׁ אַדְּרֵישׁ לָקִישׁ לָא קַשְׁיָא, הָא מִקַּמֵּי דְּשַׁמְעֵיהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ, הָא לְבָתַר דְּשַׁמְעֵיהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ.
Chullin 139a
100%
חולין קל״ט אמַסֶּכֶת חוּלִּין