Guémara
[La Michna en question] n est pas conforme a l opinion de Rabbi Ilai, qui estime que si la laine a pousse sous la propriete d un non-Juif, on est exempt de prelever la premiere tonte.
דְּלָא כְּרַבִּי אִלְעַאי.
Abaye demande encore a Rava : Si l on compare la premiere tonte a la terouma par analogie de mots, peut-on dire que de meme que pour la terouma il est interdit de prelever d un type de produit au profit d un autre type [qui n est pas de la meme espece], de meme pour la premiere tonte il serait interdit de prelever d un type de mouton au profit de moutons d une espece differente [min che-eino mino] ?
אִי מָה תְּרוּמָה, מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ – לֹא, אַף רֵאשִׁית הַגֵּז מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ – לֹא?
La Guemara demande : Et en ce qui concerne la terouma, d ou tire-t-on que l on ne peut pas faire ainsi ? Car il est enseigne dans une baraita : Quelqu un qui avait deux types de figues, des figues noires et des figues blanches ; ou de meme deux types de ble — il n est pas permis de prelever la terouma et les dimes de l un [de ces types] au profit de l autre. Rabbi Yits'hak dit au nom de Rabbi Ilai : Beit Chammai [l ecole de Chammai] dit qu il n est pas permis de prelever la terouma de l un au profit de l autre, et Beit Hillel [l ecole de Hillel] dit qu il est permis de le faire — car ils considerent toutes les varietes de figues ou de ble comme un type unique. Mais tous s accordent que pour deux types d aliments distincts on ne peut pas prelever la terouma d un au profit de l autre. De meme peut-etre, pour la premiere tonte, ne pourrait-on pas prelever d un type de mouton au profit d une espece differente.
וְגַבֵּי תְּרוּמָה מְנָלַן? דְּתַנְיָא: הָיוּ לוֹ שְׁנֵי מִינֵי תְּאֵנִים, שְׁחוֹרוֹת וּלְבָנוֹת, וְכֵן שְׁנֵי מִינֵי חִטִּין – אֵין תּוֹרְמִים וּמְעַשְּׂרִים מִזֶּה עַל זֶה. רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי אִלְעַאי: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים אֵין תּוֹרְמִין, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים תּוֹרְמִין. אַף רֵאשִׁית הַגֵּז מִמִּין עַל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ – לֹא.
Rava repondit : Oui, c est la halakha. Et nous avons appris dans la Michna (135a) qu il n est pas permis de prelever la premiere tonte d un type de mouton au profit d un autre : si le vendeur possedait deux types de moutons — des moutons gris [choufahot] et des moutons blancs — et qu il vendit [a un acheteur] la laine des gris mais non celle des blancs, alors le vendeur donne la premiere tonte pour lui-meme de la laine qu il a gardee, et l acheteur donne la premiere tonte pour lui-meme de la laine qu il a achetee.
אִין, וְהָתְנַן: הָיוּ לוֹ שְׁנֵי מִינִים שְׁחוּפוֹת וּלְבָנוֹת, מָכַר לוֹ שְׁחוּפוֹת אֲבָל לֹא לְבָנוֹת – זֶה נוֹתֵן לְעַצְמוֹ וְזֶה נוֹתֵן לְעַצְמוֹ.
La Guemara objecte : Si c est le cas, considerons la fin de la Michna, qui enseigne : S il vendit la laine des males mais non celle des femelles, alors le vendeur donne la premiere tonte pour lui-meme et l acheteur donne pour lui-meme. Est-ce egalement du fait qu ils sont de deux types differents ? Manifestement non [car males et femelles sont du meme type].
אֶלָּא מֵעַתָּה, סֵיפָא דְּקָתָנֵי: זְכָרִים אֲבָל לֹא נְקֵבוֹת – זֶה נוֹתֵן לְעַצְמוֹ וְזֶה נוֹתֵן לְעַצְמוֹ, הָכִי נָמֵי מִשּׁוּם דִּתְרֵי מִינֵי נִינְהוּ?
La Guemara explique : C est plutot que la Michna nous enseigne un bon conseil [etsa tova]. [Dans le cas des males et femelles :] le vendeur est oblige de donner la premiere tonte meme pour la laine qu il a vendue ; puisque la laine des femelles est plus douce et plus precieuse, il est profitable pour le vendeur de racheter une partie de la laine des males et de la designer comme premiere tonte au titre des moutons qu il a vendus — de sorte qu il donne au kohen [pretre] a la fois de cette laine douce et de cette laine rude, plutot que de donner la laine de ses femelles au titre des males. Ici aussi, pour les moutons gris et blancs, la Michna nous enseigne un bon conseil : il est profitable pour le vendeur de racheter une partie de la laine des gris, de sorte qu il donne au kohen des deux types de laine, plutot que de donner toute la premiere tonte de la laine blanche plus precieuse.
אֶלָּא, עֵצָה טוֹבָה קָא מַשְׁמַע לַן, דְּלִיתֵּיב לֵיהּ מֵהַאי דְּרַכִּיךְ וּמֵהַאי דְּאַשּׁוּן. הָכָא נָמֵי, עֵצָה טוֹבָה קָא מַשְׁמַע לַן, דְּלִיתֵּיב לְהוּ מִתַּרְוַיְיהוּ.
Cependant, nous avons deja etabli que la Michna n est pas conforme a l opinion de Rabbi Ilai. [En effet, la Michna permet de prelever la premiere tonte d un type de mouton au titre d un autre, ce que Rabbi Ilai interdirait.] La Guemara repond : Nous avons deja etabli que la Michna n est pas conforme a l opinion de Rabbi Ilai.
הָא אוֹקֵימְנָא לְמַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי אִלְעַאי.
La Guemara soumet encore une difficulte : Si l on compare la premiere tonte a la terouma par analogie de mots, peut-on dire que de meme que pour la terouma nous exigeons qu elle soit un don dont il reste des restes apparents [chhe-sheyareyha nikarim] — c est-a-dire qu une partie du produit doit rester apres le prelevement de la terouma — de meme la premiere tonte doit etre un don dont les restes sont apparents ? La Guemara repond : Oui, c est effectivement ainsi.
אִי מָה תְּרוּמָה, בָּעֵינַן רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין, אַף רֵאשִׁית הַגֵּז שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין? אִין.
La Guemara cite une preuve pour cette affirmation. Et nous avons appris dans une Michna (Halla 1, 9) : Celui qui dit « tout mon aire [granary] sera terouma » ou « toute ma pate sera 'halla » — il n a rien dit [car il ne resterait rien, ce qui contredit l exigence de restes apparents]. On peut en deduire que si quelqu un dit « toute ma tonte sera designee comme premiere tonte [rechit ha-guez] », sa declaration est valide. Et pourtant il est enseigne dans une autre source tana'itique — une baraita — que si quelqu un dit « toute ma tonte sera designee comme premiere tonte », il n a rien dit.
וְהָתְנַן: הָאוֹמֵר ״כׇּל גׇּרְנִי תְּרוּמָה וְכׇל עִיסָּתִי חַלָּה״ – לֹא אָמַר כְּלוּם, הָא ״כׇּל גִּזַּיי רֵאשִׁית״ – דְּבָרָיו קַיָּימִין, וְתַנְיָא אִידַּךְ: לֹא אָמַר כְּלוּם.
Doit-on en conclure que cette baraita est conforme a l opinion de Rabbi Ilai, qui compare la premiere tonte a la terouma — auquel cas il est interdit de designer toute la tonte comme premiere tonte — et que la Michna est conforme a l opinion des Sages [Rabbanan] qui ne font pas cette comparaison ? La Guemara confirme : Concluez de cela que c est correct.
אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ, הָא רַבִּי אִלְעַאי, וְהָא רַבָּנַן. שְׁמַע מִינַּהּ.
§ Rav Na'hman bar Yits'hak dit : Aujourd hui la pratique universellement acceptee est conforme aux decisions indulgentes [kulot] de ces trois anciens [savaei] : Elle est conforme a l opinion de Rabbi Ilai en ce qui concerne la premiere tonte, car il est enseigne dans une baraita que Rabbi Ilai dit : La mitsva de la premiere tonte [rechit ha-guez] ne s applique qu en Eretz Yisrael.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הָאִידָּנָא נְהוּג עָלְמָא כְּהָנֵי תְּלָת סָבֵי, כְּרַבִּי אִלְעַאי בְּרֵאשִׁית הַגֵּז, דְּתַנְיָא: רַבִּי אִלְעַאי אוֹמֵר: רֵאשִׁית הַגֵּז אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בָּאָרֶץ.
Et la pratique acceptee est conforme a l opinion de Rabbi Yehouda ben Beteira en ce qui concerne les questions de Torah [divrei Torah], car il est enseigne dans une baraita que Rabbi Yehouda ben Beteira dit : Les paroles de Torah [divrei Torah] ne sont pas susceptibles d impurete rituelle [toum'a]. C est pourquoi il est permis a celui qui a eu une emission seminale [ba'al keri] d etudier la Torah meme sans s immerger auparavant dans un bain rituel [mikveh].
וּכְרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה בְּדִבְרֵי תוֹרָה, דְּתַנְיָא: רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה אוֹמֵר: אֵין דִּבְרֵי תוֹרָה מְקַבְּלִין טוּמְאָה.