Guémara
[La dernière clause de la michna d'Oholot enseigne :] dans le cas où quelqu'un touche un demi-kazayit de chair d'un cadavre, et qu'un autre objet surplombe simultanément à la fois lui et un demi-kazayit de chair d'un cadavre, il reste pur [tahor].
הַנּוֹגֵעַ בְּכַחֲצִי זַיִת, וְדָבָר אַחֵר מַאֲהִיל עָלָיו וְעַל כַּחֲצִי זַיִת – טָהוֹר.
Et si le contact et le surplomb dans une tente [ohel] sont considérés comme un seul et même concept, pourquoi reste-t-il pur ? Il y a donc une contradiction : à partir de la dernière clause de la michna, la première clause est difficile [qachya réisha], car la dernière clause indique que ces deux catégories d'impureté sont considérées comme des concepts distincts et ne se combinent pas pour constituer la mesure requise d'impureté.
וְאִי חַד שְׁמָא הוּא, אַמַּאי טָהוֹר? אֶלָּא, קַשְׁיָא רֵישָׁא.
Rabbi Zéïra dit : dans la première clause de la michna, nous traitons d'un cas où la source d'impureté est pressée entre deux coffres en bois [retzotzah béïn chtéï migdalim — littéralement : impureté comprimée entre deux tours/armoires], et il n'y a pas d'ouverture d'un tefah' [une largeur de main] entre les coffres. Lorsque la main d'une personne surplombe les coffres, l'impureté de l'objet pressé s'élève au-delà des coffres et transmet l'impureté à la personne. Par conséquent, son interaction avec toutes les sources d'impureté est considérée comme si elle les touchait simultanément. Il n'y a donc aucune preuve dans la michna pour l'opinion de Rabbi Yoh'anan, selon laquelle le contact et le surplomb dans une tente constituent le même concept.
אָמַר רַבִּי זֵירָא: בְּטוּמְאָה רְצוּצָה בֵּין שְׁנֵי מִגְדָּלִים עָסְקִינַן, וְאֵין בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח, דְּכוּלַּהּ נְגִיעָה הִיא.
La Guemara demande donc : quel est le tanna qui appelle [qari] le surplomb dans une tente [ohel] « toucher » [nogue'a] ? La Guemara répond : c'est Rabbi Yossi, car il est enseigné dans une baraïta (Tossefta, Oholot 4:1) : Rabbi Yossi dit : une pleine cuillère [tarvad plein] de poussière [raqav] provenant d'un cadavre [méluï tarvad raqav] transmet l'impureté comme le cadavre lui-même de trois manières : par le contact [be-maga'], et par le transport [be-massa'], et dans une tente [be-ohel].
וּמַאן תַּנָּא דְּקָרֵי לְאֹהֶל ״נוֹגֵעַ״? רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מְלֹא תַרְוָוד רָקָב מְטַמֵּא בְּמַגָּע, וּבְמַשָּׂא, וּבְאֹהֶל.
Il est certes compréhensible que la poussière de cadavre transmette l'impureté via le transport et dans une tente [ohel] : celui qui la porte soulève la totalité de la poussière, et celui qui la surplombe surplombe la totalité de la poussière. Mais concernant celui qui la touche — il ne touche pas la totalité de la poussière [car la poussière n'est pas un objet solide qu'on peut toucher entièrement] ! Il en résulte donc nécessairement la conclusion suivante : à quoi se réfère le terme « toucher » [nogue'a] ? Il se réfère à celui qui surplombe [maahal] la poussière.
בִּשְׁלָמָא בְּמַשָּׂא וּבְאֹהֶל, הָא קָא טָעֵין לֵיהּ לְכוּלֵּיהּ, וְהָא קָא מַאֲהֵיל אַכּוּלֵּיהּ. אֶלָּא נוֹגֵעַ – הָא לָא נָגַע בְּכוּלֵּיהּ! אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ: מַאי ״נוֹגֵעַ״ – מַאֲהִיל.
La Guemara objecte : mais la baraïta enseigne le cas de « celui qui touche » séparément, et elle enseigne également le cas de « celui qui surplombe » séparément ! Par conséquent, le terme nogue'a ne peut pas se référer au surplomb. Abayé dit : ce n'est pas difficile, car il existe deux types de surplomb [ohel]. Concernant un ohel qui surplombe une source d'impureté à une hauteur inférieure à un tefah' [le-matah mi-tefah'], cet ohel est appelé « contact » [neguiah]. Mais un ohel qui surplombe une source d'impureté à une hauteur supérieure à un tefah' [le-ma'alah mi-tefah'] est appelé simplement « ohel » [tente, sans l'assimilation au contact].
וְהָא קָתָנֵי ״נוֹגֵעַ״, וְהָא קָתָנֵי ״מַאֲהִיל״! אָמַר אַבָּיֵי: לְמַטָּה מִטֶּפַח – אֹהֶל נְגִיעָה, לְמַעְלָה מִטֶּפַח – אֹהֶל גְּרֵידָא.
Rava dit : selon Rabbi Yossi, même un ohel qui surplombe une source d'impureté à une hauteur au-dessus d'un tefah' est appelé « contact » [neguiah]. Et quelles sont les circonstances d'un ohel qui est appelé simplement « ohel » et non « contact » ? Le terme ohel [tente] se réfère au cas d'une structure qui surplombe à la fois une personne et une source d'impureté, transmettant ainsi l'impureté de sa source à la personne [be-hamchakha — littéralement : par extension, par prolongement].
רָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מִטֶּפַח נָמֵי אֹהֶל נְגִיעָה הוּא, וְהֵיכִי דָּמֵי אֹהֶל גְּרֵידָא? בְּהַמְשָׁכָה.
Rava dit : d'où est-ce que je tire mon opinion ? C'est comme nous l'avons appris dans une baraïta (Tossefta, Oholot 9:4) que Rabbi Yossi dit : concernant des cordages servant de châlit de lit [h'avlèï mittah] et des grillages pris dans des fenêtres [srigèï h'alounot], si on les place entre le rez-de-chaussée et l'étage d'une maison de sorte qu'ils servent de plafond, puisqu'ils font partie intégrante du bâtiment, ils ne sont pas susceptibles d'impureté. Par conséquent, même s'il y a des trous dans les cordages et les grillages, ils servent de barrière entre la maison et l'étage supérieur, de sorte que l'impureté d'un cadavre présent dans la zone de la maison ne peut pas pénétrer de l'autre côté, c'est-à-dire à l'étage supérieur.
אָמַר רָבָא: מְנָא אָמֵינָא לַהּ? דִּתְנַן, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: חֲבִילֵי מִטָּה וּסְרִיגֵי חַלּוֹנוֹת חוֹצְצִין בֵּין הַבַּיִת לַעֲלִיָּיה, שֶׁלֹּא לְהַכְנִיס טוּמְאָה לְצַד שֵׁנִי.
Si on les étend à l'extérieur de la maison de manière provisoire [be-avir — dans l'air, c'est-à-dire de façon temporaire, comme un filet aérien] au-dessus d'un cadavre, celui qui touche [nogue'a] — c'est-à-dire : qui surplombe le cadavre en se trouvant face à un trou dans le filet — est impur. Par contre, celui qui surplombe le cadavre sans se trouver face à un trou reste pur [tahor].
פְּרָסָן עַל פְּנֵי הַמֵּת בַּאֲוִיר, הַנּוֹגֵעַ כְּנֶגֶד הַנֶּקֶב – טָמֵא, שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד הַנֶּקֶב – טָהוֹר.
Rava explique sa preuve : dans quelles circonstances [héïkhi damé] cela s'applique-t-il ? Si on dit qu'il a étendu le filet à moins d'un tefah' de hauteur au-dessus du cadavre, pourquoi celui qui surplombe le cadavre sans être face à un trou dans le filet reste-t-il pur ? Dans ce cas, le filet est suffisamment proche du cadavre pour être considéré comme faisant partie des vêtements du cadavre. Il s'agit alors d'un cas équivalent à celui où le cadavre est revêtu de ses vêtements [mét bi-khsouto], et un cadavre revêtu de ses vêtements transmet l'impureté à celui qui le surplombe, car les vêtements ne constituent pas une barrière.
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא לְמַטָּה מִטֶּפַח, שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד הַנֶּקֶב – אַמַּאי טָהוֹר? מֵת בִּכְסוּתוֹ הִיא, וּמֵת בִּכְסוּתוֹ מְטַמֵּא!
N'est-ce pas plutôt le cas qu'il a étendu le filet à plus d'un tefah' au-dessus du cadavre ? Et Rabbi Yossi appelle ce fait de surplomber le cadavre « toucher » [nogue'a]. Il est ainsi manifeste que, contrairement à l'opinion d'Abayé, Rabbi Yossi appelle « toucher » le fait de surplomber même lorsque l'objet surplombant est à plus d'un tefah' au-dessus de la source d'impureté.
אֶלָּא לָאו לְמַעְלָה מִטֶּפַח, וְקָא קָרֵי לֵיהּ ״נוֹגֵעַ״.
Abayé rejeta la preuve de Rava et dit : en réalité, le cas est bien celui où l'on a étendu le filet à moins d'un tefah' au-dessus du cadavre. Et quant à ce que tu as dit — « si c'est le cas, celui qui surplombe le cadavre sans être face à un trou devrait aussi être rendu impur, car c'est équivalent au cadavre revêtu de ses vêtements » —, ce cas n'est pas similaire au cadavre revêtu de ses vêtements. Dans le cas du cadavre revêtu de ses vêtements, les vêtements ne constituent pas une barrière à l'impureté, car celui qui a revêtu le cadavre a annulé [biatel] les vêtements en les assimilant à une part du cadavre lui-même. Mais dans le cas de la baraïta, celui qui a étendu le filet au-dessus du cadavre avait l'intention d'enlever ensuite les cordages et les grillages, et il ne les a pas annulés.
אָמַר אַבָּיֵי: לְעוֹלָם לְמַטָּה מִטֶּפַח, וּדְקָאָמְרַתְּ: מֵת בִּכְסוּתוֹ הוּא – מֵת בִּכְסוּתוֹ מְבַטֵּל לֵיהּ, הַאי לָא מְבַטֵּל לֵיהּ.